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31 janvier 2014

Le Bélisaire de Xambeu.

Le Bélisaire de Xambeu.JPG

Alors que l'espèce est répandue en Amérique du Sud, - Colombie et Équateur -, le Bélisaire de Xambeu, ou l'escorpí cec, en catalan, - Belisarius xambeui de son nom savant, répertorié scientifiquement depuis 1879 par l'arachnologue parisien Eugène Simon et rattaché à la famille des Troglotayosicidae -, constitue une espèce endémique rare de Catalogne, - Pyrénées Orientales, en France -, qui s'est développée autour du Massif du Canigou, - Vallespir et Conflent -, et dans les régions du Ripollès et de la Garrotxa, notamment aux abords de Prats de Mollo et de la vallée de Camprodon. Cette zone d'implantation est exclusive en Europe.

Cet petit chactidae, de la famille troglotayosicidae, troglophile, de 25 à 37 millimètres de long, dépigmenté, de couleur ocre, pâle, se rencontre, dans les Pyrénées occidentales, entre 600/650 et 1.500 mètres d'altitude, et, doté d'yeux latéraux vestigiaux, réduits à l'état de taches oculaires,présente la particularité de ne pas posséder d’yeux médians, d’où son appellation de « scorpion aveugle ». Il tire son nom d’un général général byzantin, Bélisaire, un héros du règne de Justinien, qui, selon la légende, légende, sans fondement historique, aurait terminé sa vie aveugle et mendiant, et de Vincent Xambeu, un naturaliste catalan du XIX°Siècle, qui avait collecté, à Conat, les exemplaires étudiés par Eugène Simon.

A la différence des araignées troglobies, les Bélisaires de Xambeu sont beaucoup moins nombreux dans les cavités souterraines profondes. Ils vivent en altitude dans des habitats forestiers montagnards, soit en milieu cavernicole, soit en hypogé, en milieu très humide, sous les litières forestières au couvert de hêtres et de bouleaux avec sous-bois dense de petits buis, sous des pierres très enterrées, ou sous des éboulis calcaires recouverts d 'épaisses couches de mousse. En outre, ils n'ont été recensés, et seulement en petit nombre, que dans trois grottes, entre 630 et 1.250 mètres d'altitude, aux entours de Prats de Mollo, et huit sites de surface, en Pyrénées Orientales, et quinze localités souterraines et dix-huit de surface en Catalogne.

Anophtalmes, leurs yeux n'interviennent pas dans la capture des proies, car le repérage de celles-ci s'effectue par le truchement de soies sensorielles. Leur reproduction, à faible fécondité, 5 à 24 larves, se déroule toute l'année. Le Bélisaire de Xambeu, « scorpion aveugle » cavernicole de Catalogne, unique représentant d'un genre créé pour lui, est une espèce rare, en voie de disparition, n'est connu, en Pyrénées Orientales, que dans une quinzaine de localités, situées au Sud-Ouest de Perpignan, dans le Massif du Canigou, le Conflent et le Vallespir, et sa survie est tributaire de la protection des biotopes que sont les grottes et les cavernes souterraines.

© 2014 Raymond Matabosch

31 décembre 2010

Réal en Capcir, un village endormi en bord d'Aude.

Municipalité du Capcir, s'étendant en la partie basse de la vallée, depuis les versants sud-occidentaux du Massif de Madres et son Pic de l'Ós, - le Pic de l'Ours culminant à 2.341 mètres d'altitude -, au col de Censà, limite avec le Conflent, jusqu'aux rives du fleuve Aude, limite occidentale du territoire, qui en ce lieu donne vie au lac artificiel et au barrage de Puyvalador, le territoire communal de Réal, - ou Ral -, au milieu des herbages et des champs de céréales et de pommes de terre, est un espace de tranquillité à proximité de l’effervescence Capcinoise.


Les versants montagneux y sont boisés et la zone cultivée, essentiellement des près et des pâturages où paissent chevaux et bovins, est restreinte. Les activités touristiques ont peu impacté la localité qui subit, de la sorte, un fort pourcentage de dépeuplement. Le village, implanté à 1.509 mètres d'altitude, sur la berge droite de l'Aude, se dore au soleil face à la confluence avec la rivière Lladura, et son hameau, Odelló, du haut de son oppidum, veille sur les destinées de la retenue.


Topographie ancienne de Réal


En 1087, Guillaume, archidiacre, et Guillaume Udalgar font donation, à Guillaume, Comte de Cerdagne, de la villa de Réal qui est située en Comté de Cerdagne dans l'archevêché de Narbonne et dans la montagne qu'on appelle Capcir. A cette date, les délimitations en étaient : à l'Est, le col de Berga Stultos et de Campser, au Midi, Vila Nova, à l'Ouest Formiguera et, au Nord, Riutort et la barraque de Querramat. Querramat, le rocher en forme de branche qui n'a laissé qu'un lieu-dit rattaché, de nos jours, à Puyvalador, était dépendance, en 1011, du Vilar d'Odeillo lequel appartenait à l'Abbaye de Saint Michel de Cuxà.


Origine du toponyme Réal.


Le toponyme « Regaliis » apparaît, pour première mention, dans l'acte de concession, en l'an 893, du lieu que l'ont appelait « Mons Regaliis » situé dans la « villa mancipante de Sancti Romanii de Regaliis » fait à Guillaume Prat, par les frères Acfredo et Oliba II, Comtes du Carcassés-Razés.

Il se conçoit, pour ce toponyme, soit un substantif latin usité par Cicéron et Virgile, se traduisant, en français, par royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, d'une part, et, d'autre part, d'après Cassiodorus, dans son « Historiae ecclesiastiae », signifiant résidence d'un roi ou palais : soit une altération de « Regales », concernant les membres d'une corporation de Formies, ville des Volques.

Antérieurement à la domination romaine en Capcir, vivait un peuple indo-européen, de souche Celte-Ibère. La région avait été, de plus, occupée par une peuplade la Narbonnaise, les Volques Arécomiques. De cette période subsistent les toponymes, La Lladura, - ou Rivière de Formiguères -, Sposolla, Formiguera, etc...

Aussi, « Mons Regaliis » étant mentionné dans un acte de 893, soit 300 ans avant que le Comte-Roi catalano-aragonais, Alphonse I, ne bâtit le château de Mont Royal, à Puig Balador, -Puyvalador -, il ne peut que s'admettre que « Regaliis » n'a pas la signification latine de royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, et, qu'au demeurant, sa racine se rattache, plus sûrement, aux Celtes-Ibères ou aux Volques arécomiques.

En conclusion, il paraît plausible que Réal soit le lieu où s'installèrent des dignitaires ou des chefs Celtes-Ibères ou Volques arécomiques.


Réal, un village endormi en bord d'Aude.


Des ruelles, un nucléus..., le chaland, s'il ne pose son regard sur les marques d'architecture, ne s'arrêtera pas et passera son chemin. Mais c'est dans les pierres que l'histoire et la vie du village s'inscrit. Là, sur une butte, des substructions ruinées d'un château aujourd'hui disparu, plus loin, gravé dans des blocs de granit de remploi, à l'angle de portes cochères, une croix occitane et des signes distincts tels une colombe et un pentagramme d'une présence cathare, et les bribes d'un vieux « molí fariner », - moulin à farine -, aux maisons, les volets Vauban, une source d'eau minérale d'une fraîcheur exquise... et, pour l'œil averti, une kyrielle de petits détails architecturaux qui font le charme d'une visite approfondie...

Et, déçu de n'avoir rien vu, le dilettante blasé en oubliera, se dressant fièrement, à l'extérieur du village, au-dessus du plan d'eau, pourtant reconnaissable par son clocher-mur, à des lieues à la ronde, depuis tout le plateau du Capcir, l’église à nef unique couverte en berceau brisé, du XI° Siècle et remaniée au XVII°, en moellons de schiste non équarris, de Saint Romain et son cimetière attenant. L'édifice religieux garde, sur sa face Sud, les classiques arcatures et des lésènes lombardes, et une toute petite fenêtre absidale de la même époque. En son intérieur, des fresques datent du XVI° Siècle.

 

Il ne poussera pas le portail grinçant de la nécropole réalaise et n'y découvrira pas, en son centre, la croix en fer forgé qui y trône. Elle marque la dernière demeure d'un Maréchal d'Empire : Pierre Boucabeille. Étrange histoire que la sienne car elle a été ferronnée et gravée à son nom, l'année 1790, par le défunt lui-même, 12 ans avant son propre décès.

Il ne portera pas, non plus, ses pas sur la route panoramique qui se termine au hameau d’Odeillo de Réal, le dernier habitat du Capcinois à bénéficier du soleil le soir et il ne croisera pas la croix en fer forgée qui s'inscrit dans le cadre de la tradition et de la sorcellerie, en Capcir, au XV° Siècle. Ce petit oratoire était un lieu de recueillement et de dévotion où, avant chaque enterrement, les habitants s'y regroupaient pour chasser le démon qui hantait la dépouille roide du disparu.


Réal est ainsi, un village endormi en bord d'Aude, sans histoire et sans intérêt architectural.

 

 

 

Publié le 04 Décembre sur :

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25 décembre 2010

Le Palais des Rois de Majorque, joyau perpignanais.

Lorsque Jaume(1), fils cadet de Jaume I el Conqueridor(2), - Jacques I le Conquérant -, est proclamé Roi de Majorque, au décès de son père, le 27 Juillet 1276, il décide d'installer la capitale de son Royaume à Perpignan, au carrefour de l'Aragon et des terres de France, se réservant deux résidences d'été, l'une à Majorque et la seconde à Montpellier.

Il lui fallait une résidence digne d'un Souverain et, dès 1274, deux ans avant le début de son règne, débute la construction de son palais, sur une colline d'où il peut dominer toute la ville, et, d'un regard circulaire, embrasser ses Comtés de Roussillon et de Cerdagne, sa Vicomté de Vallespir, et, des points sur l'horizon, sa seigneurie de Montpellier et ses terres îliennes majorquines. La construction de ce joyau architectural enchâssé dans un écrin, la fin marquée par la consécration des chapelles en 1309, s'est déroulée sur une période de 35 ans.

Par son plan d'ensemble s'inspirant fortement des modèles majorquins et s'organisant autour de trois cours, le Palais des Rois de Majorque, de style essentiellement gothique caractérisé par des arches majestueux, est un palais-forteresse élaboré sous la direction de maîtres d'œuvres, Ramon Pau et surtout Pons Descoyl, aux talents indiscutables et indiscutés en leur époque. Ses murs de galets roulés et de cayrons(3) liés au mortier de chaux hydraulique, sont enduits à la chaux dolomitique et peints, et ses portes, ses fenêtres, ses galeries, ses escaliers, ses chaînes d'angle, ses tours principales sont bâtis en pierres de taille, marbre rose et rouge de Ria, blanc et bleu de Céret, blanc de Baixas, gès du Canigou, pierre ocre de Les Fonts et bleue de Baixas.


Dans le cadre architectural, le Palais Royal est un complexe réunissant, en un même lieu, la salle du trône, siège du pouvoir politique, la chapelle, centre de dévotion et de méditation, et la résidence royale. La position surélevée de la chapelle Sainte Croix, au cœur des appartements royaux, face à la salle du trône, marque la prépondérance du spirituel sur le temporel.

La richesse architecturale, du Palais des Rois de Majorque, exprimait, et exprime toujours, l'œcuménisme catalan au Moyen Âge. Les murs et les plafonds des deux fastueuses chapelles superposées, s'élevant en donjon, sont couvertes de fresques polychromes et déroulent la calligraphie des sourates du Coran tandis que les décors des sanctuaires palatins font écho à la pensée monachique franciscainepropice à la méditation.

Si la Royauté majorquine fut éphémère, - du 27 Juillet 1276 au 25 Octobre 1349 mais, néanmoins ayant persisté jusqu'à son abolition par les Décrets de Nueva Planta de 1716 -, le passé qu'elle a laissé, fascine encore par sa beauté et ses richesses politiques, artistiques, littéraires et culinaires. Les « lois palatines(4) », un texte novateur rédigé en latin et illustré de miniatures, mettant en place une étiquette de cour, reprises par la suite par la majeure part des cours d'Occident, y sont promulguées en 1337 par Jaume II de Majorque(5), - suivant certains historiens Jaume III -. Le premier recueil culinaire publié, « le Sent sovi » est écrit en ses murs. Il fait état de recettes sucré-salé, aigre-doux, parfumées d'épices orientales donnant, à cette cuisine, des saveurs étonnantes, et d'un art de la table et de la réception des convives incomparables : sol jonché de plantes aromatiques, des nappes de draps blancs brodées, des céramiques de « Manises », - les azulejos -, et de vaisselle d'or et d'argent..., un art dont, bien plus tard, Louis XIV s'empara, et qui, depuis, est le fier fleuron de l'art de la table à la française honoré, en 2010, par l'United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, - l'U.N.E.S.C.O. -, et entré au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.


Les abords et ses jardins, dans l'écrin de ses remparts de briques roses entourés d'un profond fossé, ramènent aux splendeurs andalouses. L'entrée du palais est protégée par des douves, une barbacane crénelée et un pont levis. La porte d'origine était percée du côté Sud de la tour de l'Homenatje, - tour de l'Hommage -, adossée à l'étage à la salle du trône. Elle conduit à la vaste cours d'honneur carrée d'où le badaud admire la façade Est ajourée de deux élégantes galeries sur deux niveaux.

L'aile Est, dominée par le donjon-chapelle Sainte Croix, fut ordonné par le Roi Jaume I en personne. Les deux sanctuaires superposés sont conçus dans le style gothique qui commence, alors, à s'imposer dans le Roussillon. Et celle Sud, la Grande Salle, « l'aula », accueillait banquets, conseils royaux et parlements. Ses murs peints étaient tendus de tapisseries. Elle conserve sa cheminée près de laquelle un escalier communiquait avec les cuisines au rez-de-chaussée.


Au-delà de la période majorquine, le palais sera fortifié à plusieurs reprises, notamment sous Philippe II d'Espagne lors de la construction d'une vaste citadelle que Vauban conservera plus tard lorsqu'il modernisera les fortifications de Perpignan. Après l’annexion à la France, le palais restera propriété militaire et ne sera redécouvert par les historiens qu’à partir de la 2e moitié du XIXe siècle. Inscrit sur la liste des Monuments Historiques en 1875, classé en 1913, il sera ouvert à la visite en 1958 et, sous l'égide du Conseil général qui en est propriétaire, il est, également, un haut lieu d'exposition sur l'histoire du Roussillon et il accueille, régulièrement, des concerts, des pièces de théâtre, des conférences et des colloques.

Du haut de sa tour, le chaland découvre un magnificent panorama de Perpignan, de la plaine du Roussillon, de la Vallée de la Têt, de la « Mare Noster », - la Mer Méditerranée -, des Corbières et des Albères.

Raymond Matabosch


Notes.


(1) Jacques I de Mallorque, - suivant certains historiens Jaume II -, deuxième fils de Jacque I le Conquérant et de Violante de l'Hongrie, naquit le 31 Mai 1243 et décéda le 29 Mai 1311. Il fut Roi de Majorque, - Majorque, Ibiza et Formentera, Minorque, encore occupée par les musulmans se considérait vassal -, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès et Vicomte de Carladès, de 1276 à sa mort.

(2) Jacques I le Conquérant, fils du Pierre II le Catholique et de Marie de Montpellier, naquit le 2 Février 1208 à Montpellier, décéda le 27 Juillet 1276 à Alcira. Il fut Roi d'Aragon, Comte de Barcelone et Seigneur de Montpellier en 1213, Roi de Majorque en 1229 et de Valence en 1232.

(3) Parallélépipède rectangle, de terre argileuse crue et séchée au soleil ou cuite au four, utilisé comme matériau de construction, plus communément dénommé brique pleine.

(4) Le document est conservé à Bruxelles à la Bibliothèque royale Albert I.

(5) Jacques II de Majorque naquit à Catane, en 1315, décéda lors de la bataille de Llucmajor, Majorque, le 25 octobre 1349. Il fut Roi de Majorque, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès, Vicomte de Carladès et Prince d’Achaïe

 

 

Publié le 06 Décembre sur :

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08 décembre 2010

Le Capcir... « Petit Canada » ou « Petite Sibérie » ?

Le Capcir est une contrée des Comtats, - la Catalogne Nord pour les catalanistes-, et une région historique et géographique des Pyrénées-Orientales, en terres de Roussillon et Formiguères, sa capitale historique, en est la ville principale. Il se situe au Nord-Est de la subcontrée de la Haute-Cerdagne et au Nord-Ouest du Conflent. En son Nord, il incarne la frontière avec l'Occitanie et, en son Nord-Ouest, celle avec le Comté de Foix.

 

Géographie des milieux capcinois : Brèves notions.


Tout son territoire, une haute plaine, sise entre 1.500 et 1.700 mètres d'altitude, entourée de montagnes, s'articule, véritable colonne vertébrale, le long de la rivière Aude qui le draine de Sud en Nord. Trait d'union entre la Vallée de l'Aude et la Cerdagne, il correspond à un nucléus résiduel de la pénéplaine post-hercynienne. Son socle schisteux, basculé par les mouvements tectoniques générés par la poussée pyrénéenne, s'est surélevé dès l'Éocène et, durant le Pléistocène, période couvrant la plupart des glaciations récentes, il s'est revêtu d'une épaisse couche de sédiments morainiques.

Le bord Ouest de la cuvette capcinoise s'élève, progressivement, en marches et paliers glaciaires jusqu'au contreforts septentrionaux du Massif du Carlit, - Pic Carlit 2.921 mètres, sommet granitique des Pyrénées françaises, point culminant du département des Pyrénées-Orientales et de la région Languedoc-Roussillon -, alors que son levant est brutalement interrompu par l'escarpement faillé qui culmine à 2.471 mètres au Roc de Madrés. Encaissée entre ces deux versants, les gorges de l'Aude l'ouvrent, en son septentrion, sur la Vallée audoise et la plaine languedocienne. Enfin, au Sud, porte historique du Capcir, s'ouvre, au grand large, à 1.741 mètres, permettant d'accéder au replat du Jardò(1), au Haut Conflent et à la Cerdagne, le col de la Quillane.


Le climat du Capcir.


Battu par les vents froids d'Ouest et de Nord, - le Carcanet -, le Capcir subit un climat subalpin particulier et rigoureux. Avec une pluviosité relativement peu importante, en moyenne 800 millimètres de pluie par an, des chaleurs maximales en été avoisinant les 25 à 30 ° C, d'autant que durant 8 mois, elle n'excède pas les 2° C, la température moyenne annuelle, à Matemale, flirte avec les 6° C. En 1962, le dit village avait même connu des températures extrêmes de -23°C, celui des Angles -27° C, le maximum de froid ayant touché les hameaux de Riutort et d'Espousouilles, avec des températures supérieures à -30° C.

Donnant une idée au climat qui sévit, en hiver, dans le Capcir, deux surnoms lui sont attachés, le « Petit Canada » et la « Petite Sibérie ». Celui de Petite Sibérie lui sied tout particulièrement car la région est l'un des derniers refuges, en Europe occidentale, d'une plante de Boreo-Arctique, la ligulaire de Sibérie(2), – la Ligularia sibirica -, une asteracée relictuelle de la dernière période glaciaire, protégée en Europe, inscrite à l'annexe II de la Directive Habitats ainsi qu'à l'annexe I de la convention de Berne pour la protection de la vie sauvage.


Les ressources propres au Capcir.


L'agriculture, qui a subi de lourdes désaffections, s'est spécialisée dans le fourrage et dans l'élevage de bovins et d'ovins. Bien que l'Aude, une petite rivière tumultueuse et torrentielle, sillonne le haut canton, sans s'y pérenniser, elle a permis la construction de barrages, celui de Matamale, 20 millions de mètres cubes, et de Puigvalador, 10 millions de mètres cubes, qui alimentent, en eau, des centrales hydroélectriques situées en terres occitanes.

Entre les prairies, la culture du seigle sur les terres froides et pauvres et les champs de pomme de terre, des grandes forêts de pins rouges et de hêtres, - Forêt de la Mata sur les territoires de Matemale, Les Angles et Formiguères -, emplissent le paysage. Au-dessus, entre 1.600 et 2.300 mètres d'altitude, les pins noirs prennent le relais, exploités au bénéfice d'un chevelu de pistes forestières qui, les désenclavant, les parcourent.

Mais, malgré cela, l'économie agricole du Capcir est centrée, depuis 1948, sur l'industrie laitière et dépend, exclusivement, de la coopérative laitière de la Cabanasse, sise en Cerdagne. Et, zone de passage, entre le Languedoc et le Roussillon, d'une part, et, d'autre part, la Cerdagne, cette terre est économiquement liée aux marchés de Mont Louis, en Haut Conflent et de Prades, en Bas Conflent.


Le tourisme et les sports d'hiver en Capcir.


En 2004, la population du Capcir, avec une densité de 10 résidents au kilomètres carré, n'excédait pas les 1.776 habitants. Les communes de Formiguères, son petit marché et son hameau Villeneuve, centre religieux et sanctuaire dédié à Marie, - 445 habitants -, les Angles, - 596 habitants -, Matamale, - 244 habitants -, et Puigvalador et son hameau Rieutort, - 101 habitants -, dépassent la centaine d'habitants et concentrent 93% de la population. Fontrabiouse et son hameau Espousouilles et Réal et son hameau Odeillo, ne retiennent que les 7% de la population restante.

Avec l'ouverture, en fin du XIX° Siècle, de la route qui rejoint, par Axat, Carcassonne, désenclavant le Capcir, s'initie, lors, un courant touristique. Et, avec l'engouement pour les sports d'hiver, les stations hivernales de Formiguères, des Angles et de Puigvalador-Riutort se sont développées au cours des dernières décennies, entraînant des flux de skieurs. Enfin, le barrage de Matamale, bénéficiant des périodes estivales et surfant sur la vague du besoin d’air et de fraîcheur, permet la pratique d'activités nautiques, - la voile, la planche à voile, le ski nautique, le wakeboard... -

Ainsi, tout concourant à proposer des activités nouvelles, tourisme et sports d'hiver favorisent les créations d'emplois et contribuent à la croissance socio-économique du Capcir.


Notes :


(1) Le replat du Jardò : Le Col de la Perxa ou Col de la Perche.

(2) La ligulaire de Sibérie : C'est une plante eurosibérienne subarctique d'origine asiatique, surtout présente en Sibérie et en Europe Centrale, - Autriche, Roumanie, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, Russie -. Les populations françaises sont très relictuelles, et essentiellement réparties dans le Massif Central, le Cézallier, les Monts du Cantal, l'Aubrac, le Vivarais, le Capcir et en Bourgogne.

 

Publié le 04 Novembre 2010 sur

C4N - Le premier site francophone du journalisme citoyen rémunéré !

04 novembre 2010

Voyage en Terres Catalanes & Comtales.

Acheter Voyage en Terres Catalanes. Tome 1

 

Voyage en Terres Catalanes & Comtales.

Raymond Matabosch.


Illustrations:

Couverture : Raymond MATABOSCH. ©

Photographies : Raymond MATABOSCH. ©

 


Préface.

 

 

Je découvre les Pyrénées Orientales...

Les Pyrénées Orientales se reconnaissent du « Pays catalan. »

Riche d'une culture dont le département est fier, savant mélange franco-catalano-espagnol, il marie avec aisance mer et montagne, traditions et modernité, spiritualité et évènements festifs.

Du Canigou à Collioure, de Font Romeu à l'abbaye Saint Michel de Cuxà, de Perpignan à Prats de mollo, les Pyrénées Orientales se déclinent sur tous les tons et pour tous les goûts.

Pays de soleil, terre de convivialité, vous serez conquis par l'accueil des habitants, les vieilles pierres, les grandes fêtes, les paysages grandioses, les morceaux de jambon de Cerdagne avec un petit verre de Banyuls...


Le livre Voyage en Terres Catalanes. Tome 1

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05 octobre 2010

Villefranche de Conflent. Cité médiévale fortifiée.

Au cœur des Pyrénées Orientales, au pied du Canigou, cité médiévale créée en 1095 par Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne et, au XVII° siècle, fortifiée par Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, Villefranche de Conflent est classé dans la prestigieuse liste des plus Beaux Villages de France. Depuis le 7 juillet 2008, la ville est inscrite, grâce au génie du maréchal de Vauban et au travail important produit et à la détermination de la municipalité pour l'ob­tenir, au Patrimoine Mondial de l'Humanité pour son grandiose en­semble fortifié, comprenant l'enceinte, la citadelle du Fort Liberia et la grotte préhistorique de Cova Bastera.

« Nous pensons que ce sera un vecteur économique intéres­sant car nous ne voulons pas transformer notre ville en musée, nous voulons conserver une vie réelle. C'est pour cela que nous travaillons sur un nouveau plan de gestion. Nous voulons nous proje­ter dans le futur », avait déclaré Rose Marie Soria, son maire, en apprenant que sa commune et celle, proche, de Mont-Louis devenaient les premières communes du département des Pyrénées-Orien­tales à obtenir l'insigne honneur de la reconnaissance internationale de leur patrimoine.

 

Situation géographique.

 

Villefranche de Conflent est une petite commune, d'environ 450 hectares, située en Conflent, délimitée, à l'Est, par le confluent de la Têt et du Cadi et, à l'Ouest, par celui de la Têt et de la Rotja qui, insolite, ne se situe pas sur le territoire communal.

En effet, ce territoire, bizarreries historiques, est composé de deux parties non contiguës :l'une, la ville fortifiée, enclavée entre les communes de Fuilla et de Corneilla-de-Conflent ; l'autre un terri­toire vaste et accidenté, au nord, comprenant le fort Libéria et l'an­cienne église de Saint-Étienne de Campelles et s'élevant jusqu'au village ruiné de Belloc, acheté, au XVII° siècle, pour renforcer les fortifications.

Et, de ce fait, ni la gare, ni le hameau du Faubourg, ni l'église de Nôtre Dame de Vie, ni les grottes des Canalettes, ni les carrières de marbre rose ne font pas partie du territoire de Villefranche, ces sites se trouvant soit sur le territoire de Fuilla, soit sur celui de Corneilla-de-Conflent, soit, même, sur les terres de Ria.

Villefranche de Conflent est desservie par la route nationale 116 la reliant à Prades, - 6 kilomètres -, et à Perpignan, - 51 kilomètres -, à l'Est, et à la Cerdagne et Andorre, à l'ouest, et par un axe ferroviaire en deux tronçons, l'un à voie normale, Perpignan-Villefranche, l'autre à voie métrique, Villefranche-Latour de Carol-Enveigt ou « Train de Cer­dagne ».

 

La gare, constituant, aussi, un point de départ pour des ex­cursions touristiques vers le Pic du Canigou ou l'Abbaye de Saint Martin, s'appelle, en réalité, « Villefranche-Vernet-les-Bains », Ver­net les Bains, une station thermale à 6 kilomètres.

 

Sur un site d'exception.

 

Dans un site architectural d’exception, la cité médiévale se pelotonne derrière une puissante enceinte fortifiée qui, comme un corset de pierre trop étroit, l'enserre et semble l'étouffer.

 

Au XI° siècle, le puissant Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne, opposé au comte de Roussillon, trouve que le confluent de la Têt et du Cadi, profondément encaissé entre des massifs cal­caires abrupts, est un site stratégique.

Par la volonté comtale, Villefranche de Conflent nait dès lors, vers 1090, et cinq premières familles, au bénéfice de qui est ré­digé l'acte de donation, s'y installent. cinq premiers familles, au bénéfice desquelles est rédigé l'acte de donation La ville se construit rapidement et se fortifie en parallèle, la forteresse devant être un verrou sur la route du Roussillon à la Cerdagne.

D'où l'intérêt d'y attirer rapidement une importante popula­tion grâce à la multiplication des franchises : exemption de servitude et création d'une foire dès 1090 ; des droits de « foriscapi », ou droits de lods et de vente, et plus généralement de ce qu'on appelait les « mals usos », les mauvais usages, au XIII° siècle; etc...

Aussitôt fortifié, Villefranche de Conflent commence à jouer son rôle défensif et conserve longtemps cette vocation car, en ajoutant aux remparts médiévaux, son système de fortification, Vauban renforce au XVII° siècle son rôle de capitale militaire d'une région resté longtemps frontalière. Et, pour en améliorer la défense et l'invulnérabilité, il fait construire le fort Libéria et utilise la Cova Bastera pour renforcer le système défensif.

 

Villefranche de Conflent parmi plus beaux villages de France.

 

Aujourd'hui, le village apparaît comme un ensemble monu­mental bâti dans le marbre rose. Sur la place principale, l'église St Jacques est réputée pour son magnifique portail roman du XII° siècle en marbre local. Le village est dotée d'une curiosité à ne pas rater : l'accès au fort Libéria se fait par un étonnant escalier souter­rain dit des « mille marches », construit sous Napoléon III.

Et c'est un réel ravissement de déambuler, d'un pas noncha­lant, dans ses vieilles ruelles bordées de maisons anciennes et de boutiques artisanales , - savons naturels, jouets et objets en bois, sor­cières, bijoux artisanaux, poteries, tapisseries d'art, etc... -

Aux alentours de Villefranche de Conflent se trouvent de merveilleuses grottes., telles les « Grandes Canalettes », avec sa salle Blanche, son lac aux Atolls ou, encore, son Temple d'Angkor ; « les Petites Canalettes » avec ses cristaux de calcites aux formes surprenantes ou « sa Table », une formation unique au monde ; la « Grotte d'Engorner ».... Quant à la « Préhisto-Grotte », la première grotte aménagée en France, par Vauban, en 1707, mais à des fins mi­litaires, l'éveil humain plonge dans l'histoire passionnante des dino­saures, de l'ours des Pyrénées... pour un merveilleux voyage dans le rêve, l'imaginaire et la réalité.

09 août 2010

Fenouillèdes et Vallée de l'Agly : Mystères, contrastes et légendes.

Le Fenouillèdes, une région naturelle, à la beauté sauvage faite de collines calcaires peu escarpées mais très segmentées et de moyennes montagnes, se situe au nord-nord-ouest du département des Pyrénées Orientales. Comme toutes les régions estampillées « naturelles », ou pays traditionnels, ses frontières sont estompées, nébuleuses et incertaines.

Il est d'étendue limitée et possède des caractères géomorphologiques, géologiques, climatiques, hydrologiques..., faunistiques et floristiques homogènes. Par la perception et la gestion de ses terroirs spécifiques, le développement de ses paysages et son identité culturelle propre, s'associant à son particularisme physique, il s'enorgueillit d'une occupation humaine cohérente, rationnelle et, égale­ment, homogène.


Les racines historiques du Pays de Fenouillèdes.


Ce pays institutionnel a été reconnu et inventé par les géo­graphes antiques grecs et les instances consulaires romaines. En ef­fet, lorsque, sous Auguste, la Narbonnaise fut restructurée, et les contours de la Provincia Romana et, en son intérieur, celles des cités la composant furent redéfinies par le cadastre d'Orange, en 77 après J.-C. sur l'ordre de l'empereur Vespasien, apparut pour la première fois le « Pagus Fenioletensis.(1) »

Il prend également racine dans la longue histoire d'un fief féodal pérennisé par les érudits locaux et par les anciennes popula­tions rurales. Pierre, seigneur de Fenouillet, était le premier Vicomte connu de Fenouillèdes, sous domination catalano-aragonaise, pour être cité, en 1017, dans l’acte de fondation de l'évêché de Besalù(2). Auparavant, en 1011, un bulle du Pape Serge IV indique « qu’un monastère, consacré à Saint Pierre, sera établi dans le comté du Fenouillèdes, à l’intérieur du château vicomtal. »


Les racines politiques du Pays de Fenouillèdes.


Fenouillet, ayant donné nom au Fenouillèdes, était très faci­lement défendable. Deux lignes de murailles protégeaient le village surmonté du château vicomtal Saint Pierre. Le tout était renforcé par deux châteaux secondaires : Sabarda et Castel Fizel. Jusqu'à la fin du XII° siècle, Arnaud étant le dernier vicomte en ligne directe, la Vicomté de Fenouillèdes était dépendance du Comté de Besalù.

A sa mort, sa fille épousa Pierre de Saissac fils cadet d'une puissante famille de la Montagne Noire. Par jeu des alliances, le château et la vicomté entrèrent dans la mouvance des vicomtes de Narbonne. Les Saissac étant liés à la religion cathare, la vicomté étant largement ouverte à la dissidence religieuse, le catharisme atteignit, lors, le Fenouillèdes. Pour son soutien à l'hérésie, Pierre de Fenouillet fut dépossédé de ses biens au profit du Comte de Roussillon, des biens retournant, ainsi, à la couronne catalano-aragonèse.


Dès le XIII° siècle, le Pays de Fenouillèdes, terre de France.


Mais au traité de Corbeil, 11 mai 1258, le Roi de France, Louis IX se démit de ses prétentions sur la Catalogne. Parallèle­ment, le Comte-Roi de Catalogne-Aragon, Jacques I° d'Aragon, re­nonçà à certaines de ses revendications territoriales, excepté Montpellier et autres possessions d'appartenance à son épouse Marie, dans le Languedoc. La Vicomté de Fenouillèdes devint terre de France et fit sienne la langue d'Oc et, par elle, l'occitan.

Le département des Pyrénées Orientales fut créé, à la Révo­lution française, le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 dé­cembre 1789. Il regroupa la province du Roussillon devenue fran­çaise par le traité des Pyrénées(3), 7 Novembre 1659, et une petite région du Languedoc, le Fenouillèdes.


Le Fenouillèdes, une région naturelle marquée par ses cours d'eau.


A l'est, le Fenouillèdes est délimité par la plaine du Rous­sillon et les Corbières catalanes, au nord par les Corbières audoises, à l'ouest, par le Pays de Sault et, au sud, par le Conflent. Près de Ra­bouillet et de la forêt de Boucheville, le « pays » culmine à 1356 mètres au Roc des Quarante Croix.

Terre de contrastes surprenants, il s'organise autour d'une kyrielle de micro-régions naturelles, aux paysages et aux climats va­riés. L'Agly et ses affluents ont charpenté un relief montueux et accidenté déroutant, particularisé par un enchaînement de dépressions et de grabens, de plateaux et de horsts, et de barres rocheuses verti­gineuses.


Atlas des paysages du Fenouillèdes.


Le Haut-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 300 et 1.356 mètres, à l'ouest, est constitué de vallées peu habitées et de massifs montagneux boisés Il associe rudesse et beauté dans ses paysages. Il est délimité, au nord, par le synclinal du Fenouillèdes, à l'est, par la vallée de l'Agly et le plateau de Roupidère et, au sud, par la vallée de la Castellane. Comme en témoignent les nombreux vestiges d'architecture militaire, il est riche d'un passé tumultueux. Quelques routes sinueuses desservent les quelques villages qui se nichent soit dans les vallées : Sournia, Rabouillet, Pézilla-de-Conflent, Le Vivier, Fenouillet..., soit sur les versants : Prats-de-Sournia, Campousssy...

Le Bas-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 60 et 800 mètres, humant les parfums de la garrigue et la fraîcheur des fo­rêts, les ravins escarpés en larges plateaux, est terre de vigne. Il est connu pour ses vins doux du terroir Maury.. Mais ici, la rocaille est toujours prête à reprendre, à l'homme, l'espace difficilement conquis aux rudes massifs quasi-désertiques. Quelques dix villages campent sur ce territoire et chacun n'excède pas aujourd'hui les 200 habitants.

S'étirant entre les gorges de l'Aude à l'ouest et la vallée du Verdouble à l'est, là est l'étonnant synclinal du Fenouillèdes. Il s'allonge sur une trentaine de kilomètres pour environ quatre kilomètres de large entre les deux échines de calcaires qui l'encadrent. Une route départementale et une ancienne voie ferrée desservent les trois villages qui l'occupent : Maury, Saint-Paul-de-Fenouillet et Caudiès-de-Fenouillet. Dans sa partie est, coule le Verdouble qui arrose une vallée, mondialement reconnue pour avoir abritée, il y a 450 000 ans, « l'homme de Tautavel ».


Notes.


(1) Pagus Fenioletensis, de « pagus », bourg, bourgade ou village, district rural ou canton, et de « feneus », de foin, le pays des foins, ou de « fenicularius », de fenouil, le pays du fenouil d'où décline le Fenouillèdes et Fenouillet.

(2) Marca hispanica sive limes hispanicus, hoc est, Geographica & historica descriptio Cataloniae, Ruscinonis, & circum jacentium po­pulorum, Pierre de Marca. - Paris 1668.

(3) Le traité des Pyrénées formalise une paix conclue entre le royaume d'Espagne et celui de France à l'issue de la guerre de Trente Ans. La France annexe, articles 42 à 60, le comté de Rous­sillon, les pays de Vallespir, de Conflent et de Capcir et 33 bourgs et villages de l'est du comté de Cerdagne.


"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

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Cerdagne en Pyrénées catalanes : Mi-Française, mi-Espagnole.

Située dans les Pyrénées axiales, la Haute Cerdagne, géogra­phiquement et historiquement, est un élément fondamental de la Cerdagne, région physique, historique, humaine et naturelle des Comtats et de la Catalogne, partagée entre l'Espagne et la France.

Géographiquement, la Cerdagne est un fossé tectonique de 40 kilomètres de long et de 5 à 9 kilomètres de large, drainé par le Sègre et ses affluents et corseté par une barrière annulaire de massifs montagneux d'élévation supérieure à 2.500 mètres.

La haute plaine cerdane, de 800 à 1.300 mètres d'altitude, cernée au sud par le re­bord septentrional du massif du Puigmal, à l'ouest et au nord par les massifs du Carlit et du Campcardos, et à l'est par la massif morai­nique du Pico Vell, se détermine au centre de la dépression.


« Meitat de França, meitat d'Espanya(1) », il n'y a point d'autre terre comme la Cerdagne.


L'entité Haute Cerdagne, ou Cerdagne française, a été engen­drée le 7 Novembre 1659 par la signature du Traité des Pyrénées, sur l'île des Faisans(2). Ce traité, formalisant la paix conclue entre le royaume d'Espagne et celui de France, a mis fin à la guerre franco-espagnole commencée en 1635. Par la Convention de Llivia du 12 Novembre 1960, le terroir cerdan a été divisé entre les deux états. Trente trois villages, implantés au nord des Pyrénées, excepté Llivia considéré comme ville, sont passés, ainsi, sous souveraineté française, les autres continuant à faire part intégrante de l'état espa­gnol.

Son territoire est le plus occidental mais aussi le plus élevé des six comarques(3) découpant, physiquement et géographiquement, la circonscription de la Catalogne française. Il est situé à l'extrémité ouest des Pyrénées Orientales, aux seuils de l'Andorre et de l'Es­pagne. Blotti au cœur de la montagne catalane, il s'ouvre, à l'est, à 1.579 mètres, au col de la Perche, véritable portail faisant communi­quer les bassins de la Têt et du Sègre, sur le Conflent et le Capcir. Par la Vallée glaciaire du Carol, au nord-ouest, après être parti à l'as­saut des 1.920 mètres de l'impressionnant Col de Puymorens, doublé par un tunnel routier, il débouche sur l'Ariège.


La Cerdagne capitale mondiale de la recherche solaire et mégapole spécialisée dans les traitements des maladies respira­toires.


Faille comblée par les dépôts continentaux oligocènes et miocènes arrachés aux montagnes, 34 à 5 millions d'années, et par les moraines glaciaires et les alluvions du Pliocène et du Pléisto­cène, 5 millions d'années à 13.000 ans, l'altiplano de Cerdagne est orienté est-ouest. Cette orientation, commune à toutes les vallées pé­rennes des Pyrénées Orientales, est en antagonisme avec celles des vallées majeures de la chaîne pyrénéenne, principalement orientées sud-est/nord-ouest.

Même si son climat est subordonné à la haute altitude et, de fait, classifié de type continental, par sa particularité géologique et l'influence méditerranéenne intercédant, la Cerdagne jouit d'un ré­gime d'exception. Peu ventée, tempéré à chaud en été, froid et sec en hiver, bénéficiant de 300 jours d'ensoleillement annuel et d'un air particulièrement pur, elle est une terre providentielle et bénie des Dieux pour les établissements médicaux spécialisés dans les mala­dies pulmonaires infantiles. En outre, c'est un site de tout premier plan pour l'implantation d'unités de recherche solaire : Fours solaires de Mont Louis et d'Odeillo et centrale à tour « Thémis » à Targa­sonne.


Le cadre agricole et naturel de la Cerdagne, un échiquier géant, rare et précieux.


Le plateau d'altitude cerdan s'étend en une dépression se pro­longeant en Espagne, par la Vallée du Sègre, et s'ordonnance en une vaste plaine encadrée par les versants abrupts et rocailleux, d'aspect sauvage, des massifs du Carlit, du Campcardos et des Puigmal. Les villages et les hameaux, entre les versants boisés et les espaces cultivés, sont historiquement implantés sur les cassures et les ruptures de pentes, rarement en bord de cours d'eau.

Sur le haut plateau cerdan, l'agriculture contribue à dessiner un étonnant échiquier agricole, rare et original, composé de pay­sages de collines, de vallons, de près et de vergers sillonnés de ruis­seaux. Ces espaces agricoles, assurant la production de fourrage, ressource indispensable à l'élevage, s’avèrent particulièrement pré­cieux. Les prairies de fauches, et les prairies irriguées, permettent de nourrir les troupeaux qui assurent l'entretien du milieu montagnard.


Le tourisme hivernal et la plaine de la Cerdagne boca­gère mitée par l'urbanisation à outrance.


Si les versants du Massif du Carlit et du Campcardos concentrent une kyrielle de paysages boisés, de reliefs agrestes et ro­cailleux et de lacs dans un espace peu accessible, les espaces ou­verts, alpins et subalpins du massif des Puigmal, sont utilisés par les éleveurs comme estives pour leurs troupeaux de chevaux, de bovins et d'ovins. Et, en hiver, cinq domaines skiables, Porte Puymorens, Font Romeu, Bolquère, Eyne et Err, font vivre les pentes enneigées et garantissent des sensations fortes.

 

Mais l'attractivité de la Cerdagne liée au tourisme de la neige a son revers de médaille à cause l'urbanisation, à outrance, grande dévoreuse des espaces agricoles. Et cette urbanisation massive a al­téré la silhouette des villages et des hameaux ainsi que les grands paysages.


Notes.


(1) Meitat de França, meitat d'Espanya : Moitié de France, moitié d'Espagne

(2) L'île des Faisans : L'île des Faisans ou île de la Conférence est une petite île, 6.820 m2, au milieu du fleuve côtier, la Bidassoa, qui forme, en ce point, la limite de la France et de l'Espagne. C'est sans doute le plus petit condominium, territoire sur lequel plusieurs puissances, généralement deux États, exercent une souveraineté conjointe, du monde.

(3) Les six comarques : Le département des Pyrénées Orientales regroupe l'ancienne province du Roussillon, (le Roussillon, la haute Cerdagne, le Conflent, le Vallespir et le Capcir originellement catalanophones), et le territoire des Fenouillèdes, seul territoire du département de culture languedocienne et de langue occitane.

 

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

08:29 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Catalanes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cerdagne, catalogne, les comtats, roussillon, font romeu | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

08 juillet 2010

Montagnes et vallées comtales. Patrimoine et traditions.

Entre les plages aux sables blonds et les côtes de schistes noirs des rives méditerranéennes et les pics acérés des Pyrénées, trois vallées, terres de contrastes, de révolte et de résistance entre tradition et modernité, au sortir du bassin roussillonnais, se partagent le territoire des Pyrénées Orientales.

A quelques lieues de Perpignan, en pentes régulières bien qu'imperceptibles, inéluctablement la plaine s'effiloche et s'éloigne. La terre commence à prendre de la personnalité, de la rigueur et du relief. Engrossant les vignes offertes aux rayons du soleil, l'Agly et le Fenouillèdes, les courbes, aux teintes calcaires, se vêtent de rocailles et d'aridité. A peine un peu plus loin, grès, schistes et granites la parant, s'habillant de vert intense et se rafraîchissant aux berges de petits ruisseaux serpentant le long des chemins pour arroser les champs de pêchers, d'abricotiers et de pommiers, le Conflent, elle se métamorphose. Plus loin encore, le Vallespir, elle est feuillue et mystérieuse, drapée de cerisiers, de chênes lièges et d'histoires étranges...

Alors, le regard, avide d'apprendre et de connaître, peut embrasser les cimes montagneuses des Puigmal, du Carlit, des Madres, du Bugarach, de la Roca Colom, du Roc de Frausa et de l'emblématique Canigou.


La vallée de l'Agly.


Avant que la forêt profonde n'annonce la montagne, l'Agly Fenouillèdes fait étalage de son charme un peu sauvage et, au détour du vallon, la garrigue aux essences méditerranéennes et la fleur de rocaille cèdent leur place à la vigne offerte au soleil et à la Tramontane.

Aux portes de Tautavel, dans la Caune de l'Arago datée de 450 à 700.000 ans, l'homme, « Homo érectus tautavellensis », a laissé son empreinte.

Frontière naturelle avec l'Aude voisine, les Corbières, fières et arides, dressent, sur leurs pitons rocheux, les arrogantes citadelles du vertige telle celle de Quéribus. De son sommet, le château de Peyrepertuse et les forteresses d'Aguilar et de Puilaurens qui furent le théatre de résistance, de sièges, d'assauts et de massacres, se profilent à l'horizon.

Que quelques pas en quittant Saint-Paul-de-Fenouillet et la formidable faille des gorges de Galamus garde, jalousement en son sein, l'ermitage Saint-Antoine fréquenté depuis le VII° siècle.

Rivesaltes, Maury, Rasiguères, Caramany..., des noms chantant le plaisir des papilles et accompagnant les grillades des soirs d'été, ici, les vignobles produisent des vins ensoleillés et gouleyants.


Le Conflent.


De Rodés aux portes de la Cerdagne et du Capcir, des derniers vergers aux premières cimes acérées des montagnes, le Con-flent suit la vallée de la Têt et celles de ses affluents.

Eus, érigé en pyramide sur son promontoire tapissé d'oliviers, tout comme Evol, patrie de Ludovic Massé, et Mosset, est l'un des « plus beaux villages de France. » Lors vient Prades et son église Saint-Pierre, de facture baroque, du XVII° siècle, abritant un merveilleux retable de Joseph Sunyer. Non loin se profile l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuixà qui exerça, longtemps, une influence religieuse et culturelle bien au-delà de la Catalogne.

Tout comme la cité fortifiée de Mont-Louis, bastionnée par Vauban, classée en 2008 au Patrimoine Mondial de l'Unesco, Villefranche de Conflent, est une place forte fondée en 1090. Au-dessus de la ville, le Fort Libéria veille sur l'emblématique Petit Train Jaune, gaillard malgré les années, qui assure la liaison ferroviaire avec Latour-de-Carol.

Réserve naturelle de Nyer... bains d'eaux chaudes, en pleine nature, d'Olette, de Canaveilles, de Prats Balaguer... grottes mystérieuses des Canalettes et d'En Gorner...C'est aussi tout cela, le Conflent !


Le Vallespir.


Au différent de ses deux sœurs fluviales, le Vallespir est bien mystérieux...

La légende du pont du Diable, à Céret... La Sainte-Tombe, dans l'abbatiale Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech, se remplissant « d'eau miraculeuse » de façon inexpliquée... Et la fête de l'ours qui met en scène dans les rues de Prats de Mollo et de Saint laurent de Cerdan un homme-animal traqué par des « chasseurs-barbiers »... Et les cerises qui sont, dès la fin du mois d'Avril, les premières de France, le chêne-liège les tissages catalans et les espadrilles aux longs lacets, amies de la Sardane, fabriquées à Lamanère... Pour ces énigmatiques terres verdoyantes, adossées aux Albères, Picasso, Matisse, Chagall, Soutine, Pierre Brune... en tombant sous le charme de leur lumière et de leurs couleurs, n'hésitèrent pas à investir Céret...


Pyrénées Orientales, terre mythique et mystique.


Entre terre, mer, soleil et montagne, sous l'aile protectrice du géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, il y a aussi les hommes, leur savoir-faire, leur patrimoine, leur terroir… qu'ils savent offrir en partage.


"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

18 février 2010

Le Parc Naturel de la Garrotxa : Les volcans d'Olot.

Le Parc Naturel de la Zone Volcanique de la Gorrotxa, la plus importante d'Europe avec plus de 40 cratères, dont certains sont en pleine ville comme à Olot, est situé de part et d'autre de la rivière Fluvia.

La région volcanique de la Garrotxa, en Catalogne espagnole, illustre parfaitement le volcanisme tel qu’il se présente dans la Péninsule ibérique et c’est aussi l’une des plus intéressantes d’Europe. Elle compte plus d'une quarantaine de cônes volcaniques de type strombolien, quelques cratères d’explosion et plus de vingt coulées de laves basaltiques à la morphologie des plus singulières. A cet intérêt géologique s’ajoute une végétation riche et variée favorisée par un climat exceptionnellement humide et un paysage d'une grande beauté.

Les volcans les plus importants sont le Montolivet, le Montsacopa, la Garrinada, et le Bisaroques, tous quatre in siru dans la ville d'Olot, le Santa Margarida, le Croscat, le Martinya, le Roca Negra, entre autres... Il exite également des tables de lave, mises à jour par l'érosion fluviale, comme à Castellfollit de la Roca ou à Sant Joan les Fonts, où on peut voir la constitution interne consolidée en prismes allongés.


La localisation.


La région volcanique d’Olot est située au sud de la Garrotxa, contrée limitrophe de la France, dans la province de Gerona. Elle est localisée à 20 km de la frontière et à 45 km de la mer, entre 42”5’15” et 42”10’30” de latitude Nord et 6’5’45” et 6”15’30” de longitude Est. L’altitude est de plus de 500 m. Elle varie de 600 à 650 m à la Fajeda d’En Jorda.


Géologie.


Elle est située au sein du système transversal catalan qui est constitué de sédiments détritiques de l’Éocène marneux et gréseux, à ciment calcaire et très peu perméables. Les variations de faciès, soit horizontalement soit verticalement, sont très fréquentes ; les changements de dureté des niveaux lithologiques facilitent les phénomènes d’érosion différentielle et la formation fréquente de cuestas.

 

Le substratum éocène est fracturé par un ensemble de failles perpendiculaires qui déterminent un système complexe de graben et de horst. La cuvette d’Olot-Mieres a une telle origine. Des failles mineures subdivisent cette cuvette en trois parties : Olot, Santa Pau et Mieres, séparées par des horsts.


Des volcans sont apparus à l’intersection des failles.


L’activité s’est manifestée à la fin du tertiaire et s’est maintenue pendant le quaternaire. S’il n’y a plus d’activité aujourd’hui, la forme des appareils est, en général, très bien conservée. Les coulées de laves, - basaltes et basanites -, les produits pyroclastiques, - bombes et lapillis -, contrastent vivement avec les marnes du substrat.

Dans la cuvette d’Olot, on dénombre plus de 40 volcans et les produits volcaniques occupent plus de 25 km. On trouve tantôt des coulées de laves compactes, associées aux volcans de Batet, Aigua negra, Beguda, Santa Pau et tantôt des laves bulleuses, scoriacées en particulier à la Fajeda d’En Jorda. A ces deux formes volcaniques sont associés de nombreux petits cratéres entourés de fragments de bombes, lapillis disposés de façon chaotique.


Plusieurs phases ont été reconnues dans la vulcanogenèse des Garrotxes.


Les premières éruptions sont probablement miocènes, mais n’ont laissé que de faibles traces.

La grande période éruptive se situe au Riss et comprend une première phase brutale, suivie d’une phase plus tranquille au cours de laquelle se sont mises en place les coulées.

Une période posthume, post-Würm, brutale, au cours de laquelle se sont formés les cratères et mis en place les produits pyroclastiques.

Les roches sont des basaltes et des basanites à leucite ou à analcime. On y observe des phénocristaux d’augite, d’olivine, des microlites de labrador fréquemment maclés avec de l’albite, quelques paillettes de biotite, des plages de leucite, des carbonates intersticiels et des minéraux opaques. Les basaltes présentent fréquemment un feldspath alcalin assez abondant, - sanidine -. On observe parfois des enclaves grenues basiques et ultrabasiques contenant les minéraux suivants : enstatite, bronzite, diopside, spinelle, hornblende, magnétite, apatite.


Il y a 9.500 ans, la dernière éruption.


Cette zone volcanique unique en Europe a achevé sa formation il y a 9.500 ans, date de la dernière éruption du Turó de la Pomareda. Depuis lors, les volcans se sont endormis mais ils ne sont pas totalement éteints car, la période cyclique de non activité arrivant à son terme, ils ne sauraient tarder à rentrer dans une nouvelle phase éruptive. Ce patrimoine géologique est constellé de sentiers, miradors, chemins, châteaux, monuments et églises, d'une beauté surprenante.

19:42 Écrit par catalan66270 dans Sciences : volcanisme et volcanologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catalogne, garrotxes, olot, volcans, volcanisme, volcanologie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

Les Albères, le Vallespir..., en Pyrénées Orientales... Ces régions n'ont-elles pas été, il y a 40 millions d'années, foyers volcaniques ?

S'il était un exemple à développer quant aux volcans considérés éteints, le département des Pyrénées Orientales et son secteur Albères-Vallespir-Conflent pourraient en être l'illustration parfaite. A écouter les vulcanologues patentés, chargés de cours universitaires ou œuvrant dans des établissements publics à caractère scientifique et technologique, il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura pas, de volcan sur les terres de la Catalogne du Nord. Que ces mêmes scientistes qui nient leur existence passée, présente et future, veuillent bien expliquer la présence de volcans, en Catalogne du Sud, dans les régions du Baix et de l'Alt Empordà, du Pla de l'Estany, du Gironès, de la Selva et de la Garrotxa, les plus anciens, dans l'Empordà, - dix millions d'années -, et à la Selva, - cinq millions d'années -, les plus jeunes dans la Garrotxa dont le Croscat, 11.500 ans, et le Turó de la Pomareda, le tout dernier né, 9.500 ans ! Qu'ils éclairent la lanterne des candides en leur explicitant l'anomalie flagrante d'absence, - totale aux dires de ces sommités -, de volcans en zones Vallespir et Albères alors que ces deux régions sont contigües, l'une à la Garrotxa et à l'Alt Empordà, l'autre à l'Alt Empordà !

Mais en a-t-il été et en sera-t-il vraiment ainsi dans la réalité du terrain? Assurément non ! Et il ne faut pas se voiler la face car les volcans ont marqué, de leur présence, les terres de Catalogne du Nord. En effet, au Tortonien, - 11,608 à 7,246 Millions d'années -, en Alt Empordà, tout proche de la frontière, seulement à quelques hectomètres, quelques volcans monogéniques, en petits édifices collinaires, de type strombolien plausible, exprimaient leur fureur et déversaient laves et pyroclastites. Ces sites volcaniques, aux terres riches mises en culture depuis des siècles, sont, de nos jours, totalement érodés et seule la présence diffuse de dykes ruinés, en bordure de chemins ou épars dans les propriétés, facilite la découverte de certains. Et, en confirmation, l'étude géologique, de la région des Al­bères, du col de l'Ouillat à la Illas, permet de discerner l'existence de minces nappes basaltiques de peu d'étendue. Bien plus, dans la structure architecturale de quelques orrys, du Haut et du Bas Vallespir et du Haut Conflent, il s'y découvre, mêlés aux pierres récupérées in situ par les bergers-bâtisseurs, des moellons de roches pyroclastiques.

Poussant plus loin les investigations, se penchant sur les cartes géologiques des massifs orientaux pyrénéens et sur les plans cadastraux des communes catalanes, un fait troublant accroche à l'œil et pousse à la réflexion : une dizaine de pics et une kyrielle de collines, de mamelons, de monticules, de tertres, de buttes... sont gratifiés d'un complétif signalitique « redon » ou « rodona », en français, « au sommet rond. » Et ne dit-on pas que les Pyrénées sont une montagne « jeune » assise sur un socle cristallin hercynien ? Ces édifices en dôme ne laissent-ils pas présager, à faible profon­deur, la présence de magma et de roches en fusion ? En outre, il ne peut-être dans l'ignorance de ces scientistes que la zone volcanique de la Garrotxa est traversée par un rift continental se prolongeant, côté Catalogne du Nord par la faille de Mantet, - zébrée par la faille de Mérens à Prades au niveau de Vinça, faille filant sur Agde et sa zone volcanique -, et, au delà par les failles de Minerve et des Cévènes..., rift et failles actifs puisqu'ils s'écartent progressivement et se creusent, depuis les trente dernières années ce phénomène s'accé­lérant(2).

Tout comme la Catalogne du Sud, la Catalogne du Nord est une zone à fort risque sismique même si, suivant l'aléa sismique, basé sur la norme européenne, elle est étalonnée faible à modéré. Pourtant, les tremblements de terre les plus importants, d’intensité égale à VI et d'intensité supérieure ou égale à VIII, se sont produits au XIV° et au XV° siècles : 25 décembre 1321, épicentre Perpignan : 21 Février 1370, épicentre Perpignan ; 2, 3, 18 et 19 Mars 1373, épicentre Olot ; Janvier 1378, épicentre Perpignan ; 3 Mars 1426, épicentre Ripoll ; du 2 Mars 1427 au 25 Décembre 1427, 22 séismes avec des épicentres soit à Amer soit à Olot ; 2 février 1428(3), épicentre Olot ; et ainsi s'égrainant, de siècle en siècle, les derniers en date étant ceux du 18 février 1996, épicentre Saint-Paul-de-Fenouillet ; et 21 Septembre 2004, à 17 heures 48 minutes, séismes simultanés à moins de 50 kilomètres l'un de l'autre, tous deux d'intensité V, à Prades et à Ripoll. Un point commun apparaît, entre tous ces séismes, plus de 40 majeurs en 700 ans : leur situation dans l'axe du rift et des failles de Mantet et de Prades.

Enfin, dernier point crucial, grâce à la présence de ses châteaux d'eau, - les Massifs du Canigou, de la Carençà, des Puigmal et du Madrès -, les Pyrénées Orientales sont un département où les sources y sont florissantes : eau de source, eaux chaudes thermales, eaux minérales, deux geysers, dont l'un horizontal, mais aussi un réseau dense de rivières souterraines. Et depuis deux décennies, la température de ces eaux est en élévation constante d'un demi degré Celsius. Parallèlement à ce fait, des petites surélévations de terre ont fait leur apparition. Et que dire des conséquences des derniers tremblements de terre en date, tel ceux d'Asti du 21 Août 2000 ; de Nice du 25 Février 2001 ; de Campobasso du 31 Octobre 2002 : d'Alger-Boumerdés du 21 Mai 2003 ; d'Al Hocelma du 24 Février 2004 ; de Prades et Ripoll du 21 Septembre 2004; et de l'Aquila du 6 Avril 2009, il a été ressenti, avant et après les séismes, en divers lieux faillés du Vallespir, du Conflent, des Albères, des Aspres et de la Plaine du Roussillon des odeurs soufrées... Seraient-elles en relation avec l'existence, dans le golfe comblé de Bouleternère et dans les piémonts des Albères et des Aspres, de sources uniquement gazeuses ? Telle est la situation présente en totale contradiction avec les propos que tiennent les scientistes sur l'absence de volcanisme dans le Département des Pyrénées Orientales.

 

Notes


(2)Aux derniers relevés effectués, l'écartement est de 30 centimètres et l'abaissement du sillon de 15 centimètres, pour les 30 dernières années.

(3) 2 février 1428, épicentre Olot : Il s’agit du séisme le plus important connu dans la région. Il est appelé "séisme de la Chandeleur" et touche toute la Catalogne avec son épicentre à Olot. Il s’est produit une série de secousses d’importance équivalente qui ont entraîné la mort de 100 à 200 personnes. A Prats de Mollo, des remparts et édifices sont détruits. L’intensité a été estimée à un niveau IX sur l’échelle MSK. Le village subit de tels dommages qu’Alphonse d’Aragon accorde des indemnités aux victimes, autorise une levée des impôts et crée des revenus exceptionnels pour la réparation des ponts, des chemins et des remparts. De plus, le 20 juillet, Jean II, évêque d’Elne, accorde l’autorisation d’élever une chapelle votive en l’honneur de Sainte Marguerite La commune d’Arles sur Tech est, elle-aussi, très endommagée. L’intensité, est aussi de IX sur l’échelle MSK. Les dégâts sont à peine moins nombreux qu’à Prats de Mollo où des remparts et des tours sont démolis. Le clocher de l’abbaye de Saint Martin du Canigou et une partie de l’église s’écroule. Certains murs sont détruits jusqu’aux fondations. Le niveau MSK devait être de VII. Le monastère de Fontclara à l’est du Boulou est dévasté. Les bâtiments d’Olette sont fortement endommagés. A Céret et Perpignan, la population est prise de panique. Claira subit des écroulements de maisons. Ce séisme est, encore aujourd’hui, l’évènement de référence est matière de tremblement de terre. Il fait partie des deux plus grands séismes au niveau européen.

19:37 Écrit par catalan66270 dans Sciences : volcanisme et volcanologie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : albères, catalogne, vallespir, volcans, volcanisme, volcanologie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

25 janvier 2010

Terre des hommes. Tome II.

Terre des Hommes. Tome II

-  Deux études géologiques. -


Acheter Terre des hommes. Tome II.

Extraits de préface.

Sismologie

et volcanologie

en Roussillon.



........ (extraits)

... Agir ainsi est une erreur gravissime car, masquant la vérité, probablement dans un but mercantile d'urbanisation à outrance, -"qu'adviendrait-il si un tremblement de terre se produisait dans l'Océan Indien, à Sumatra, en Thaïlande, en Inde..., ou en Mer Méditerranée, déclanchant un tsunami? Je ne voudrais pas faire de catastrophisme mais, suivant les constatations que j'ai pu faire, nous sommes réellement aux portes d'une telle éventualité. En effet, des signes évidents d'un futur séisme à grande échelle, sous 8 jours, 15 jours, 1 mois au plus, apparaissent tant en Méditerranée qu'en Océan Indien et les autorités doivent en prendre conscience et prendre toutes les précautions qui s'en imposent tant il est imminent. Et je tiens tous mes relevés à votre disposition, ainsi que mes conclusions, si vous êtes désireux de les consulter"-, par celà multipliant les profits, une urbanisation à outrance qui alourdit la charge et pèse, par ses millions de tonnes de béton, de macadam, etc..., sur la croûte terrestre dure, certes, mais très fragile...

..................................

... Le pechblende est un minerai d'uranium et, dans d'infimes proportions, du radium et des acténides, -actinium, thorium...- La présence de granite, près d'une souche ou d'un filon de pechblende, provoque la scission des atomes, -réaction nucléaire-, et, à partir de la 6° scission, il se produit l'émission d'un gaz, le radon, qui s'accumule dans les failles souterraines et, par diverses mutations naturelles, pouvant produire des gaz radioactifs, le radon 222, le radon 220 ou thoron, le radon 219 ou actinon., etc... De même, par les effets pervers du granite au contact du pechblende, l'uranium y contenu peut se transformer en fluor U.F., produit de base pour obtenir de l'uranium 235 et de l'uranium 238, et, par une série de transmutations minérales, du plomb 206, tous produits radioactif à haute nocivité. Suite à de nombreuses prises de mesures, en zones granitiques, sur le pourcentage de radioactivité naturelle, "l'on" constate que ce taux est en constante évolution, certains terrains contenant des doses excessives, proches, égales ou supérieurs à 2.000 becquerels faisant que certaines terres habitables ou habitées sont pratiquement assises sur de véritables "piles nucléaires", l'irradiation y étant forte et démesurée en regard des normes requises.

..................................

... Perpignan le 15 Décembre 2004...
... Raymond MATABOSCH




Les argiles gonflantes.

III. De la climatologie.



........ (extraits)

... « Pas plus que je ne vous assommerai avec les saisons solaires, des saisons cosmologiques, -glaciation, chaud-humide, sécheresse-désertification et froid-humide-, qui, ne vous en déplaise, ne se calculent plus en trimestres, -ou à plus ou moins 90 jours-, mais qui s'étagent tous les 10/11.000 ans environ, elles mêmes affectées au niveau d'un super, puis d'un hyper système solaire...et enfin du système galactique, conséquence d'un triple effet de rotation animant tous les éléments qui composent l'univers. En effet, chaque planète, chaque satellite et chaque astre, pivot de chaque système, tournent sur eux-mêmes, dans un plan horizontal, -détermination des jours-, et dans un plan vertical, -déplacement et renversement des pôles-, et autour d'un régulateur central, -détermination des saisons et des années-, à des vitesses différentes. Il en est ainsi, dans notre système solaire, pour la Lune, satellite naturel de la Terre; pour Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptuné, et tous leurs satellites ou Lunes; pour Pluton, Cérés, Eris..., planètes naines; et pour le Soleil, une étoile parmi des milliards et des milliards qui peuplent l'univers, lui même satellite naturel d'un super soleil, pivot central d'un super système solaire, lui-même satellite d'un hyper pivot, etc..., dans notre Galaxie qui comprend quelques 200 milliards d'étoiles, -donc quelques 200 milliards de systèmes solaires- et, au moins, 1.000 milliards de planètes.

..................................

... « Nous sommes rentrés depuis environ 9 à 10.000 ans, dans la saison du système solaire "chaud-humide", semblable, en quelque sorte au printemps terrestre, avec les conséquences qui en découlent:
« 1°. Inondations, des exemples nous en sont fournis un peu partout en France, en Europe et dans le monde, bien évidemment en Laguedoc-Roussillon, région dans laquelle nous sommes. Au cours des quatre dernières années, Estagel, la Salanque,... dans les Pyrénées Orientales, l'Aude, l'Hérault, le Gard, la Lozère, et, à nouveau, l'Hérault et le Gard, et encore le Gard, etc...
« 2° Tempêtes, cyclones, ouragans, tornades, etc..., avec des vitesses venteuses sans commune connaissance avec celles qui sévissent, présentement, sur le territoire national, voire européen, avec des vents tournoyants, tourbillonnants, violents, soufflant à des vitesses excessives, souvent supérieures à 200/250 kilomètres/heure, tant bien même égales ou supérieures à 300/350 Kilomètres/heure.
« 3°. Multiplication des phènomènes du type "El Niňo."
« 4° etc... etc... »

... toutes choses annonciatrices de la saison solaire "sécheresse-désertification"... déja engagée... et, par pitié, qu'on ne nous parle pas que la pollution, elle n'étant qu'un accélérateur ténu, -100 ans maximum sur environ 10/11.000 ans que dure une saison solaire-, soit cause du réchauffement planétaire...

..................................

... En fait, nous arrivons au terme du printemps solaire, avec ses températures clémentes mais estivales si nous les comparons aux étés terrestres, et nous nous approchons, à grands pas, de l'été solaire. Un seul mot pour en dire qu'elles en sont ses conséquences pour une bonne partie du territoire français: ni plus ni moins que le désert saharien, -à plus ou moins brève échéance, environ mille ans-, ce tel qu'il en a pû en être, entre autres terres celles du Roussillon et des Pyrénées Orientales, il y a environ 30 à 32 mille ans...

... Le SOLER le 27 Octobre 2004...
... Raymond MATABOSCH


Le livre Terre des hommes. Tome II.

18:55 Écrit par catalan66270 dans Mes livres publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : géologie, volcanisme, sismologie, pyrénées orientales, catalogne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

12 janvier 2010

Le petit train jaune de Cerdagne : « Le canari. »

Cette ligne, électrifiée par un troisième rail, de 63km à voie métrique unique, est la plus haute d'Europe, 1532m à la gare de Bolquère.

Mise en service entre 1910 et 1928, elle a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art, viaducs, ponts et tunnels.

« Le Train Jaune est un atout formidable pour le territoire » et contribue au développement touristique des terres de Conflent et de Cerdagne. Il constitue, en outre, un véritable patrimoine historique, culturel et technique des Pyrénées Catalanes.


Un train à voie métrique, le plus haut d'Europe.


Le Petit Train Jaune, à voie métrique, avait pour but de relier les hauts plateaux de Cerdagne au reste du département des Pyrénées Orientales

La ligne fut édifiée en plusieurs parties de 1910 à 1927.

Les travaux commencèrent en 1903

- 1910 - Villefranche-de-Conflent - Mont-Louis-la-Cabanasse - 28 kilomètres.

- 1911 - Mont-Louis - La-Cabanasse - Bourg-Madame - 27 kilomètres.

- 1927 - Bourg-Madame - La-Tour-Carol - 7 kilomètres.

A ses débuts, elle fut exploitée par la Compagnie du Midi puis en 1937, nationalisée, elle fut, lors, exploitée, tout comme une grande partie du réseau Français, par la SNCF. Et, depuis 2005, la ligne est exploitée conjointement par la SNCF et le Conseil Régional Languedoc-Roussillon.

La Ligne, d'un longueur totale de 63 km, commence a Villefranche-Vernet les Bains a 427 mètres d'altitude et se termine à la gare internationale de La Tour de Carol-Enveigt, implantée sur la commune d'Enveigt, à 1.231 mètres d'altitude

L'altitude maximum atteinte est 1.532 mètres, à la gare de Bolquère, ce qui en fait la ligne de chemin de fer la plus haute d'Europe.

L'ouverture de la ligne a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art dont 19 tunnels et 2 viaducs, le Pont Séjourné et le pont Gisclard, et de 22 gares.


Dans un univers de charme et de merveilles naturelles.


La voie remonte les gorges de la Têt depuis Villefranche-de-Conflent jusqu'à Mont-Louis, puis elle franchit le col de la Perche pour rentrer en Cerdagne. Après avoir longé Font-Romeu, elle descend vers Estavar-Llivia, Saillagouse, Osséja, Bourg-Madame, Ur, et finit son parcours à la gare de Latour-de-Carol-Enveigt .

Son système de freinage est unique au monde; il est le premier à avoir utilisé l'électricité: freins « aéro-statiques », c'est un courant induit qui freine par électro-magnétisme les bobines, la chaleur est dissipée dans d'énormes résistances refroidies par l'air et situées sous la machine. Malgré les fortes et longues pentes, 60 m/km, soit 6% , il n'y a eu à déplorer aucun accident, sauf le jour de son inauguration en 1910.

Le voyage en Train Jaune ressemble à un film panoramique, rythmé par le balancement des voitures : à mi-hauteur des pentes escarpées de la vallée de la Têt, le train tutoie le vide puis traverse en douceur de grands espaces bucoliques, au pied des massifs du Canigou, du Cambre d'Aze, du Carlit et du Puigmal, avec au loin la silhouette de la Serra del Cadi.

Au détour d'un virage, on aperçoit un village ou une église romane, on devine l'entrée des vallées étroites du Haut-Conflent réservées aux seuls randonneurs, on découvre enfin les stations de ski accrochées aux pentes de Cerdagne.


Mais aussi, un univers de résistance...


Mais le Train Jaune, perché sur les hauts plateaux du pays catalan, n'est pas, seulement, celui des cartes postales aux couleurs saturées. Il n'est pas non plus unique attraction touristique, tortillard sympathique pris l'été en famille. Le Train Jaune est celui pour lequel il faut, les violents matins d'hiver, réchauffer au chalumeau les aiguillages grippés par le gel, briser à la barre à mine la glace accumulée dans les tunnels. L'été, il faut remplacer à la force des bras, les traverses fatiguées sur un ballast surchauffé, près du troisième rail électrifié, compagnon vital et sournois, sang de la machine et menace mortelle pour le cheminot s'il l'oublie.


Le Train Jaune a cent ans.


Né d'une volonté économique, il fut soixante-dix ans plus tard condamné par les nouveaux maîtres évoquant des motifs... économiques.

Et, par toutes les Pyrénées Orientales, pour sauver le « Canari », des femmes et des hommes se sont dressés, un jour, et crié leur refus de le voir disparaître.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

10 janvier 2010

La sardane, danse traditionnelle. Barretina, faixa et bigatanes.

La sardane, fille de la sardane courte, se danse en cercle fermé, alternant un homme et une femme, la femme à droite de son partenaire.

A Pâques, à Pentecôte et chaque fois qu'appelle, au plus profond des êtres, l'attachement des catalans à leur terre natale, la sardane fraternelle réunit des centaines de participants. C'est une danse d'union, d'amour, de liberté et de paix, symbole d'allégresse et de joie, empreinte d'un pays, d'un peuple et d'une nation, une danse et des rondes aériennes, les mains fermement liées, voltant, en « aplecs », - réunions de sardanistes -, sur les places des villes et des villages, les parvis des églises et des cathédrales, et au pied des sanctuaires.


Origines obscures de la Sardane.


A l'origine, s'accordent à dire les folkloristes, elle serait Crètoise, XV° siècle av. J.-C., puis Étrusque et enfin Hellène, les participants pratiquant un rituel, en ronde avec les bras levés, pour remercier la déesse Cérès de ses bienfaits pour leurs moissons. Mais, dès le I° siècle, le géographe grec, Strabon, ne citait-il pas une danse en rond en tant que danse d'offrande à la Lune pratiquée par les Sordons, - Plaine du Roussillon -, les Kerrètes, - Cerdagne, Ripolles et Garrotxes -, et les Bébryces, - Vallespir et Alt Empordà -, peuplades indo-européennes, qui occupaient les terres des Pyrénées méditerranéennes ?

Les deux hypothèses ne paraissent pas incompatibles. Il est aisé d'imaginer, les grecs s'étant installés, au IV° siècle avant J.C., sur les terres Nord et Sud catalanes, à Empurias, Cotlliure, Salses, Bracchyle..., que les Kerres, les Sordes et les Bébryces leur aient emprunté cette danse en rond pour remercier un de leurs Dieux à la fin des moissons...

Et puis, n'existe-t-il pas un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canignensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollencque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis », et là y découvrir son essence antique ?


Le contrepas.


Les « Pas brisés » et les « pas suivis » les uns et les autres rappelant les « pas courts »et les « pas longs » de le sardane actuelle, ne serait-ce pas le contrapàs, le contrepas, aussi appelé « contrapàs cerdà » ou « contrapàs sardà » déjà dansé au XVI° siècle dans les hautes terres de Cerdagne ?

L'origine religieuse du contrepas est avérée. Cette danse, accompagnée de chants célébrant la passion du Christ, était pratiquée pendant la semaine sainte et exécutée sur les parvis et dans l'enceinte même des églises. A ses débuts uniquement réservé aux hommes, petit à petit, les femmes entrèrent dans la danse, et le seul lieu où l'interdiction subsista était Prats-de-Mollo où il était encore dansé sur la Place d'Armes, au début du 20ème siècle.

En saura-t-on, un jour, ses vraies origines ?


Dans l'Empordà, naissance de la sardane moderne.


Solaire par sa forme, méditerranéenne par sa mesure, la sardane est la danse populaire catalane par excellence, celle qui, parmi toutes les autres, des plaines du Roussillon et de l'Empordà, - l'Empordà le berceau de la sardane moderne née, au milieu du XIX°siècle, sous l'impulsion d'un musicien, de Figuères, nommé Pep Ventura -, jusqu'au delà de l'estuaire de l'Ebre, symbolise le mieux la Catalogne et les Comtats.

Si, vers 1850, sous l'impulsion de Ramon Grès et de Miquel Pardàs, les catalans l’appelaient « sardana llarga », sardane longue, c’était pour la différencier de l’antique « sardana curta », la sardane courte, qu’elle a fini par supplanter et, depuis, le nom de sardane seul évoque la danse actuelle.


La sardane, danse populaire.


La « cobla », un ensemble orchestral et musical de 11 musiciens et douze instruments, composée de deux « tibles » et de deux « tenores », de deux trompettes, d'un ophicléide ou d'un trombone à piston, de deux « fiscorns » et d'une contrebasse à trois cordes, l'accompagne.

Aux premières notes aigües et vives du « flaviol » et du « tambori » joués par un même musicien, les cercles, imprégnés de son accent, de sa couleur et de son rythme, se forment.

La mélodie enfle son thème et les hautbois, aux chants austères et profonds, célèbrent l'amour et la félicité, la douleur et la mort, avec une grande joie saupoudrée d'une part de mélancolie, de rêverie et de sollicitude, éclatant au dehors, et une détresse intérieure s'illuminant de rais de bonheur, d'événements prospères et de hasards favorables.


Notes.

 

La « baretina », le bonnet rouge.

La « faixa », la ceinture de tissu.

Les « bigatanes », les espadrilles.

Le « Flaviol » et le « tambori », le chalumeau et le tambourin.

Le « tible » et la « tenore », instruments à vent de la même famille que le hautbois.

Le « fiscorn », instrument semblable au saxophone.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

09 janvier 2010

Le Roussillon passé présent. Bribes d'histoire.

L'histoire crée les états et délimite les frontières mais celles-ci ne parviennent pas toujours à séparer les hommes, unis, par delà les nationalités, par les coutumes, les traditions communes et les parlers. Tel est le cas de la  Catalogne partagée, au fil des temps, entre France et Espagne.

Capitale des antiques Comtats, hier Province du Roussillon, aujourd'hui Catalogne Nord, Perpignan a peut-être plus d'affinités avec Barcelone qu'avec Toulouse, Carcassonne, Montpellier ou Nîmes. Ici, tout évoque l'Espagne si proche : la lumière, les palmiers et, surtout, le palais médiéval des Rois de Majorque, celui de la Députation ou encore la belle Loge de Mer d'un pur gothique catalan. Même la très méridionale cathédrale Saint Jean apporte une pierre à la spécificité et à l'originalité de cette terre catalane.

Dans le Castillet, la Casa Pairal, - la maison ancestrale -, évoque les traditions agricoles et artisanales de la Vicomté de Vallespir, des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, et celles de ses dépendances, le Conflent et la Capcir.


Une terre convoitée à ses origines.


Le Roussillon est une terre d'une richesse historique incomparable. Il est mondialement connu pour posséder le site sur lequel furent découverts les plus anciens européens, dont les restes datent de 450.000 à 700.000 ans. Les époques suivantes sont également riches en découvertes : le néolithique et ses champs d'urnes, l'érection des dolmens et menhirs, et...

Le Roussillon, tributaires des luttes entre romains et carthaginois, sera marqué par le passage d'Hannibal et de ses éléphants de combat. Mais c'est aussi une période où la région sera militairement conquise onze fois et connaîtra quinze maîtres différents en 2500 ans : par les Chamites..., les ligures, les peuplades bascoïdes Sordones, Bébryces et Kerres, les phéniciens, les hellènes, les romains..., les wisigoths et les sarrasins.


Les carolingiens et la période comtale.


Après avoir chassé les sarrasins, la principale bataille se déroulant sur les hauteurs de Passa, près de Thuir, Charlemagne décide de créer, sur les lieux des combats, un monastère, le Monastir del Camp, - Monastère du campement -, bâtiment qui existe toujours.

Maîtres incontestés du Roussillon, les carolingiens y créent des comtés et favorisent l'installation de grandes abbayes, - Arles sur Tech, Saint Michel de Cuixà, Saint Martin du Canigou... -, qui essaiment, sur tout le territoire, des prieurés et des églises.


Le Comté de Barcelone et le Royaume d'Aragon.


En 897 Guifred le velu, unificateur d'une terre pérenne et à l'origine de la légende de la senyera, le drapeau catalan, partage entre ses enfants les comtés qui forment la future Catalogne. Mais l'unité Catalane se soude essentiellement sous Raymond Bérenger III, dit le Grand (1097-1131)

En 1137 Raymond Bérenger IV, dit le Saint, épouse Pétronille Ramirez, la fille du roi d'Aragon, unique héritière. Il devient ainsi prince consort et ses enfants obtiendront le titre de Comte-Roi de Catalogne-Aragon, engendrant la lignée des rois d'Aragon.


Le Royaume de Majorque.


En 1276, à la mort de Jacques Ier le Conquérant, le royaume catalano-aragonais est partagé entre ses deux fils. Le Royaume de Majorque, dévolu à Jacques II, se compose des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, de la Vicomté de Vallespir, des Iles Baléares et de la Seigneurie de Montpellier, avec pour capitale Perpignan. Le reste de la couronne va à son frère Pierre III, comte de Barcelone et roi d'Aragon.

Quatre vingt ans d'existence, l'histoire du royaume de Majorque est courte, mais intense. Obligé de faire des choix face à ses puissants voisins, la France et le Royaume d'Aragon, il subit l'inévitable dérive qui le mena à son extinction. Les deux royaumes catalans sont réunis, à nouveau, en 1344n sous le règne de Pierre IV, roi de Catalogne-Aragon.


Les Comtats.


Pierre IV, prince d'une haute capacité associe ses nouveaux sujets à la législation catalane. Il les admet aux États Généraux ou Corts, encourage l'industrie et la navigation par des traités avec les nations voisines, protège l'agriculture et fait replanter d'arbres les contrées ravagées par les dernières guerres.

Jean I, son fils et successeur, ne suit pas l'exemple de son père. Il abandonne le Roussillon à l'administration d'un gouverneur général et d'officiers royaux, plus soucieux de leur enrichissement et de leur élévation que des intérêts du pays. Mais Barcelone jalouse Perpignan pour ce nouveau privilège accordé et de nombreuses échauffourées fratricides se produisent et endeuillent les deux terres.


La Province de Roussillon.


Jusqu'à Louis XIV, et la fin de la Guerre de Trente ans, les Comtats restent rattachés au royaume d'Espagne et à la Catalogne. Le Traité des Pyrénées, du 7 Novembre 1659, et ses Conventions de Céret, Mai 1660, et de Llivia, Novembre 1660, mettent un terme à ce rattachement naturel façonné par des siècles d'histoire. Pourtant ils ne réussit pas à effacer les particularismes et l'identité propre du peuple qui la compose.

Du Traité des Pyrénées à la Révolution Française, la Province du Roussillon, province frontalière et « pays conquis » est dotée, par le pouvoir central, de nouvelles institutions. Considérée comme province étrangère, les barrières frontalières sont maintenues avec les provinces limitrophes.


Le Département des Pyrénées Orientales.


La loi du 22 décembre 1789 organise les pouvoirs au sein de nouvelles circonscriptions appelées départements puis le décret du 15 janvier 1790 fixe le nombre de départements à 83.

Le département des Pyrénées-Orientales est créé le 6 mars 1790. Les députés de l'ancienne province de Roussillon signent l'arrêt créant le département de Roussillon qui prend rapidement le nom de Pyrénées-Orientales. Le nouveau département est plus vaste que l'ancienne province de Roussillon, dont la langue faisait l'unité. La petite région languedocienne du fenouillèdes, - plus de vingt cinq communes dont Saint-Paul-de-Fenouillet, Maury, Latour-de-France, Bélesta, Montalba-le-Château, Sournia... -, est incorporée dans cette nouvelle structure politique.


La Catalogne Nord.


La Catalogne Nord, - l'inventeur de l'appellatif en étant, dans les années 1930. le catalaniste Alphonse Mias, du groupe Nostra Terra -, désigne le territoire correspondant à l'actuel département des Pyrénées-Orientales. Par tradition, on la divise en six comarques ou pays: le Roussillon, les Fenouillèdes, le Vallespir, le Conflent, la Cerdagne et le Capcir.

Ce terme, lui préférant le référentiel Roussillon, nom de la province d’Ancien Régime, est très peu utilisé en France. Les termes génériques de Pays catalan, de Catalogne française ou de Pyrénées catalanes sont, de même, employés.

Pour les catalanistes, cette appellation correspond à une réalité historique et identitaire : « En effet », déclarent-ils, « depuis les origines, la Catalogne Nord a été rattachée à la Nation catalane, sur les deux versants des Pyrénées, issue de la réunion des comtés féodaux indépendants, de facto, de l'empire carolingien dès le IX° siècle. »

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

Éternel et immuable Canigou : Montagne mythique des catalans.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon désavouant le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Dès la nuit des temps
extirpé du sein terrestre:
La grâce divine.

Symbole avéré,
Olympe des catalans -
Le Mont Canigou.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, - vins, fruits et légumes primeurs de qualité -, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

Dominant la plaine,
majestueux et royal,
La terre des Dieux.

La montagne mère,
de fécondité symbole -
De l'eau dans la plaine.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphériques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Écrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques de l'ouest de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, - ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...? -, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Horizon visuel,
rotondité de la Terre,
altitude aussi.

Canigou, un phare
dans le ciel atlantidien -
Platon le savait.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, - des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine... -, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, - Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, - les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues... -, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, - étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies -, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Vigie maritime
entre hautes terres et plaine -
Porte de deux mondes.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté ? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants ? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, se tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'œuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Terres d'exception,
terre du fer et de paix -
Terre des poètes.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, œuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, sur­git « Canigo » de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque et extraordinaire, un éclat, lors hexamètres et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux « dans le ciel bleu flamboyant », en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.

Difficile, pour un sismo-vulcanologue, de ne point prêter sa plume à son clone, catalan de naissance et de cœur, poète-écrivain-historien quant s'agit de chanter, en mots élégiaques, le Massif et le Pic du Canigou, symbole de la Catalogne.


Étude étymologique du Pic et Massif du Canigou


Le Mont Canigou est un site merveilleux, enchanteur et mystérieux et tout catalan qui se respecte, se veut de le connaître dans toute sa splendeur. Terre des Dieux, terre des hommes, il se dresse, vieux berger des ans encapuchonné de neige, en figure de proue, amer des marins, au coeur du Roussillon, sentinelle de la méditerranée.

A entendre tous les méthodistes de l’étymologie, les herméneutiques latines de Canigou signifieraient « sommet en forme de croc de chien, sommet enneigé, sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche... », commentaires simples et bien peu conformes aux exégèses pré-indo-européennes et pré-romaines.

Canigó, le Canigou ! L’énoncé des diverses appellations topony­miques telles que répertoriées et classifiées par Pierre Ponsich, « Répertoire des lieux habités du Roussillon », permettent d’affirmer l’antiquité du toponyme :

- 875 et 949, « Montis Canisgonis »,

- X° siècle, « Monte Canigono, Monte Chanigono, Monte Canisgonis »,

- XI° siècle, « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae »,

- et, dès 1300, sa forme définitive « Canigó », francisée, après le traité des Pyrénées donnant le Roussillon à la France, « Canigou »

Ce point précisé, il peut être accepté une vérité, la première mention, avancée comme connue, relèverait du IX° siècle.

Pourtant, ce précepte, longtemps admis comme incontestable par une certaine catégorie de scientistes, n’est, en fait, qu’une demi-authenticité. En effet, de nouveaux documents ont été exhumés, un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canigonensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollenque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis » ou de « Canigonensis » et d’un « Montem Canis Goniae. »

Canigó, le Canigou ! D’évidence, face au soleil le berçant de tous horizons, il n’est qu’un visage caché, son propre patronyme. Mais..., quel a pu être, les documents archives étant silencieux à son propos, son appellatif aborigène ? Sur la foi des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne, il serait aisé de penser, toutes les présuppositions et toutes les conjectures pouvant concorder avec le site majestueux, qu’il eut pu se dénommer, ou « Kanikon, Kanikone, Kanikonos,... », nom originel qui serait devenu « Canigó » après l’affaissement du « k » initial de Kan, en « c » intervocalique, et du « k » intermédiaire de kon, en un « c » qui, par déformation orale, aurait muté en « g », et la chute du « n » final laissant une terminaison en « o », accentué par les grammairiens catalans, lui caractérisant plus de robustesse, de puissance, de rudesse et de rigueur, ou bien « Kanigonia, Kanigoia », un nom de lieu usité, au XI° siècle, et transcrit sur de nombreux documents archives « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae... »

Canigó, le Canigou ! Les linguistes, dressant son étude étymologique, rapprochent, aisément, le nom à la base oronymique et orogénique pré-indo-européenne, -des peuplades de la fin du Néolithique, III° millénaire avant J.C., qui avaient investi les terres de la bordure méditerranéenne-, ou pré-romaine, -Âge du Bronze final, début du I° Millénaire avant J.C., avec l’arrivée des Sordons, « peuple de la mer », des Bébryces et des Kerretes, « peuples de bergers et d’agriculteurs », ethnies plus civilisés-, « Kan », montagne aux roches compactes et dures, de couleur sombre, au sous-sol riche en métaux, - fer, or, argent... -, d’origine volcanique, « Kani », chien, dent de chien et sommet montagneux en forme de dent de chien, « Kaln », sommet pétré, « Kar » ou « Ker », rocher, formant le premier élément auquel il y aurait pu être adjoint un caractérisant complétif, soit « kone », résidence obscure habitée par des personnes extraordinaires, étranges, merveilleuses ou fabuleuses, soit « konos », en forme de cône, de polyèdre ou de pyramide avec base polygonale à vingt faces, soit « kon », duplication tautologique de Kan, soit « ikone », représentation d’un ensemble d’étoiles présentant une configuration propre, soit « iavo », amas de cailloux et dalles rocheuses, ou Dieu, terre des Dieux, soit « gonia », récepteur d’ondes cosmiques ou lieu sacré, soit, enfin, « oia » ou « goia », bercail.

Canigó, le Canigou ! Si Horace consommait du substantif latin « canis » dans le concept de chien, de chienne, - animal ou terme injurieux -, de chien de berger et des Furies, - Divinités infernales pour les Romains, Déesses de la vengeance dans la Mythologie grecque ou Déités, par antiphrase, Bienveillantes - ; Tibère dénommait, ainsi, le Cerbère, - chien à trois têtes qui gardait les Enfers -, et la Constellation de la Canicule ou du Petit Chien, - « petite chienne », appliqué à Sirius, étoile se levant en même temps que le Soleil à l’époque des grandes chaleurs estivales- ; Plaute en usait dans le sens de carcan, de collier, d’augure tirée de la rencontre d’un chien, et Cicéron, de chien, de limier, de créature, de satellite ou de cheveux blancs. Au différent, Virgile, Ovide et Pline l’ancien caractérisaient, en « canis » ou « canitiés », les cheveux blancs, la barbe blanche, la vieillesse, la blancheur, le poli ou la robe blanche, alors qu’en « canis » ou « canens », Ovide qualifiait, de la sorte, une Nymphe et son chant plaintif bruissant, sous le vent, dans les branches et les vallées, et Pompéius Festus, un ornement de tête.

L’étude étymologique de la deuxième composante de Canigó, - en catalan -, ou Canigou, - en français -, complémentaire des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne ou pré-romaine, est tout aussi explicite et significative du site, permettant d’apporter éclairage, intelligence et connaissance dans sa compréhension. D’après Pline l’Ancien, « Caenia » ou « Coenia », selon les graphies « Gaenia » ou « Goenia », exprimaient montagne ; les « Caenicenses » ou les « Coenicenses », suivant les transcriptions les « Gaenicenses » ou les « Goenicenses », étaient un peuple de bergers et d’agriculteurs de la Narbonnaise, aussi connu sous le nom de Bébryces, vivant dans les montagnes des Albères, des Aspres et des premiers contreforts du massif du Canigou qui serait, de ce fait, par éponymie, la Montagne des Bébryces ; et, enfin, « Goniaea » et « Gonianés » ou « Ganiaea » et « Ganianés », révélaient la Pierre inconnue, la Montagne Sacrée, la Terre des Dieux.

Se rapprochant d’Apulée de Madaure, dans son « Metamorphoseon sive Asini aurei », « icon » symboliserait la fidèle représentation matérielle d’une image céleste ou d’une constellation, et de Chalcidius, traduisant, en latin, le Timée de Platon, « iconium », diminutif d’icon, symboliserait la réplique terrestre, incise dans un « icosahëdrum », un icosaèdre ou polyèdre à vingt faces constitué par des triangles, de la Constellation du Petit Chien, son point culminant personnifiant Sirius. Enfin, il serait faire preuve d’une outrecuidante inélégance si, en cette étude, il était fait fi de deux inscriptions romaines « oia » et « ioa », toutes deux matérialisant le nom mystique d’une puissante divinité, Jupiter, Pluton, le Soleil ou le Créateur.

Préface de "Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

 
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