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19 décembre 2010

Abbaye de Saint-André de Sorède, aux pieds des Albères.

Le Monastère bénédictin de Saint André de Sorède fut fondé, vers les années 780/800, par le moine Miró, noble de haute lignée d’origine hispanique, - c'est-à-dire un Wisigoth -, chassé d'Ibérie par les Sarrazins, qui en fut son premier abbé.

L'établissement originel se situait dans la haute Vallée de la Massane, à la Vall de Sant-Martí(1), - la Vallée de Saint Martin de Montbram, aujourd'hui le hameau de Lavall -, dépendant de la commune de Sorède, avant d'être déplacé en son implantation usuelle connue, sur les bords du fleuve côtier « la rivière de Taxò(2) ».

Il est cité dans un précepte, - Monasterium Sancti Andreae(3) -, daté de l'an 823, accordé, à la demande du Comte carolingien Gaucelm du Roussillon, par l'Empereur d'Occident, Louís I le Pieux(4), - ou le Débonnaire 778-20 Juin 840 -, à l'abbé Sisegut, successeur de Miró, une ordonnance, confirmée en Mai 844 et une seconde fois le 23 Février 869(5) par Charles II le Chauve, Roi de Francie occidentale, mettant l’abbaye et ses biens sous la protection de l’empereur et lui concédant l’immunité. Ainsi doté, le Monastère bénéficia d’une importance notoire et d’une prospérité incontestable.


Abbaye de Saint André de Sorède sous la dépendance de l'Abbaye de La Grasse.


Grâce aux Comtes du Roussillon qui la dotèrent de quelques richesses, l'abbaye de saint Andrée fut prospère. Mais, en 1109, elle apparaît ruinée et sans subsides. A l'initiative de la Comtesse Inès, épouse de Girard I du Roussillon parti en Terre Sainte, et de l'Évêque d'Elne, en firent don à l'Abbaye de Sainte Marie de Corbieu. Mise sous la dépendance de La Grasse, les donataires espéraient que ses abbés en imposeraient leurs lois et la restaureraient, ce dont ils s'y attachèrent redonnant lustre à l'établissement monacal.

En 1121, une nouvelle abbatiale fut consacrée par Pedro Bernardo, Évêque d'Elne. Dans l'acte y furent consignées la possession de l'église Saint Marie, église paroissiale de la petite communauté d'âmes, des paysans recherchant la protection des religieux, qui s'était établie aux abords du monastère, et les dépendances de celles de Saint Michel de Candell, -Saint Michel de Llotes -, de Saint Martin de la Ribe, - Sancti Martini de Ripa sive in villa Terrad localisée à l'Ouest de la ville, sur les collines Saint Martin -, et du Monastère de Saint Clément de Réglella, - et son village de éponyme localisés à l'Est d'Ille sur Têt -.

Vers 1151, bien que les documents archives soient très peu parlants sur les raisons qui auraient pu expliciter le changement, une nouvelle communauté séculière avait investi les lieux et s'était installée. Parallèlement à cette époque de mutation, la guerre opposant Gausfred III du Roussillon(6), - Comte du Roussillon de 1113 à 1164 -, à son fils Guisnard II(7), faisait rage dans les Albères et semait désolation et morts.


La décadence de l'Abbaye de Saint André de Sorède.


Engagée auprès du Comte du Roussillon, son protecteur bienfaiteur, l'Abbaye de Saint André eut à souffrir de cette belligérance générant de nombreux dommages et exactions et une cascade d'usurpations, ce qui eut pour effet de limiter son expansion. A la fin du XIII° Siècle, le Monastère ne comptait plus que quatre moines dans ses effectifs et, périclitant, inexorablement tomba lentement en décadence.

Les événements militaires dont la région d'Elne dût à subir des préjudices se multiplièrent, accélérant la ruine de l'Abbaye de Saint André. En 1285, dans le cadre de sa conquête du Roussillon, Philippe le Hardi, Roi de France, détruisit les environs immédiats de la cité épiscopale illiberrienne, saccageant Argelés, Sorède, Saint André, Taxo d'Availl et d'Amont, Palau del Vidre, et..., avant d'agir de même avec Elne dont la Cathédrale Ste Eulalie en garde toujours les traces sous la forme d'éclats dans le marbre du portail.

Le 8 juillet 1344, Jacques I de Majorque(8) fait le siège d'Elne suite à son opposition à Pierre IV d'Aragon, possesseur du fief illiberrien, qui étendait ses pouvoirs seigneuriaux sur les communautés limitrophes des Abères. Enfin, en Juillet 1462, pour mater une rébellion, Jean II, Comte-Roi d'Aragon-Catalogne, fait appel à Louis XI qui, moyennant 200.000 écus d'or, gagés sur les deux comtés du Roussillon et de la Cerdagne, avec les châteaux de Perpignan et Collioure, met 700 lances, - c’est-à-dire 7000 cavaliers et les gens de pied qui vont avec -, à la disposition du monarque catalano-aragonais. Toute la région subit de nouveaux sièges impitoyables et de nouvelles batailles dévastatrices et ravageuses, les troupes françaises, sous la houlette du despotique vice-roi Antoine de Lau désigné par Louis XI, appliquant la méthode de « la Terre brûlée. »


Le démantèlement de l'Abbaye de Saint André de Sorède.


En 1592, l'Abbaye de Saint André de Sorède était totalement exsangue et financièrement ruinée. Philippe II d'Espagne, Prince Souverain des Pays-Bas, Roi d’Espagne de 1556 à sa mort, le 13 septembre 1598, et Roi du Portugal à partir de 1580, intercéda auprès du pape Clément VIII, et obtint l’union de Saint André de Sorède avec l’abbaye Sainte Marie d’Arles sur Tech. Le lien, unissant les deux établissements conventuels, subsista jusqu'à la Révolution.

En nos temps présents, de tout l'édifice monacal, - Chapelles, hôtellerie, église, cloître, fontaine, réfectoire, cuisine, cellules, entrepôts, poterne, tour... -, il n'existe plus que l'abbatiale devenue église paroissiale de la ville de Saint André. Et même les archives concernant leur dévolu, excepté un document unique attaché au cloître, en date de 1744, - document H192 des archives départementales des Pyrénées Orientales faisant état qu'il aurait été détruit au XV° siècle, par les troupes de Philippe II -, restent mystérieusement silencieuses.

Il est vrai que deux chapiteaux, attestés d'apartenance au Monastère de Saint André, servent de support de bénitier dans les églises de Saint-Génis-des-Fontaines et de Saint-Jean-Lasseille, quatre chapiteaux, avec leurs futs, sont conservés dans la chapelle Sainte-Colombe de Cabanes, au Nord de Saint-Génis et que plusieurs chapiteaux, conservés à Saint-Martin-du-Canigou, proviennent du cloître andréen..., toutes choses pouvant donner explications à l'omerta qui plane sur le devenu des restes conventuels...

 

Raymond Matabosch

 

Notes.


(1) La première église de Lavall de Sant Marti de Montbram, mentionnée en 823 dans le précepte de Louis Le Pieux, était la « cella » primitive de l'abbaye de Saint André, transférée sous l'abbé Miró, - ou Miron -.

(2) La rivière de Taxo est un fleuve côtier des Pyrénées Orientales qui, suivant les communes qu'ils traverse à plusieurs toponymes : Rivière de Sorède, Rivière de Saint André, Rivière de Taxò et Ribereta avant de se jeter dans la mer juste au sud du Tech, au grau de la Ribereta. Le cours d'eau reçoit, en aval de Saint-André, un petit affluent, le Miloussa.

(3) Au X° Siècle, Monastérium Sanctus Andrea vel Eldugo, laisse croire que l'établissement monacal se situait sur le territoire ou les terres d'Eldugo, un nom d'origine wisigothique ou germanique.

(4) N'étant pas le fils aîné de Charlemagne, Louis est d'abord destiné à une carrière monastique, et instruit dans la religion. Durant son règne, il réforme les monastères et change de politique vis-à-vis de la papauté en s'engageant à respecter les États de l'Église et à ne pas intervenir dans les élections pontificales.

(5) La confirmation du 23 Février 869 est attribuée, à tort, à Charles III le Simple, fils posthume et légitime du roi de Francie, Louis II le Bègue, de 877 à 879, né en 879. Cette confirmation ne peut être de du fait de Charles II le Chauve Roi de Francie occidentale de 843 à 877 et Empereur d'Occident de 875 à 877.

(6) Gausfred III Comte du Roussillon de 1113 jusqu'à sa mort en 1164. Son père, Girard I du Roussillon, assassiné prématurément, laissa, pour successeur, son fils Gausfred encore enfant. Arnold Gausfred, son oncle, assura la régence du Comté jusqu'en 1121

(7) Guisnard II, - ou Girard II de Roussillon -, fils de Gausfred III, est le dernier comte de Roussillon indépendant, en 1164. A sa mort sans héritiers, en 1172, il lègue ses biens au Roi  d’Aragon et Comte de Barcelone Alphonse II le Chaste.

(8) Jacques I de Majorque, en catalan Jaume I, né en 1243, mort le 29 mai 1311, roi de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, et seigneur de Montpellier, de 1276 à sa mort, est le troisième fils du Roi d'Aragon Jacques I le Conquérant. Après la mort de ses frères Alphonse et Ferdinand, il devient le second dans la succession à la couronne. Par testament de 1262, son père divise ses possessions : le frère aîné de Jacques, l'Infant Pierre reçoit les royaumes d'Aragon et de Valence avec le comté de Barcelone, alors que Jacques reçoit le royaume de Majorque, les comtés de Roussillon et de Cerdagne et la seigneurie de Montpellier. Par respect pour son père, à son avènement à la couronne majorquine, il adopta le quantième « II » dans la lignée régnante des Jacques.


Publié le 21 Novembre 2010 sur

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Abbaye de Saint Gilles, haut lieu de pèlerinage.

L'histoire, ou plutôt la légende, de la création de l'Abbaye de Saint Gilles trouve ses racines dans le choix de Saint Gilles qui avait fait vœu de se retirer sur le plateau occupé dès la plus haute antiquité, des découvertes archéologiques de latifundia(1) en attestant, et, vraisemblablement, à la préhistoire, afin d'y pratiquer l'érémitisme. Le mythe précise que le saint fut blessé par une flèche tirée par le roi Wisigoth Wamba(2) lors d'une partie de chasse. Comme compensation au désagrément causé par l'incident, le monarque lui avait concédé quelques arpents de terre avec finalité d'y fonder une abbaye.

Il est plus crédible de situer la fondation de l'établissement monastique, originellement dédicacé à Saint Pierre et à Saint Paul, au VII° Siècle. Vers l'an 850, le vocable en était changé au profit du patronage de Saint Gilles qui avait été enterré dans l'église attenante à l'édifice conventuel. Ce substitution d'invocation avait provoqué l'afflux majeur de fervents fidèles du saint et, probablement, généré, l'essence même de la chronique qui lui était dédiée.

Profitant de cet engouement pour l'un des leurs béatifié, la communauté avait obtenu, du Saint-Siège le privilège de l'exemption, et dépendait directement de la souveraineté des papes. Malgré cet avantage conséquent, l'abbaye ne put jamais s'arracher à la médiocrité dans laquelle elle vivait.


L'abbaye de Saint Gilles sous dépendance de Cluny.


En 1066, pour donner donner plus d'or à son blason abbatial, les autorités papales tentèrent de l'attacher au Monastère bénédictin de Cluny mais, en vain, les moines de Saint Gilles s'y opposant farouchement. Ce ne fut qu'en 1077 que le pape Grégoire VII, sous condition que l'établissement monial conserva le privilège de choisir leurs abbés, en avait approuvé l'union.

L'affluence constante de pèlerins, le lien avec l'Abbaye de Cluny et les donations de nobles seigneurs permirent la mise en chantier d'une nouvelle abbatiale. Le pape Urbain II, en personne, en 1096, vint même y consacrer un autel alors que l'église était encore en construction.

Un conflit naquit, lors, opposant l'Abbaye de Saint Gilles aux Comtes de Toulouse désireux d'asseoir leur pouvoir sur le monastère et interrompit les travaux qui ne furent repris qu'en 1116. La conception originelle de l'église en fut modifiée. Les murs déjà érigés et la grande crypte souterraine, longue de 50 mètres et large de 25, furent conservés mais des agrandissements conséquents en advinrent, le corps du bâti atteignant 98 mètres de longueur en 1132, date coïncidant avec une époque d'apogée due à un afflux permanent de pèlerins toujours plus nombreux et à une conséquente puissance économique dont bénéficiait l'établissement monacal. L'abbaye fut même la scène de la mort de l'hérétique Pierre de Bruys brûlé devant l'église en 1136. Enfin, en 1154 le pape accorda des indulgences aux visiteurs, ce qui augmenta, plus encore, l'affluence des dévots.

Après une nouvelle interruption motivée par l'instabilité politique et religieuse, une troisième période constructive s'échelonna entre 1185 et 1209. Le bâtiment resta, cependant, inachevé. En 1226 l'établissement religieux, restant soumis à la monarchie, Saint Louis le visita, lors de ses venues en Aigues Mortes, en deux occasions. Le pape Clément IV, originaire de Saint Gilles, accorda des donations en faveur de la continuation de l'église mais, des difficultés économiques résultant de l’assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, et de la « pénitence » du comte Raymond VI de Toulouse qui déclenchèrent la Croisade des Albigeois menée contre des Cathares ne permirent pas d'en achever la construction. Ce ne fut qu'au XIV° Siècle que l'abbatiale fut finalisée.


La Collégiale de l'Abbaye de Saint Gilles.


En 1538 l'abbaye restait sécularisée et avait dotée d'une collégiale. Au XVI° Siècle les protestants l'incendièrent et les bâtiments conventuels demeurèrent en état ruineux de longues décennies. L'église fut, elle, transformée en forteresse jusqu'à ce qu'en 1622 sa totale destruction fut ordonnée. Heureusement, le funeste destin édicté à l'encontre de l'abbatiale ne put s'accomplir, l'intervention des troupes en arrêtant la destruction. Bien que le chevet et une bonne partie des nefs furent déjà détruits, sur des bases plus restreintes, leur reconstruction commença. La crypte fut conservée et la nef fut raccourcie en son antique chevet dont les restes furent définitivement démolis pendant la Révolution. La façade romane fut entièrement restaurée.

Épuisés et ruinés par les Guerres de Religion puis par la Révolution, l'Abbaye de Saint Gilles, tout comme le village qui s'était bâti en ses abords, s’engloutirent peu à peu dans l'anonymat.

Aujourd’hui, ses ruines attirent de nombreux visiteurs qui découvrent la richesse iconographique de la façade médiévale de l'église abbatiale, la pureté architectonique de son escalier en vis, la beauté recueillie de son immense crypte.

 

Raymond Matabosch

 

Notes.


(1) Les latifundia étaient des grandes propriétés foncières, à l'époque romaine, spécialisées dans l'agriculture destinée à l'exportation, - grain, huile olive ou vin-, une agriculture industrialisée dont l'économie dépendait uniquement de l'exploitation des esclaves.

(2) À la mort du roi Recceswinth, malgré son âge déjà avancé, Wamba, - alors qu'il ne souhaitait pas devenir monarque -, fut élu roi le 21 septembre 672 par une partie de la noblesse wisigothique réunie dans la région de Valladolid.

 

Publié le 20 Novembre 2010 sur

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18 décembre 2010

Saint Polycarpe en Razès : Prieuré ou abbaye ?

L’abbaye bénédictine de Sant Polycarpe de Razès fut fondée, vers l'an 780, par Àtal, un moine, noble de haute lignée d’origine hispanique, - c'est-à-dire un Wisigoth -, passé du Sud au Nord des Pyrénées après avoir échoué, « à cause des razzias menées en Catalogne par les Sarrasins », - tel le soutient la chronique -, dans sa tentative de fonder un monastère près de Peralada dans le Alt Empordà.

Àtal, Prieur de Saint Polycarpe.

Àtal s'était réfugié, avec ses gens, en terres de Razès et s'était retiré dans un petit monastère, quasi un ermitage, situé sur les bords du ruisseau Rieugrand et entouré de quelques maisons et de vignobles. Batailleur, fort-à-bras, belliciste et martial, n'hésitant point à occire ses contradicteurs, il imposa rapidement ses idées et ses méthodes soldatesques. Par la bonté divine d'une dague administrant l'extrême onction à son illustre prédécesseur, il fut élu, sans coup férir, prieur de cet établissement conventuel.

Maître inextinguible des lieux, il n'eut, lors, cesse d'agrandir son domaine, de l'améliorer, de l'étendre hors ses murs et, pour cela, y engloutissant sa fortune personnelle et, à la tête d'une troupe de spadassins et de bretteurs semant terreur et mort dans toute la région, celle qu'il amassait dans ses rapines, il le dota largement et richement.

Étant dans la parenté directe de Charles Martel et, par sa mère, bien que bâtard du Duc Eudes compagnon d'arme de son grand père maternel(1), neveu de Pépin le Bref, très rapidement il reçut la protection royale. Charlemagne lui accorda certains privilèges. Ceux-ci furent confirmés et revalorisés par ses successeurs, Charles II le Chauve, Louis I le Débonnaire, - dit aussi le Pieux -, et, en l'an 881, par Carloman II, second fils de Louis II le Bègue et d'Ansgarde, qui, après la mort de leur père, a partagé le pouvoir avec son frère aîné Louis III(2), - Roi de France et de Neustrie -, et a régné sur la Bourgogne, l'Aquitaine et la Septimanie, - Cévennes, Corbières, Nord des Pyrénées avec les villes de Narbonne, Carcassonne, Béziers et Nîmes -.

Les moines de Saint Polycarpe : des pionniers et des missionnaires.

Le prieuré de Saint Polycarpe se situant, à 6 kilomètres de l'Abbaye d'Alet, à 8 kilomètres de celle de Saint Hilaire et à 27 kilomètres de Sainte Marie de La Grasse, totalement enclavé entre ces trois établissements pérennes dotés de dépendances notables et multiples, se trouvait à l'étroit et ne pouvait pas élargir son domaine foncier dans sa circonscription. Àtal, son prieur, et ses successeurs, l'ayant compris, s'attachèrent à créer de nouveaux villages dans les terres du Bas Razès et à transformer, en communautés d'habitants, certains oppida wisigothiques essaimés dans les montagnes du Haut Razès.

En juin 898, le roi Charles III le Simple, par une charte(5), confirme, au prieuré, toutes ses possessions territoriales : Gaja et Malras dans le Bas-Razès, Salles, près de Limoux, Luc-sur-Aude, Terroles, Peyrolles et Cassaignes dans le Haut-Razès et Bugarach et Cornanel. Et, sur plus de deux siècles, les moines, missionnaires et pionniers en terres agrestes, prirent part à la rénovation du territoire et au développement social et matériel de leur population, jusqu'au jour où le Comte de Carcassonne, désireux de doter grassement l'Abbaye d'Alet, et les seigneurs circonvoisins avides de s'appropier de nouvelles terre, usurpèrent et dépouillèrent, de la majeure partie de ses biens en dépendance, l'établissement claustral.

Certes, les initiant et en récupérant les fruits, les moines d'Alet n'étaient pas étrangers à ces spoliations seigneuriales. Le prieuré de Saint Polycarpe n'avait du son salut, ne conservant qu'un maigre écot de son domaine terrien, qu'à sa soumission, en l'an 1008, à l'Abbaye Sainte Marie de dite ville.

Le Prieuré de Saint Polycarpe élevé au rang d'Abbaye.

Pour l'aide apportée par les moines Teutbald et Hucbert, du Prieuré de Saint Polycarpe, lors de la captation(3) de l'héritage de ses frères aînés Louis III et Carloman II, au détriment de Charles fils posthume et légitime du roi de Francie Louis II le Bègue et prince héritier seulement âgé de cinq ans, par Charles III le Gros Roi d'Alémanie et d'Italie et Empereur d'Occident, celui-ci, en remerciement gracieux, en l'an 885, éleva la petite bâtisse monacale à la catégorie d'abbaye. Mais, dans les faits, et au moins jusqu’en 1090, ses supérieurs ne portant que le titre de prieur, Saint Polycarpe ne resta qu’un simple prieuré. Ce n'est qu'après cette date que le titre d'abbé leur fut alloué sans que les droits et les privilèges n'en fussent augmentés. Pour cause, le monastère, bien que convoité par les abbés de La Grasse, l’Abbaye d’Alet n'avait pas renoncé à exercer sa domination et le gardait sous sa dépendance.

En effet, depuis la création de Saint Polycarpe les deux établissements religieux, - celui de Sainte Marie de La Grasse installé entre Carcassonne et Narbonne, dans la vallée de l’Orbieu, au sein du massif des Corbières et celui de Sainte Marie d'Alet implanté au cœur même de la cité médiévale, sur la voie d'accès à la Haute Vallée de l'Aude -, s'étaient toujours disputés sa possession, En 1080, l’abbaye bénédictine Sainte Marie d’Orbieu(4) avait la main mise sur la congrégation sise en bords du ruisseau Rieugrand. Suite au concile tenu à Toulouse, en 1119, sous la présidence du pape Calixte II, et par celui de Saint Gèli, en 1135, sous l'autorité du pape Pascal II, l'Abbaye d'Alet en reprenait ses destinées tout comme elle voyait ses droits confirmés sur le monastère de Saint-Papoul et le Chapitre de Saint Paul de Fenouillet, sur des villages et des châteaux de ses dépendances.

Et, par un dernier procès, en 1197, Saint Polycarpe, prenant son indépendance, devenait abbaye à part entière.

Notes :

(1) Le 25 octobre 732, Charles Martel et le duc Eudes arrêtent les Arabes à Poitiers.

(2) En 879, Louis II désigne son fils Louis comme son seul successeur et le place sous la garde de Bernard d'Auvergne, associé à Hugues l’Abbé et à Boson V de Provence.

En septembre 879, grâce au soutien des grands de Francie occidentale dont Hugues l’Abbé, Boson V de Provence, Théodoric de Vergy et Bernard Plantevelue, le couronnement et le sacre de Louis III et de son frère Carloman II sont célébrés en hâte dans l’église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières près de Montargis, par Anségise, l’archevêque de Sens.

(3) Le 12 décembre 884, Carloman II, roi de Francie occidentale, meurt sans héritiers. Il reste le dernier fils de Louis II le Bègue, l'adolescent Charles, âgé de 5 ans. Jugé trop jeune, l'assemblée des aristocrates francs emmenée par Hugues l'Abbé, - conseillé par une armada de moines, dont Teutbaldus prieur de Saint Polycarpe en Razés -, renonce à le proclamer roi et impose l'empereur Charles III le Gros à assurer la tutelle et la direction du royaume.

(4) Le monastère de La Grasse dont La charte de « fondation » remonte à la fin du VIII° Siècle mais toutefois un établissement devait exister antérieurement à la période carolingienne.

(5) Cette Charte est souvent attribuée à Eudes, - ou Odon -, mais il ne peut en être, le roi Eudes étant mort le 3 Janvier 898.


Raymond Matabosch

 


Publié le 15 Novembre 2010 sur

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14 décembre 2010

Fontfroide, abbaye cistercienne. La renaissance d'une abbaye.

Le choix du site de Fontfroide n'est pas le fruit du hasard. Les moines, fondateurs de tels édifices, ont toujours privilégié les lieux calmes et isolés. C'est donc, dans un vallon sauvage du massif calcaire des Corbières, à proximité d'un torrent, qu'un groupe de religieux jette son dévolu à la fin du XI° siècle.

Elle doit son nom à cette « fons frigida », source d'eau fraîche. Les armes parlantes de l'abbaye représentent, d'ailleurs, une fontaine.


Le rayonnement de l'abbaye de Fonfroide.


Fondée, en 1093, sur des terres données par Aymeric II, vicomte de Narbonne, Fontfroide est rattachée, en 1144, à l'abbaye bénédictine de Grandselve. En 1146, Fontfroide est affiliée à l'abbaye de Cîteaux, dans la filiation de Claivaux.

Dès lors la liste de ses bienfaiteurs va s'étoffer. Le Comte deToulouse, le Vicomte de Béziers, Guillaume de Montpellier, Alphonse d'Aragon et Guillaume de Roussillon vont être à l'origine d'une des plus rapides ascensions matérielles et spirituelles qu'un édifice religieux ait connu à cette époque.

Les dotations des nobles languedociens, toulousains et catalans permettent, aux moines, d'élargir leur territoire foncier jusqu'au Roussillon et à la Catalogne.

Prospère, elle essaime alors et le monastère de Poblet en Catalogne, en 1149, celui de Valbonne, dans les montagnes d'Argelés, en 1242, entre autres, se trouvent dans sa filiation. Cent ans après sa fondation, à son apogée, Fontfroide est mère de cinq abbayes d'hommes et de trois abbayes de moniales, et possède 24 granges et 30 000 hectares de terres.


Fontfroide fer de lance de l'orthodoxie catholique.


Digne représentante de l'église catholique, elle incarne, à l'aube du XIII° siècle, l'orthodoxie face à « l'hérésie cathare. » Deux de ses moines, frère Raoul et Pierre de Castelnau, deviennent légats du pape, en 1203, pour combattre, par la parole, le catharisme.

En cette période de troubles, l'assassinat, d'un de ses moines, déclenche l'invasion du Languedoc et, sous le commandement de Simon de Montfort, la Croisade des Albigeois.
Fonfroide sort renforcé de ces épisodes tragiques et connaît même la gloire au début du XIV° siècle, deux de ses pères abbés occupant les sommets de la hiérarchie catholique. Arnault de Novell, ancien moine et légat du pape au procès des Templiers, devient cardinal en 1312. Son neveu, Jacques Fournier, est élu pape, en 1314, sous le nom de Benoît XII. On lui doit la construction du Palais des papes à Avignon.


Après l'apogée, le début du déclin.


L'apogée marque souvent le début du déclin et c'est le cas pour l'Abbaye de Fonfroide. Trop bien née et trop puissante, sa richesse, inexorablement, dans le macrocosme monacal, finit par faire des envieux. Fontfroide cristallise les mécontentements et les jalousies, et symbolise, trop ouvertement, la réussite et la prépondérance de Cîteaux. Parallèlement, la discipline, observée par les moines, se relâche et se dégrade

Lors du grand schisme d'Occident, de 1378, l'abbaye recon­naît l'anti-pape Clément VII et s'attire l'ire de Benoît XIII, autre anti-pape. Le choix stratégique des moines s'avère catastrophique et aboutit à la mise sous séquestre des biens de la communauté

 

Sous le régime de la Commende Fonfroide perd, partiellement, son autonomie.


Au milieu du XVe siècle, un autre scandale éclate au sein de l'abbaye. L'abbé Pierre Ferrer est expulsé par le chapitre général, mais, se refusant à la sanction édictée, celui-ci reprend possession, par les armes, de son bien. Jusqu'à sa mort, en 1454, cloîtré dans son monastère, il résiste à toutes les sommations


Les conditions de vie des moines continuant à se dégrader, en 1476, l'abbaye passe sous le régime de la commende et son abbé est choisi, par le Pape, parmi les membres du clergé séculier. L'abbé ainsi nommé perçoit les revenus de l'abbaye et s'occupe de sa gestion tandis que le pouvoir spirituel est remis aux prieurs. Le passage à ce régime marque, l'abbé ne se souciant que de son propre profit, le début d'une décadence des mœurs.

Bien que les prieurs conventuels fassent, au début du XVIII° Siècle de nombreux aménagements, le nombre de religieux chute. En 1764, Fontfroide perd son titre d'abbaye et les revenus qui y étaient attachés, et devient dépendance de l'évêché d'Elne-Perpignan. En 1791, le monastère est mis en abjudication, mais n'est pas détruit


La renaissance d'une abbaye.


Ses bâtiments, relativement préservés lors de la Révolution, ont été rachetés et, après y avoir effectué des travaux de restauration, réoccupés par des cisterciens de l’Immaculée Conception, de Sénanque, sous la direction du Père Jean, de 1858 à 1901


Deux nouveaux acquéreurs, Gustave Fayet et Madeleine d'Andoque de Sariège, en 1908, profitent de la loi sur les congrégations de 1901 pour faire, de Fontfroide, après quelques restaurations, un lieu culturel prisé.

Fontfroide s'impose, aujourd'hui, comme l'étape indispensable au départ des circuits des Corbières et des Châteaux cathares.


Plus de vie monastique mais des bâtiments magnifiquement conservés.


Un élégant portail d'entrée, construit à la veille de la révolution Française, accueille le visiteur et le guide jusqu'à la cour d'honneur.

La salle capitulaire et ses neufs voûtes romanes, disposées sur des croisées d'ogive, est considérée comme un pur chef d'œuvre de l'art roman. L'église, avec sa grande nef culminant à vingt mètres de hauteur, a retrouvé ses vitraux lumineux.

Des statues et des bas reliefs ornent les murs et les jardins. Depuis 1990, ces jardins sont agrémentés d'une grande roseraie composée de 3.000 rosiers rassemblés en onze massifs de couleurs différentes.

L'austérité n'est plus de mise et plus de neuf siècles après sa fondation, Fonfroide a adopté un style confortable et plus convivial.

Raymond Matabosch

Publié le 11 Novembre 2010 sur

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07:50 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fonfroide, abbaye, narbonne, aude, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

12 décembre 2010

Carte postale de Saint Polycarpe en Razès.

Saint Polycarpe, - Sant Policarpi en occitan -, implanté à 227 mètres d'altitude, est une commune audoise, canton de Saint-Hilaire, arrondissement de Limoux qui, baignée par la rivière éponyme et le ruisseau Rieugrand, s'étend sur une superficie de 13,8 kilomètres carrés. Le village et ses hameaux et lieux-dits, Arce, Fondondy et Theulières, au recensement de 2007, subissant une désaffection de près de 4% de sa population depuis 1999, comptait 178 habitants. Les communes de Villar Saint Anselme, de Nord en Est, de Belcastel et Buc, de Sud-Est en Sud, de Cournanel, de Sud-Ouest en Ouest, et de Limoux sur son Nord-Ouest, le ceinturent.

Niché dans le pays audois de la haute Vallée de l'Aude, terre cathare de défilés, de gorges et de plateaux, dans le Corbières vertes offrant la fraîcheur des luxurieuses sapinières, Saint Polycarpe est une terre agricole, principalement viticole qui, avec Saint Hilaire est le berceau de la célèbre Blanquette de Limoux, un vin effervescent, considéré avec le « Gaillac mousseux » et la « Clairette de Die » comme le plus vieux brut du monde dont s'était inspiré Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye bénédictine de Saint-Hilaire, pour appliquer la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.

Que le visiteur accède à Saint Polycarpe par la route de Limoux, de Villar Saint Anselme... ou par celle de Belcastel et Buc, il ne peut faire face qu'à une rencontre inattendue : devant lui se dresse, ou ce qu'il en reste, une église fortifiée, l'église paroissiale dédiée à la Vierge dont les ruines se découvrent au Nord de l’église actuelle qui fut, elle, église abbatiale. Et poussant plus loin ses investigations, allant de surprise en surprise, il accède à l'ancienne Abbaye des Bénédictins, connue sous le vocable de Saint-Polycarpe, fondée vers l'an 780 par Àtal, successivement soumise aux Abbayes d'Alet, de La Grasse et d’Alet avant de recouvrer son autonomie, en 1170, de passer, en 1532, sous le régime de la commende et d'être totalement fermée, sous ordre du Roi, en 1771 Cet édifice religieux est flanqué d'un cloitre et d'un aqueduc du XII° Siècle admirablement conservé.

Que dire autre que « ce sont ces bâtiments qui donnent, au village, une expression de grandeur passée » et qui en rehaussent son image de carte postale. Mais, en cela, il serait délicat d'omettre que le sol de son territoire conserve un grand nombre d'objets, - haches en silex, pointes de javelot en silex corné ou en feuille de laurier, tombelles, menhirs, dolmens, peulvans, peyro dreito, peyro ficado, peyro levado. cistes, celles...-, des traces indéfectibles datant de l'époque néolithique, et nombre plus récentes des périodes celtibère et gallo-romaine.

Au Sud du village, le hameau d’Arce recelle, dans les pierres et les ruines d'un vieux château et d'un donjon attenant qui furent démentelés par les troupes de Simon de Montfort lors de la Croisade des Albigeois, des souvenirs chargés d'histoire, de rébellion, de catharisme, de sang, de larmes et de mort.

 

Raymond Matabosch

Publié le 06 Novembre 2010 sur

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11 novembre 2010

L'Abbaye de Saint Hilaire : Berceau de la Blanquette.

Quinze siècles d'histoire, à quelques lieux de la cité médiévale de Carcassonne, au cœur du Razés, dans un paysage de vignobles, l'Abbaye de Saint Hilaire est la sépulture du première évêque de Carcassonne, Saint Hilaire…

Fondée au VIII° siècle, sous le règne de Charlemagne, elle connut, après une période de fastes et de richesses, le déclin dès les prémices du XIV° siècle et ferma, définitivement ses portes conventuelles, peu avant la Révolution Française, au XVIII° siècle.


Bref historique.


Au VIe siècle, Saint Hilaire, le premier évêque de Carcassonne, enfant du pays nostalgique de ses terres, en visite pastorale, demande, aux habitants des lieux, la construction, sur un éperon rocheux dominant le Lauquet, d'une chapelle qui devient, par la suite, sa sépulture.

Au VII° siècle, l'abbaye qui la remplaça, fut d'abord consacrée au célèbre Saint-Saturnin ou Sernin, évêque-martyr de Toulouse, puis, lorsqu'on y découvrit ses restes, placée sous le patronage d'Hilaire.

Autour de l'an Mil, un nouvel élan de réforme monastique se double d'une révolution technique et stylistique. C'est aussi le temps des premières audaces architecturales qui permettent d'élargir la nef des églises et d'accueillir des fidèles de plus en plus nombreux, venus vénérer les saintes reliques comme le morceau de la Vrai Croix à Sainte Marie d'Alet, ou le corps de l'évêque Hilaire de Carcassonne à Saint-Hilaire…

Sous la protection des comtes de Carcassés-Razés désireux d'honorer l'un des leurs, l'établissement monastique eut, jusqu'au XIII° siècle, un rayonnement considérable dans la région.

Mais, les troubles engendrés par la Guerre de Cent Ans, obligeant les abbés à entretenir les fortifications villageoises précipitent son déclin.

 

Le cloître et les bâtiments conventuels.


Le cloître, édifié au XIV° siècle, est toujours intact Constitué de quatre galeries composées d'arcades ogivales reposant sur des colonnes géminées et moulurées, aux chapiteaux très abîmés, il est en forme de trapèze irrégulier avec des côtés de douze baies archées à l'est et à l'ouest, quatorze au nord et seize au sud.

Décorés de feuillages, de visages humains ou d'animaux, les chapiteaux sont taillés dans un seul bloc de grès provenant des carrières in situ du Razès.

Les galeries du cloître, couvertes d'un toit de tuiles, sont ni voûtées, ni encorbellées.

Un puits et un bassin à quatre lobes, support d'une vasque, du XVI° siècle, occupent le cœur du cloître.

Les galeries du cloître sont couvertes d'un toit mais ne sont pas voûtées. Dans la galerie orientale, sous la quatrième arcade en partant de la galerie sud, on trouve les restes d'un échiquier sculpté. Celui-ci n'est pas daté.

Soit il s'agit d'un échiquier médiéval utilisé par les moines pour faire des comptes, et non pour jouer, soit il a été taillé par les habitants au XVIII° siècle, lorsque le monastère a été abandonné.

Le logis abbatial a été restaurée au XIX° siècle. Il s'agit d'une petite pièce cossue, bien plus tardive que le reste des bâtiments. Son plafond à caissons, offre un répertoire floral et animal, ainsi que et différentes scènes  Il date du XVI° siècle.

Le réfectoire est presque entièrement détruit. Seul subsiste quelques pans de mur. L'un d'eux abrite encore la chaire de lecture, du XIV° siècle, unique en France, et l'ouverture qui y menait. Cette chaire, voûtée d’une croisée d’ogives à la clé de voûte circulaire, ouvrait sur deux salles, l’une destinée aux moines, récemment restaurée, l’autre aux pèlerins et hôtes de l’Abbaye, toujours en ruines.

La galerie ouest abritait les caves, les greniers et les celliers de l’abbaye. Enfin, un peu à l'extérieur de l'enceinte, en empruntant un escalier on peut accéder à ces caves, taillées à même la roche, dans le grès et le poudingue, qui servaient de celliers.

C’est dans ces caves que les moines découvrirent l'élevage, la vinification et la transformation du vin blanc en vin effervescent.


La tradition voudrait...


La tradition veut que l’abbaye de saint Hilaire soit le berceau de la Blanquette de Limoux qui est considérée comme le vin mousseux le plus ancien au monde.

Dès 1531, des écrits en attestant la fabrication, les moines élaboraient un vin pétillant qui, sans le savoir, allait connaître une renommée mondiale.

L'histoire rapporte, même, que, vers la fin du XVIe siècle, Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye de Saint Hilaire, y découvre la méthode de vinification des vins effervescents. Et, de retour dans son Abbaye d'Hautvillers, il en expérimente la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.


Trésors romans.


L'église abbatiale romane, du XII° siècle, remaniée au cours des siècles, et sa nef, depuis 1257, voûtée d'ogives à la mode gothique, se définit en trois travées de chapiteaux retombant sur des consoles sculptées de feuillages et de têtes humaines.

Les bras du faux transept sont ordonnancés en berceau brisé ou, seule, y subsiste l'absidiole sud dépositaire d'un sarcophage sculpté au XII° siècle, en marbre blanc des Pyrénées, œuvre du mystérieux maître de Cabestany.

Véritable et exceptionnelle, cette cuve, d’inspiration antique, creusée dans un seul bloc de marbre blanc des Pyrénées, mesure deux mètres. Elle est dédiée à Saint Sernin, sert de support à l’autel de l’absidiole sud et évoque l’arrestation, le martyre et l’ensevelissement de Saint Sernin, premier évêque de Toulouse.


Le Maître de Cabestany.


Ce mystérieux sculpteur du XII° siècle, - était-il catalan, languedocien ou italien ? -, doit son nom à à un fabuleux tympan de l'assomption, seul vestige d'un portail disparu conservé dans l'église de Cabestany.

Artiste nomade et anonyme, le Maître et les artisans de son atelier ont laissé leur empreinte sur de nombreux monuments du Roussillon et jusqu'en Navarre.

Affranchi du souci de réalisme des sculpteurs romans, il fait surgir de la pierre des personnages aux corps trapus, aux mains immenses, aux yeux proéminents, avec « une puissance et une sauvagerie », un fabuleux tempérament, qui ne peuvent être confondues avec nul autre.

10:08 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint hilaire, abbaye, aude, razès, la, guedoc-roussillon, blanquette de limoux | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

05 novembre 2010

Dans l’Aude, le Village et l’Abbaye de Saint Polycarpe.

Saint Polycarpe est un village audois, situé sur la D129, à 8 km de Limoux, dans un vallon, au bord de la rivière éponyme qui prend sa source à proximité du château de Belcastel.

En se promenant sur les vertes pentes des Corbières toutes proches, la rencontre inattendue, d’une église fortifiée, surprend le voyageur qui n’est pas averti. Cette église est devenue l’église paroissiale mais elle faisait, autrefois, partie d’une abbaye.

Ce sont ces bâtiments qui donnent, au village de Saint Polycarpe, cette expression de grandeur passée.


L’Abbaye de Saint-Polycarpe.


L’abbaye a été fondée en 783, à l’époque carolingienne, dans l’élan des créations monastiques de la région comme celles d’ Alet, de Lagrasse, de Rieunette, ou de Saint Hilaire. Attala, riche seigneur ibérique, fuyant l’invasion sarrasine, se réfugie en limouxin, défriche la région et jette les fondements de l’église et du monastère pour en devenir le premier abbé.

Pourtant les origines de cette abbaye restent confuses et les archives qui la concernent, sont peu nombreuses. Fondée au début du IX° siècle, elle fut soumise, au Moyen Age, à des monastères plus puissants. L’apparition de la commende et les troubles civils et religieux du XVI° siècle marquèrent le morcellement et la diminution de son patrimoine foncier. Relevée au XVIII° siècle dans le cadre d’une réforme austère marquée de jansénisme, elle est définitivement supprimée en 1771 suite au désaveu des autorités ecclésiastiques.

De moindre importance que ses voisines, elle passa tantôt sous la dépendance tantôt de l’abbaye de Lagrasse, tantôt sous celle d’Alet.. Elle retrouva son autonomie au XII° siècle. Les vestiges des bâtiments claustraux appartiennent aux XVII° et XVIII° siècles. Un aqueduc, toujours visible, alimentait les bassins de cette abbaye.


Les bâtiments monastiques restants sont en ruines.


Les bâtiments sont composés de quatre corps répartis en carré qui forment le cloître du monastère. L’hostellerie était destinée aux étrangers à l’abbaye afin d’assurer le devoir d’accueil et de charité de la règle de Saint Benoît.

Les remaniements architecturaux montrent que des modifications ont été apportés au fil du temps pour en améliorer la fonctionnalité mais aussi la protection.


L’église abbatiale.


L’église abbatiale fortifiée Notre-Dame, exemple représentatif du premier art roman méridional méditerranéen avec les murs épais percés de 3 fenêtres romanes, l’escalier à donner le tournis, les voûtes et l’abside, fut construite à la fin du XI° siècle. Elle comporte à l’ouest un clocher-porche donnant accès à une nef unique, de trois travées, chacune est surmontée d’une voûte d’arêtes domicale. Elle n’était utilisée que par les moines de l’abbaye, la maison cultuelle fréquentée par les villageois étant contiguë.

Cette nef est terminée par une abside semi-circulaire, voûtée en cul-de four. Voûtes et murs étaient couverts de peintures et fresques, datant du XII° siècle représentant l’apocalypse de Saint Jean et la nativité, dont il ne reste quelques scènes. Des remplois de chancels carolingiens sculptés en méplat d’entrelacs, d’oiseaux et de demi-coquilles ornent les autels romans latéraux.

Du XVII° siècle on peut y admirer, également, deux tableaux du peintre Mauriac.

À l’extérieur, le chevet de l’église s’orne d’arcatures lombardes. Le trésor est exposé en permanence, il s’agit des chefs reliquaires de Saint Benoît et de Saint Polycarpe, et d’un monstrance reliquaire porté par deux anges, tous datés du XIV° siècle .


Le village de Saint Polycarpe.


Au nord des édifices religieux, les maisons sont organisées, un peu, sur le modèle d’une bastide avec des rues à angles droits. En parcourant les plus anciennes, quelques maisons à colombage révèlent l’ancienneté de l’habitat de certains quartiers.

Un aqueduc, du Moyen-Âge, traverse la rivière pour alimenter, en eau, l’abbaye et le bourg. Une crue a certainement du en emporter une partie car il est à remarquer que les arceaux datent de deux époques distinctes


Saint Polycarpe.

 

Saint-Polycarpe était, en ses débuts, un monastère bénédictin entouré de quelques maisons et vignobles. Polycarpe était un Évêque d’Ismir, en Turquie.

Étymologiquement, son nom signifie « qui donne beaucoup de fruits. » Les moines du village le priaient pour guérir de la folie alors que, dans son pays d’origine, on l’invoquait pour améliorer les récoltes.

12:07 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint polycarpe, abbaye, razès, aude, languedoc roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

11 août 2010

L'Abbaye de Saint Hilaire : Berceau de la Blanquette.

Quinze siècles d'histoire, à quelques lieux de la cité médié­vale de Carcassonne, au cœur du Razés, dans un paysage de vi­gnobles, l'Abbaye de Saint Hilaire est la sépulture du première évêque de Carcassonne, Saint Hilaire…

Fondée au VIII° siècle, sous le règne de Charlemagne, elle connut, après une période de fastes et de richesses, le déclin dès les prémices du XIV° siècle et ferma, définitivement ses portes conven­tuelles, peu avant la Révolution Française, au XVIII° siècle.


Bref historique.


Au VIe siècle, Saint Hilaire, le premier évêque de Carcas­sonne, enfant du pays nostalgique de ses terres, en visite pastorale, demande, aux habitants des lieux, la construction, sur un éperon ro­cheux dominant le Lauquet, d'une chapelle qui devient, par la suite, sa sépulture.

Au VII° siècle, l'abbaye qui la remplaça, fut d'abord consa­crée au célèbre Saint-Saturnin ou Sernin, évêque-martyr de Tou­louse, puis, lorsqu'on y découvrit ses restes, placée sous le patronage d'Hilaire.

Autour de l'an Mil, un nouvel élan de réforme monastique se double d'une révolution technique et stylistique. C'est aussi le temps des premières audaces architecturales qui permettent d'élargir la nef des églises et d'accueillir des fidèles de plus en plus nombreux, ve­nus vénérer les saintes reliques comme le morceau de la Vrai Croix à Sainte Marie d'Alet, ou le corps de l'évêque Hilaire de Carcas­sonne à Saint-Hilaire…

Sous la protection des comtes de Carcassés-Razés désireux d'honorer l'un des leurs, l'établissement monastique eut, jusqu'au XIII° siècle, un rayonnement considérable dans la région.

Mais, les troubles engendrés par la Guerre de Cent Ans, obli­geant les abbés à entretenir les fortifications villageoises précipitent son déclin.


Le cloître et les bâtiments conventuels.


Le cloître, édifié au XIV° siècle, est toujours intact Constitué de quatre galeries composées d'arcades ogivales reposant sur des co­lonnes géminées et moulurées, aux chapiteaux très abîmés, il est en forme de trapèze irrégulier avec des côtés de douze baies archées à l'est et à l'ouest, quatorze au nord et seize au sud.

Décorés de feuillages, de visages humains ou d'animaux, les chapiteaux sont taillés dans un seul bloc de grès provenant des car­rières in situ du Razès.

Les galeries du cloître, couvertes d'un toit de tuiles, sont ni voûtées, ni encorbellées..

Un puits et un bassin à quatre lobes, support d'une vasque, du XVI° siècle, occupent le cœur du cloître.

Les galeries du cloître sont couvertes d'un toit mais ne sont pas voûtées. Dans la galerie orientale, sous la quatrième arcade en partant de la galerie sud, on trouve les restes d'un échiquier sculpté. Celui-ci n'est pas daté.

Soit il s'agit d'un échiquier médiéval utilisé par les moines pour faire des comptes, et non pour jouer, soit il a été taillé par les habitants au XVIII° siècle, lorsque le monastère a été abandonné.

Le logis abbatial a été restaurée au XIX° siècle. Il s'agit d'une petite pièce cossue, bien plus tardive que le reste des bâtiments. Son plafond à caissons, offre un répertoire floral et animal, ainsi que et différentes scènes . Il date du XVI° siècle.

Le réfectoire est presque entièrement détruit. Seul subsiste quelques pans de mur. L'un d'eux abrite encore la chaire de lecture, du XIV° siècle, unique en France, et l'ouverture qui y menait. Cette chaire, voûtée d’une croisée d’ogives à la clé de voûte circulaire, ou­vrait sur deux salles, l’une destinée aux moines, récemment restau­rée, l’autre aux pèlerins et hôtes de l’Abbaye, toujours en ruines.

La galerie ouest abritait les caves, les greniers et les celliers de l’abbaye. Enfin, un peu à l'extérieur de l'enceinte, en empruntant un escalier on peut accéder à ces caves, taillées à même la roche, dans le grès et le poudingue, qui servaient de celliers.

C’est dans ces caves que les moines découvrirent la l'éle­vage, la vinification et la transformation du vin blanc en vin effer­vescent.


La tradition voudrait...


La tradition veut que l’abbaye de saint Hilaire soit le berceau de la Blanquette de Limoux qui est considérée comme le vin mousseux le plus ancien au monde.

Dès 1531, des écrits en attestant la fabrication, les moines élaboraient un vin pétillant qui, sans le savoir, allait connaître une renommée mondiale.

L'histoire rapporte, même, que, vers la fin du XVIe siècle, Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye de Saint Hilaire, y découvre la méthode de vinification des vins effervescents. Et, de retour dans son Abbaye d'Hautvillers, il en expérimente la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.


Trésors romans.


L'église abbatiale romane, du XII° siècle, remaniée au cours des siècles, et sa nef, depuis 1257, voûtée d'ogives à la mode go­thique, se définit en trois travées de chapiteaux retombant sur des consoles sculptées de feuillages et de têtes humaines.

Les bras du faux transept sont ordonnancés en berceau brisé ou, seule, y subsiste l'absidiole sud dépositaire d'un sarcophage sculpté au XII° siècle, en marbre blanc des Pyrénées, œuvre du mys­térieux maître de Cabestany.

Véritable et exceptionnelle, cette cuve, d’inspiration antique, creusée dans un seul bloc de marbre blanc des Pyrénées, mesure deux mètres. Elle est dédiée à Saint Sernin, sert de support à l’autel de l’absidiole sud et évoque l’arrestation, le martyre et l’ensevelisse­ment de Saint Sernin, premier évêque de Toulouse.


Le Maître de Cabestany.


Ce mystérieux sculpteur du XII° siècle, - était-il catalan, languedocien ou italien ? -, doit son nom à à un fabuleux tympan de l'assomption, seul vestige d'un portail disparu conservé dans l'église de Cabestany...

Artiste nomade et anonyme, le Maître et les artisans de son atelier ont laissé leur empreinte sur de nombreux monuments du Roussillon et jusqu'en Navarre.

Affranchi du souci de réalisme des sculpteurs romans, il fait surgir de la pierre des personnages aux corps trapus, aux mains im­menses, aux yeux proéminents, avec « une puissance et une sauva­gerie », un fabuleux tempérament, qui ne peuvent être confondues avec nul autre.

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