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02 septembre 2010

Volcanisme en France : le Pavin encore actif... ? 2° Volet de l'Etude.

Suite de « Volcanisme en France : le Pavin encore actif...? 1° volet de l'étude. »

 

Le lac Pavin


Son âge, 4.000 ± 150 ans avant J.C., fait, de cet édifice volcanique, la toute dernière-née des bouches adventives du complexe Montchal et, son activité éruptive se combinant à celle du Puy-mère, le tout dernier cratère ayant été en activité dans les Monts d'Auvergne et la Chaîne des Puys.

Le plan d'eau du lac Pavin se situe à une altitude de 1197 mètres. Il occupe une dépression circulaire, aux parois abruptes, - découpant, dit-on, « à l'emporte pièce dans des coulées trachyandésites et pyroclastites montdoriennes, des vieux basaltes du Cézallier et des coulées basaltiques récentes du Puy de Montchal qui le domine -, de 750 mètres de diamètre pour une profondeur approchante de 93 mètres.

Il est incontestable que le Maar Pavin, par ses formes non altérées, la présence de strates basaltiques et pyroclastiques du Montchal, la profondeur de son lac et son anneau de fragments de roches magmatiques volcaniques cimentées par des cendres et des lapillis, au différent des maars des Costes et de l'Estivadoux obstrués, est l'expression d'un bâti volcanique récent, laissant sous-entendre que l'activité phréato-magmatique contemporaine de l'explosion n'a pu se produire qu'après 1.250 ± 50 ans avant J.C.

En effet, en regard des diverses coulées basaltiques émises par le Puy du Montchal, si le maar Pavin s'était formé avant 4.550 ± 150 ans avant J.C, datation de la coulée d'Ouest en Nord-Nord-Est du Puy de Montchal, il serait comblé, partiellement ou totalement. Mais ne dit-on pas que 4.000 ± 150 ans avant J.C est son âge de formation ? Qu'en penser, alors, de l'activité du Puy de Montchal n'ayant point été celle d'un volcan monogénique, et de ses coulées basaltiques Est, 2.250 ± 50 ans avant J.C., et Nord-Est, 1.250 ± 50 ans avant J.C. ? Il ne ferait aucun doute que l'édifice Pavin ressemblerait, étrangement, à ceux de l'Estivadoux et des Costes et ne serait qu'une modeste dépression de forme plus ou moins arrondie, de 600 à 750 mètres de diamètre en négatif dans la coulée montchalienne, dont le fond serait occupé par une insignifiante tourbière. Et il n'en est point ainsi.

L’explosion hydro ou phréato-magmatique du Pavin, il y a 3.150 ± 50 ans, a découpé le socle, - granites, roches métamorphiques et anciennes coulées basaltiques issues du massif du Mont-Dore et du Cézallier -, et la coulée Nord-Est, - 1.250 ± 50 ans avant J.C. -, du Montchal. Les explosions violentes du fait de la présence d’eau superficielle et de la richesse en gaz du magma trachytique, des traces de cet événement ont été retrouvés jusque dans les sédiments du lac Léman, ont créé un cratère presque parfaitement circulaire avec un diamètre de 700 à 800 mètres, occupé par un lac profond de ± 93 mètres. Les produits, un mélange hétéroclite de blocs arrachés au substrat, de granites et de gneiss, de trachyandésites montdoriens, de vieux basaltes du Cézallier et du Mont Dore et des basaltes récents du Montchal, des lapillis et une matrice cendreuse, ont été rejetés au Sud saupoudrant largement le plateau environnant. Le nuage s’est développé en une succession de déferlantes sur une aire de 15 kilomètres de long sur 7 kilomètres de large, formant une couche assez épaisse pour être conservée. Le volume de l'éruption est estimé à 75 millions de mètres cubes.


Activités récentes du Maar Pavin.


Suite aux découvertes récentes concernant l'activité du système du Pavin, attestées par les configurations et la nature des terrains, d'une part, et, d'autre part, par l'étude des coupes stratigraphiques et la datation de prélévements, réalisées par deux scientifiques, le géologue-volcanologue Pierre Lavina et l'ingénieur hydrogéologue-géotechnicien Thierry del Rosso, le débat, auprès de la communauté scientifique, est relancé sur une éventuelle menace d'éruption volcanique dans la chaîne des Puys.

Outre la confirmation, par leurs travaux, de la jeunesse du site, pour le Maar d'Estivadoux 5.250 ± 150 ans avant J.C. pour le Puy de Montchal 4.550 ± 150 ans avant J.C., et pour l'explosion phréato-magmatique du Pavin 1.150 ± 50 ans avant J.C., il n'est nullement incompatible d'admettre que des petites éruptions et des activités phréatiques, - geyser, solfatare... -, se soient produites au cours du premier millénaire de l'Ère Chrétienne. En effet, des émanations gazeuses persistent encore de nos jours, au Sud du Puy du Montchal, dans les secteurs de Pisseporc, du Creux de Soucy, de la Liste..., et des coulées de boues, dans la Vallée de la Crouze du Pavin, en amont, et se prolongeant en aval, de Besse en Chandesse, sont datées, pour certaines, de 850 ± 20 ans après J.C. et de 1.050 ± 20 ans après J.C, et, pour les plus récentes, de 1250 ± 20 ans après J.C.

 

Les archives locales, comme un trou noir dans l'histoire, sont muettes à ce sujet. Mais des centaines de villages, au Moyen-âge, ont disparu, pour des raisons inconnues, dans cette région auvergnate, un fait laissant libre cours à toutes hypothèses, - conflits, épidémies, catastrophes naturelles... - , quant à leurs tenants, dont, celle de Thierry del Rosso, « Autour de 1250, une montée des eaux du Pavin aurait ennoyé la ville emportant avec elle des maisons et leurs occupants, ce qui expliquerait pourquoi la plupart des édifices de Besse ont été bâtis après cette époque. »

En grand nombre, des ossements d’hommes et d’animaux que Pierre Boivin, chercheur au Laboratoire Magmas et Volcans de Clermont-Ferrand qualifie « de vestiges provenant d'un ancien cimetière ou d'une fosse », et des céramiques, datés du XIII° Siècle par les experts, ont été retrouvées dans la Vallée de la Crouze du Pavin, et des avantages rares en matière d’impôt, de commerce..., ont été accordés, en 1270, par les seigneurs de la Tour d’Auvergne, aux familles qui s’installaient autour du Lac Pavin.

A Besse-en-Chandesse, d'une part, de courtes fables occitanes, - des exampla -, témoignent de déchainements des éléments, dans un passé millénaire, et évoquent des « choses rougeoyantes », « des arbres calcinés » et « un ciel couvert de cendre », et, d'autre part, des textes régionaux, écrits sous Henri I°, font référence à « des incendies » et à « des flammes ensevelissant sous une montagne de cendres les montagnes », des écrits qui seraient étayés par la découverte, dans un lit de sable, de cendres volcaniques et de déchets organiques datés, au carbone 14, de l’an 1050.

En Auvergne, depuis les séismes du 25 Juin1477, intensité 7.5, et 01 Mars 1490, intensité 8, qui n'avaient pas été dévastateurs mais qui avaient fendu le mur de la cathédrale de Clermont Ferrand et détruit Riom, et les tremblements de terre du 18 Octobre 1833 et du 26 Août 1892, tous deux d'intensité 7, il n’y aurait pas eu de secousse très sérieuse. En cela les autorités s'assoient sur les registres tenus par Électricité de France qui entretient et surveille les quelques cinquante barrages de la région. Ces autorités considèrent que le plus violent séisme, intensité 4.5, dans les temps présents, pour la région, est celui de Riom, en 1982. Elles en oublient vite les séismes du 9 Octobre 1833, intensité 6, du 10 Février 1839, intensité 5.5, du 4 Juin 1905, intensité 5.0, du 3 Octobre 1920, intensité 5.0, du 14 Août 1935 , intensité 5.0, du 24 Octobre 1981, intensité 4.0, du 25 Mars 1957, intensité 5.5, etc... etc..., dont nombre d'entre eux ont occasionné, au cours du dernier millénaire, d'importants glissements de terrain.


Le Puy de Montcineyre.


Le Puy de Montcineyre, situé 4 kilomètres au Sud du Montchal, est un édifice volcanique, de type strombolien, basaltique, aux trois cratères intacts. Il a émis au moins une coulée de lave aa répertoriée, - en Auvergnat, cheyre scoriacée -, et au plus six coulées empilées les unes sur les autres, séparées par des couches de cendres et de pouzzolanes, qui se sont toutes épanchées dans la vallée, au Sud-Est du volcan, la plus longue comptant 7 kilomètres et dévalant sur Compains avant de s'étaler dans l'auge glaciaire aux flancs abrupts et à fond plat de la Couze de Valbeleix jusqu'au Verdier.

Ces coulées semblent sortir sous la masse vacuolaire du cône sommital. Généralement, elles sont considérées comme étant plus anciennes que l'âge attribué au volcan proprement dit, donc résultant d'émissions laviques basaltiques produites par d'autres édifices volcaniques circonvoisins, dans le cas typique du Puy du Montcineyre, les Monts Dore et Cézallier. En réalité, lors d’une éruption, une séparation naturelle des phases apparaît. Les gaz, légers, entraînant des paquets de lave, montent haut jusqu’à la gueule du cratère et distribuent, aux alentours, les projections et les scories qui construisent le cône. Dans le même temps, la lave liquide, dégazéifiée, plus lourde, s'écoule dès la surface du sol atteinte, sans pouvoir accéder à des parties plus hautes.

L’étude de la succession de ces épanchements, recouverts par des cendres et des ponces du Pavin datées de 1.150 ± 50 ans avant J.C., a été facilitée par une coupe stratigraphique apparaissant au bord d'un chemin forestier tracé dans le bois de Montcineyre, à ± 500 mètres au Sud-Est des cratères jumeaux situés sur le flanc Sud-Sud-Est du Puy du Montcineyre. Des ossements de bovidés furent découverts sous une de ces coulées, démontrant leur âge assez récent. Il se peut en convenir que l'activité volcanique du Puy du Montcineyre s'est déroulée, sur une période d'environ 1.000 ans, entre 4.750 ± 150 ans avant J.C., première émission de lave, et 3.550 ± 100 ans avant J.C.


Le complexe volcanique de Montcineyre.


Au différent du complexe Montchal regroupé autour d'un cratère principal, le complexe Montcineyre s'ordonne et s'organise autour du Puy de Montcineyre, de ses trois cratères et de son maar de même nom, excentrés, dans un rayon de 1 à 3 kilomètres de longueur.

Trois puys y sont bien définis comme édifices volcaniques monogéniques, les Puys Montcey, de la Vaisse et Ferrand mais nombres d'autres le sont plus difficilement car leurs cratères, comme à la Griffe, au Jansenet, Fontlonges, la Montagnoune, Montasillat..., sont comblés par les nuées de cendres et de lapillis des Puys Montchal et Montcineyre et des maars qui y sont adjoints.


Le lac de Montcineyre


Situé à 1.182 m d'altitude, le lac de Montcineyre, en forme de croissant, d'une profondeur de 18 mètres environ et d'une superficie de 40 hectares, est un lac d’origine volcanique mais tout simplement déclassé en lac de barrage aux motifs que le cône strombolien du Montcineyre aurait barré une large dépression et le cours d'une rivière. Mais comment expliquer la présence, au fond du dit lac, de deux petites cuvettes elliptiques si celles-ci ne soient point être résultante de deux petites explosions phréato-magmatiques ?

Un tel indice, deux cratères d'explosion au fond d'un lac, laisse augurer d'un probable maar, en ce lieu, qui aurait fonctionné durant la période d'activité du Puy de Montcineyre et qui aurait été partiellement comblé, lors de la formation et l'élévation du cône, par la dernière éruption du cratère sommital, 3.550 ± 100 ans avant J.C, d'autant que le volcan-mère est doté de trois cratères, un sommital et deux, jumeaux, un peu excentrés sur le flanc Sud-Est de l'édifice volcanique. Il n'en est point, non plus, à en oublier :

- que, d'une part, le Montcineyre, - du moins ses trois cratères -, a émis au moins six coulées, toutes dirigées sur son Sud-Est, et que, d'autre part, le Puy Ferrand se dresse à 500 mètres, à l'Ouest du dit lac ;

- que le Montcineyre, - et pourquoi pas le maar du lac de Montcineyre -, a saupoudré toute la région, dans un rayon de 30 kilomètres, principalement sur son Nord-Est, de fragments de roches magmatiques volcaniques, de lapillis et de cendres, cette nappe atteignant jusqu'à 10 à 12 mètres d'épaisseur au pied du volcan où elle y est, même, sur son Est, exploitée en carrière.


A suivre : 3° volet de l'étude, « Le complexe Montchal-Pavin-Montcineyre ou la menace d'une éruption ? »

23 août 2010

Volcanisme en France : le Pavin encore actif... ?

Puy_de_Montchal.jpg

Le Puy de Montchal vu du Puy de Lassolas.

Les 14, 15 et 16 Mai 2009, l'Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand, département du Puy de Dôme, en Auvergne, et le Centre National de la Recherche Scientifique, - le CNRS -, organisaient, de conserve, à Besse et Saint Anastaise communément appelée Besse-en-Chandesse, un colloque international sur le thème : « Lac Pavin et autres lacs méromictiques. »

Dans la plupart des lacs, un brassage complet de l’eau s’effectue annuellement au printemps et à l’automne sous l’effet de la densité de l’eau, de sa température et de celle de l’air ainsi que du vent, ce qui permet une répartition uniforme des nutriments et de l’oxygène. Au différent, un lac méromictique est un lac qui se caractérise par la stratification densitaire et chimique de ses eaux due à une absence de brassage vertical. Ses eaux de surface entrent en contact avec les eaux profondes et, de fait, se mélangent moins d'une fois par an, voire moins d'une fois par décennie ou siècle. Généralement, ce type de lac, de petite superficie, de profondeur intermédiaire, - 50 à 200 mètres -, à bathyale, - supérieure à 200 mètres -, et en forme de cuvette, est enchâssé entre des parois basaltiques abruptes, - anneaux de tufs ou falaises escarpées -, qui le protègent des vents.

Le Maar Pavin.

Les eaux profondes d'un lac méromictique ont la particularité de posséder de très faibles concentrations en oxygène, - inférieures à 1 milligramme par litre glissement de terrain -. Dans un tel événement sismo-volcanologique, le gaz carbonique se répand brutalement, au ras du sol, dans les zones limitrophes, causant, - tel le lac Nyos, au Cameroun, en 1986, et ses 2.000 victimes -, mort d'hommes et/ou d'animaux. -, et l'inconvénient d'accumuler des gaz tels que le dioxyde de carbone, le méthane et l'hydrogène sulfuré, dissouts, pouvant être brusquement libérés, en grande quantité, lors d'un tremblement de terre ou d'une éruption limnique, -

Le lac Pavin, - bien que géographiquement associé au Massif des Monts Dore son origine géologique le rattache à la Chaîne des Puys -, profond de 93 mètres, situé dans un cratère volcanique, - un maar -, est de type méromictique car la circulation annuelle de ses eaux est incomplète et la couche profonde, de -60 à -93 mètres, le mélange s'effectuant moins d'une fois par siècle, reste stagnante d'une année sur l'autre. Une mesure des isotopes du carbone sur le carbone minéral total dissous et sur les gaz, - le dioxyde de carbone et le méthane -, y démontre que l'apport profond de carbone est issu de trois sources distinctes :

- La première, environ 20 %, découle de la fermentation méthanique de la matière organique ;

- La seconde, environ 10 %, se compose de carbone minéral dissous par le déplacement horizontal de la masse d'eau du fond ;

- La troisième, 70 % de gaz carbonique, est d'origine magmatique.


Mais, en Auvergne, le lac Pavin n'est point le seul lac méromictique qui, à l'image des lacs Nyos et Monoun au Cameroun, Kivu au Rwanda, etc..., fasse planer un risque sur la région circonvoisine et sa population. La Godivelle, l'Issarlès, le Tazenat, le Chauvet, le Servières, le Bouchet, le Saint-Front, etc..., autres lacs de cratère, profonds, de la Chaîne des Puys, du Cézalier, du Cantal..., sont à mêmes de se transformer en réservoirs de gaz carbonique.


Le complexe Montchal-Pavin-Montcineyre.


Le complexe éruptif « Montchal-Pavin-Montcineyre », aux confins des Mont Dore et du Cézallier, dans le prolongement de la Chaîne des Puys à laquelle son origine géologique le rattache, se situe au Sud-Ouest de Besse en Chandesse.


Mais, pour que la vérité soit, n'est-il pas plus exact d'énoncer la présence de deux complexes éruptifs imbriqués en un unique complexe reconnu par le monde scientifique : le complexe éruptif « Montcineyre » et le complexe éruptif « Montchal » formant le complexe éruptif connu, à tort, sous l'intitulé générique de complexe « Montchal-Pavin-Montcineyre », plus explicitement devant s'intituler, le « Pavin » n'étant, originellement, qu'une bouche adventive du « Montchal » et non, au sens noble du terme, un volcan pérenne, le complexe éruptif « Montchal-Montcineyre » ?

En effet, la rencontre du magma et d'une nappe phréatique provoque la vaporisation explosive de l'eau et génère un phénomène qui, s'il est assez violent conduit à la formation de cratères d'explosions circulaires de quelques centaines de mètres de diamètre et de quelques dizaines de mètres de profondeur. Ces cratères sont généralement bordés par les produits des explosions comprenant des fragments arrachés du sous-sol et, quelquefois, du magma frais. Lorsque l'éruption cesse après la phase maar, un lac circulaire s'installe dans le cratère du maar. Ainsi, sur les versants Est et Sud-Est du Montchal se sont formés, entre 4.500 et 2.500 avant J.C., les Maars du Pavin, de l'Estivadoux, des Costes et du Creux du Soucy.

Le Complexe Montchal dans la Chaîne des Puys.

Et, en référence aux cratères de Maar, si l'éruption continue par la sortie de lave, le maar peut être occupé par un cône de scories tout comme, de fait, peut ainsi se définir le Montchal, voire le Pertuyzat.


Le Puy de Montchal et son complexe volcanique.


A 4 kilomètres au Sud-Ouest de Besse en Chandesse, à 3 kilomètres au Sud-Est de Super Besse, à 3 kilomètres à l'Est de Vassivière et à 3 kilomètres à l'Ouest de Péalat, à la latitude 45° 29 Nord et la longitude 2° 53 Est, et culminant à une altitude de 1.411 mètres, se situe le cône de scories de Montchal. Cet appareil strombolien classique, à cratère bien conservé, a émis au moins trois coulées basaltiques identifiables :

- La première coulée, vers l'Ouest, la plus ancienne des trois, datée de 4.550 ± 150 ans avant J.C., atteint la vallée de la Clamouze ;

- La seconde, estimée à 3.750 ± 150 ans avant J.C., se déverse, vers le Sud, sur une zone de type marécageux. Sa surface est bosselée de monticules, de petits dômes, de bombements crevassés, de cônes de dégazage de faible taille formés par l'agglutination de lambeaux de lave chaude et de scories ayant atterri, encore liquides, et s'étant soudés entre eux. Il peut, aussi, s'y déterminer la présence d'un évent, de 60 mètres de diamètre et de 20 mètres de profondeur, abritant un lac souterrain, dénommé le « Creux du Soucy. » Pour certains spécialistes il serait la résultante d'une explosion phréatique, pour d'autres, il serait une cheminée secondaire, partiellement comblée par une coulée lavique, du Montchal ;

- et la troisième, vers l'Est, la plus récente des trois, une double coulée, environ 1.250 ans avant J.C. jusqu'en amont de Besse en Chandesse, au delà datée de 2.750 ± 100 ans avant J.C., a emprunté, sur une longueur de 16 kilomètres, la vallée glaciaire de la Couze Pavin. En aval de Coteuge, la coulée de lave forme un assemblage tumultueux de blocs anguleux, aussi connu sous le nom de « block lava. » Cette lave, se différenciant de la lave aa généralement rugueuse, a une peau épaisse divisée en blocs de surface assez lisse et de forme irrégulière, avec de nombreux mamelons et des creux de 3 à 5 mètres de profondeur. Sa composition chimique est identique à celle de pahoehoe.

Graphe schématisé du Puy de Monchal.

De nombreux saupoudrages de lapillis basaltiques, en relation avec les éruptions du Montchal, sont observables en divers sites de la région, dans un rayon de 50 à 95 kilomètres de diamètre mais le plus représentatif, reposant sur une couche de pélites ligniteuses estimées, datées par le radiocarbone à 4650 ans ± 150 ans, se découvre sur la rive droite de la Couze du Pavin, dans la traversée du Bois de Gouelle, à quelques centaines de mètres en amont du pont de même nom.

Il est coutume de considérer que les volcans de la chaîne des Puys sont, par leur type éruptif, des volcans monogéniques produits par une seule éruption, l'opposé des stratovolcans comme le Massif du Mont-Dore ou l'Etna constitués par une succession d'éruptions. S'il était preuve contraire à expliciter, le Puy de Montchal en apporte, inéluctablement, le démenti. En effet, par les nombreux aménagements qui ont été effectués pour l'installation de la station hivernale de Super Besse, tracé de nouvelles routes, percement de chemins, etc..., cette succession d’événements est illustrée par les multiples coupes de terrains qui peuvent se découvrir dans les environs immédiats de cet édifice volcanique et de ses cratères et maars adventifs.

Coupe dans le tuf des Costes.

Celles-ci montrent la superposition de plusieurs niveaux de retombées aériennes, téphras, éjectas, - ou pyroclastes -, tels les tufs, les cendres, les lapillis, les bombes volcaniques, les blocs et les ponces, et elles autorisent à penser, par le fait de paléosols intercalés, que l'activité du Puy de Montchal, au moins quatre éruptions, voire cinq et plus, avec des coulées laviques attestées, y peuvent être dénombrées, a démarré vers 7.500/8.000 ± 400 ans avant J.C et s'est prolongée jusqu'en 1.250 ± 50 ans avant J.C.


Le complexe volcanique du Puy de Montchal.


Si nous en referons aux études déjà réalisées, sur et autour du complexe volcanique de Montchal, outre le Puy principal Montchal, il se détermine quatre autres bouches secondaires ou adventives : au Sud, le Maar du Creux du Soucy ; au Sud-Est, le Maar des Costes ; à l'Est, le Maar d'Estivadoux ; au Nord-Est, le Puy du Pertuyzat ; et au Nord-Nord-Est, le Maar du Pavin.

Une étude plus approfondie permet d'adjoindre, à cette liste, au moins quatre autres évents de plus ou moins grande dimension : au Nord-Ouest, les Hermines sur Super Besse, et situé latitude 45°29 Nord, longitude 2°51 Est, un maar asséché rendu en tourbière ; à l'Ouest, quasi enseveli sous la coulée lavique Ouest, 4.550 ± 150 ans avant J.C., localisé latitude 45°29 Nord, longitude 2°52 Est, avec son flanc Nord-Ouest, en croissant de lune, un probable maar ; et, à l'Est, déterminé latitude 45°29 Nord, longitude 2°54 Est, entre le Puy du Pertuyzat, et les Maars des Costes et d'Estivadoux, un maar devenu tourbière.

 

Le Maar des Costes.


Le Maar des Costes se situe à 3 kilomètres à l'Est-Sud-Est du Puy de Montchal, à 2,5 kilomètres au Sud-Est du Maar Pavin et à 700 mètres au Sud du Maar d'Estivadoux. Il apparaît comme une modeste dépression de forme plus ou moins arrondie, de 300 mètres sur 200 mètres, dont le fond est occupé par une modeste tourbière. Sur une épaisseur de 2 à 10 mètres suivant les sites de coupes, un dépôt de projections lithées, au faible pendage, composé de lapillis, de bombes tachylitiques, des tufs stratifiés entre deux paléosols datés, pour le plus ancien 4.250 ± 150 ans avant J.C., et, pour le plus récent, 3.550 ± 150 ans avant J.C., posés sur des gneiss, des basaltes anciens du massif volcanique du Cézallier et des basaltes du Montcineyre et du Montchal. Ce type de dépôt est caractéristique des maars basaltiques à explosions rythmées et la disposition séquentielle des matériaux déposés en atteste le fonctionnement rythmique coutumier à de tels édifices dans leur stade de construction.

 

Les proportions de magma basaltique, dans les tufs, d'une strate à la strate immédiatement supérieure, sont variables mais des lambeaux de charriage et des graded-bedding apparaissent nettement dans chaque strate démontrant, s'il en était nécessaire, qu'outre l'explosivité de son maar, les Costes était une bouche adventive active qui avait émis plusieurs coulées laviques sur près de 700 ans. Certes, dans ces strates, il y apparaît une prédominance de matériaux provenant du Montchal et du Montcineyre, voire même du Pavin dans ses strates supérieures datées, pour les plus anciennes, de 3.700 ± 150 ans à 3.550 ± 150 ans avant J.C., et, pour les plus récentes, de 1.150 avant J.C., des matériaux qui l'ont, oblitérant ses formes, rapidement comblé.


Le Maar d’Estivadoux.


Le maar d'Estivadoux se situe à 2 kilomètres à l'Est du Puy de Montchal et à 1,5 km au Sud-Est du Maar Pavin. Tout comme le Maar des Costes, c'est une petite dépression occupée par une tourbière. Le cratère, comblé par les émissions pyroclastiques et les coulées du Montchal et du Pavin, n'est guère visible. De toute apparence il était de forme plus ou moins arrondie, entre 700 et 1.000 mètres de diamètre. Les carrières et les tranchées des routes, dans ses proches environs, offrent de beaux sites de coupe qui permettent de lire les différents dépôts, posés sur un lit basaltique ancien du massif volcanique du Cézallier et des basaltes du Montcineyre et du Montchal, datés, pour la strate supérieure, de 8.500 ± 150 ans avant J.C, qui se sont succédés durant l'activité propre à l'Estivadoux. Cette bouche adventive, en regard des différentes strates de cendres, de nuées ardentes, de courtes coulées laviques et de tufs stratifiés entre deux paléosols, a fonctionné de 5.250 ± 150 ans avant J.C. à 4.550 ± 150 ans avant J.C.


 

A suivre « Volcanisme en France : le Pavin encore actif...? 2° volet de l'étude. »

 
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