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05 décembre 2010

La « grotte rose » de Dargilan, en Lozère.

Une concentration particulière d’oxyde de fer et de matières organiques donnant aux concrétions et aux nombreuses draperies roses qui la recouvrent, des teintes très variées, lui attribuant ainsi beaucoup de charme, la grotte de Dargilan, du nom du hameau voisin, se situe à 7 kilomètres à l'Ouest-Nord-Ouest de Meyrueis. Elle s'ouvre à 860 mètres d'altitude, dans la grande falaise dolomitique du Causse Noir, sur une terrasse, en surplomb de la rive gauche de la Jonte.

 

 

Cette caverne à deux étages, entre Gorges de la Jonte et Gorges du Tarn, était totalement ignorée quand, incidemment, vers la fin de l'automne de l'an 1880, elle fut découverte par un jeune berger, commis à la garde du troupeau de l'une des fermes voisines, répondant au nom de Sahuquet.


La légende de la découverte de la « grotte rose » de Dargilan.


Le légende dit qu'un jour le jeune pâtre aperçut un renard pénétrer dans une étroiture de la roche et disparaître de sa vue. Mais comme tout caussenard, chasseur d'instinct dans l'âme, il s'était mis en devoir de capturer maître goupil, un canidé malin, retors, roublard et rusé. Après plusieurs heures d'un travail long et fastidieux, la fissure allait s'élargissant.

 

Le déblayage auquel il s'astreignait, lui permit, enfin, de se glisser par l'ouverture qu'il avait, avec la patience, la ténacité et l'obstination qui sublimaient sa volonté juvénile, ainsi agrandie. Après quelques pas à peine, il se trouva dans l'antre de la grotte, au seuil de la première salle.

L'univers qui s'offrit à lui était tout autant fascinant qu'effrayant. Passé le seuil, il s'était trouvé dans une immense salle, au sol encombré d'un chaos de roches entrelacées et difficilement praticable, où scintillaient de nombreuses stalagmites et fistuleuses de toutes tailles qu'il avait pris, précise la légende, pour des fantômes. La résonance de sa voix, dans l'immense nef obscure, l'avait glacé de peur. Paniqué, se découvrant dans les entrailles de Satan et craignant d'y perdre son âme, il avait fui.

Une seconde légende reprenant le même thème du jeune berger à la poursuite d'un renard et, ainsi, découvrant accidentellement la grotte, précise que le pastouret raconta son incroyable histoire à des godelureaux des environs. Excités à l'idée de vivre un événement exceptionnel et rare, ceux-ci parvinrent à convaincre le jeunot de les y mener. Tous se rendirent donc, sous sa conduite, à la grotte mais, ayant investi les lieux, la peur nouant leurs entrailles, ils n'osèrent réellement s'y aventurer.


La première exploration, digne de ce nom, de la grotte de Dargilan.


C'est en 1884, qu'Édouard Alfred Martel, un jeune homme de 25 ans arborant une courte barbe sombre et développant un goût passionné pour la géographie et le domaine souterrain, décida de visiter la grotte de Dargilan. Il en vit la première grande salle, la salle du chaos, où il y reconnut l'existence de cinq puits profonds. Mais ce n'est qu'en 1888, une année marquante pour la spéléologie mondiale, la même année où il explora l'abîme de Bramabiau, dans le Gard, qu'il en leva, quatre jours durant, les données topographiques.

Lors de son expédition découverte, Édouard Alfred, accompagné par son équipe, disposait de matériel rudimentaire : minces cordages pour s'assurer et simples bougies pour s'éclairer. En outre, le sol de la grotte et de ses boyaux était plus difficilement praticable qu'ils ne l'est de nos jours, d'où les difficultés d'exploration et d'investigations sur plus de 1.200 mètres de dédales caverneux explorés.

Et, propre aux inventeurs(1) de baptiser les sites, par eux, découverts, bien qu'une éponymie puisse paraître évidente, un lieu dit « Lou Darzillan » étant existant sur le terrier seigneurial de 1688, commune de Meyrueis en Lozère, l'aven fut dénommé « Dargilan » par le fait qu'il se localise sur le territoire, à moins de 600 mètres, de la ferme-hameau de même nom.

L'électricité, installée en 1910, permit d'accueillir les premiers visiteurs, dans ce labyrinthe souterrain aménagé dès 1890. Et, depuis 1982, grâce aux travaux entrepris par la société d'exploitation des Gorges du Tarn, muée aujourd'hui en Société Anonyme de Dargilan, Dargilan est l'une des grottes les mieux aménagées pour la visite.


La « grotte rose » de Dargilan.


La Grotte de Dargilan captive par ses dimensions impressionnantes, solennelles, déroutantes et stupéfiantes et par la multiplicité de ses agrégats, de ses pétrifications et de ses concrétions aux couleurs et aux patines naturelles baignées d'une palette safranée d'ocres, de jaunes et de roses.

Tout au long de ses 1.200 mètres de galeries, toutes en circonvolutions et méandres, s'enfonçant, s'insinuant et s'effilochant à 120 mètres de profondeur sous le plateau karstique du Causse Noir, la diversité ravit et enthousiasme les visiteurs.
Si le chaland ne retenait que l'insignifiante étroiture qui permit au jeune berger de pénétrer dans les entrailles dolomitiques jurassiques et de violer leur clandestinité et leur mystère, il outragerait la magnificence d'une cathédrale de pierre façonnée, sans relâche depuis de centaines de millénaires, par l'eau infatigable besogneuse silencieuse.

Les premiers pas posés mènent directement à une imposante basilique pétrée, 142 mètres de long, 50 de large et 25 de haut, la Salle du Chaos, où, diaprant un effondrement conséquent de roches entrelacées et répondant aux clignements engourmandis de fistuleuses et de stalactites dévalant, en ressaut, de la voûte, scintillent une myriade de stalagmites de toutes tailles.

Passée la salle immense de l'entrée et s'engageant dans le lit d'une rivière asséchée, les colonnes, les cascades pétrifiées, la Mosquée, les draperies, les stalactites, les fistuleuses, les orgues calcaires et les coulées de calcite, ciselées et nacrées par un essaim de petits lacs, se succèdent, pour l'émerveillement et la béatitude du regard et des yeux, sans interruption, jusqu'à la sortie, magnifique débouchant sur le panorama grandiose des gorges de la Jonte.


Notes.


(1) En archéologie et en spéléologie, quelqu'un qui découvre un site ou un objet important n'est pas nommé découvreur - souvent utilisé faussement à la place - mais inventeu.

 

Publié le 30 Octobre 2010 sur C4N

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29 janvier 2010

Aven Armand, forêt de pierres. Merveille façonnée par l'eau.

Platitude et monotonie des paysages, voilà ce que le concept de plateau, sur les anciennes terres du Gévaudan, laisse suggérer.

Néanmoins, dans l'alternance de reliefs curvilignes, turgescents, fusiformes, arrondis ou acuminés et de dépressions, de ravins abrupts et de gorges étroites et profondes au fond desquelles s'écoulent des rivières turquoises ou émeraudes, les chaos dolomitiques rompent l'uniformité triviale des étendues quasi désertiques et lunaires

 

 

 

Point de rivière ! Point de torrents ! Nul cours d'eau assigné ne coule à la surface du Causse Méjean. Comme aspirée par les maelströms souterrains, l'eau de pluie rejoint et alimente les vastes entrelacs karstiques pour resurgir dans les vallées verdoyantes.

 

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

 

 

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fascinante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au coeur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dolmens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la présence humaine.

 

 

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Castelbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

 

Une découverte impromptue de l'aven, par un forgeron au Rozier, en 1897.

 

 

Le 18 septembre 1897, Louis Armand, de son métier forgeron au Rozier, descendait du hameau de la Parade. Depuis 1883, il assistait, dans ses explorations, Édouard Alfred Martel considéré comme le père de la spéléologie. Sur le bord du chemin qu'il empruntait, il aperçut un énorme orifice envahi par les broussailles et les ronciers.

Il jeta, dans le trou béant, un gros caillou et il eut l'impression que la pierre s'enfonçait dans les profondeurs abyssales. Ce gouffre, situé à 3 kilomètres d'Hyelzas, était connu, de générations en générations de paysans, sous le nom de « l'aven » et faisait l'objet de nombreuses légendes dans les environs.

« Cette fois, M. Martel », avait-il déclaré, tout excité par sa découverte, « écoutez bien et n'en soufflez mot à personne: je crois que je tiens un second Dargilan, et peut-être plus fameux encore...je suis tombé par hasard sur un grand trou; c'est certainement l'un des meilleurs... »(1)

 

L'exploration du gouffre par Louis Armand et Édouard Alfred Martel.

 

 

Le puits d'accès, du gouffre, de quelques mètres de diamètre, est une paroi verticale de 70 mètres de profondeur. Après une pé­rilleuse descente en échelle de corde, le 19 Septembre pour Louis Armand, dans un couffin suspendu par un treuil, le lendemain pour Édouard Alfred Martel et Armand Viré, les trois hommes débou­chèrent à la voûte d'une salle immense en pente.

La cavité est longue de 110 mètres, large de 60 mètres et a une hauteur moyenne de 45 mètres. Les explorateurs y découvrent une forêt de plus de 400 stalagmites géantes et, parmi elles, avec ses 30 mètres de haut, la plus grande au monde connue à ce jour. Elle se prolonge, sur sa partie basse, par une seconde cheminée, terminale, noyée par un lac et obstruée à 90 mètres de profondeur.


 

« Superbe ! Magnifique ! Une vraie forêt de pierres ! »(1), s'était exclamé Louis Armand, en découvrant ce site merveilleux. « La grande forêt dressait subitement ses colonnes colossales et diamantées à 30 m au-dessus de nos têtes ; les fûts monstrueux émergeaient de l'ombre, les colonnettes se détachaient en blanc sur le noir des voûtes ; tout cela brillait, miroitait, scintillait, dans une apothéose, dans un éblouissement. Tout le monde enfin se taisait, empoigné d'une intense émotion. », avait ajouté Armand Viré. Et Édouard-Alfred Martel, emporté par le spectacle féérique qui s'offrait à ses yeux, avait même qualifié le site de « Rêves des Mille et Une Nuits».(1)

 

La formation géologique de l'aven Armand.

 

 

L'aven Armand, puits naturel du causse Méjean, à 970 mètres d'altitude, se situe sur un plateau calcaire jurassique de type lozérien. Il s'inscrit entre les gorges du Tarn et celles de la Jonte. La formation de l'aven et de ses stalagmites si particulières sont la résultante de phénomènes naturels qui apparaissent, dans les milieux karstiques. Liés aux effets du temps, ils se concrétisent, dans un premier stade géologique, par le creusement d'une cavité, dans un second par son remplissage avec des concrétions et, dans un troisième, par l'obturation totale.

Dans ce karst, les eaux sont richesen carbonates dilués. Elles s'infiltrent, par les fissures, dans les roches calcaires. Quand l'eau, chargée de minéraux dissouts, pénètre dans une cavité et rentre en contact avec l'air, il se produit une réaction chimique. Le gaz carbonique s'échappe et décroche les molécules calcaires qui se déposent à la voute, formant des stalactites. Sur les parois, elles donnent naissance à des draperies. Au sol, elles se matérialisent en gours et en stalagmites.

 

L'aven Armand, une des neuf merveilles souterraines du monde.

 

 

En fonction des apports d'eau, et suivant les variations saisonnières des précipitations extérieures, les gouttes sont plus ou moins lourdes et la hauteur importante de la salle, accélérant la chute, active d'autant le dégazage. En arrivant au sol, les gouttes explosent en d'innombrables gouttelettes et libèrent d'importantes charges minérales.

Ainsi, à l'aven Armand, l'histoire géologique propose une inoubliable féerie de cristal. Et les parois de cette cathédrale souterraine aux mille feux étincelants sont ornées de dentelles de pierres, de feuilles de calcite et de draperies translucides. Tout un décor spectaculaire s'est ainsi crée au fil des millénaires. « Le Palmier, le Dindon, les Méduses, le Chou fleur, la Mâchoire du Tigre... », et des acteurs immobiles s'offrent en spectacle permanent aux visiteurs émerveillés.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) Les causses et gorges du Tarn, Édouard Alfred Martel - 1926

(2) Six semaines d'exploration dans les Causses et les Cévennes, Revue du Club cévenol, Ernest Cord, Jacques Maheu et Armand Viré -1900.

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