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26 février 2014

Le Gunung Sinabung et les menaces volcaniques.

Gunung Sinabung 13.jpgL'absence de tout d'historique éruptif et de toute étude circonstanciée et la privation des enseignements antérieurs, afférentes au Gunung Sinabung, sont de gros handicap pour déterminer et dresser les éventuelles menaces volcaniques auxquelles peuvent être exposés, dans un avenir plus ou moins proche, les résidents du Karo Regency et tout particulièrement ceux qui sont domiciliés sur les flancs même, ou au pied, de l'édifice volcanique.

Les informations le concernant sont plus que succinctes : « Le Mont Sinabung, - Gunung Sinabung, Dolok Sinabung, Deleng Sinabun,Dolok Sinaboen,Dolok Sinaboeng et Sinabuna -,est un stratovolcan andésitique et dacitique, actif du Pléistocène à l'Holocène, sur le plateau de Karo, Kari Regency, dans le Nord de Sumatra. Il se localise à 40 kilomètres au Nord-Ouest du supervolcan Toba et de son impressionnante caldeira de 100 kilomètre de long sur 30 kilomètre de large, formée lors de l'éruption de 73,000 ± 4,000 ans BC. De nombreuses coulées de lave marquent ses flancs, signe de multiples éruptions, sont non référencées. Seule sa dernière éruption, de l'an 1600, est connue s'est produite en l'an 1600. Il est siège d'une activité hydrothermale et solfaratique, - fissures émettant de la vapeur d'eau, du gaz, occasionnellement de la lave et des fumerolles, dont les dernières observées, en son sommet, l'ont été en 1912. »

Même la « Smithsonian Institution », en son « Global Volcanism Program », est très laconique sur son historique : « Le Gunung Sinabung est un stratovolcan qui a été actif du Pléistocène à l'Holocène et a produit de nombreuses coulées de lave sur ses flancs. Une éruption, non confirmée, a été notée en 1881, et l'activité solfatarique a été vue, au sommet et sur la zone supérieure de son cône, en 1912. Aucune éruption historique confirmée, autre que les éruptions explosives d'Août à Septembre 2010 et de Septembre 2013, toujours en cours, n'a été enregistrée. »

De plus, d'une part, aucune tomographie du sous-sol du Sinabung n'ayant été réalisée, et, d'autre part, les catalogues des tremblements de terre volcano-tectoniques n'étant pas accessibles ou n'étant que lacunaires, nulle étude sur la chambre magmatique, ou sur la poche magmatique principale et son ensemble de poches magmatiques secondaires et des fractures élargies, plus ou moins anastomosées, - connexions dans la plomberie volcanienne -, il est impossible d'en connaître ses ou leurs dimensions et le volume de magma stocké dans les diverses zones de son accumulation, en superposition, sous la surface du volcan.

Les seules données qui peuvent, toutefois, être notées, comme facteurs aggravant des risques, sont les fortes pentes de l'édifice, son altération, par plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, d'activité hydrothermale et la fissuration de son bâti par les multiples séismes volcanotectoniques qui se produisent depuis Août 2010, et par les violentes explosions qui se succèdent depuis le 15 Septembre 2013, des facteurs qui pourraient s'avérer être des vecteurs facilitant des effondrements sectoriels, ou, plausiblement sommitaux, lors d'intrusions magmatiques ou d'éruptions explosives violentes.

Un facteur non négligeable est lié, d'une part, à la tectonique des plaques, avec présence, à moins de 200 kilomètres, de la fosse de subduction, - la plaque australienne plongeant sous les plaques de la Sonde et de Banda Aceh, ou plaque d'Andaman aussi dénommée plaque Birmane -, de Sumatra-Java, - ou Fosse de la Sonde -, très active sismiquement depuis le tremblement de terre, de magnitude 9.1 à 9.3, du 26 Décembre 2004, de magnitude 8.6, du 28 Mars 2005, et de magnitude 8.4 et 8.0, du 11 Avril 2011, et, d'autre part, marquées par un processus de découpage de micro-plaque, un processus de transfert et d'accumulation des sédiments accrétés dans le prisme, une importante subsidence du bassin au Plio-Quaternaire en liaison avec une extension faible Est-Ouest et un basculement vers l'Ouest, aux failles décrochantes de Mentawai, séparant le prisme d'accrétion du bassin d'avant-arc, et de Central Sumatra, suivant la ligne volcanique, qui ne suffisent pas à accommoder toute l’obliquité de la convergence.

Il est acquis que le magma, stocké dans les poches magmatiques, se cristallise et se refroidit très lentement, sur des laps de temps de plusieurs millions d'années. Au différent, il se réchauffe très vite, sur quelques mois, mettant très rapidement les poches d'accumulation sous pression, lors de remontées de magma frais par un ou plusieurs conduits. Selon le contexte géodynamique, la zone de fusion et de sa genèse se situe entre 100/110 kilomètres et 20/30 kilomètres sous la surface du volcan et la zone de collecte, de ce magma dit primaire, peut se localiser entre 50 et 20 kilomètres de profondeur. Située, en général, à quelques kilomètres sous le sommet de l'édifice volcanique, la chambre magmatique superficielle est alimentée en magma, depuis la zone profonde, par des dykes, depuis la zone profonde. Lorsque la surpression permettant la sortie des magmas décroît, soit le magma résiduel se fige, progressivement, sur place, soit la pression lithostatique des roches environnantes écroule le plafond de la poche magmatique, générant une caldeira, qui remplit le vide laissé.

Et, tout aussi inquiétant, est la formation du cratère, sur le versant nord du Gunung Sinabung, dans le quartier de Lau Kawar, qui peut être générateur, dans un premier temps, entre Décembre 2013 et Janvier 2014, de glissements de terrain entraînant, inexorablement, des morts d'homme, et, dans un second temps, sous trois à cinq ou six mois, d'explosions de vapeurs suivies d'explosions de cendres et de vapeur, pouvant se traduire, en corrélation avec un tremblement de terre, par une éruption paroxysmale et un effondrement de tout le flanc nord du volcan qui pourrait engendrer, dévastant, sur des centaines de kilomètres carrés, le plateau de Karo, une avalanche de débris, - nuées ardentes -, de plusieurs kilomètres cubes. En outre, le glissement de terrain provoquant une brusque dépressurisation, des fragments de magma, - des tephras -, de toutes tailles seraient, alors éjectés en dehors du volcan, paralysant les régions du Sud-Est au Nord-Est.

Enfin, il ne doit pas être fait abstraction de la proche présence, environ quarante kilomètres, du supervolcan Toba qui est doté, entre 20 et 30 kilomètres de profondeur, d'une chambre magmatique colossale, de longueur largement supérieure aux 100 kilomètres de long sur 30 kilomètres de large de sa caldeira d'effondrement, une poche magmatique estimée à plus de 350 kilomètres de long qui, indubitablement, s'étend sous la surface du Gunung Sinabung. Pour cela peut-on admettre que la source magmatique du Sinabung est issue du système magmatique tobaïen ? Nulle réponse, par absence de tomographie, ne peut en être concédée.

Montpellier, 30 Novembre 2013

Extrait de "Le Dolok Sinaboen, volcan sumatrais. Un second Toba menace Sumatra. "
©Raymond Matabosch

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