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07 juillet 2010

Le volcan Garet, sur l'île de Gaua, à « très haut niveau d’activité », en phase éruptive.

 

Code 0507-02

Localisation : Latitude 14.27° Sud et Longitude 167.50° Est

Stratovolcan, altitude 797 mètres, Île Santa Maria, Vanuatu.


Connue aussi sous le nom de Santa Maria, l'île de Gaua, rattachée à l'archipel Torres-Banks, - province de Torba, Vanuatu -, possède l'édifice volcanique le plus menaçant de cette région. C'est un stratovolcan basaltico-andésitique, aux pentes douces, en partie sous-marin, coiffé d'une caldeira sommitale ovale, de 6 x 9 kilomètres de diamètre, occupée par le lac Létas entourant le Mont Garet, - Mont Garat ou Mont Garhat -, un cône de cendres culminant à 801 mètres d'altitude. Ce lac à fond plat, d'une superficie de 19,7 kilomètres carrés, a une profondeur maximale d'environ 119 mètres. Son volume est estimé à 800 millions de mètres cubes. Quel qu'en soit le taux pluviométrique, le déversoir, situé à l’est du chaudron ovoïde, semble assurer un niveau sensiblement constant à l'étendue d'eau.

La forme grossièrement circulaire de l'île de Gaua, 20 kilomètres de diamètre environ et d'une superficie de 320 kilomètres carrés, est la partie émergeante d'un bâti vulcanien de 40 kilomètres de diamètre et, depuis son niveau basal océanique, de près de 3.000 mètres de hauteur totale. En règle générale, liés à la géodynamique du Pacifique Sud-Ouest, à la fosse du Vitiaz, au bassin Nord-Fidjien et à la zone de frontière convergente entre les plaques Pacifique et Australienne au sens inversé après la collision, entre le plateau d'Ontong-Java et l'arc du Vitiaz, qui a provoqué la dérive vers l'Ouest des arcs insulaires Salomons, Banks et Vanuatu, l'ouverture du bassin Nord-Fidjien et la genèse de la zone de subduction actuelle matérialisée par les fosses des Salomons et du Vanuatu, au moins quatre stades de formation de l'édifice peuvent se différencier. Le quatrième et dernier de ces stades, résultant d'éruptions volcaniques qui remonteraient à plusieurs milliers d'années, est l'élaboration de cônes de laves basaltico-andésitiques très bulleuses et pauvres en olivine, de scories, de cendres et de tufs lités.

L'aspect physique de l'île-volcan Gaua s'ordonnance autour d'une caldeira centrale accaparée par un lac en forme de croissant de lune enserrant, en son quart Sud-Ouest, un cône vulcanien symétrique à sommet plat, l'actif Mont Garet et son cratère de 700 mètres de profondeur abritant trois petits cratères. Tout autour de la caldeira, un cercle de collines, petites bouches parasites d'âge Pléistocène ayant déversé des coulées de lave qui ont atteint la côte en nombreux points de l'île, ont modelé les flancs de l'ancien volcan recouverts, en surface, sur plusieurs mètres d'épaisseur, par des produits fins, scories et cendres. Une large plaine littorale périphérique, un milieu eutrophe limono-argileux riche en allophanes encerclé par un récif corallien frangeant surélevé, s'élève, de 3 à 5 mètres, au-dessus du niveau de la mer.

L'ile de Gaua se situe, d'autre part, à l'Est du segment septentrional de la marge convergente du Vanuatu qui s’étend, depuis l'archipel Santa Cruz, jusqu'aux îles-volcan, Matthew et Hunter, revendiquées par la France, sur 1.500 kilomètres, et qui se caractérise par une fosse profonde, - 6.000 à 8800 mètres -, une plate-forme sous marine, - 1200 à 1800 mètres de profondeur - d'où émergent quelques îles basses à substratum volcanique, - les îles Santa Cruz, les îles Torrès et les îles Banks -, l'absence de volcans aériens actifs sauf aux extrémités Nord, -Tinakula -, et Sud, - Vanua Lava, Gaua et Merig -, et des fossés arrière-arc évasés vers le Nord ; d'autre part, au Nord du bassin d'Ambaé-Nord et de la faille bordière de Santa Maria, une faille perpendiculaire à la fosse de Santa-Cruz-Torres aussi dénommé des Nouvelles Hébrides-Nord ; et, enfin, à l'Ouest des fossés du Jean-Charcot qui ont été le siège de mouvements extensifs à l'origine de horsts et de grabens discontinus.

L'activité volcanique, pour le bâti sous marin, coïncidant avec l'ouverture du bassin Nord-fidjien, a débuté au Serravallien, Miocène moyen, - 13,65 à 11,6 Millions d'années -, s'est poursuivie durant tout le Miocène supérieur, au Tortonien, - 11,6 à 7,25 Millions d'années -, et au Messinien, - 7,25 à 5,33 Millions d'années -, et a précédé le développement de la chaîne centrale de l'arc volcanique sur lequel se situent les îles Banks et l'île Santa Maria. Vers 5,5 à 5,1 Millions d'années, celle-ci devient, essentiellement, de type orogénique. L'île actuelle de Gaua a émergé au Pléistocène, - 1,8 Million d'années à 11.430 ans avant J.C. -, période où de nombreux cônes se sont édifiés sur ses flancs et ont produit de nombreuses coulées de lave. La formation de la caldeira, quant à elle, peut être datée de la période Holocène, - les derniers 10.000 ans -, et, accompagnée d'une colonne de cendre s'élevant à plusieurs milliers de mètres, elle a découlé d'une forte éruption de type explosif qui disperse violemment la partie supérieure de la chambre magmatique provoquant l'effondrement total ou partiel de l'édifice vulcanien y incluant le cône volcanique préexistant quand celui-ci subsiste.

Mais quand cette caldeira s'est-elle formée ? Quand le cône de cendre du Garet s'est-il arraché et érigé sur la lèvre Sud-Ouest de ce chaudron ? Y a-t-il 100 ans ? 1.000 ans ? 5.000 ans ? Bien difficile est d'y répondre. En effet, la première éruption décrite et référencée, à partir d'un évent sur le flanc Sud-Est du Mont Garat, comme nombre de scientifiques et de pseudo-scientistes s'en gaussent, « après une longue période de dormance. » ne remonte qu'en l'an 1962. Avant... Seul le « no man’s land... » Enfin, en regard au récif corallien frangeant surélevé, en périphérie de l'île Santa Maria, une troisième question se pose : Ce récif corallien n'est-il pas implanté sur les lèvres d'une structure qui ressemblerait à une caldeira sous-marine datant du pléistocène final ? Comme pour le Sartorin en Grèce vers 1550 avant J.C., le Krakatoa en Indonésie en 1883,... et le Kuwai, au Vanuatu vers 1420-1430, le Gaua n'aurait-il pas explosé emportant la majorité de l'île et créant, en lieu et place, une caldeira sous-marine ? Et, comme pour le Kuwai et sa kyrielle de volcans sous-marins actifs à l'origine de la création d'îles temporaires de faible altitude, - telles les éruptions de 1897 et 1901 créant une île de 1 kilomètre de long et 15 mètres d'altitude -, vite érodées par l'océan, l'île de Gaua n'est-elle pas renée de ses cendres plusieurs siècles ou millénaires après une éruption cataclysmique ?

A cette interrogation, une explication peut en être donnée par la particularité géologique attachée à l'arc insulaire des Nouvelles Hébrides qui s’étend depuis l'archipel Santa Cruz jusqu'aux îles-volcan, Matthew et Hunter. Le mouvement subductif est régulier et uniforme, et le pendage subducté continuel et constant, sur toute la longueur du segment septentrional de la marge convergente du Vanuatu qui est siège d'une importante sismicité tant superficielle, - 0 à 60 kilomètres de profondeur -, traduisant le glissement des plaques Pacifique et australienne et une déformation à l'intérieur de ces dites plaques, qu'intermédiaire, - 60 à 300 kilomètres de profondeur -. Dans cette région, l'angle de « plongement » de la plaque australienne sous la plaque Pacifique, plus particulièrement sous la zone orogène du plateau Nord-Fidjien, matérialisée par la microplaque des Nouvelles Hébrides, les récifs Balmoral et Conway et les terranes Torres-Santa Cruz-Banks et Anuta, passe de 60°, vers 100 kilomètres de profondeur, à 80° vers 290-300 kilomètres de profondeur, en faisant le pendage le plus incliné, 70% d’inclinaison au lieu des 30 à 50% coutumiers, de tout le « Pacific ring of fire », ou « Cercle de feu du Pacifique. » Cette position quasi sub-verticale de la lithosphère océanique australienne, dans la fosse de Torrés, résultant des courants de convection mantellique très puissants circulant, d'Est en Ouest, sous la plaque Pacifique, entraîne une anomalie conjoncturelle anormale. Par comparaison à l’ensemble des arcs insulaires où les volcans se situent à plus ou moins 110 kilomètres à l’aplomb du plan de Benioff, les volcans actifs de l'arc insulaire Nord, - Tinakula, Motlav, Suretamatai, Gaua et Mere Lava -, central, - Aoba et Ambryum -, et Sud Vanuatu, - Lopevi, Epi, Kuwae, North Vate, Traitor's Head, Yasur, Gemini Est, Matthew et Hunter -, se localisent, eux, à 200 à 250 km à l’aplomb de la dite surface plus ou moins complexe formée par la distribution des hypocentres des séismes associés à une subduction.


L'activité sur le Mont Garet et l'île de Gaua au cours du dernier millénaire.


En toute réalité, au cours du dernier ou des deux derniers millénaires, - des travaux et des analyses effectués sur des cendres révèleraient qu'au moins un ou deux aléas volcaniques se seraient produits au cours du XIX° siècle -, les éruptions qui se sont succédées, de toute évidence essentiellement intra-caldeiriques, ont formé, d'une part, le cône volcanique du Mont Garbat qui borde le quart Sud-Ouest du Lac Létas et les trois bouches parasites qui s'abritent au fond de son cratère de 700 mètres de profondeur, et, d'autre part, plusieurs cônes, tout autant parasites, qui sommeillent dans les profondeurs du lac de caldeira. Certes les versants du Mont Garet, au XX° siècle, étaient très boisés, mais l'édifice volcanique était dans une phase intermédiaire solfatarique et fumerollienne faible à modérée.

Depuis que le Mont Garat est sorti de sa « pseudo dormance », en Juillet 1962, entrant dans une phase d'activité à moyen terme, une éruption explosive sommitale d'Indice d'Explosivité Volcanique VEI 2, une éruption suivie, du 15 Septembre au 09 Novembre 1963, par l’ouverture d’un nouveau cratère sur le flanc Sud-Est du cône, et une nouvelle éruption explosive d'Indice d'Explosivité Volcanique VEI 2, une douzaine d'éruptions, toutes d'Indice d'Explosivité Volcanique VEI 2, en alternance entre la partie sommitale du cône et le cratère ouvert sur le flanc Sud-Est, accompagnées d'explosions phréatiques, - 09 Juillet 1981 et 18 Avril 1982 -, et de panaches cendreux, - le 15 Décembre 1973 l'évacuation des 525 habitants de l'île de Gaua s'était révélée nécessaire -, se sont déroulées.

Depuis Avril 1991, un signe évident que le magma n’est pas loin sous la surface, le cratère Sud-Est dégaze fortement et en continu, et les produits de dégazage du magma se répandent, principalement, dans la zone Nord-Ouest de l’île où l’impact du panache blanc dense dégageant une une forte odeur de anhydride sulfurique, associé aux pluies acides et aux vents dominants, brûle la végétation et dénude, en grande partie, le versant Nord-Ouest de la caldeira. Des fumerolles sous lacustre, aux températures variant entre 30 et 70° C., s'élèvent au dessus de la surface du lac Létas et de nombreuses zones fumerollienes recouvrent les parois intérieures du cratère du Mont Gharat de dépôts de soufre.

Le Mont Garat a montré des signes d'agitation à partir de la mi-Septembre et est rentré, en éruption sommitale, le 27 Septembre 2009. Dès le 03 Octobre, le volcan émet, journellement, des panaches de gaz volcanique, dont 3.000 tonnes de dioxyde de soufre, et de cendres, une augmentation de l'activité volcanique forçant les autorités locales, le 26 Novembre, à l'évacuation de trois villages, implantés sur la côté Ouest de l'île de Gaua et à déplacer les 300 habitants concernés, souffrant de graves problèmes respiratoires, vers les villages de la côte Est.

Au fil des jours et des semaines, les éruptions volcaniques de type strombolien et les émissions de gaz et de cendres, les panaches atteignant des hauteurs égales ou supérieures à 3.000 mètres, augmentent de façon significative depuis le 16 Janvier. Des explosions sont entendues dans tous les villages de la côte Est de Gaua et jusqu'aux îles voisines de Mota, de Vanua Lava, et jusqu'à Naoné sur Maéwo et Port Olry sur Espiritu Santo. Suivant les informations glanées près les services vulcanologiques du Vanuatu, entre les 22 et 29 Janvier 2010, « le niveau d'eau, dans le lac Letas, a augmenté de 30 centimètres », d'une part, et, d'autre part, suivant les mesures G.P.S., le cône sommital, du Mont Garet, se serait surélevé d'au moins 10 à 20 centimètres.

Devant la menace que laisse peser, sur les habitants, les 800 millions de mètres cubes du lac de caldeira, leur probable déversement au cas où la structure de l'édifice volcanique se déstabilise, engendrant le contact de l’eau du lac du cratère avec le magma qui pourrait, lors, devenir explosif, le 18 Avril 2010, le Département des Affaires internes du gouvernement du Vanuatu ont déclaré le volcan à « très haut niveau d’activité » et mis en place « une logistique pour l'évacuation des 3000 habitants de l'île de Gaua : Une partie d'entre eux seront acheminés sur l'île de Sola où l'Eglise Anglicane les accueillera, et l'autre partie sur l'île de Torba. »

Tout au longs des mois de Mai et de Juin, l'activité explosive se poursuit et est en permanente recrudescence. Les panaches de cendres et de gaz s'intensifient et s'élèvent à des altitudes égales ou supérieures à 3.000 mètres et dérivent, au grès des vents dominants, sur des dizaines de kilomètres tel le19 Juin où le panache a dérivé sur plus de 90 kilomètres vers l'Ouest. Un porte-parole du Vanuatu, chargé de la gestion des catastrophes précise que « de gigantesque panaches sombres » sortent du cratère sommital du Mont Garet et de celui de son évent sur le flanc Sud-Est. Des pluies de cendres s'abattent sur les villages causant des dommages à la végétation, autour du cratère et dans les zones Nord-Ouest, Ouest, Sud-Ouest de l'île. Générés par les pluies, des Lahars, - des coulées boueuses d’origine volcanique principalement formée d’eau, de cendres volcaniques et de tephras -, souvent brûlants lorsque les dépôts volcaniques ont été récents et chauds, ont été emportés par les cours d'eau, les 7, 16 et 19 Juin, et les ont fait déborder.

Même si depuis le 22 Juin, aucune dépêche ne semble plus faire état de l'activité en cours des volcans du Vanuatu, - le Mont Garet sur Gaua, le Mont Bembow sur Ambrym , le Yasur sur Tanna, le Mont Manaro sur Ambaé..., tous classés en catégorie « très haut niveau d'activité » -, celle du Mont Garet est toujours croissante et génère, accompagné d'explosions quotidiennes et de brêves éruptions de type strombolien, des panaches de cendres et de gaz majoritairement sulfureux atteignant les 3.000 mètres d'altitude.

Cette situation laisse à penser à l'éruption significative, en novembre 2005 du Mont Manaro, situé à l'île d'Ambae. Ce volcan, tout comme l'île -volcan de Gaua est coiffé d’un lac de caldeira, le Vui. Celle-ci, non cataclysmique, n'ayant pas destabilisé la structure de l'édifice volcanique, avait donné naissance à une nouvelle île mesurant 500 mètres de diamètre et culminant à une cinquantaine de mètres au-dessus du lac acide dont le niveau, sous le coup de l’évaporation et d'un léger débordement ayant provoqué des lahars, avait baissé de plusieurs mètres.


En conclusion.


Même si les conduits magmatiques qui alimentent le cratère du Mont Garet paraissent « suffisament isolés des eaux du lac Létas acide », ce qui reste à démontrer, le cône volcanique étant né dans la partie Sud-Ouest de la caldeira, le risque qu'il se produise une éruption phréatomagmatique explosive, pouvant se transformer en éruption cataclysmique, est bien présent. En effet, une possible déstabilisation de la structure du volcan, en raison de l'importante fièvre sismique dans la proche région, une pléiade de séismes de magnitude oscillant entre 4,5 et 6,5, se produisant à fréquence répétée, entre 2 et 5 hebdomadairement, dans un rayon de 10 à 15 kilomètres autour du bâti volcanique, est à craindre.

Une éruption lavique et une éventuelle et possible entrée en contact du magma avec l'eau du lac Létas, un lac constituant, de fait, le chapeau de l'ancien cratère Holocène, un lac contenant 800 millions de mètres cubes d'eau acide, avec la chambre magmatique située juste en-dessous, est potentiellement envisageable à plus ou moins court terme.

En outre, cette menace est aussi potentielle en regard des cinq cratères, le cratère sommital et les quatre évents Nord, Est, Sud-Est et Ouest, car trois des cratères sont siège de lacs, l'évent Nord et le cratère central et leurs lacs acides aux eaux vertes, et l'évent Ouest et son lac limoneux aux eaux brunes.

Sources pour la chronologie éruptive après 1962 : Gaua, Global Volcanism Program

 
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