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01 mars 2012

L'Hérault... Plus qu'un fleuve, une âme.

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L'Hérault, est un fleuve côtier long de 160 kilomètres. Il prend sa source sur le versant sud des Cévennes, sous le Mont Aigoual, à 1.288 mètres d’altitude au Plat Peyrot. Il parcourt le département du Gard puis traverse, du nord au sud, le département de l'Hérault auquel il donne son nom. Il termine son périple fluvial à Agde, illustre cité grecque, plus précisément au Grau d'Agde et à La Tamarissière où il se jette dans la Méditerranée.


L'Hérault reçoit de nombreux affluents dont l'Arre, la Vis, le Rieutord, la Buèges, le Lamalou, la Lergue, la Boyne, la Peyne, et la Thongue venant grossir ses eaux calmes. Son bassin versant s'étend, en comptant les bassins des affluents, sur 2.900 kilomètres carrés.

04 janvier 2011

Le Massif du Thaurac, lieu de vie depuis des millénaires et refuge des opprimés...

Situé dans la Haute Vallée de l’Hérault, le Massif du Thaurac, des grandes falaises rongées par l'érosion et des chapelets de grottes, de gouffres, d'avens, de scialets et d'autres cavités naturelles, est une imposante masse de calcaire, de forme triangulaire. Du haut de ses 487 mètres, à son sommet « le Bosc del grand Serre », il se dresse, imposant et majestueux au dessus de l'impétueux et imprévisible fleuve au caractère méditerranéen bien trempé avec ses crues soudaines, d'hiver et de printemps, ou liées aux précipitations d'automne et au phénomène cévenol, dévalant du Mont Aigual.


Le massif du Thaurac, enclave calcaire entre deux fossés tectoniques d'effondrement.


Le massif du Thaurac, enclave surgissant au sein de terrains imperméables, limité par deux grandes failles marginales inverses et autres cassures ayant disloqué sa masse interne carbonatée, se présente sous la forme d'un plateau trilatéral serti entre le synclinal Crétacé à Myocène, à fond plat, de la plaine de Ganges, au Nord, et le bassin d'effondrement Oligocène de Montoulieu, en bordure de la marge passive du golfe du Lion, au Sud. Ce bloc montueux, tourmenté et accidenté est un horst soumis, suite à la poussée orogénique pyrénéo-provençale, à une forte compression qui, en profondeur, en avait plissé ses assises plus plastiques des trois premiers sous-étages stratigraphiques du Malm(1), - Jurassique supérieur -, l'Oxfordien, - marnes bleues à Ammonites pyriteuses -, l'Argovien, - marnes jaunes, alternance de bancs marno-calcaires et de bancs de craie riches en chailles, calcaires récifaux riches en fossiles silicifiés -, et le Raucarien, - calcaires jaunâtres récifaux riches en Polypiers et Solénopores, calcaires oolithiques, calcaires à grosses oncolithes -, et déversé et cassé les couches supérieures, plus massives, du Kimméridgien et du Tithonien.

Couvert d’une végétation, majoritairement sempervirente, traditionnelle de la garrigue méditerranéenne, où domine le ciste cotonneux, le ciste à feuille de sauge, le chêne vert, - ou yeuse -, le chêne blanc, l'euphorbe, le fenouil, le genêt à balai, le spartier à tige de jonc, le genêt des teinturiers, le panicaut, l'épine blanche, l'agave, le thym, le romarin, la ronce... cet îlot calcaire, ceint par une muraille minérale escarpée, est un paradis pour les grimpeurs. Quelques 650 itinéraires d'escalade, sécurisés et équipés, entre 20 et 120 mètres d'aplombs vertigineux et de parois rocheuses verticales émergeant au-dessus des vignobles, s'étalant sur une quinzaine de secteurs dont particulièrement ceux de l'Épingle à Cheveux, de la Baume du tigre, de la grotte aux mille Fées et de la Beaume d'Aymé, tous niveaux représentés, s'y dénombrent.


Le défilé du Thaurac.


Ne mesurant pas sa fougue ardente, l'Hérault divise, en deux, le massif sur plusieurs kilomètres, offrant, entre Laroque et Saint Bauzille de Putois, un paysage magnifique, d'étonnantes falaises calcaires colorées, abruptes et imposantes, des gorges ostentatoires sur un site appelé le défilé du Thaurac.

Tout au long de son parcours, s'offre le spectacle grandiose, fascinant et inhabituel créé, au fil des ères géologiques, sur des millions d'années, par l'inlassable et patient travail d'érosion du fleuve, l’architecte et seul privilégié, sculptant et déchirant, tel un artiste fou, la roche friable. La nature sauvage et naturelle, en majesté, véritable oasis au cœur de terres arides, s'y dévoile à l'état brut. Le défilé de Thaurac, d'une profondeur variable de 200 à 300 mètres, véritable canyon encaissé entre des falaises abruptes, jalonné de marmites de géant, de cascades bouillonnantes, se décline sous de multiples facettes alliant calmes et colères des éléments fondamentaux de la Terre en éternelle effervescence.

Véritable zone de loisirs et de sports à ciel ouvert, cette saignée serpentine aux eaux claires et frîches, incisée dans un cadre somptueux, invite à la baignade et à la pratique du canoë-kayak. En outre, un sentier, solidement implanté, parfois accroché aux parois escarpées ou franchissant, par des ressauts, le cours torrentueux du fleuve, permet de pénétrer le mystérieux et le pittoresque.


Multitude d'avens et de grottes dissimulés sur tout le massif du Thaurac.


Sur une superficie réduite d'environ 5 kilomètres carrés, le karst compte un nombre impressionnant de cavités majoritairement regroupées par secteur autour d'une anfractuosité majeure. Un inventaire spéléologique, dressé en 1983, en dénombre plus de 250 dont 120 dans le seul secteur du défilé du Thaurac, entre Laroque et Saint-Bauzille de Putois.

Et comme le spécifiait, fort bien, un géologue languedocien du XIX° Siècle, « différents types de cavités se rapportant aux stéréotypes classiques de la région », Mio-Pliocène d'extension régionale, du Nord de Montpellier aux Causses, et Plio-Quaternaire, la Grotte des Demoiselles et l'Aven des Lauriers en étant les vestiges les plus importants, « font la richesse de ce massif. » Ces deux cavités, subtilement exploitées par l'industrie du tourisme, recèlent, dans les entrailles « gruyèrées » du karst thauraquien, de vastes salles concrétionnées, - 52 mètres de hauteur, 48 mètres de largeur et 120 mètres de longueur pour celle de la Grotte aux mille Fées -, et des galeries, d'une extraordinaire richesse, fastueusement décorées de concrétions fines, aux couleurs éclatantes, d'immenses orgues minérales, de Stalactites et de stalagmites, aux formes et aux personnages mystérieux, de draperies, d'aragonites...

Depuis la nuit des temps, le Massif du Thaurac, et sa multitude d'avens et de grottes, a été un lieu de vie et de refuge depuis l'homme de Neandertal jusqu'aux Maquisards, durant la Deuxième Guerre Mondiale, en passant par les hommes du Néolithique et ceux de la Proto-histoire, les Volques Arécomiques, les Romains, les premiers chrétiens martyrisés, les Cathares fuyant la répression de la Croisade des Albigeois, les Curés pourchassés... et les Camisards.


Notes.


(1) Le Malm, ou Jurassique supérieur, s'étend de 161.2 à 145.5 Millions d'années et est divisé en trois étages stratigraphiques, l'Oxfordien-Argovien-Raucarien, 161,2 à 155,7 Millions d'années, le Kimméridgien 155,7 à 150,8 Millions d'années et le Tithonien, anciennement le Portlandien 150,8 à 145,5 Millions d'années.


Publié le 08 Décembre 2010 sur

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03 janvier 2011

Aumont-Aubrac, joyau d'architecture à la croisée des routes.

A l'extrême limite Sud de l'Auvergnat mais dans le département de la Lozère, entre les monts granitiques de la Margeride et les plateaux basaltiques de l’Aubrac, au carrefour de l'ancienne Via Agrippa reliant Lyon à Toulouse et à Bordeaux, et de la Via Podensis, la Voie du Puy en Velay et Chemin de Saint Jacques de Compostelle, Aumont-Aubrac se niche et se pelotonne en Pays de Peyre. De nos jours, l'autoroute A75, la Méridienne, de Clermont-Ferrand à Béziers, et la ligne de chemin de fer Paris-Béziers, voies de communication modernes, font perdurer la vocation, mutatio romaine, incontournable étape de la traversée des monts d’Aubrac pour les pèlerins, et ville d'accueil, de la petite cité.


Aumont-Aubrac, à la croisée des routes.


A la croisée de voies antiques, la station « d'Altum Montem » était une étape sur la voie romaine qui, venant de Saint-Côme d'Olt, à travers l'Aubrac lozérien, passait par Saint-Chély d'Aubrac, les Enfrux, Ad Silanum, -lac de Souveyrols entre Montorzier et Puech-Cremat -, les Salhiens, Marchastel, Rieutort d'Aubrac et Aumont-Aubrac, - « Altum Montem » absent sur la table de Puttinger mais présente sur l'itinéraire d'Antonin -, se dirigeait vers Segodunum, - Rodez. - Certes, les historiens font état, de préférence à « Altum Montem », d'Andéritum, présent sur la table de Puttinger et sur l'itinéraire d'Antonin, - l'actuel village de Javols -, au titre de station, mais cette agglomération était l'ancienne capitale des Gabales(1) et n'était reliée à la Via Agrippa que par un diverculum, - ou voie secondaire -. De cette mutatio, - ou relai de poste -, sur Aumont-Aubrac, il ne semble rester aucune trace des substructions mais il est vrai, aussi, qu'aucune recherche archéologique n'a été diligentée pour en localiser son implantation. Le bâtiment principal, construit en granite, pierre du pays, et couvert de tégulae, - tuiles à rebord -, devait être de plan quadrangulaire, et mesurer, environ, 15 à 25 mètres de long sur 10 à 20 mètres de large.

 

Au Moyen Âge, les routes et les sentiers aménagés par l’homme au fil des siècles, défiant la roche, contournant les falaises et profitant d’une vallée pour s’apaiser et se dérouler en douceur, les pèlerins y ont laissé les traces de leurs passages : gués aménagés, ponts, dômeries, monastères, croix, chapelles, oratoires, abbatiales, basiliques ou autres œuvres construites pour honorer les reliques de Saint-Jacques, but ultime de leurs périples, en Espagne. Aumont-Aubrac, la dernière marche avant de pénétrer dans l'Aubrac si espéré et si craint des pénitents et des voyageurs qui devaient traverser une profonde forêt infestée de loups et de brigands, - l'enfer s'il pleuvait ou s'il neigeait, la porte du Paradis si le beau temps était de la partie -, en était une étape obligée.

Aumont-Aubrac, joyau architectural posé sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.


De son riche passé, l’église Saint Étienne, la maison du Prieuré, la fontaine, la statue de la Bête du Gévaudan, joyaux d'architecture enchâssés dans un écrin de verdure où vogue, immobile, un vaisseau de granit aux demeures robustes enracinées pour tenir bon face aux tempêtes d'hiver, et le truc del Fabre en témoignent toute l'opulence. Autrefois fortifié, le bourg préserve et « douillette » amoureusement ses maisons et ses hôtels, aux façades parementées de pierre de taille et aux rez-de-chaussée voûtés s'ouvrant en arceaux, des XVI° et XVII° Siècles.

En son nucléus, l'ancien prieuré bénédictin doté de son église originelle, -l'église paroissiale Saint Étienne -, érigé en 1061, attesté dès l'an 1123, remanié et restauré aux XII° et XIII° Siècles, veille, vieux berger des ans orgueilleux de ses ouailles, sur la paisible et pieuse communauté aumontoise, le fier fleuron de la baronnie de la Peyre. Il a conservé son chœur roman et ses chapelles latérales d'architecture francigenum opus(2), -gothique(3) -. Avec des nervures en arc brisé et des chapiteaux sculptés posés sur des troncs de colonnes assis sur des cul-de-lampe, son chevet est en cul-de-four. D'autres consoles d'encorbellement, à figures humaines, servent à supporter les bases des ogives des chapelles et des nervures de la nef. Son porche arbore, comme il se doit, unemagnifique coquille Saint-Jacques, symbole de pèlerinage. Un important travail de restauration, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice monastique, a été effectué au cours, du XX° Siècle, et a restitué tout son lustre au remarquable bâtiment.


Perles architecturales à Aumont-Aubrac en Terre de Peyre.


La maison du Prieuré où vivaient les desservants de l'église Saint Étienne, un bâtiment daté de l'an 1684, avec son portail en arc brisé, sa façade en granit, ses fenêtres à meneaux et sa cave voûtée, a été restauré en 1790 et abrite l’Office de Tourisme du canton d'Aubrac en terre de Peyre. Il promeut, salle d’exposition et vente de produits régionaux, sous le label « Terre », l'accueil autmontois, la gastronomie de l'Aubrac, la découverte du terroir, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, les festivités et les animations saisonnières.

Au hasard d'une ruelle, en rehaut d'une niche vitrée, une énigmatique pierre sculptée la « pierre mystérieuse » pose interrogation et intrigue le pèlerin. Serait-ce une pierre de remploi provenant du prieuré ? Serait-elle l'œuvre d'un illuminé du Moyen-Âge, désireux de laisser son empreinte dans la matière ? Tout un chacun ignore sa provenance. Et si certains y voient une Svastika(4), d'autres, y découvrent et y lisent le trigramme JHS, Jesus Hominum Salvator, - « Jésus, sauveur des hommes. » -

Sur le Tuc del Fabre, une petite hauteur surplombant la Place du Foirail la statue du « Christ Roi », haute de plusieurs mètres, domine le village. Commandée, par le curé de la paroisse, au sculpteur parisien Courbet, et érigée en 1946, elle commémore un fait d'histoire : « lors de la deuxième Guerre Mondiale, 1939-1945, aucune victime n'a été à déplorer à Aumont-Aubrac. » Depuis, tous les ans, en période estivale, y conviant tous les paroissiens, les soldats et les maquisards, et, bien entendu, les pélerins et les estivants de passage, une grand-messe est célébrée au pied de la statue.

Le portrait architectural d'Aumont-Aubrac serait tronqué si j'en oublié ses fontaines et sa statue de la « Bête du Gévaudan. », une bête qui perpétua ses agissements criminels « au commencement de juin de l’année 1764 » et les amplifia tant dans le nombre, plus de 100 victimes, que dans l'horreur, jusqu'en 1767.


Aumont-Aubrac, un lieu idéal pour la promenade.


Autour de la petite cité d'Aumont-Aubrac, l'homme laisse la place à la nature. Des paysages époustouflants et sublimes se découpent, à perte de vue, sur une mer de pâturages bornés de pierres dressées granitique, et quelques hameaux, deux ou trois habitations souvent abandonnées, s'aperçoivent au détour d'un chemin, d'un vallon.

Il est traversé par quatre chemins, le Sentier Saint Jacques de Compostelle, le Tour des Monts d'Aubrac, le Tour de la Margeride, le Chemin d'Aumont-Aubrac à saint Guillem le désert, et par une kyrielle de chemins de randonnées en Pays de Peyre. Tous, du pas lent et mesuré des bergers, parcourent le plateau couvert d'herbes hautes et de fleurs jaunes et blanches, où guident vers quatre lacs déployant, enchâssés dans des écrins verdoyants, leur miroir, Dans le plus grand d'entre eux, celui de Saint Andéol, situé non loin d'un sanctuaire gallo-romain, la légende conte qu'en ses profondeurs, une ville entière y est engloutie.

Cette terre de prédilection, univers du volcanisme et du pastoralisme n'est-elle pas un lieu idéal pour la promenade et la méditation ? Un dicton dit « Aubrac, terre de vie et terre de Sainteté et l'homme sage y pose toujours ses pieds. » Alors l'homme du XXI° Siècle, majoritairement n'y transportant pas ses pas, est-il un sage ou un mécréant ?


Notes.


(1) Les Gabales sont un peuple gaulois, demeurant en Gévaudan. Ils participèrent à la coalition gauloise aux côtés des Arvernes. Leur chef-lieu gallo-romain était Anderitum, Javols, un des sites archéologiques les plus riches et les plus importants du Sud de la France, atteignant, à la fin du II° Siècle, jusqu'à 3.000 habitants contre 335 en ces débuts du XXI° Siècle. Au Moyen-Age, Mende prendra l'ascendant sur la capitale historique du Gévaudan.

(2) Ce sont les Italiens de la Renaissance qui ont nommé « gotico », - gothique en français -, ce style initialement nommé francigenum opus, mot à mot « œuvre française », ou « manière de bâtir en Île de France »

(3) Le terme « gothique » fut utilisé originellement dans un sens péjoratif. En effet, le mot est dérivé du nom des Goths, peuple considéré comme « barbare » par les Romains. L'art gothique était donc l'œuvre de barbares pour les Italiens de la Renaissance, car il aurait résulté de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.

(4) La Svastika est un symbole religieux que l'on retrouve de l'Europe à l'Océanie, apparaissant dès l'époque néolithique. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale, d'où son autre appellation de croix gammée. Elle est toujours un symbole sacré dans certaines religions telles que l'hindouisme, le bouddhisme... et le jaïnisme. Après la Deuxième Guerre mondiale, en raison de son utilisation par l'Allemagne nazie, sa représentation est controversée en Occident.


Publié le 07 Décembre 2010 sur :

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11:38 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Lozériennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aumont-aubrac, aubrac, margeride, lozère, gévaudan, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

31 décembre 2010

Réal en Capcir, un village endormi en bord d'Aude.

Municipalité du Capcir, s'étendant en la partie basse de la vallée, depuis les versants sud-occidentaux du Massif de Madres et son Pic de l'Ós, - le Pic de l'Ours culminant à 2.341 mètres d'altitude -, au col de Censà, limite avec le Conflent, jusqu'aux rives du fleuve Aude, limite occidentale du territoire, qui en ce lieu donne vie au lac artificiel et au barrage de Puyvalador, le territoire communal de Réal, - ou Ral -, au milieu des herbages et des champs de céréales et de pommes de terre, est un espace de tranquillité à proximité de l’effervescence Capcinoise.


Les versants montagneux y sont boisés et la zone cultivée, essentiellement des près et des pâturages où paissent chevaux et bovins, est restreinte. Les activités touristiques ont peu impacté la localité qui subit, de la sorte, un fort pourcentage de dépeuplement. Le village, implanté à 1.509 mètres d'altitude, sur la berge droite de l'Aude, se dore au soleil face à la confluence avec la rivière Lladura, et son hameau, Odelló, du haut de son oppidum, veille sur les destinées de la retenue.


Topographie ancienne de Réal


En 1087, Guillaume, archidiacre, et Guillaume Udalgar font donation, à Guillaume, Comte de Cerdagne, de la villa de Réal qui est située en Comté de Cerdagne dans l'archevêché de Narbonne et dans la montagne qu'on appelle Capcir. A cette date, les délimitations en étaient : à l'Est, le col de Berga Stultos et de Campser, au Midi, Vila Nova, à l'Ouest Formiguera et, au Nord, Riutort et la barraque de Querramat. Querramat, le rocher en forme de branche qui n'a laissé qu'un lieu-dit rattaché, de nos jours, à Puyvalador, était dépendance, en 1011, du Vilar d'Odeillo lequel appartenait à l'Abbaye de Saint Michel de Cuxà.


Origine du toponyme Réal.


Le toponyme « Regaliis » apparaît, pour première mention, dans l'acte de concession, en l'an 893, du lieu que l'ont appelait « Mons Regaliis » situé dans la « villa mancipante de Sancti Romanii de Regaliis » fait à Guillaume Prat, par les frères Acfredo et Oliba II, Comtes du Carcassés-Razés.

Il se conçoit, pour ce toponyme, soit un substantif latin usité par Cicéron et Virgile, se traduisant, en français, par royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, d'une part, et, d'autre part, d'après Cassiodorus, dans son « Historiae ecclesiastiae », signifiant résidence d'un roi ou palais : soit une altération de « Regales », concernant les membres d'une corporation de Formies, ville des Volques.

Antérieurement à la domination romaine en Capcir, vivait un peuple indo-européen, de souche Celte-Ibère. La région avait été, de plus, occupée par une peuplade la Narbonnaise, les Volques Arécomiques. De cette période subsistent les toponymes, La Lladura, - ou Rivière de Formiguères -, Sposolla, Formiguera, etc...

Aussi, « Mons Regaliis » étant mentionné dans un acte de 893, soit 300 ans avant que le Comte-Roi catalano-aragonais, Alphonse I, ne bâtit le château de Mont Royal, à Puig Balador, -Puyvalador -, il ne peut que s'admettre que « Regaliis » n'a pas la signification latine de royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, et, qu'au demeurant, sa racine se rattache, plus sûrement, aux Celtes-Ibères ou aux Volques arécomiques.

En conclusion, il paraît plausible que Réal soit le lieu où s'installèrent des dignitaires ou des chefs Celtes-Ibères ou Volques arécomiques.


Réal, un village endormi en bord d'Aude.


Des ruelles, un nucléus..., le chaland, s'il ne pose son regard sur les marques d'architecture, ne s'arrêtera pas et passera son chemin. Mais c'est dans les pierres que l'histoire et la vie du village s'inscrit. Là, sur une butte, des substructions ruinées d'un château aujourd'hui disparu, plus loin, gravé dans des blocs de granit de remploi, à l'angle de portes cochères, une croix occitane et des signes distincts tels une colombe et un pentagramme d'une présence cathare, et les bribes d'un vieux « molí fariner », - moulin à farine -, aux maisons, les volets Vauban, une source d'eau minérale d'une fraîcheur exquise... et, pour l'œil averti, une kyrielle de petits détails architecturaux qui font le charme d'une visite approfondie...

Et, déçu de n'avoir rien vu, le dilettante blasé en oubliera, se dressant fièrement, à l'extérieur du village, au-dessus du plan d'eau, pourtant reconnaissable par son clocher-mur, à des lieues à la ronde, depuis tout le plateau du Capcir, l’église à nef unique couverte en berceau brisé, du XI° Siècle et remaniée au XVII°, en moellons de schiste non équarris, de Saint Romain et son cimetière attenant. L'édifice religieux garde, sur sa face Sud, les classiques arcatures et des lésènes lombardes, et une toute petite fenêtre absidale de la même époque. En son intérieur, des fresques datent du XVI° Siècle.

 

Il ne poussera pas le portail grinçant de la nécropole réalaise et n'y découvrira pas, en son centre, la croix en fer forgé qui y trône. Elle marque la dernière demeure d'un Maréchal d'Empire : Pierre Boucabeille. Étrange histoire que la sienne car elle a été ferronnée et gravée à son nom, l'année 1790, par le défunt lui-même, 12 ans avant son propre décès.

Il ne portera pas, non plus, ses pas sur la route panoramique qui se termine au hameau d’Odeillo de Réal, le dernier habitat du Capcinois à bénéficier du soleil le soir et il ne croisera pas la croix en fer forgée qui s'inscrit dans le cadre de la tradition et de la sorcellerie, en Capcir, au XV° Siècle. Ce petit oratoire était un lieu de recueillement et de dévotion où, avant chaque enterrement, les habitants s'y regroupaient pour chasser le démon qui hantait la dépouille roide du disparu.


Réal est ainsi, un village endormi en bord d'Aude, sans histoire et sans intérêt architectural.

 

 

 

Publié le 04 Décembre sur :

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25 décembre 2010

Le Palais des Rois de Majorque, joyau perpignanais.

Lorsque Jaume(1), fils cadet de Jaume I el Conqueridor(2), - Jacques I le Conquérant -, est proclamé Roi de Majorque, au décès de son père, le 27 Juillet 1276, il décide d'installer la capitale de son Royaume à Perpignan, au carrefour de l'Aragon et des terres de France, se réservant deux résidences d'été, l'une à Majorque et la seconde à Montpellier.

Il lui fallait une résidence digne d'un Souverain et, dès 1274, deux ans avant le début de son règne, débute la construction de son palais, sur une colline d'où il peut dominer toute la ville, et, d'un regard circulaire, embrasser ses Comtés de Roussillon et de Cerdagne, sa Vicomté de Vallespir, et, des points sur l'horizon, sa seigneurie de Montpellier et ses terres îliennes majorquines. La construction de ce joyau architectural enchâssé dans un écrin, la fin marquée par la consécration des chapelles en 1309, s'est déroulée sur une période de 35 ans.

Par son plan d'ensemble s'inspirant fortement des modèles majorquins et s'organisant autour de trois cours, le Palais des Rois de Majorque, de style essentiellement gothique caractérisé par des arches majestueux, est un palais-forteresse élaboré sous la direction de maîtres d'œuvres, Ramon Pau et surtout Pons Descoyl, aux talents indiscutables et indiscutés en leur époque. Ses murs de galets roulés et de cayrons(3) liés au mortier de chaux hydraulique, sont enduits à la chaux dolomitique et peints, et ses portes, ses fenêtres, ses galeries, ses escaliers, ses chaînes d'angle, ses tours principales sont bâtis en pierres de taille, marbre rose et rouge de Ria, blanc et bleu de Céret, blanc de Baixas, gès du Canigou, pierre ocre de Les Fonts et bleue de Baixas.


Dans le cadre architectural, le Palais Royal est un complexe réunissant, en un même lieu, la salle du trône, siège du pouvoir politique, la chapelle, centre de dévotion et de méditation, et la résidence royale. La position surélevée de la chapelle Sainte Croix, au cœur des appartements royaux, face à la salle du trône, marque la prépondérance du spirituel sur le temporel.

La richesse architecturale, du Palais des Rois de Majorque, exprimait, et exprime toujours, l'œcuménisme catalan au Moyen Âge. Les murs et les plafonds des deux fastueuses chapelles superposées, s'élevant en donjon, sont couvertes de fresques polychromes et déroulent la calligraphie des sourates du Coran tandis que les décors des sanctuaires palatins font écho à la pensée monachique franciscainepropice à la méditation.

Si la Royauté majorquine fut éphémère, - du 27 Juillet 1276 au 25 Octobre 1349 mais, néanmoins ayant persisté jusqu'à son abolition par les Décrets de Nueva Planta de 1716 -, le passé qu'elle a laissé, fascine encore par sa beauté et ses richesses politiques, artistiques, littéraires et culinaires. Les « lois palatines(4) », un texte novateur rédigé en latin et illustré de miniatures, mettant en place une étiquette de cour, reprises par la suite par la majeure part des cours d'Occident, y sont promulguées en 1337 par Jaume II de Majorque(5), - suivant certains historiens Jaume III -. Le premier recueil culinaire publié, « le Sent sovi » est écrit en ses murs. Il fait état de recettes sucré-salé, aigre-doux, parfumées d'épices orientales donnant, à cette cuisine, des saveurs étonnantes, et d'un art de la table et de la réception des convives incomparables : sol jonché de plantes aromatiques, des nappes de draps blancs brodées, des céramiques de « Manises », - les azulejos -, et de vaisselle d'or et d'argent..., un art dont, bien plus tard, Louis XIV s'empara, et qui, depuis, est le fier fleuron de l'art de la table à la française honoré, en 2010, par l'United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, - l'U.N.E.S.C.O. -, et entré au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.


Les abords et ses jardins, dans l'écrin de ses remparts de briques roses entourés d'un profond fossé, ramènent aux splendeurs andalouses. L'entrée du palais est protégée par des douves, une barbacane crénelée et un pont levis. La porte d'origine était percée du côté Sud de la tour de l'Homenatje, - tour de l'Hommage -, adossée à l'étage à la salle du trône. Elle conduit à la vaste cours d'honneur carrée d'où le badaud admire la façade Est ajourée de deux élégantes galeries sur deux niveaux.

L'aile Est, dominée par le donjon-chapelle Sainte Croix, fut ordonné par le Roi Jaume I en personne. Les deux sanctuaires superposés sont conçus dans le style gothique qui commence, alors, à s'imposer dans le Roussillon. Et celle Sud, la Grande Salle, « l'aula », accueillait banquets, conseils royaux et parlements. Ses murs peints étaient tendus de tapisseries. Elle conserve sa cheminée près de laquelle un escalier communiquait avec les cuisines au rez-de-chaussée.


Au-delà de la période majorquine, le palais sera fortifié à plusieurs reprises, notamment sous Philippe II d'Espagne lors de la construction d'une vaste citadelle que Vauban conservera plus tard lorsqu'il modernisera les fortifications de Perpignan. Après l’annexion à la France, le palais restera propriété militaire et ne sera redécouvert par les historiens qu’à partir de la 2e moitié du XIXe siècle. Inscrit sur la liste des Monuments Historiques en 1875, classé en 1913, il sera ouvert à la visite en 1958 et, sous l'égide du Conseil général qui en est propriétaire, il est, également, un haut lieu d'exposition sur l'histoire du Roussillon et il accueille, régulièrement, des concerts, des pièces de théâtre, des conférences et des colloques.

Du haut de sa tour, le chaland découvre un magnificent panorama de Perpignan, de la plaine du Roussillon, de la Vallée de la Têt, de la « Mare Noster », - la Mer Méditerranée -, des Corbières et des Albères.

Raymond Matabosch


Notes.


(1) Jacques I de Mallorque, - suivant certains historiens Jaume II -, deuxième fils de Jacque I le Conquérant et de Violante de l'Hongrie, naquit le 31 Mai 1243 et décéda le 29 Mai 1311. Il fut Roi de Majorque, - Majorque, Ibiza et Formentera, Minorque, encore occupée par les musulmans se considérait vassal -, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès et Vicomte de Carladès, de 1276 à sa mort.

(2) Jacques I le Conquérant, fils du Pierre II le Catholique et de Marie de Montpellier, naquit le 2 Février 1208 à Montpellier, décéda le 27 Juillet 1276 à Alcira. Il fut Roi d'Aragon, Comte de Barcelone et Seigneur de Montpellier en 1213, Roi de Majorque en 1229 et de Valence en 1232.

(3) Parallélépipède rectangle, de terre argileuse crue et séchée au soleil ou cuite au four, utilisé comme matériau de construction, plus communément dénommé brique pleine.

(4) Le document est conservé à Bruxelles à la Bibliothèque royale Albert I.

(5) Jacques II de Majorque naquit à Catane, en 1315, décéda lors de la bataille de Llucmajor, Majorque, le 25 octobre 1349. Il fut Roi de Majorque, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès, Vicomte de Carladès et Prince d’Achaïe

 

 

Publié le 06 Décembre sur :

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Carte postale du Pont du Saint Esprit, dans le Gard provençal.

Une transition hasardeuse d'une longueur de 919 mètres formant coude, l'une des plus remarquables de tous les ponts subsistant du moyen-âge, 25 arches, en pierres de taille, lancées sur le Rhône et édifiées entre 1265 et 1309 par la corporation religieuse et laborieuse des Pontifices, - ou Frères pontifes des hospitaliers -, placée sous le signe du Saint Esprit, avec le concours d'une confrérie de femmes, et financé avec les « Petit-Blanc », - passage du sel remontant le Rhône -, et les « traites étrangères », - quelques deniers par minot -, un peu en amont du confluent avec l'Ardèche, a favorisé l'éclosion de cette petite cité négociante, qui a conservé quelques belles demeures anciennes et sa vocation de marché.

 

Le Pont fantastique du Saint Esprit 1265 -1309 : Sa construction.

 

En 1214, l’évêque d’Uzès, pour faciliter les mouvements des populations liées aux croisades, pèlerinages et au commerce rhodanien voulut faire construire un pont à Saint-Saturnin du port. Le projet fut bloqué par le prieur du monastère Saint-Pierre de l’ordre de Cluny car les terres, sur les deux berges du Rhône, appartenaient, depuis l'an 948, - legs de Géraud d'Uzès, archevêque d'Aix -, à l'abbaye clunisienne. Mais, en 1265, conscient de l'enjeu stratégique que représenterait l'érection d'un tel ouvrage d'art, le prieur de Saint Pierre, seigneur des lieux, en favorisa la construction.

Sous l'égide du comte de Poitiers et de Toulouse, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, la première pierre de l'édifice majestueux qui franchit le Fleuve-Dieu du félibre Mistral, et Fleuve-Roi du romancierBernard Clavel, le « Rhône », fut posée, en rive droite, le 12 Septembre de la même année, par Dom Jean de Tensanges, aussi dénommé de Thianges -, prieur de Saint-Saturnin du Port. Mais la construction de l'ouvrage nécessitant d'énormes investissements financiers que ne pouvait supporter le prieuré, en 1280, une confrérie de frères et de sœurs pontifes fut crée pour aider l’œuvre d'édification du pont.

Moines-soldats et bâtisseurs émérites, les frères pontifes organisèrent des quêtes et des collectes et participèrent, activement, aux travaux de maçonnerie et à la taille des moellons, et les sœurs apportèrent, elles, assistance et soutien aux ouvriers et soignèrent les malades dans une bâtisse située aux abords du chantier.

Après la mort du Comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, en 1271, les régions « Partes Occitaniae Linguae » furent divisées en trois sénéchaussées, Saint-Saturnin du Port se trouva inclus, de fait, dans celle de Beaucaire en opposition directe avec le Comté de Provence. Aussi, vers 1295, il fut décider de fortifier la construction, au fur et à mesure de son avancement, par des tours.

En 1307, l'ouvrage était quasi terminé et une seule arche restait à édifier. Pour pérenniser l'œuvre et anticiper les mouvements de population, à des lieues à la ronde, le pont devant être le seul qui pourrait être opérationnel, en 1308, le prieuré de Saint Pierre bâtit, à la limite de son établissement conventuel, un hôpital. Quelques mois plus tard, 44 ans après sa mise en chantier, en 1309, le pont fut ouvert à la circulation. Un bac transportant les marchandises, les chariots n'y circulèrent qu'à vide.

Les piles côté Est furent construites sur la terre ferme, celles du côté opposé, en rive droite, bâties sur le rocher même et les autres, dans le courant du fleuve, protégées par des becs triangulaires brisant la force des eaux, sur pilotis. Chaque pile formant culée, les arches, au nombre de vingt cinq, composées de quatre arceaux juxtaposés, purent être lancées l'une après l'autre.

En voyant le pont, le Roi Philippe IV de France, -Philippe le Bel -, se rendant à Carpentras, en Comtat Venaissin, où le Pape Clément V qu'il avait fait élire le 5 Juin1305, avait établi sa curie, se serait écrié : « On dirait que cette œuvre merveilleuse est issue des mains de Dieu ! » Alors, bien vite, les bruits coururent que le Saint Esprit, en personne, avait travaillé à l'ouvrage et un oratoire fut érigé à proximité et dédié à l'Esprit de Dieu, - la troisième personne de la Trinité, aussi appelé l'Amour du Père et du Fils. - Le nom de Pont du Saint Esprit, - Pont Saint Esprit -, s'imposa et la légende circula partout en Europe.

 

La légende du pont volé de Saint-Saturnin du Port.

 

Quand Saint Saturnin du Port n'était qu'un simple bourg de pécheurs, de la dépendance de l'archevêché d'Aix, un service de bac et deux ponts, permettaient de traverser le Rhône. L'un, entre la bourgade et celui, sur la rive Est, de Lamotte, n'était qu'une passerelle faite de plusieurs épaisseurs de troncs d'arbres et de cordes de chanvre. Trop léger de structure et trop étroit, les marchandises étant transportées par bac, il ne permettait que le passage d'un chariot à vide, à la fois. Le second, sur l'antique voie Domitia, de bois taillé en larges poutres et doté d'une toiture, nécessitait un long détour par Beaucaire.

Le pont de Saint Saturnin du Port était très ancien. Les colporteurs disaient qu'Hannon, fils de Momilcar et lieutenant d'Hannibal, versla fin du mois d’août de l’an 218 avant Christ, dans le plus grand secret pour tourner l'ennemi hostile, posté sur l'autre rive etprêt aux combat, l'avait fait construire en un jour et une nuit. Il avait fait abattre des arbres et construire des radeaux qu'il avait joint pour facilité le transport des hommes, des chevaux, des éléphants et des bagages.

Mais à chaque crue du fleuve impétueux et à chaque grand vent, les vagues emballées venaient se fracasser sur la passerelle. A chaque fois, il fallait sonner le gros bourdon et les hommes encordés tentaient vainement de faire passer, sous l'ouvrage fragile, les arbres noyés qui formaient barrage ce qui n'empêchait pas le pont de se rompre trois à quatre fois par an.

Il fallait, en attendant de le rebâtir et de l'assurer à grand frais, faire un grand détour par l'unique pont de Beaucaire qui restait, pour aller au marché de Saint-André de Senemagos, à Abolenno ou à Carpentras et les charretiers se plaignaient des journées inutilement perdues, des dépenses d'octroi exorbitantes que percevaient les seigneurs sur leurs routes et de la fatigue qu'accumulaient leurs attelages.

Les prieurs de Saint Pierre, nouveaux seigneurs du lieu, et les desservants de Saint-Saturnin reconnurent la nécessité de construire un grand pont de pierre. Les dépenses engagées pouvant mettre à mal les finances de leur prieuré de celles de la petite bourgade bien pauvre, pour que la réalisation puisse voir jour, ils argumentèrent que chacun devrait trouver sa part au fond de son escarcelle.

C'est alors qu'arriva, à Saint Saturnin du Port, un bien curieux maître d'œuvre, un si curieux maître d'œuvre que les ecclésiastiques et le menu peuple, en y regardant de près, auraient pu voir qu'il avait, sous ses hardes délavées, un beau pourpoint de soie. Et, s'ils avaient prêté plus d'attention au nouveau venu, ils se seraient aperçus que l'intriguant personnage fuyait l'église et les oratoires, et ne faisait jamais le signe de croix.

Trop impatients que leur pont fut construit, ni les uns ni les autres ne regardaient le maître d'œuvre. Ils discutaient, seulement, de la condition qu'il avait posée: « Je vous bâtirai un pont de pierre, large pour permettre le passage de nombreux attelages et le croisement de deux convois de chariots, sans aucune gène pour les gens marchant à pied... un pont comme personne n'en a encore vu dans toute la région... mais, en échange, je veux, contre mon pont, tout ce qui fait la joie de vivre du premier qui y passera dessus... », ajoutant, à ses exigences, « ...Le premier passant devra être, obligatoirement, un homme, non une bête, sinon, parole du fils second de Dieu le Père, le malheur s'abattra sur votre communauté. » Croyant en la Sainte Trinité, le maître d'œuvre, faisant injonction au fils second de Dieu le Père, ainsi ne pouvant être que l'incarnation du Saint Esprit, les prieurs de Saint Pierre et les desservants de saint Saturnin acceptèrent le marché sans autre condition.

Large, haut, solide, long de cent perches..., en une nuit, le pont fut construit.

Et, au petit matin, il y avait foule pour admirer la belle ouvrage. Et, parmi les plus poltrons, emportant tout à son passage, la rumeur courrait que le maître d'œuvre était l'incarnation du diable. Et, bien vite, chacun voulut s'enquérir des conditions acceptées par les hommes de Dieu pour qu'un tel pont puisse être bâti. La rumeur s'enflammant, les cris et les harangues fusèrent de toutes parts : « Notre pont doit être payé par la fortune du plus riche. A toi, prieur, traverse. Tu nous dois cela pour le mâlin ! » Mais le prieur interpellé avait disparu... Ainsi il en fut pour tous les moines de Saint Pierre et pour tous les desservants de Saint Saturnin, et pour tous les syndics et tous les consuls, et le prévôt... et bien d'autres avec eux...


La foule s'amenuisait petit à petit. En finalité, il ne restait plus que les petites gens et la mauvaise humeur montait et enflait démesurément :

« Ils n'ont pas su nous faire un pont, c'est aux maçons à trouver l'homme... .

- C'est aux charpentiers, affirmèrent les maçons...

- C'est aux marchands qui vont vendre les produits de la pêche et des champs et des vignes, ce sont eux qui l'emprunteront, alléguèrent les charpentiers... »

Mais nul ne voulait se dévouer. Même les manants... Enfin, un homme, arrivant de nulle part, sans âge et sans famille, jouant des coudes, fendit la masse agglutinée des petites gens et des rustres aux visages empourprés par la colère et prompts à en découdre, et dit:

« Si ce n'est que cela..., je me dévoue. Ce sera moi qui emprunterait le pont le premier... »

Sur l'autre rive, spectateur du spectacle désopilant offert par les religieux, les notables et les petites gens de Saint Saturnin du Port, le maître d'œuvre attendait, patiemment, le règlement de son dû. Il avait jeté, au diable vauvert, ses hardes. Tous crurent reconnaître, vêtu de riche soie rouge et noire, Belzébuth en personne
L'homme, d'un pas assuré, s'engagea sur le pont, s'arrêta, au milieu, pour regarder le Rhône et continua sa marche. Parvenu sur l'autre berge, le Diablotin, avec bonhommie et large sourire, lui serra la main.

« Pourquoi es-tu venu, Homme... ?

- Parce quelqu'un devait se dévouer pour concrétiser l'acceptation du contrat et la finalisation de celui-ci, une fois les travaux achevés... Et je suis là pour cela...

- Voilà la parole d'un homme de bien, sensé dans ses propos... », reprit le Diable. « Ce village étant en peine, j'avais décidé de tester son bon sens et le bien fondé de leurs prières... Mais tous ne sont que des pleutres sans foi et sans âme, même mes bergers m'ont trahi... Je ne puis l'accepter et, en punition, leur punition, je reprends mon pont.

Et comme il aurait tiré sur une corde, la belle ouvrage s'effilocha dans la brume et disparut à la vue de tous. Le beau pont de pierre ne resta plus qu'une illusion. il fallut plus de deux siècles avant que le Comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, et le prieur de Saint Pierre, Dom Jean de Tensanges, ne lancent la construction d'un autre.

 

Le Pont du Saint Esprit au fil des temps.

 

En pleine guerre de Cent ans, en 1358, le pape Innocent VI, fit construire les remparts d'Avignon et, en même temps, autorisa, pour le Pont du Saint Esprit, la construction de bastilles crénelées aux deux accès ainsi que sur la pile « Saint-Nicolas. »

A l'Ouest, sur la deuxième pile, au XV° Siècle, furent érigées « la Tour du Roy » et une seconde qui servit de logement aux gardes du pont. Parallèlement, sur le coude du pont, à la demande expresse des prieurs de Saint Pierre, une tour fut aménagée et transformée pour abriter, d'une part, en son niveau supérieur, la chapelle Saint Nicolas et, d'autre part, en-dessous, au raz des flots tumultueux du Rhône, une prison. En son Est, un pont-levis fut adjoint à la tour appelée « devers l'Empire. »

Sous les coups de butoirs répétés, lors des grandes crues, dès le XVI° Siècle, l'arche orientale, détruite, fut remplacée par trois petites arches, et, au XVII° Siècle, des travaux de restauration s'imposant, des avant et des arrière-becs triangulaires furent construits. A cette époque, seuls subsistaient encore, du XIII° Siècle, les becs triangulaires originels qui protégeaient les piles « Saint Nicolas » et « Terre. »

Au XIX° Siècle, ouvert à la libre circulation, le pont fut réaménagé et, en 1861, doublant les piles, les becs étant refaits, ainsi son tablier élargi de deux mètres, les chariots purent se croiser aisément. En outre, avec l'apparition des bateaux à vapeur qui remontaient le Rhône, l'ouverture des arches s'avéra trop étroite. Alors, les autorités politiques et fluviales, d'un commun accord, l'importance du commerce et les bénéfices qui en résulteraient, décidèrent de « faire sauter », en rive droite, la première pile, et offrirent un passage de 58 mètres de largeur aux mariniers. Les travaux de transformation furent placés sous la haute autorité d'un certain Aymard, ingénieur ordinaire du département du Gard et les voussoirs en fonte, de l'arche du pont furent coulés sous « l'habile direction d'Emile Martin », un homme de bon sens et un industriel avisé dans la sidérurgie et le fonctionnement des hauts fourneaux, qui avait amélioré, les fours à réverbère inventés, par Carl Wilhelm Siemens.

Lors de la deuxième Guerre Mondiale, en Août 1944, les bombardements américains, par le fait du hasard ou par chance inouïe, - ne dit-on pas le Pont du Saint Esprit -, avaient relativement épargné ce superbe ouvrage. Seule l'arche en fonte ayant été détruite, celle-ci fut provisoirement remplacée par un pont suspendu léger. Dès 1954, une nouvelle arche, d'une portée de 53,70 mètres, et d'une largeur de 7,50 mètres, en béton armé à deux articulations plus en accord avec le monument en pierres maçonnées, coulée sur un cintre constitué de profilés métalliques, fut réalisée.


Raymond Matabosch.

 

 

Publié le 04 Décembre sur :

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17 décembre 2010

La Grotte-mine de Gériols : Quand les hommes redécouvrent le passé.


La Grotte de Gériols, creusée dans les calcaires dévoniens veinés de plomb argentifère des contreforts du Causse du Larzac et du plateau de l'Escandorgue, se niche, dans une reculée façonnée par l'Izarn, à 2 kilomètres à l'Est de la ville de Lodève. Entre margotins de cistes pourpres ou blancs des garrigues et immenses étendues sauvages du causse, elle gîte, au pied des pentes du plateau du Grézac, dans le vallon de Soulondres, où l’eau cristalline du cours d'eau anime le paysage idéaliste du domaine de Monplaisir serti d'un château, d'une manufacture de drap de laine, de ponts, de canaux, de fontaines et d'allées, et bouqueté de bosquets et de bois.

La grotte de Gériols, trésor secret des initiés.

En ces terres, l'eau a raviné les rebords en contrebas des corniches et a creusé des sillons profonds et étroits. L'érosion, favorisant les karsts, y est d'autant plus active que des bancs marneux s'intercalent dans les bancs carbonatés. Et la vallée-corridor de l'Isarn, comme celles de ses congénères venant de l'Escandorgue, au Nord-Est, le Laurounet et la Soulondre, ou celles de la Brèze, la Primelle et la Paumèle et le Soubrebe dévalant du Larzac, au Nord-Ouest, toutes gonflant de leurs flots la Lergue, recollent de merveilles karstiques gardées au secret par un groupuscule d'initiés qui se refusent, égoïstement, à en dévoiler leur beauté.
Autres que par les spéléologues du cru, de rares historiens locaux émérites ou de singuliers autochtones en mal de sensations fortes qui, un jour, ont eu l'audace d'escalader un éboulis qui obstrue une sorte d'entonnoir largement ouvert ; et autres que par d'antiques légendes qui étaient lues publiquement dans les monastères, pendant les repas et dans les églises, pour l’édification des fidèles et qui, depuis des décennies, croupissent dans les caves humides des archives épiscopales et départementales héraultaises et qui se transforment en gargantuesques repas pour les poissons d'argents, les vers des livres, les psoques, les dermestidés...; qui en ont révélé son existence et son riche passé historique, la grotte est totalement inconnue du grand public.


La grotte de Gériols redécouverte 20 siècles après sa dernière mise en exploitation.

Les époux Vallot, spéléologues lodévois, entre les années 1900 et 1904, en foulèrent les premiers ses sols, en explorèrent ses boyaux et en dressèrent le plan et la description. Et quelle n'avait pas été leur surprise en découvrant que la main de l'homme, ayant creusé des galeries de mine et d'assainissement, et agrandi, pour améliorer les commodités d'accès, plusieurs passages, dans les temps immémoriaux, les avaient devancés en ces lieux !
La tradition populaire très présente encore dans la transmission des connaissances, de génération en génération, qui s'est perpétrée jusqu'en première moitié du XX° Siècle, malheureusement par le truchement de l'évolution inverse des humains trop imbus de leur personnalité seulement des bribes informes en restant en ce début du XXI° Siècle, fait remonter une exploitation minière du site à l'époque romaine.

La grotte de Gériols, sanctuaire Paléolithique.

Dès au moins l'antiquité, des hommes œuvraient dans ses entrailles et y exploitaient les filons de plomb argentifère qui veinaient ses parois mais, ce qui ne filtre point, une omerta intransigeante faisant loi, il est d'évidence que la cavité était déjà connue, visitée et squattée au Paléolithique Supérieur, - entre 35 000 et 10 000 ans -. L'imagerie populaire, bien aidé en cela par les représentations scientifiques, même si les spécialistes en la matières donnent l'impression surannée d'en nuancer le cliché concessif et réductif, et, parfois, de le contredire, perçoit l'Homme préhistorique comme un simiiforme bestial et acrimonieux, stupide et agressif, « à forte pilosité, vêtu de peaux de bête, maîtrisant difficilement le feu, s'exprimant par grognements dénués de sens, chassant le mammouth à la lance, subissant un environnement hostile et s'appropriant une femme en l'assommant puis en la traînant par les cheveux.(2) »
D'après la parole de certains « anciens » attachés à la glèbe de leur terroir, la grotte de Gériols n'aurait pas été un lieu d'habitat, permanent ou temporaire, pour l'homo sapiens sapiens mais, de toute évidence et bien qu'elle ait subi un pillage en règle en des temps indéterminés, un lieu cultuel pour les hommes du Mésolithique et du Néolithique, voire du Chalcolithique. Pour d'autres, à la fin du Moyen Âge, la caverne servit de refuge à deux femmes de « Luteva » qui avaient été accusées de faire commerce avec le Diable et de sorcellerie. Enfin, il se laisse aussi entendre dire que des Cathares du Bittérois s'y seraient réfugiés pour y fuir les exactions commises par les troupes, de Simon de Montfort, subjuguées par la foi qui les transportaient durant la Croisade des Albigeois.


La grotte de Gériols.

 

Passée l'entrée, en forme de goule, obstruée par un éboulement et fermée par une grille qui empêche toute intrusion intempestive d'indésirables et de voyeurs, dans la sanctuaire, - comme si une caste se réservait le droit de « profiter » tout son saoul des lieux -, une galerie étroite, en pente très prononcée, encombrée de pierres éboulées rendant la progression malaisée, s'enfonce dans les entrailles du plateau du Grézac. Elle permet d'accéder à une première salle frappée du sceau de l'originalité. La « Salle de la double voûte », ainsi s'en est-elle trouvée baptisée par les époux Vallot, ses deux « re-inventeurs » se décompose en deux séries de galeries superposées, sans attrait particulier, qui cheminent dessous et dessus la salle principale. Il est certain que son charme en serait tout autre et qu'elle en apparaîtrait, de fait, moins insignifiante si la cavité était aménagée et éclairée. Mais voilà, les subtilités de la roche, à la seule lumière blanche d'une lampe torche, ne peuvent ainsi ni se lire, ni se découvrir dans leurs points les plus remarquables.

Sans transition, après un bref et pénible goulet, s'ouvre une salle aménagée d'un escalier grossièrement taillé, de main d'homme, dans la paroi, permettant d'atteindre des boyaux et des corridors supérieurs, La bien nommée « Salle de l'escalier » était une pièce essentielle, à l'époque romaine ou pré-romaine, dans l'organisation et l'exploitation des filons de plomb argentifère. Outre celles supérieures, aux marques d'extractions indubitables, une ancienne galerie de mine s'enfonce profondément et les champs de taille, ne laissant aucun doute sur sa dévolution, y transparaissent,

Les miroirs d'eau de la grotte de Gériols.

Plus avant, « ...une grande salle dont la voûte possède 45 mètres de portée... », ainsi la présente joseph Vallot dans la rédaction de l'acte en signifiant la découverte, « ...elle est divisée en deux parties par un rocher occupant la partie basse, surmontée d'un pont naturel, montant à mi-hauteur de la voûte ; la première partie, ou « Salle du petit lac », parait assez étroite, mais sa largeur est doublée dans la partie supérieure par une sorte de tribune à pic se prolongeant jusqu'au grand lac. » Une étroite langue pétrée, aménagée par l'homme dans les temps anciens, d'une longueur de trente mètres, séparant les deux étendues d'eaux souterraines, permet, depuis le petit lac aux eaux vert-sinople, d'approcher et de pénétrer dans la « Salle Grand-Lac ».

D'une trentaine de mètres de longueur sur une douzaine de large, d'une profondeur de 6 à 9 mètres et d'une température constante de 14°5 identique à celle qui règne dans la cavité, le grand lac est un écrin bleu-vert essaimé d'étoiles qui scintillent depuis les 24 à 30 mètres de haut de la voûte. Du plafond pendent fistules et stalactites aux couleurs irisées et aux parois se tendent des draperies, les une et les autres se reflétant, à la lumière d'une lampe torche, sur la patine du miroir aquifère. Au-delà, fermant la grotte, gours, cascades pétrées et un bloc calcique aux formes étranges et cachectiques, « le squelette », en tirent la toile de fond.

 

Les autres salles et points remarquables de la grotte de Gériols.

 

Des galeries de mine de faible longueur, mais partiellement immergées, pour les unes, totalement immergées, pour les autres, en leur partie terminale se situent au Sud du grand lac et se concentrent tout particulièrement aux abords d'un puits d'extraction de minerai de plomb argentifère à demi comblé, « le puits romain ». Il devait mener vers un réseau inférieur et, apparemment, son fond semble, lui aussi, noyé. Ces structures, réalisées de main d'homme, laissent supposer qu'elles ont été creusées à un moment où les eaux étaient plus basses dans ce lac, mais, pouvant y porter démenti, un couloir extérieur à la grotte, ensablé, aurait servir à vider le lac et permettent, ainsi, aux mineurs de travailler.

La « Salle des gours », toute proche, adjacente par son Ouest au puits romain, est toute luminescence avec sa panoplie variée de concrétions polymorphiques qui règnent sur les dépôts endogènes, - éboulements des parois et des plafonds -, causés par les longues périodes de dégel qui ont succédé aux phases périglaciaires et glaciaires. Elles enregistrent, lenteur de la création, les caractéristiques de l'écoulement d'eau qui les a édifiées.

La visite de la grotte de Gériols ne se résume pas, seulement, à ces quatre salles et à ses lacs, d'autres points d'intérêt n'en doivent point être oubliés d'autant que le réseau est loin d'être découvert dans sa globalité. Et si tel est, les galeries et les voûtes basses, d'accès ardu ou impraticable, aboutissant à la « Salle de la double voûte », à la « Grande salle » et à la « Salle des gours », laissent à croire que de nombreuses ramifications restent inexplorées dans la couche karstique afférente aux galeries sèches. Tel est si réel qu'un accès aboutissant à la galerie supérieure de la « Salle de la double voûte » conduit à un petit lac, une sorte de puits, de profondeur insondée et aux bords tapissés de calcite.


Mystère hydrologique autour de la grotte de Gériols.


Par la présence des lacs et des mares et en absence de toute apparence de cours d'eau souterrain, le site est étrange d'autant plus qu'aucun exutoire connu, ni nul émissaire visible, ne se distinguent aux environs de l'entrée de la grotte et sur une longue distance. D'où peut donc provenir cette eau ? Par où peut-elle s'évacuer ? N'existe-t-il pas un système annexe dans la grotte de Gériols ?

Pour accéder au fond de la grotte, - gours, cascades pétrées et bloc calcique au nom prédestiné de « squelette » -, faute d'aménagements adéquats, la grotte de Gériols n'étant pas ouverte au public, il est nécessité de traverser le lac à la nage, - les époux Vallot, les « re-découvreurs » du site karstique, avaient, eux, utilisant avec un bateau de type Osgood, navigué sur le plan d'eau -, et, en son milieu, un courant se dirige vers le Sud.
En outre, par gros temps et lors des « fortes eaux », le niveau s'élève jusqu'à plus de 1,50 mètre au-dessus de son plan coutumier, autorisant à penser que le lac est en relation avec une rivière souterraine. Aux temps romains, des galeries artificielles avaient été creusées. Celles-ci devaient permettre, aux mineurs, de travailler à pied sec. Mais, encombrées par du sable, elles sont toutes obstruées et elles interdisent toute action de vidage et d'assainissement.
A la fin de la visite exploratoire, deux questions se posent : « Des recherches hydrologiques seront-elles, un jour engagées et autoriseront-elles un acquis des connaissances sur l'origine de ces eaux ? » et « La grotte-mine de Gériols, une quelconque cathédrale de pierre riche en histoire, sera-t-elle ouverte, dans un avenir plus ou moins lointain, à des hordes « gourmandisées » par le voyeurisme à défaut d'en autoriser l'accès à un public de connaisseur ? » Et réponses y seront-elles données ?


Raymond Matabosch


Notes.


(1) Simiiforme : Les Simiiformes, ou anthropoïdés, - Anthropoidea -, sont un groupe de primates, plus précisément le groupe des singes et des humains qui admet, pour groupe frère, les tarsiformes.

(2) Catalans illustres. L'Homme de Tautavel. 2007. Raymond Matabosch.


Publié le 15 Novembre 2010 sur

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14:05 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Héraultaises | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lodève, lodévois, grotte de gériols, hérault, izarn, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

14 décembre 2010

Fontfroide, abbaye cistercienne. La renaissance d'une abbaye.

Le choix du site de Fontfroide n'est pas le fruit du hasard. Les moines, fondateurs de tels édifices, ont toujours privilégié les lieux calmes et isolés. C'est donc, dans un vallon sauvage du massif calcaire des Corbières, à proximité d'un torrent, qu'un groupe de religieux jette son dévolu à la fin du XI° siècle.

Elle doit son nom à cette « fons frigida », source d'eau fraîche. Les armes parlantes de l'abbaye représentent, d'ailleurs, une fontaine.


Le rayonnement de l'abbaye de Fonfroide.


Fondée, en 1093, sur des terres données par Aymeric II, vicomte de Narbonne, Fontfroide est rattachée, en 1144, à l'abbaye bénédictine de Grandselve. En 1146, Fontfroide est affiliée à l'abbaye de Cîteaux, dans la filiation de Claivaux.

Dès lors la liste de ses bienfaiteurs va s'étoffer. Le Comte deToulouse, le Vicomte de Béziers, Guillaume de Montpellier, Alphonse d'Aragon et Guillaume de Roussillon vont être à l'origine d'une des plus rapides ascensions matérielles et spirituelles qu'un édifice religieux ait connu à cette époque.

Les dotations des nobles languedociens, toulousains et catalans permettent, aux moines, d'élargir leur territoire foncier jusqu'au Roussillon et à la Catalogne.

Prospère, elle essaime alors et le monastère de Poblet en Catalogne, en 1149, celui de Valbonne, dans les montagnes d'Argelés, en 1242, entre autres, se trouvent dans sa filiation. Cent ans après sa fondation, à son apogée, Fontfroide est mère de cinq abbayes d'hommes et de trois abbayes de moniales, et possède 24 granges et 30 000 hectares de terres.


Fontfroide fer de lance de l'orthodoxie catholique.


Digne représentante de l'église catholique, elle incarne, à l'aube du XIII° siècle, l'orthodoxie face à « l'hérésie cathare. » Deux de ses moines, frère Raoul et Pierre de Castelnau, deviennent légats du pape, en 1203, pour combattre, par la parole, le catharisme.

En cette période de troubles, l'assassinat, d'un de ses moines, déclenche l'invasion du Languedoc et, sous le commandement de Simon de Montfort, la Croisade des Albigeois.
Fonfroide sort renforcé de ces épisodes tragiques et connaît même la gloire au début du XIV° siècle, deux de ses pères abbés occupant les sommets de la hiérarchie catholique. Arnault de Novell, ancien moine et légat du pape au procès des Templiers, devient cardinal en 1312. Son neveu, Jacques Fournier, est élu pape, en 1314, sous le nom de Benoît XII. On lui doit la construction du Palais des papes à Avignon.


Après l'apogée, le début du déclin.


L'apogée marque souvent le début du déclin et c'est le cas pour l'Abbaye de Fonfroide. Trop bien née et trop puissante, sa richesse, inexorablement, dans le macrocosme monacal, finit par faire des envieux. Fontfroide cristallise les mécontentements et les jalousies, et symbolise, trop ouvertement, la réussite et la prépondérance de Cîteaux. Parallèlement, la discipline, observée par les moines, se relâche et se dégrade

Lors du grand schisme d'Occident, de 1378, l'abbaye recon­naît l'anti-pape Clément VII et s'attire l'ire de Benoît XIII, autre anti-pape. Le choix stratégique des moines s'avère catastrophique et aboutit à la mise sous séquestre des biens de la communauté

 

Sous le régime de la Commende Fonfroide perd, partiellement, son autonomie.


Au milieu du XVe siècle, un autre scandale éclate au sein de l'abbaye. L'abbé Pierre Ferrer est expulsé par le chapitre général, mais, se refusant à la sanction édictée, celui-ci reprend possession, par les armes, de son bien. Jusqu'à sa mort, en 1454, cloîtré dans son monastère, il résiste à toutes les sommations


Les conditions de vie des moines continuant à se dégrader, en 1476, l'abbaye passe sous le régime de la commende et son abbé est choisi, par le Pape, parmi les membres du clergé séculier. L'abbé ainsi nommé perçoit les revenus de l'abbaye et s'occupe de sa gestion tandis que le pouvoir spirituel est remis aux prieurs. Le passage à ce régime marque, l'abbé ne se souciant que de son propre profit, le début d'une décadence des mœurs.

Bien que les prieurs conventuels fassent, au début du XVIII° Siècle de nombreux aménagements, le nombre de religieux chute. En 1764, Fontfroide perd son titre d'abbaye et les revenus qui y étaient attachés, et devient dépendance de l'évêché d'Elne-Perpignan. En 1791, le monastère est mis en abjudication, mais n'est pas détruit


La renaissance d'une abbaye.


Ses bâtiments, relativement préservés lors de la Révolution, ont été rachetés et, après y avoir effectué des travaux de restauration, réoccupés par des cisterciens de l’Immaculée Conception, de Sénanque, sous la direction du Père Jean, de 1858 à 1901


Deux nouveaux acquéreurs, Gustave Fayet et Madeleine d'Andoque de Sariège, en 1908, profitent de la loi sur les congrégations de 1901 pour faire, de Fontfroide, après quelques restaurations, un lieu culturel prisé.

Fontfroide s'impose, aujourd'hui, comme l'étape indispensable au départ des circuits des Corbières et des Châteaux cathares.


Plus de vie monastique mais des bâtiments magnifiquement conservés.


Un élégant portail d'entrée, construit à la veille de la révolution Française, accueille le visiteur et le guide jusqu'à la cour d'honneur.

La salle capitulaire et ses neufs voûtes romanes, disposées sur des croisées d'ogive, est considérée comme un pur chef d'œuvre de l'art roman. L'église, avec sa grande nef culminant à vingt mètres de hauteur, a retrouvé ses vitraux lumineux.

Des statues et des bas reliefs ornent les murs et les jardins. Depuis 1990, ces jardins sont agrémentés d'une grande roseraie composée de 3.000 rosiers rassemblés en onze massifs de couleurs différentes.

L'austérité n'est plus de mise et plus de neuf siècles après sa fondation, Fonfroide a adopté un style confortable et plus convivial.

Raymond Matabosch

Publié le 11 Novembre 2010 sur

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08 décembre 2010

Le Capcir... « Petit Canada » ou « Petite Sibérie » ?

Le Capcir est une contrée des Comtats, - la Catalogne Nord pour les catalanistes-, et une région historique et géographique des Pyrénées-Orientales, en terres de Roussillon et Formiguères, sa capitale historique, en est la ville principale. Il se situe au Nord-Est de la subcontrée de la Haute-Cerdagne et au Nord-Ouest du Conflent. En son Nord, il incarne la frontière avec l'Occitanie et, en son Nord-Ouest, celle avec le Comté de Foix.

 

Géographie des milieux capcinois : Brèves notions.


Tout son territoire, une haute plaine, sise entre 1.500 et 1.700 mètres d'altitude, entourée de montagnes, s'articule, véritable colonne vertébrale, le long de la rivière Aude qui le draine de Sud en Nord. Trait d'union entre la Vallée de l'Aude et la Cerdagne, il correspond à un nucléus résiduel de la pénéplaine post-hercynienne. Son socle schisteux, basculé par les mouvements tectoniques générés par la poussée pyrénéenne, s'est surélevé dès l'Éocène et, durant le Pléistocène, période couvrant la plupart des glaciations récentes, il s'est revêtu d'une épaisse couche de sédiments morainiques.

Le bord Ouest de la cuvette capcinoise s'élève, progressivement, en marches et paliers glaciaires jusqu'au contreforts septentrionaux du Massif du Carlit, - Pic Carlit 2.921 mètres, sommet granitique des Pyrénées françaises, point culminant du département des Pyrénées-Orientales et de la région Languedoc-Roussillon -, alors que son levant est brutalement interrompu par l'escarpement faillé qui culmine à 2.471 mètres au Roc de Madrés. Encaissée entre ces deux versants, les gorges de l'Aude l'ouvrent, en son septentrion, sur la Vallée audoise et la plaine languedocienne. Enfin, au Sud, porte historique du Capcir, s'ouvre, au grand large, à 1.741 mètres, permettant d'accéder au replat du Jardò(1), au Haut Conflent et à la Cerdagne, le col de la Quillane.


Le climat du Capcir.


Battu par les vents froids d'Ouest et de Nord, - le Carcanet -, le Capcir subit un climat subalpin particulier et rigoureux. Avec une pluviosité relativement peu importante, en moyenne 800 millimètres de pluie par an, des chaleurs maximales en été avoisinant les 25 à 30 ° C, d'autant que durant 8 mois, elle n'excède pas les 2° C, la température moyenne annuelle, à Matemale, flirte avec les 6° C. En 1962, le dit village avait même connu des températures extrêmes de -23°C, celui des Angles -27° C, le maximum de froid ayant touché les hameaux de Riutort et d'Espousouilles, avec des températures supérieures à -30° C.

Donnant une idée au climat qui sévit, en hiver, dans le Capcir, deux surnoms lui sont attachés, le « Petit Canada » et la « Petite Sibérie ». Celui de Petite Sibérie lui sied tout particulièrement car la région est l'un des derniers refuges, en Europe occidentale, d'une plante de Boreo-Arctique, la ligulaire de Sibérie(2), – la Ligularia sibirica -, une asteracée relictuelle de la dernière période glaciaire, protégée en Europe, inscrite à l'annexe II de la Directive Habitats ainsi qu'à l'annexe I de la convention de Berne pour la protection de la vie sauvage.


Les ressources propres au Capcir.


L'agriculture, qui a subi de lourdes désaffections, s'est spécialisée dans le fourrage et dans l'élevage de bovins et d'ovins. Bien que l'Aude, une petite rivière tumultueuse et torrentielle, sillonne le haut canton, sans s'y pérenniser, elle a permis la construction de barrages, celui de Matamale, 20 millions de mètres cubes, et de Puigvalador, 10 millions de mètres cubes, qui alimentent, en eau, des centrales hydroélectriques situées en terres occitanes.

Entre les prairies, la culture du seigle sur les terres froides et pauvres et les champs de pomme de terre, des grandes forêts de pins rouges et de hêtres, - Forêt de la Mata sur les territoires de Matemale, Les Angles et Formiguères -, emplissent le paysage. Au-dessus, entre 1.600 et 2.300 mètres d'altitude, les pins noirs prennent le relais, exploités au bénéfice d'un chevelu de pistes forestières qui, les désenclavant, les parcourent.

Mais, malgré cela, l'économie agricole du Capcir est centrée, depuis 1948, sur l'industrie laitière et dépend, exclusivement, de la coopérative laitière de la Cabanasse, sise en Cerdagne. Et, zone de passage, entre le Languedoc et le Roussillon, d'une part, et, d'autre part, la Cerdagne, cette terre est économiquement liée aux marchés de Mont Louis, en Haut Conflent et de Prades, en Bas Conflent.


Le tourisme et les sports d'hiver en Capcir.


En 2004, la population du Capcir, avec une densité de 10 résidents au kilomètres carré, n'excédait pas les 1.776 habitants. Les communes de Formiguères, son petit marché et son hameau Villeneuve, centre religieux et sanctuaire dédié à Marie, - 445 habitants -, les Angles, - 596 habitants -, Matamale, - 244 habitants -, et Puigvalador et son hameau Rieutort, - 101 habitants -, dépassent la centaine d'habitants et concentrent 93% de la population. Fontrabiouse et son hameau Espousouilles et Réal et son hameau Odeillo, ne retiennent que les 7% de la population restante.

Avec l'ouverture, en fin du XIX° Siècle, de la route qui rejoint, par Axat, Carcassonne, désenclavant le Capcir, s'initie, lors, un courant touristique. Et, avec l'engouement pour les sports d'hiver, les stations hivernales de Formiguères, des Angles et de Puigvalador-Riutort se sont développées au cours des dernières décennies, entraînant des flux de skieurs. Enfin, le barrage de Matamale, bénéficiant des périodes estivales et surfant sur la vague du besoin d’air et de fraîcheur, permet la pratique d'activités nautiques, - la voile, la planche à voile, le ski nautique, le wakeboard... -

Ainsi, tout concourant à proposer des activités nouvelles, tourisme et sports d'hiver favorisent les créations d'emplois et contribuent à la croissance socio-économique du Capcir.


Notes :


(1) Le replat du Jardò : Le Col de la Perxa ou Col de la Perche.

(2) La ligulaire de Sibérie : C'est une plante eurosibérienne subarctique d'origine asiatique, surtout présente en Sibérie et en Europe Centrale, - Autriche, Roumanie, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, Russie -. Les populations françaises sont très relictuelles, et essentiellement réparties dans le Massif Central, le Cézallier, les Monts du Cantal, l'Aubrac, le Vivarais, le Capcir et en Bourgogne.

 

Publié le 04 Novembre 2010 sur

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05 décembre 2010

Au fil des Gardons, une énigme orographique.

Cours d'eau méditerranéen et affluent du Rhône, le Gardon, encore appelé Gard, naît de la confluence de différents Gardons, - ou petits Gards -. Jalonnée de villages et de sites naturels d'une beauté grandiose, avec pour point d'orgue le Pont du Gard et, pour aboutissement, les quatre très belles cités que sont Saint Martin de Lansuscle, Anduze, Uzés et Beaucaire, la rivière invite aux ballades foisonnant de charmes.


Le bassin versant des Gardons.


Le Gardon, d'une longueur nominale de 127 kilomètres, est constitué d'un réseau hydrographique complexe. Plusieurs ruisseaux, affluents de cette rivière lozéro-gardoise, prennent, associé au nom d'une ville ou d'un village, la dénomination générique de Gardon : Gardon de Saint Martin de Lansuscle, Gardon de St Jean du Gard, Gardon de Saint Germain de Caberte, Gardon d'Alès, Gardon d'Anduze... Aussi, étant difficile d'établir géographiquement, mais non hydrologiquement, quelle est la rivière principale et quels en sont ses affluents, quasi tous dénommés Gardon, tout son bassin versant a été recensé sous le toponyme « les Gardons » plutôt que Gardon ou même Gard éponyme du département.

De la confluence du Gard et du Rhône, entre les villes de Comps et de Montfrin, et remontant le cours d'eau vers sa source hypothétique, si des rivières d'importance égale mêlent leurs eaux, chaque nouvelle confluence génère, automatiquement, deux Gardons. Difficile, lors, en advient de générer un cours d'eau principal qui drainerait les eaux de ses émissaires tout au long de son bassin versant qui s'étend sur plus de 2.150 kilomètres carrés et regroupe, au moins, 150 communes hébergeant, dans leur globalité, plus de 200.000 personnes.


Le Gard institutionnel.


Entre les énormes masses plutoniques du Mont Lozère au Nord, et du Mont Aigoual au Sud, les Gardons prennent tous leurs sources, au cœur des chaînes sinueuses et parallèles, aux crêtes déchiquetées délimitant des vallées encaissées, fermées et borgnes, et aux versants méditerranéens abrupts, des Cévennes. Ainsi, entre 700 et 900 mètres d’altitude, de La Can del’Hospital à l’Ouest, aux pentes de la montagne du Bougès, à l’Est, s'animent à la vie les Gardons originels de Saint Jean du Gard, de Sainte Croix-Vallée Française, de Saint Germain de Calberte, de Saint Martin de Lansuscle et de Déze.

Sept kilomètres avant la sortie du département de la Lozère, la réunion des Gardons de Sainte Croix, point d'orgue de la Vallée Française, et du Gardon de Saint Etienne qui, au lieu-dit « Le Pont de Burgen », résulte de la jonction des gardons de Saint Germain et de Saint Martin, forment, sur la commune du Martinet, le Gardon du Mialet. Au « Mescladou », proche de la fameuse bambouseraie, celui-ci conflue avec le Gardon de Saint Jean, engrossé du Gardon de Lassale, pour donner une âme au fougueux Gardon d'Anduze.

Parallèlement, dévalant de la Vallée Longue, le Gardon de Déze, s'unissant aux valats qui dégringolent des serres escarpées jalonnant le col de Jalcreste, donnent cours à l'impétueux Gardon d'Alés.

En amont de Ners, à Ribaute, les Gardons d'Anduze et d'Alès fusionnent leurs eaux et donnent le « Gard », - jusqu'au pont éponyme, le cours d'eau est toujours appelé Gardon par les gens du pays -. qui rejoint le Rhône au niveau de la commune de Comps.


Le Gard référentiel.


Malgré la multiplicité de Gardons, plus de 15 recensés entre les départements de la Lozère et du Gard, et le nombre conséquent d'affluents principaux, - L’Alzon, l’Avène, l’Auriol, le Bourdic, la Droude, la Braune, l’Esquielle, le Galeizon, le Grabieux, la Gravelonque, la Salindrenque et les Seynes -, l'usage ancestral, voire millénaire, conçoit que la source du Gard se confond avec celle du Gardon de Sainte Croix située sur le terroir de la Bastide à Cripoulés.

Et, remontant le Gard, depuis son point de confluence d'avec le fleuve Rhône, le mélange des eaux des tributaires, tant rive gauche que rive droite, se mêlant en minces filets filant le long des berges, désignent nommément la succession des divers cours d'eau afin d'en accéder à sa source originelle : Le Gard, le Gardon d'Anduze, le Gardon du Mialet et le Gardon de Sainte Croix.

Bien que le nommage ne corresponde pas tout à fait au nommage institutionnel, et pour cause hors la tradition séculaire, le Service d’Administration Nationale des Données et Référentiels sur l’Eau, - Le SANDRE -, pour les besoins de sa classification, a considéré que le cours d'eau principal, colonne vertébrale de tout le bassin versant des Gardons, en est le Gardon qui prend sa source à Saint Martin de Lansuscle.


Le Gard, cours d'eau méditerranéen.


De par sa situation, sur le pourtour méditerranéen, le Gard est très affecté par le climat propre à cette région. Il subit les atteintes de la sécheresse qui y sévit en été et celles consécutives aux excès pluviométriques, les gardonnades, qui s'abattent sur la région lors des épisodes cévenols. De fait, son débit se caractérise par l'irrégularité des apports pluviométriques et est étroitement associé à la double entité « trop avec risques d'inondations » et « manque » relative en disponibilité des ressources en eau, une disponibilité importante tant pour l'alimentation des habitants des communes limitrophes que pour les besoins propres à l'agriculture.

Mais les Gardons mêlent une identité forte et, leur conférant des richesses naturelles et un patrimoine culturel, architectural et historique inégalés, baignent des micro pays riches et variés.


 

Raymond Matabosch.

 

Publié le 31 Octobre 2010 sur C4N

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La « grotte rose » de Dargilan, en Lozère.

Une concentration particulière d’oxyde de fer et de matières organiques donnant aux concrétions et aux nombreuses draperies roses qui la recouvrent, des teintes très variées, lui attribuant ainsi beaucoup de charme, la grotte de Dargilan, du nom du hameau voisin, se situe à 7 kilomètres à l'Ouest-Nord-Ouest de Meyrueis. Elle s'ouvre à 860 mètres d'altitude, dans la grande falaise dolomitique du Causse Noir, sur une terrasse, en surplomb de la rive gauche de la Jonte.

 

 

Cette caverne à deux étages, entre Gorges de la Jonte et Gorges du Tarn, était totalement ignorée quand, incidemment, vers la fin de l'automne de l'an 1880, elle fut découverte par un jeune berger, commis à la garde du troupeau de l'une des fermes voisines, répondant au nom de Sahuquet.


La légende de la découverte de la « grotte rose » de Dargilan.


Le légende dit qu'un jour le jeune pâtre aperçut un renard pénétrer dans une étroiture de la roche et disparaître de sa vue. Mais comme tout caussenard, chasseur d'instinct dans l'âme, il s'était mis en devoir de capturer maître goupil, un canidé malin, retors, roublard et rusé. Après plusieurs heures d'un travail long et fastidieux, la fissure allait s'élargissant.

 

Le déblayage auquel il s'astreignait, lui permit, enfin, de se glisser par l'ouverture qu'il avait, avec la patience, la ténacité et l'obstination qui sublimaient sa volonté juvénile, ainsi agrandie. Après quelques pas à peine, il se trouva dans l'antre de la grotte, au seuil de la première salle.

L'univers qui s'offrit à lui était tout autant fascinant qu'effrayant. Passé le seuil, il s'était trouvé dans une immense salle, au sol encombré d'un chaos de roches entrelacées et difficilement praticable, où scintillaient de nombreuses stalagmites et fistuleuses de toutes tailles qu'il avait pris, précise la légende, pour des fantômes. La résonance de sa voix, dans l'immense nef obscure, l'avait glacé de peur. Paniqué, se découvrant dans les entrailles de Satan et craignant d'y perdre son âme, il avait fui.

Une seconde légende reprenant le même thème du jeune berger à la poursuite d'un renard et, ainsi, découvrant accidentellement la grotte, précise que le pastouret raconta son incroyable histoire à des godelureaux des environs. Excités à l'idée de vivre un événement exceptionnel et rare, ceux-ci parvinrent à convaincre le jeunot de les y mener. Tous se rendirent donc, sous sa conduite, à la grotte mais, ayant investi les lieux, la peur nouant leurs entrailles, ils n'osèrent réellement s'y aventurer.


La première exploration, digne de ce nom, de la grotte de Dargilan.


C'est en 1884, qu'Édouard Alfred Martel, un jeune homme de 25 ans arborant une courte barbe sombre et développant un goût passionné pour la géographie et le domaine souterrain, décida de visiter la grotte de Dargilan. Il en vit la première grande salle, la salle du chaos, où il y reconnut l'existence de cinq puits profonds. Mais ce n'est qu'en 1888, une année marquante pour la spéléologie mondiale, la même année où il explora l'abîme de Bramabiau, dans le Gard, qu'il en leva, quatre jours durant, les données topographiques.

Lors de son expédition découverte, Édouard Alfred, accompagné par son équipe, disposait de matériel rudimentaire : minces cordages pour s'assurer et simples bougies pour s'éclairer. En outre, le sol de la grotte et de ses boyaux était plus difficilement praticable qu'ils ne l'est de nos jours, d'où les difficultés d'exploration et d'investigations sur plus de 1.200 mètres de dédales caverneux explorés.

Et, propre aux inventeurs(1) de baptiser les sites, par eux, découverts, bien qu'une éponymie puisse paraître évidente, un lieu dit « Lou Darzillan » étant existant sur le terrier seigneurial de 1688, commune de Meyrueis en Lozère, l'aven fut dénommé « Dargilan » par le fait qu'il se localise sur le territoire, à moins de 600 mètres, de la ferme-hameau de même nom.

L'électricité, installée en 1910, permit d'accueillir les premiers visiteurs, dans ce labyrinthe souterrain aménagé dès 1890. Et, depuis 1982, grâce aux travaux entrepris par la société d'exploitation des Gorges du Tarn, muée aujourd'hui en Société Anonyme de Dargilan, Dargilan est l'une des grottes les mieux aménagées pour la visite.


La « grotte rose » de Dargilan.


La Grotte de Dargilan captive par ses dimensions impressionnantes, solennelles, déroutantes et stupéfiantes et par la multiplicité de ses agrégats, de ses pétrifications et de ses concrétions aux couleurs et aux patines naturelles baignées d'une palette safranée d'ocres, de jaunes et de roses.

Tout au long de ses 1.200 mètres de galeries, toutes en circonvolutions et méandres, s'enfonçant, s'insinuant et s'effilochant à 120 mètres de profondeur sous le plateau karstique du Causse Noir, la diversité ravit et enthousiasme les visiteurs.
Si le chaland ne retenait que l'insignifiante étroiture qui permit au jeune berger de pénétrer dans les entrailles dolomitiques jurassiques et de violer leur clandestinité et leur mystère, il outragerait la magnificence d'une cathédrale de pierre façonnée, sans relâche depuis de centaines de millénaires, par l'eau infatigable besogneuse silencieuse.

Les premiers pas posés mènent directement à une imposante basilique pétrée, 142 mètres de long, 50 de large et 25 de haut, la Salle du Chaos, où, diaprant un effondrement conséquent de roches entrelacées et répondant aux clignements engourmandis de fistuleuses et de stalactites dévalant, en ressaut, de la voûte, scintillent une myriade de stalagmites de toutes tailles.

Passée la salle immense de l'entrée et s'engageant dans le lit d'une rivière asséchée, les colonnes, les cascades pétrifiées, la Mosquée, les draperies, les stalactites, les fistuleuses, les orgues calcaires et les coulées de calcite, ciselées et nacrées par un essaim de petits lacs, se succèdent, pour l'émerveillement et la béatitude du regard et des yeux, sans interruption, jusqu'à la sortie, magnifique débouchant sur le panorama grandiose des gorges de la Jonte.


Notes.


(1) En archéologie et en spéléologie, quelqu'un qui découvre un site ou un objet important n'est pas nommé découvreur - souvent utilisé faussement à la place - mais inventeu.

 

Publié le 30 Octobre 2010 sur C4N

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03 décembre 2010

Catllar, cité conflentoise. Des chemins et des hommes.

C'est dans la Catalogne de la Tramontane, au Nord-Ouest de la cuvette d'effondrement bas-conflentoise, ou cuvette de Prades, courant depuis Ria jusqu'aux gorges de la Guillera à Rodez, douillettement niché à flanc de montagne, sur la berge gauche du fleuve côtier, irrégulier et travailleur, aux « aiguats » redoutables et redoutés, - celui de 1940, l'un des derniers restant incrusté dans toutes les mémoires -, La Têt, que se situe Catllar et son terroir.

Son territoire communal, d'une superficie de 8,02 km2, se situe, presque dans sa globalité, excepté un petit secteur, les Mas Dalmé et Rouflé, sur la rive gauche de la Têt, à la confluence du fleuve avec son affluent la Castellane. Il est limitrophe, au levant, avec celui d'Eus, au midi, avec ceux de Prades et de Ria, au couchant, avec ceux de Campôme et de Molitg et, à septentrion, avec celui de Cômes, un hameau dépendance d'Eus.


Les chemins antiques.


Depuis l'Antiquité et le Haut Moyen-Âge, en référence au plan cadastral ancien, - Plan dit Napoléon -, dressé par Monsieur Boudet géomètre de 1° classe et terminé le 18 Juillet 1810, outre les nombreux chemins d'exploitations pour accéder aux vignes, - Camí del Vinyadal, Camí de las Vinyes... -, aux prés et prairies, aux stations pastorales, - deux Camins ramaders ou chemins de transhumance -, et aux terres réservées aux cultures vivandières et arboricoles, - Camí de las Hortes... -, six chemins, les entours même de l'église paroissiale Sant Andreu, cœur de la cité, pour origine, sillonnaient le territoire communal de Catllar et desservaient les communautés voisines de Prades et Ria, de Conat et Urbanya, de Molitg, d'Eus et de Cômes, Campoussy et Sournia.

De ces six chemins antiques, seul un, asphalté, autorise et permet toujours la circulation de véhicules, le « Camí d'Eus à Catllar » dont le Chemin Départemental D 24 reprend , excepté dans la traversée du village, le tracé initial, et le tronçon terminal, toujours conservé, bitumé, transformé en chemin d'exploitation, de Camiols au ravin de las Illes. Les autres, les Camins de Ria à Catllar, d'Urbanya - ou de Campigna - à Catllar, de Molitg à Catllar », de Prades à Catllar et de Catllar au Languedoc, souffrant d'abandon, se sont dégradés, ravinés,... Concomitamment avec la désaffection des terres agricoles, de nos jours, définitivement ruinés faute d'entretien, ils ont disparu dans la végétation ou dans les zones urbanisées de la commune,mais de rares vestiges, sur de courtes distances, sur leur assiette, s'y déterminent encore.


Les voies romaines.


Quatre d'entre eux, le « Camí de Prades à Catllar », à « la Terme », curieux mégalithe fiché en terre à la croisée des chemins au lieu-dit Montcamill, son diverticule dextre prenant nom de « Camí de Catllar à Ria », le « Camí de Catllar à Eus » et le « Camí de Catllar au Languedoc », avaient été voies romaines. La première de ces Via, l'une des trois composantes de la « Via Confluentana1 », par Baixas, Ria, Flassa et Canaveilles, reliait Salsulæ, - Salses -, à Julia Libycæ, - Llivia -. Sur la territoire de la communal de Catllar, elle empruntait le tracé du « Camí d'Eus à Catllar » et ceux de « Catllar à Prades » et de « Catllar à Ria » Beaucoup plus qu'une voie de circulation civile et militaire, elle était surtout une voie de charroi principalement utilisée pour le transport de blocs de marbre, marbre blanc de Baixas et marbre rose de Ria, des marbres que Rome, pour ériger ses monuments, ses édifices publics et ses maisons de maîtres, prisait tout autant que celui extrait des carrières de Carrare; la seconde, le « Camí de Prades , ou de Catllar, - suivant les documents anciens -, au Languedoc », était une voie transversale joignant, depuis Codalet jusqu'à Fosse, par Prades, Catllar, Sournia, Prats de Sournia et Le Vivier, la Vallée de la Têt, et ses « Viæ Confluentanum », à la Vallée de l'Agly, et sa « Via Fenicularia. »


Les voies de communication modernes.


Deux seules voies de communication le desservent, l'une, au départ de Prades, s'indexant sur la Route Nationale 116, dite de Perpignan à Bourg-Madame, un ruban d'asphalte, moyennement entretenu par les services autorisés, avec grandiloquence et hypocrisie, affublé d'un flagorneur Route Départementale N° 619, zigzaguant à flanc de montagne, sautant des ravins pernicieux et longeant des aplombs menaçants; un serpent goudronné non sécurisé menant, apodictiques kilomètres, par temps de pluie, de brouillard et de neige, interminables et cauchemardesques, permet de rallier, via Sournia, Pézilla de Conflent et Ansignan, Saint Paul de Fenouillet, et, s'y greffant, au Nord-Ouest de la commune, au Salt del Gall, la Route Départementale 14, via les Bains de Molitg, Mosset et le Col de Jau, consentant l'accès au Département de l'Aude, lors pouvoir rejoindre Axat; l'autre, plus modeste, une chaussée étroite, toute en circonvolution, le chemin départemental N° 24, se dirige sur la Ville Veille de Sant Vicens d'Eus, Eus, Marquixanes, Arboussols et Tarérach, qui ne peuvent-être atteints qu'en se raccrochant au chemin Départemental N° 35, dit de Prades à Arboussols.


Publié le 28 Octobre 2010 sur


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02 décembre 2010

El Voló, le Boulou, au carrefour des civilisations.

Le territoire municipal de Le Boulou, 14,42 kilomètres carrés de superficie, se situe dans la basse vallée du Tech, dans la zone de contact entre la Plaine roussillonnaise, le Moyen Vallespir et les Albères. Il est limitrophe avec Passa au nord-ouest, Tresserre au Nord-Est, Montesquieu de l'Albère à l'Est, Maureillas au Sud-Ouest, Les Cluses au Sud et Saint Jean Pla-de-Cors, - ou Saint Jean de Pagès -, à l'ouest.

 

Le territoire comprend quatre espaces paysagers.


Au midi, le secteur des Monts de l'Albère encadré, à tramontane, par la rivière de la Rome, et, au levant, par celle de Vallmorena, toutes deux affluents du Tech. Il s'étend depuis la faille Nord-est/sud-ouest de Vivés dont il en constitue le bord externe jusqu'au Pic d'Estelle, 377 mètres, borne naturelle avec Maureillas, les Cluses et Montesquieu. Sur ces hauteurs s'y localisent les ruines de l'ancien vilar de Molars et le Mas encore flanqué de son antique église paroissiale dédicacée à Sainte Marguerite, du VIII°/IX° siècle. Mais, dénaturant le site, tout en étant un habitat de qualité mais épars, s'expurge des lieux une conquête glorieuse de l'urbanisation non maîtrisée et irraisonnée, les verrues immobilières du lotissement des Chartreuses. Et c'est le long de cette faille que sourdent les sources thermales des Bains du Boulou connues depuis le IX° siècle.

Le terroir de la vallée du Tech se caractérise en une terrasse Miocène et Pliocène, - un plat pays portant loin sur l'horizon -, re­présentative du comblement de l'ancien golfe de Bouleternère, - dit aussi de Roussillon -. Sur son flanc méridional s'y sont implantées les infrastructures de la station thermale, - depuis le XVIII° siècle -, d'une usine d'embouteillage des eaux naturelles très minéralisées servant essentiellement à des usages médicaux, d'un casino et d'un hôtel.

À son septentrion - le bourg et les installations auto-portuaires s'y nichant -, le bassin bolonencq s'ouvre sur la riche plaine arboricole et viticole illiberrienne. En ces lieux dominés par les collines du Pla del Rey rendu célèbre par une bataille, en 1794, soldée par une victoire française sur l'armée espagnole, un glacis donne, lors, passage sur des replats datés du pliocène tailladés et lacérés, en bandes de terres étroites, par les torrents, tel le torrent du Renard. Très viticole, ces terres offrent des vins de très haute qualité labellisés « A.O.C. Côtes du Roussillon. »

En son milieu s'étend le large lit majeur du Tech, de plus d'un kilomètre, et le fleuve impétueux, lors des crues, se prélasse en de grands méandres. Quelques arpents de basses terres, - les Hortes del Bosc, les Parets, el Molí Nou -, morcelés en jardins sont vulnérable aux trombes d'eau qui déferlent lors des aïguats dont celui de 1940, le plus mémorable et toujours ancré dans la mémoire des anciens...


Le Boulou, antique et présent, un nœud routier.


La territoire municipal s'ordonnance autour du bourg de Le Boulou et s'enorgueillit de son nucléus thermal et touristique des Bains, son ancien vilar de Molars et son église et, complémentaires à sa fonction antique de nœud de communications, son centre douanier, son péage autoroutier et son autoport.

Antiquement situé en bordure de l'ancienne Via Domitia ve­nant, par Villeneuve de la Raho, Bages, Banyuls dels Aspres, de Ruscino et se dirigeant sur le col de Panissars et l'Espagne, tout proche du lieu dit Les Trompettes, non loin d'Ad Centuriones, où croisaient les voies intérieures de la Vallespiriana et la Via menant à Illiberris, - Elne -, à Caucho liberi, - Collioure -, et à Portus Veneris, -Port Vendres -. Présentement, Le Boulou est traversé par la route Nationale 9 menant, depuis Narbonne et Perpignan, à Barcelone, par le Col du Perthus, et il est longé par l'autoroute A9 « La Catalana » ouvrant, par un péage, sur l'autoport.


Le Boulou, carrefour au cœur des Abères-Vallespir.


Nœud routier à ses origines, le Boulou en conserve son fidèle schéma. Remontant l'axe du Tech rive droite, filant sur l'ouest, la Départementale 115 permet d'accèder, par Amélie les Bains, Céret et Arles Sur Tech à Prats de Mollo et le col d'Ares. Et toutes voiles claquant sous la tramontane, elle redescend, rive gauche, le fleuve pour aller s'enivrer, doublant Saint Genis des Fontaines, Sorède et Argelés, des senteurs iodées de la Côte Vermeille. En oublierait-on le cheval de fer ? Que nenni ! Une voie de chemin de fer, Perpignan-Elne-Céret, uniquement pour le fret marchandise, - la ligne voyageur étant fermée depuis des décennies -, dessert l'autoport de le Boulou.

 

Publié le 28 Octobre 2010 sur :

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26 novembre 2010

L'aqueduc romain de Nîmes. Défi et prouesse technique.

L'aqueduc amenait les eaux captées aux fontaines d'Eure, au pied d'Uzès, jusqu'au Castellum divisorum, bassin de répartition, qui les dirigeaient vers les différents quartiers, thermes et fontaines de la ville de Nîmes. Il fût construit au I° siècle pendant la période d’expansion de la ville de Nîmes. Sa mise en œuvre avait débuté entre 41 à 54 après J.-C, sous le principat de l'empereur Claude à qui l'on devait l’édification de deux des plus grands aqueducs de Rome, « l'Aqua Novus » et « l'Aqua Claudia. » Sa construction avait dû s'étendre sur une quinze ou vingt ans.

La partie la plus célèbre en est le Pont du Gard, le plus haut pont à trois niveaux des aqueducs romains. Certes, il traverse la vallée du Gardon, - ou Gard qui a donné son nom au département -, en un site particulièrement étroit, mais sa hauteur, de 48,77 mètres au-dessus du lit majeur de la rivière, lui octroie, néanmoins, une longueur actuelle, au troisième étage, de 275 mètres. Son extrémité, côté rive gauche, ayant été tronquée de plus ou moins 100 mètres, originellement il avoisinait les 380 mètres de long.

 

La choix de la fontaine d'Ura

 

A l'origine Nîmes était alimentée par la fontaine sacrée Némausa, coeur de la cité où aboutissaient les voies. Avec l'arrivée massive des vétérans d'Égypte, sa population avoisinant les 20.000 habitants aux temps de sa splendeur, la ville dût rechercher d'autres approvisionnements en eau. La source devait être située plus haut que le réservoir d'arrivée. L'eau devait y être très pure, en quantité suffisante et peu éloignée de la ville.

L'eau de la Fontaine d'Eure présentait toutes les caractéris­tiques requises pour répondre aux besoins en eau potable de la cité némausienne. Elle s'avérait propre à la consommation et son écoule­ment était conséquent. Son débit moyen s'étalonnait à 430 litres/se­conde. La source se situait à une altitude de 76 mètres alors que le réservoir terminal plafonnait à 59 mètres. En outre, de toutes les sources pouvant répondre aux critères, elle était la plus proche. A vol d'oiseau, elle se trouvait à 20 kilomètres de son lieu de destina­tion.

 

La fontaine d'Eure, lieu de culte des romains.

 

C'est au bord de l'Alzon, autour de la source d'Eure, que l'on découvre les premières traces d'une construction romaine à Uzès. Ils y avaient fait ériger un hôtel votif en l'honneur de Cybèle, déesse de la fécondité, de la nature, des fontaines et des sources, pour y vénérer le culte de l'eau.

« AVGVST LARIBVS CVLTORES*VRAE FRONTIS.(1) » Cette dédicace, localisée sur le mur antérieur du laraire, justifie l'exaltation des romains pour les fontaines de l'Eure. Et le choix de cette résurgence, pour le captage de ses eaux et leur transport par aqueduc, ne pouvait donc qu'apporter la protection de la déesse dans les foyers de la colonie romaine.

 

Les contraintes opposées aux constructeurs de l'aqueduc.

 

Du fait d’une topographie escarpée, même si, à vol d'oiseau, la distance n'est que de 20 kilomètres, les Romains ont dû rallonger l’aqueduc à environ 50 kilomètres. La dénivellation entre les sources de l’Eure, 71,13 mètres au départ de la canalisation, et le réservoir d’eau de Nîmes, 58,95 mètres, est seulement de 12,18 mètres, une pente moyenne de 0,25 mètre/kilomètre, ayant nécessité une très grande précision dans sa construction.

L'itinéraire, de même, dénote de la parfaite connaissance du terrain et profite de ses caractéristiques. L'aqueduc chemine enterré dans les sols meubles et à ras de terre ou en hauteur sur les sols rocheux. La conduite, de 1 mètre 30 à 2 mètres de large, à hauteur d'homme, est entièrement maçonnée, étanchée par un enduit en mortier de tuileaux(2) et voûtée en plein cintre. Des ouvertures y sont aménagées pour aérer l'eau ou pour assurer les vidanges, le nettoyage et les réparations.

 

Entre la fontaine d'Eure et Vers, un défi à la géométrie, au relief et à la topographie.

 

Partant de la Fontaine d'Eure, à Uzès, où plusieurs captages y sont réalisés, et son bassin de régulation à martilières(3), l'aqueduc chemine sur la rive gauche de l'Alzon. Il est, sur premiers hecto­mètres, faiblement enterré. Il réapparaît, servant de mur-bahut(4), le long du château Bérard, pour disparaître à nouveau et suivre les contreforts de la garrigue d'Uzès.

La plupart du temps édifié en tranchée enterrée, resurgissant quelquefois, il passe devant Saint Maximin et se dirige vers Argilliers. Le robuste Pont de Bornègre, en gros appareillage, à trois arches de 17 mètres de long sur 2,70 de large, était conçu pour enjamber et affronter les flots tumultueux du torrent du gouffre de Bornègre Après l'ouvrage d'art, l'aqueduc redevient souterrain pour réapparaître, sur plusieurs centaines de mètres, près du village de Vers.

 

Du village de Vers à Remoulins, une succession d'ouvrages d'art envoûtants.

 

A la sortie de Vers, l'aqueduc plonge vers le sud, et franchit le pont de la Lône de 300 mètres de long et d'une hauteur de 7 mètres 50. Il chemine, ensuite, surélevé par un mur-bahut, vers une superbe envolée de trois séries d'arches. Sur près de deux kilomètres, c'est une des parties les plus impressionnantes de l'aqueduc.

A cet endroit-là, s'enchainent le site de Font Ménestière où s’élevait un pont à deux rangs d’arcades, 200 mètres de long et 20 mètres de haut, le Pont Roupt et le Pont de Valive.

Le tracé de l'aqueduc se poursuit, en enterré, dans la garrigue, pour déboucher, sur les rives du Gardon, dans un bassin régulateur à la tête de la culée amont du monumental Pont du Gard qui enjambe magnifiquement, à près de 50 mètres de hauteur, le cours d'eau imprévisible et tumultueux en périodes de crues. Après le passage de cet obstacle impressionnant, il longe, à fleur de terre et à flancs de garrigue les bois de Remoulins et franchit sept combes sur des ouvrages plus petits dont, malheureusement, le plus grand a disparu.

 

De Remoulins à Nîmes, la génialité de la conception d'un tronçon d'aqueduc fleuron de l’ingénierie hydraulique romaine.

 

Après Saint Bonnet du Gard, en conduite enterrée, l'aqueduc se dirige vers Sernhac. Par deux remarquables tunnels creusés dans le rocher, il évite les carrières qui avait été exploitées, à flancs de garrigue, pour ériger, en 15 avant J.C., les remparts augustéens de 6 mètres 50 pour 6 kilomètres autour de la ville de Nîmes. Et, suivant la vallée de la Vistre, par Bezouce, Saint Gervasy et Marguerittes, vallée de la Vistre, après avoir résolu le problème posé par le franchissement de l’étang de Clausonne, il se dirige vers Nîmes.

L'aqueduc réapparaît à l'entrée de Nîmes, sur quelques hectomètres et rejoint, en tunnel, le Castellum Divisorium après avoir parcouru 50 kilomètres de méandres à travers la garrigue avec une pente maximale de 0,45 mètre/kilomètre et une pente minimale de 0,07 mètre/kilomètre. L'aqueduc termine sa course au Castellum divisiorum, l'eau étant dispensée dans la ville grâce à une série de cinq aqueducs secondaires.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) « Aux Lares augustes, les adorateurs de la fontaine d'Ura »

(2) Le mortier de tuileaux était un mélange très fin de chaux grasse, de calcaire blanc et pur de carrière et de petits morceaux de tuiles ou de poteries concassées

(3) Un jeu de planches en bois permettait au préposé au bassin de régulation de diriger l'eau en crue vers l'Alzon afin d'éviter une surpression dans le canal qui aurait pu le détériorer.

(4) Mur-bahut, mur de soutènement.

 

Publié 26 Octobre 2010 sur :

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04 novembre 2010

Voyage en Terres Catalanes & Comtales.

Acheter Voyage en Terres Catalanes. Tome 1

 

Voyage en Terres Catalanes & Comtales.

Raymond Matabosch.


Illustrations:

Couverture : Raymond MATABOSCH. ©

Photographies : Raymond MATABOSCH. ©

 


Préface.

 

 

Je découvre les Pyrénées Orientales...

Les Pyrénées Orientales se reconnaissent du « Pays catalan. »

Riche d'une culture dont le département est fier, savant mélange franco-catalano-espagnol, il marie avec aisance mer et montagne, traditions et modernité, spiritualité et évènements festifs.

Du Canigou à Collioure, de Font Romeu à l'abbaye Saint Michel de Cuxà, de Perpignan à Prats de mollo, les Pyrénées Orientales se déclinent sur tous les tons et pour tous les goûts.

Pays de soleil, terre de convivialité, vous serez conquis par l'accueil des habitants, les vieilles pierres, les grandes fêtes, les paysages grandioses, les morceaux de jambon de Cerdagne avec un petit verre de Banyuls...


Le livre Voyage en Terres Catalanes. Tome 1

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29 janvier 2010

Aven Armand, forêt de pierres. Merveille façonnée par l'eau.

Platitude et monotonie des paysages, voilà ce que le concept de plateau, sur les anciennes terres du Gévaudan, laisse suggérer.

Néanmoins, dans l'alternance de reliefs curvilignes, turgescents, fusiformes, arrondis ou acuminés et de dépressions, de ravins abrupts et de gorges étroites et profondes au fond desquelles s'écoulent des rivières turquoises ou émeraudes, les chaos dolomitiques rompent l'uniformité triviale des étendues quasi désertiques et lunaires

 

 

 

Point de rivière ! Point de torrents ! Nul cours d'eau assigné ne coule à la surface du Causse Méjean. Comme aspirée par les maelströms souterrains, l'eau de pluie rejoint et alimente les vastes entrelacs karstiques pour resurgir dans les vallées verdoyantes.

 

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

 

 

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fascinante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au coeur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dolmens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la présence humaine.

 

 

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Castelbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

 

Une découverte impromptue de l'aven, par un forgeron au Rozier, en 1897.

 

 

Le 18 septembre 1897, Louis Armand, de son métier forgeron au Rozier, descendait du hameau de la Parade. Depuis 1883, il assistait, dans ses explorations, Édouard Alfred Martel considéré comme le père de la spéléologie. Sur le bord du chemin qu'il empruntait, il aperçut un énorme orifice envahi par les broussailles et les ronciers.

Il jeta, dans le trou béant, un gros caillou et il eut l'impression que la pierre s'enfonçait dans les profondeurs abyssales. Ce gouffre, situé à 3 kilomètres d'Hyelzas, était connu, de générations en générations de paysans, sous le nom de « l'aven » et faisait l'objet de nombreuses légendes dans les environs.

« Cette fois, M. Martel », avait-il déclaré, tout excité par sa découverte, « écoutez bien et n'en soufflez mot à personne: je crois que je tiens un second Dargilan, et peut-être plus fameux encore...je suis tombé par hasard sur un grand trou; c'est certainement l'un des meilleurs... »(1)

 

L'exploration du gouffre par Louis Armand et Édouard Alfred Martel.

 

 

Le puits d'accès, du gouffre, de quelques mètres de diamètre, est une paroi verticale de 70 mètres de profondeur. Après une pé­rilleuse descente en échelle de corde, le 19 Septembre pour Louis Armand, dans un couffin suspendu par un treuil, le lendemain pour Édouard Alfred Martel et Armand Viré, les trois hommes débou­chèrent à la voûte d'une salle immense en pente.

La cavité est longue de 110 mètres, large de 60 mètres et a une hauteur moyenne de 45 mètres. Les explorateurs y découvrent une forêt de plus de 400 stalagmites géantes et, parmi elles, avec ses 30 mètres de haut, la plus grande au monde connue à ce jour. Elle se prolonge, sur sa partie basse, par une seconde cheminée, terminale, noyée par un lac et obstruée à 90 mètres de profondeur.


 

« Superbe ! Magnifique ! Une vraie forêt de pierres ! »(1), s'était exclamé Louis Armand, en découvrant ce site merveilleux. « La grande forêt dressait subitement ses colonnes colossales et diamantées à 30 m au-dessus de nos têtes ; les fûts monstrueux émergeaient de l'ombre, les colonnettes se détachaient en blanc sur le noir des voûtes ; tout cela brillait, miroitait, scintillait, dans une apothéose, dans un éblouissement. Tout le monde enfin se taisait, empoigné d'une intense émotion. », avait ajouté Armand Viré. Et Édouard-Alfred Martel, emporté par le spectacle féérique qui s'offrait à ses yeux, avait même qualifié le site de « Rêves des Mille et Une Nuits».(1)

 

La formation géologique de l'aven Armand.

 

 

L'aven Armand, puits naturel du causse Méjean, à 970 mètres d'altitude, se situe sur un plateau calcaire jurassique de type lozérien. Il s'inscrit entre les gorges du Tarn et celles de la Jonte. La formation de l'aven et de ses stalagmites si particulières sont la résultante de phénomènes naturels qui apparaissent, dans les milieux karstiques. Liés aux effets du temps, ils se concrétisent, dans un premier stade géologique, par le creusement d'une cavité, dans un second par son remplissage avec des concrétions et, dans un troisième, par l'obturation totale.

Dans ce karst, les eaux sont richesen carbonates dilués. Elles s'infiltrent, par les fissures, dans les roches calcaires. Quand l'eau, chargée de minéraux dissouts, pénètre dans une cavité et rentre en contact avec l'air, il se produit une réaction chimique. Le gaz carbonique s'échappe et décroche les molécules calcaires qui se déposent à la voute, formant des stalactites. Sur les parois, elles donnent naissance à des draperies. Au sol, elles se matérialisent en gours et en stalagmites.

 

L'aven Armand, une des neuf merveilles souterraines du monde.

 

 

En fonction des apports d'eau, et suivant les variations saisonnières des précipitations extérieures, les gouttes sont plus ou moins lourdes et la hauteur importante de la salle, accélérant la chute, active d'autant le dégazage. En arrivant au sol, les gouttes explosent en d'innombrables gouttelettes et libèrent d'importantes charges minérales.

Ainsi, à l'aven Armand, l'histoire géologique propose une inoubliable féerie de cristal. Et les parois de cette cathédrale souterraine aux mille feux étincelants sont ornées de dentelles de pierres, de feuilles de calcite et de draperies translucides. Tout un décor spectaculaire s'est ainsi crée au fil des millénaires. « Le Palmier, le Dindon, les Méduses, le Chou fleur, la Mâchoire du Tigre... », et des acteurs immobiles s'offrent en spectacle permanent aux visiteurs émerveillés.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) Les causses et gorges du Tarn, Édouard Alfred Martel - 1926

(2) Six semaines d'exploration dans les Causses et les Cévennes, Revue du Club cévenol, Ernest Cord, Jacques Maheu et Armand Viré -1900.

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L'Hérault, un fleuve fougueux. Plus qu'un fleuve, une âme.

 

L'Hérault, est un fleuve côtier long de 160 kilomètres. Il prend sa source sur le versant sud des Cévennes, sous le Mont Aigoual, à 1.288 mètres d’altitude au Plat Peyrot. Il parcourt le département du Gard puis traverse, du nord au sud, le département de l'Hérault auquel il donne son nom. Il termine son périple fluvial à Agde, illustre cité grecque, plus précisément au Grau d'Agde et à La Tamarissière où il se jette dans la Méditerranée.

L'Hérault reçoit de nombreux affluents dont l'Arre, la Vis, le Rieutord, la Buèges, le Lamalou, la Lergue, la Boyne, la Peyne, et la Thongue venant grossir ses eaux calmes. Son bassin versant s'étend, en comptant les bassins des affluents, sur 2.900 kilomètres carrés.

 

L'Hérault, un fleuve côtier méditerranéen.

 

Le torrent impétueux, sautant de cascade en cascade, dévale plus de 1.000 mètres de dénivelé sur ses dix premiers kilomètres. A Valleraugue, entrant dans une profonde vallée, le fleuve perd de sa fougue et de sa pétulance. Au fur et à mesure de sa progression, dans les garrigues calcaires, le relief devient moins accidenté et le climat Méditerranéen s’installe. Il coule ensuite lentement, déroulant ses méandres, et, à Agde, approchant de son embouchure, il devient en­core plus calme...

Comme tous les cours d'eau soumis aux irrégularités du cli­mat méditerranéen, l'Hérault est un fleuve capricieux. Il est coutu­mier des brusques augmentations de débit et des crues soudaines, souvent liées aux précipitations printanières et automnales dévalant du massif de l'Aigoual. Pour réguler ces débits monstrueux, souvent meurtriers, liés aux phénomènes pluviaux cévenols, pouvant dépasser 1.500 mètres cubes par seconde, des barrages écrêteurs ont été construits : l'un à Clermont-l'Hérault, sur le Salagou, l'autre à Vailhan, sur la Peyne.

 

Les gorges de l'Hérault, un lieu préservé et particulière­ment sauvage.

 

Après avoir dévalé les pentes granitiques raides et très escar­pées du Mont Aigoual, et pénétré dans le département de l'Hérault, près de Ganges, le fleuve et ses crues érodent les calcaires des Causses, creusant ainsi des gorges impressionnantes au fil des millé­naires. Véritable canyon, d’une profondeur variable de 200 à 300 mètres, incisé au cœur des garrigues, c'est à Saint Guilhem le Dé­sert qu'elles sont les plus étroites, les plus vertigineuses et les plus spectaculaires.

Dans un décor splendide, la saignée serpente depuis le Pont du Diable jusqu’aux abords de l'abbaye de Gellone. Les roches y paraissent avoir été déchirées, lacérées, taillées et sculptées par les burins d'un artiste fou adorateur de paysages sauvages. Et, jalonnées de marmites de géants et de gouffres impressionnants, les gorges, calmes ou colériques, offrent un spectacle fascinant.

 

Les paysages karstiques de la vallée de l'Hérault.

 

Le creusement du défilé de l’Hérault, au pied du Causse du Larzac, est un facteur déterminant de la formation de nombreuses cavités souterraines dans le karst dolomitique. En effet, les régions karstiques comportent des formes de relief, inter-dépendantes les unes des autres, bien particulières. De véritables paysages sont façonnés dans les roches solubles carbonatées : dolines et ouvalas, poljés et ponors, canyons, défilés et gorges, lapiés, crevasses et leisines, avens et gouffres, cavités et grottes, vallées sèches ou encore pertes et résurgences.

Des dizaines de kilomètres de réseaux se sont formés grâce à l'action de l'eau s'infiltrant dans les fractures de la roche, circulant dans les fissures et usant chimiquement, par l'effet de corrosion, ces anfractuosités. Témoignage du temps, les grottes de la Clamouse et des Demoiselles en sont les cathédrales.

 

Le fleuve Hérault, source de vie.

 

Une ceinture de grands arbres à feuilles caduques, certes étroite mais humide et fraîche, implantée tout le long du fleuve, en précise ses contours. Les frênes, les aulnes, les peupliers..., voire les platanes, par mimétisme avec les plantes des garrigues et les figuiers, s'y développent sans devoir s’adapter aux contraintes du climat méditerranéen.

Royaume de la truite fario, du vairon et du chabot, il est aus­si celui de la vipère aspic et du plus grand serpent européen, la cou­leuvre de Montpellier, et, sur les étangs de la Tamarissière, le do­maine privilégié des flamands roses ...

Ce qui est moins connu c'est que l'on trouve aussi de l'or dans le fleuve Hérault! Son nom, Auroris, au I° siècle avant Jésus-Christ, Aréror au Moyen Age, puis Hérault depuis 1790, en découle.

 

De tous temps, le fleuve Hérault a été un obstacle pour les hommes.

 

Cependant, de mémoire d'homme orale ou écrite, le fleuve, source de vie, a toujours représenté un obstacle. Pour le franchir, les hommes ont utilisé des gués, des bacs et... des ponts.

Le plus antique de ces ouvrages d'art connus est le Pont d'architecture romaine de Saint-Thibéry, avec ses 9 arches, le pont le plus long de tout le tracé de la Via Domitia. Il permettait le franchissement l'Hérault pour rejoindre l'antique Cessero. Le pont a été rui­né, en 1963, par une crue du fleuve.

Construit sous l'égide de deux abbayes, Anianes et Gellone, le Pont du Diable, sur la commune de Saint-Jean-de-Fos, marque l'entrée des Gorges de l’Hérault. Il est vieux de plus de mille ans et attire chaque année, en été, de nombreux touristes.

De nos jours plus de 50 ouvrages d'art enjambent le fleuve et, parmi les plus dignes d'intérêt architectural, ceux de Gignac, de Florensac, de Ganges, de Cazilhac, de Saint-Etienne-d’Issensac...

 

Les usages anciens du fleuve.

 

Tout au long des siècles, l’homme a utilisé l’eau du fleuve pour irriguer les terres, alimenter en énergie la minoterie et l’indus­trie textile, produire de l’électricité ou extraire des sables et granu­lats...

 

Dès le Moyen-âge, moteurs essentiels de la vie villageoise, une trentaine de moulins, fariners ou bladiers, à blé ou à huile, utili­sant la force motrice de l’eau, sont construits. Ils représentent le symbole de la puissance des seigneurs et ils attirent la population paysanne qui vient y moudre son grain contre redevance.

Dès le XIII° siècle, les trahandiers, tireurs de soie, s'ins­tallent dans d’anciens moulins, l’eau étant nécessaire au processus de transformation de la soie. La force motrice de la roue hydrau­lique, étant un facteur déterminant, ils pérennisent, ainsi, les fila­tures.

 

Le fleuve Hérault, un univers en dehors des temps.

 

La vallée de l’Hérault, bien plus qu’un simple cours d’eau, est une formidable curiosité naturelle. Le long de ses berges s’égrènent des sites historiques et d'intérêt culturel, - tels Anianes, Saint-Guilhem-le-Désert... -, et des monuments remarquables, des barrages hydrauliques et des bases nautiques...

Un petit patrimoine, témoin séculaire d’un territoire voué à la culture de la vigne et de l’olivier, - près de 3000 exploitations agricoles -, retrace le passé, représente le présent et préfigure l’ave­nir de toute une région aux mille visages.

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La vallée de la Buèges. Oasis au pied de la Séranne.

Paigairolles de Buèges, Saint André de Buèges et Saint Jean de Buèges, trois villages héraultais pleins de charme et imprégnés d'histoire...

Au pied de la Séranne, rempart naturel haut de 700 à 900 mètres derrière lequel s'étend le causse du Larzac, entourés de garrigues parfumées, trois villages, pleins de charme et imprégnés d'histoire, invitent à de belles et longues randonnées journalières.

Les vestiges du passé attestent d'une longue occupation de la vallée. Dolmens et menhirs, cercles de mégalithes mystérieux, vestiges de tombes de l'âge de pierre renvoient à la riche période préhistorique des causses que les vents jamais n'abandonnent. Les moines bénédictins des abbayes d'Aniane et de Gellone, - Saint Guillem le désert -, y fondèrent prieurés et églises romanes dès le Haut Moyen-Âge. Les nombreuses terrasses, puits et capitelles témoignent du labeur des paysans bouillonnants et pugnaces qui ont trouvé, au cours des siècles, dans la culture de la vigne et de l'olivier, l'essentiel de leurs ressources.

Dès la fin du XVIII° siècle, se développent la production de verre, la briquèterie, les fours à chaux et l'élevage du vers à soie.

 

La montagne de la Séranne

 

Longue de près de 25km, l'imposante barrière calcaire qui s'est formée sur une barrière de corail, domine, au Roc Blanc, à 942m d'altitude toute la région. Le Pic Saint Baudille, 842 mètres, surmonté d'un pylône-antenne assurant la télédiffusion pour une vaste partie de l'Hérault, en marque son extrémité Sud.

Paradis des amoureux de la nature et des grands espaces, les sentiers de randonnées, la sillonnant, sont nombreux et les balades de toute beauté. Le long des crêtes, la vue s'étend des salins d'Aïgues Mortes aux étangs littoraux, au Mont Aigoual et aux grands causses, au Nord, annonciateurs des premiers contreforts du Massif Central. Par temps clair, il n'est pas rare d'apercevoir le Mont Ventoux, le Canigou et les Albères.

 

Les sources de la Buègues.

 

La source de la Buèges qui a donné son nom à la vallée, est à l'écart du monde. Site rafraîchissant, et apaisant, un havre de paix et un petit coin de paradis à deux lieux du pittoresque village de Pégai­rolles de Buèges et de son hameau de Méjanel, le promeneur en jouit comme d'une vue de carte postale.

Résultat de la filtration que subit l’eau au coeur du massif de la Séranne, ses eaux sont turquoises et limpides. Point de départ et d’arrivée de nombreuses randonnées au coeur de la Séranne, la source de la Buèges est un site idéal pour goûter à la fraicheur d'une oasis de verdure détonnant avec le jaune des causses brûlés par le soleil.

 

La rivière Buèges.

 

La Buèges, étirée au coeur d'une profonde dépression, est une petite rivière issue des tréfonds des calcaires, prend sa source à partir d'une grande résurgence karstique. Cette eau de source est pure et fraîche toute l'année.

La Buèges, dont les rives renforcées par d'anciens endiguements délimitant les jardins, est traversée par d'anciens passages à gué autrefois indispensables. Plus loin sur le cours d'eau, s'échelonnent d'innombrables cascatelles de tuf qui, çà et là de par leur disposition et leur agencement harmonieux, créent une multi-tude de petits bassins, sorte de « gours » invitant à la baignade.

Comme nombres de rivières karstiques, la Buèges disparaît après quelques kilomètres en s'infiltrant à nouveau dans la roche calcaire poreuse, pour ne réapparaitre qu'en bordure de l'Hérault. Dans un repli discret et à la base d’une retombée du plateau du causse de la Celle entaillée par de vastes ravins, une dizaine de petites sources, les « Cents Fontaines » naissent, éparpillées sur plusieurs centaines de mètres.

 

Pégairolles de Buèges.

 

Fièrement campé sur un piton rocheux, le village médiéval est dominé par les vestiges de son château du XII° siècle dont il ne reste que la tour donjon. Véritable nid d'aigle, il contrôlait l'entrée de la vallée et représentait un poste de surveillance installé à la limite de trois comtés et de trois diocèses.

Son église paroissiale, ancienne chapelle castrale est un petit édifice à nef unique, sans chapelle Elle est encastrée dans le roc alors que son abside semi-circulaire domine le sol extérieur de plusieurs mètres. Elle constituait, de ce fait, une sorte de tour participant à la défense de l'enceinte extérieure du château.

Les ruelles caladées s'enroulent et se déroulent en épousant les formes des rochers. Elles sont bordées de maisons traditionnelles sachant garder leurs secrets.

 

Saint André de Buèges.

 

A Saint André de Buèges, l'habitat est dispersé dans des mas dont certains sont d'origine antique tel le mas Bombequiols, une bastide médiévale du XI° siècle.

Son église, témoin remarquable du premier art roman languedocien, est mentionnée dès l'an 804. Néanmoins, construit par les moines bénédictins de l’abbaye d’Aniane, lors de leurs entreprises de défrichement et d’évangélisation de la vallée, l’édifice primitif qui était situé au cœur d’une villa, a disparu au profit de l’actuel.

L'église Saint André, remarquable d'élégance, possède une nef de trois travées terminée par une abside en cul-de-four. Elle se caractérise par un portail, des arcatures, des dents d'engrenage et une corniche moulurée d'un listel et d'un cavet, témoins des lignes pures originelles de l'architecture lombarde.

 

Saint Jean de Buèges.

 

La vallée toute entière se découvre avec émerveillement.

Au pied du Roc Tras Castel, le village, en étroites ruelles sinueuses, grimpe à l'assaut de la pente, protégé par son château féodal, du XII° au XIV° siècles, orné d'un donjon carré, de belles tours et d'un corps de logis à baies à meneau.

Plus bas, l'église à nef romane à trois travées et une travée de chœur, joue de la pierre froide, gris bleuté, éclatée au pic, et de la chaleur du tuf. Deux clochers surmontent l’édifice cultuel : l’un, massif et agrémenté d’un campanile, l'autre coiffé d’une flèche, dit clocher des pénitents.

Le sol et le climat propice, alliés au savoir-faire ancestral offrent des vins aux bouquets subtils, des olives et une viande qui laissent, sur le palais, les agréables sensations d'un soleil parfumé aux senteurs du Midi..

 

Raymond Matabosch

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Caunes Minervois, cité fortifiée. Capitale du marbre incarnat.

Situé à 20 km au nord-est de Carcassonne, en pays d'Aude, Caunes-Minervois est installé, au contact de la plaine viticole du Minervois qu'il surplombe du haut de ses 503 mètres, sur le versant méridional de la Montagne Noire. Proche de la Méditerranée, environné de vignobles et de garrigues que traversent les drailles empruntées, autrefois, par les troupeaux transhumants, son micro-climat est propice à l'élaboration de ses fameux vins A.O.C. « Minervois. »



Surtout connu pour son abbaye bénédictine Saint-Pierre et Saint-Paul, son abbatiale, son cloître et sa crypte, ses ruelles étroites et ses maisons médiévales et Renaissance, le village est aussi célèbre pour ses carrières de marbre qui ont servi à la construction du château de Versailles, du Trianon, de l'Opéra de Paris... Son toponyme, « Caunes », en occitan « cauna » signifiant creux, cavité, grotte, aven..., est lié à la présence de nombreuses grottes dans les falaises un peu au Nord du Village.

 

Le Village de Caunes-Minervois est construit autour de son Abbaye.

 

La cité de Caunes-Minervois est née autour de son monastère, sur la rive gauche de l'Argent Double, à la sortie des gorges de ce petit affluent de l'Aude. L’Abbaye bénédictine et ses deux clo­ chers fut fondée, en 780, par l’abbé Anian, ami de Saint-Benoît d’Aniane, sur un ancien domaine agricole gallo-romain , la « villae Bufintis. » La construction de l'abbatiale, consacrée en 791, et des premiers bâtiments conventuels s'étira sur une vingtaine d'années.

 

 

Emplacée loin de la vie des hommes, les ouvriers bâtisseurs, majoritairement itinérants, avaient construit des maisons paysannes en bois et à colombages autour du chantier en érection. A la fin des travaux bon nombre d'entre eux se sédentarisèrent, créant la première alvéole du bourg actuel. En 982, de nombreux pèlerins vinrent faire, à Caunes Minervois, des offrandes aux Saints martyrs Amand, Luce, Alexandre et Audalde, dont les des ossements de l’époque romaine avaient été découverts dans un champ hors de l’enceinte du village, près de la rivière et du pont. Ils y célébrèrent leur culte qui demeure toujours intact, et s'installèrent dans le village.

 

Le village de Caunes-Minervois, cité fortifiée.

 

 

Aux portes des gorges de l'Argent Double, réminiscences d'un passé moyenâgeux tumultueux ponctué par les invasions normandes, les troubles de la sanglante croisade des Albigeois et les incursions ravageuses du Duc de Joyeuse, Caunes-Minervois est un village fortifié. L'abbaye était délimitée, au sud et à l'ouest, par un fossé et des remparts, ponctués de portes, qui entouraient toute la cité. Une puissante muraille, dont certains tronçons sont encore visibles, la protégeait à l'est et au Nord.

 

 

Caunes Minervois, village au riche patrimoine historique, architectural et culturel, a conservé une splendeur d'un autre temps. Son église paroissiale, ancienne abbatiale, est classée monument historique depuis 1916 et les bâtiments monastiques le sont depuis 1948. Ses ruelles anciennes recellent mille trésors et la nature qui l'entoure, vignes, garrigues, forêts..., pérennisée, a conquis toutes ses valeurs floristiques et faunistiques.

 

Le monument conventuel et l'abbatiale de Caunes Minervois.


 

Présentant toutes les formes d'architecture, là résidant son originalité, l’abbaye de Caunes-Minervois est la seule abbaye du Pays Cathare à posséder une crypte, vestiges de la première église carolingienne, ouverte au public. Les galeries de son cloître, érigé, au XVII°siècle, sur les souches d’un cloître médiéval, se caractérisent par une grande sobriété. Les bâtiments conventuels, cuisine et réfectoire au rez-de-chaussée et cellules monacales réparties sur les niveaux supérieurs, abritent trois expositions permanentes et des salles d’expositions temporaires.

 

 

 

L'abbatiale est réputée pour son chevet, fleuron d'art roman méridional, et pour son marbre rose provenant des carrières du Roy exploitées depuis l'époque romaine. Reconstruite au XIV° siècle et voûtée en briques, en 1770, comprend sept travées flanquée de chapelles latérales. De grandes baies gothiques,au sud, et des vitraux ornant son abside, l'éclairent de mille feux. Et son portail sculpté, du début du XIII° siècle, comporte des chapiteaux historiés

 

Le village de Caunes Minervois, véritable joyau d'architecture en Languedoc.

 

 

Caunes Minervois est un dédale de ruelles nimbées par une kyrielle de tours, de terrasses, de fontaines... et de façades ornées de nombreux éléments architecturaux datant du XV° au XVIII° siècle. Son patrimoine historique, sculptural et plastique est hors du commun synthétisé par les façades et les pignons et toitures sur rue de la maison Etienne Vidal du XIV°. Des monuments plus récents témoignent d’un savoir faire ancestral et de traditions en voie de disparition, tels la chapelle du crucifix, les vieux lavoirs, le béal...

L’hôtel d’Alibert, de style Renaissance, s’optimise autour d’une cour parée, en son centre, d'un puits à baldaquin de trois colonnettes, de deux tourelles abritant chacune un escalier à vis. Son alter égo, l’hôtel Sicard est, lui, regorgeant de fenêtres à meneaux simples et croisées, d’ouvertures en plein cintre et de fenêtres d’angle.

 

Chemin de fer et tramway, notoriété reconnue de Caunes Minervois.


 

De 1887 à 1969, date de sa fermeture, Caunes Minervois étant le terminus, a été desservi par une ligne de chemin de fer le reliant à Moux où elle se greffait à la ligne Toulouse-Carcassonne-Narbonne. La ligne, surnommée la « ligne des cigales », servait au transport des voyageurs et du marbre extrait dans les carrières caunoises.

Les Tramways à vapeur de l'Aude, par une ligne à écartement métrique, ont assuré une liaison Carcassonne-Caunes de 1901 à 1932 prolongée jusqu'à Lézignan en 1910. Bizarreries des administrations, les deux gares, simplement séparées par une rue, se faisaient face.

 

Autres points d'intérêt sur le territoire communal de Caunes Minervois.

 

Sur les hauteurs de Caunes, la chapelle Notre Dame du Cros, d'origine romane, fondée en l'an 900, se terre dans un décor grandiose d'escarpements et de barres calcaires arborées. Sous le porche, juste au dessus de la tombe de l'ermite Joseph Chiron, une statue de la Vierge à l'enfant accueille les visiteurs. Le sanctuaire fait l’objet d’une procession annuelle le 8 septembre.

La Carrière du Roy est l’ancienne carrière de marbre incarnat rouge et blanc, déjà exploitée à l'époque romaine, qui a fait la renommée du village de Caunes à Versailles. Elle se trouve en surplomb au-dessus de la vallée du Cros, une vallée encaissée, bordée de hautes ravines karstiques et drapée d’une riche forêt de pins.

 

 

 

Au Nord de Caunes-Minervois, sur les flancs des falaises calcaires creusées par l’Argent Double, se nichent des grottes, qui ont fait office d’habitat au Néolithique et lors de la Croisade des Albigeois. Un pont réputé romain, certainement médiéval, traverse la rivière en ce lieu.

11:15 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : languedoc-roussillon, aude, caunes minervois | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

Énigme à Saint-Salvayre. Escale sur le chemin des menhirs.

Dans la vallée de l'Aude, sur le chemin de Vendémies, le village pastoral de Saint Salvayre domine, du haut de ses 750 mètres, la station thermale d'Alet les Bains. Lié à l'histoire monastique de cette ville, l'ancien grenier à blé de l'abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth, recèle, en ses murs, un singulier sanctuaire médiéval.



Suivant la tradition et la légende, cette église aurait été construite avec des pierres provenant de l'église abbatiale aletoise pillée et détruite par les Huguenots à nombreuses reprises entre 1573 et 1577. De nombreux arcanes cabalistiques et mystiques entourent cette chapelle et ses environs. Est-ce le fait du passage, en ces lieux de l'abbé Saunière ? Pour certains érudits mi-mathématiciens, mi-ésotériques, l’ostentatoire simplicité de l'édifice cultuel cache, même, un de ces bâtiments ambigus et équivoques dont les compagnons bâtisseurs, du Moyen-Âge avaient le secret.

 

La chapelle de Saint-Salvayre : une escale sur le chemin de l'étrange.



Le visiteur ne peut que remarquer, à son arrivée dans le hameau, les sculptures anthropomorphiques, lycanthropiques et zoomorphiques qui rehaussent la partie sommitale de chacun des angles de la chapelle. Elles sont au nombre de huit et sont classées aux Monuments historiques.

Leurs regards patibulaires, bouffons, farceurs et suppôts à la fois, semblent rester posés, en permanence, sur lui, le scrutant et le surveillant tout le temps de ses déplacements autour de l'édifice.

 

La symbolisation des guides et des gardiens spirituels.



Dans la croyance populaire, les guides spirituels accompagnent les hommes et les gouvernent tout au long de leur vie et même après. Il n'est donc pas rare que les sanctuaires soient souvent gardés par un ou plusieurs guides que l’imagerie moyenâgeuse désignait comme étant des « gardiens du seuil. »

Le site de Saint Salvayre s'inscrivant sur le lieu-dit « l’Hommé mort », un lieu situé au-delà dans la symbolique, il peut-être admis que ces fameux gardiens soient représentés par les huit têtes sculptées. Il existait une neuvième tête, « la tête du Sauveur », qui était l'objet d'une procession annuelle pour les habitants d'Alet. L'un justifierait-il l'autre ?

 

L’église en forme de croix symétrique inscrite dans un rectangle.



Bâtie sur la forme d'une croix aux quatre bras symétriques, son plan architectural est de conception assez simpliste. Son appareillage, en moellons non équarris de pierres du pays, est assez rustique. Au différent, les angles et les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille.

Des spéculateurs érudits d'ésotérisme et de symbolisme voyant que la nef et le transept forment une crux quadrata, ont énoncé le postulat d'une construction de l'édifice à partir d’un « rectangle résultant de l'assemblage de cinq carrés congruents » et en ont attribué la conception à l'ethnie des Cagots(1).

 

La sobriété : caractère dominant de l'église de Saint-Salvayre.



Ses murs intérieurs sont appareillés, de même que le sont ses façades extérieures, en gros moellons, équarris grossièrement, et son plafond est en arc ogival. Les voûtes et leurs arrêtes sont, par contre, en belle pierre de taille de toute évidence de remploi.

Le mobilier, en nombre restreint, qui se trouve dans l'église n'a que peu de valeur. Ce dénuement, volontaire ou conséquence de vols et de pillages, souligne une impression de pureté et de mortification de ce lieu cultuel.

 

Les modillons sculptés remarquables par la créativité des imagiers et la richesse des thèmes.



Aux huit angles de la croix grecque, formés par la couverture du toit en tuiles romaines, de magnifiques corbeaux sculptés sont scellés dans la maçonnerie. L'un représente une tête d'animal avec un groin plus qu'un museau et des cornes, lui donnant identification de bovidé. Un second, au travail sculptural plus soigné, matérialise une tête d'homme moustachu diffusant une étonnante sensation de vérité et de naturel... Et, alternance de zoomorphes, d'anthropomorphes et de lycanthropes, les uns les autres révélant un monde d'une extraordinaire diversité, où le fantastique se mêle au quotidien, et où l'imaginaire médiéval des imagiers se déploie en toute fantaisie, ainsi jusqu'au huitième...

et dernier... Le modillon reprend le symbolisme de la face d'une manticore(2), créature fantastique à visage humain, à crinière de lion et aux oreilles d'animal, qui surgit menaçante et scrutatrice, prête à bondir sur les intrus.

 

Ces pierres sculptées sont-elles des pierres de remploi ?



 

Deux thèses s'affrontent. La première est émise par le Docteur Boyer, membre de la société d'études scientifiques de l'Aude, qui s'appuie sur l'existence, près des grottes de Lavalette, de « ruines de la Vieille-Église du IX° siècle, pouvant livrer le secret de l’origine des sculptures romanes de l’église de Saint Salvayre » (Compte rendu d’une excursion à Saint Salvayre. - 1941 -)

La seconde émane des Monuments Historiques. Ces pierres sculptées proviendraient de l'Abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth malmenée par les sarrasins, ravagée par le comte de Carcassonne, remaniée à l'époque gothique et ruinée par les Huguenots lors des Guerres de Religion...

Le seul point positif que l'on puisse retenir est que les sculptures zoomorphiques, lycanthropiques et anthropomorphiques sont datée de la période pré-romane.

 

Autres curiosité autour de l'église de Saint Salvayre.



Sur l'emprise territoriale du hameau, trois mégalithes, dont l'un situé à côté de l'Église, se dressent en bordure du plateau qui domine le ravin d’Arce. C'est une étrange pierre prismatique quadrangulaire légèrement penchée vers le Nord-Est comportant, à son sommet, le trou de scellement, pour certains, d’une croix qui le surmontait autrefois, pour d'autres, le socle de la personnification sculpturale de la « tête du Sauveur ».

A quelque distance en contre-bas des menhirs, sont les ruines de la tour d’Arce et, sur les pentes du ravin de Lavalette, deux grottes, dont l’une présente des traces de fortifications. Ces grottes ont été occupées par intermittence, au néolithique et ont servi d'abri, aux habitants d'Alet, lors des périodes troublées du Moyen-âge et durant les guerres de Religion.

 

Notes.


(1) Les Cagots constituaient ce que l'on a considéré longtemps comme une ethnie, vivant presque uniquement dans les Pyrénées. Tout comme les membres d'autres ethnies minoritaires, ils se virent dotés de traits physiques distinctifs, de véritables inscriptions iden­titaires...

(2) La manticore est une créature fantastique ayant le corps d'un lion, la tête d'un humain et une queue de scorpion ou de dragon, parfois dotée d'ailes de chauve-souris, capable de lancer des dards venimeux pour immobiliser sa proie. Son venin peut servir à diffé­rentes fins, telles endormir, rendre malade, contrôler, maudire... ou même tuer.

10:16 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : languedoc-roussillon, aude, alet les bains, saint salvayre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

12 janvier 2010

Le petit train jaune de Cerdagne : « Le canari. »

Cette ligne, électrifiée par un troisième rail, de 63km à voie métrique unique, est la plus haute d'Europe, 1532m à la gare de Bolquère.

Mise en service entre 1910 et 1928, elle a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art, viaducs, ponts et tunnels.

« Le Train Jaune est un atout formidable pour le territoire » et contribue au développement touristique des terres de Conflent et de Cerdagne. Il constitue, en outre, un véritable patrimoine historique, culturel et technique des Pyrénées Catalanes.


Un train à voie métrique, le plus haut d'Europe.


Le Petit Train Jaune, à voie métrique, avait pour but de relier les hauts plateaux de Cerdagne au reste du département des Pyrénées Orientales

La ligne fut édifiée en plusieurs parties de 1910 à 1927.

Les travaux commencèrent en 1903

- 1910 - Villefranche-de-Conflent - Mont-Louis-la-Cabanasse - 28 kilomètres.

- 1911 - Mont-Louis - La-Cabanasse - Bourg-Madame - 27 kilomètres.

- 1927 - Bourg-Madame - La-Tour-Carol - 7 kilomètres.

A ses débuts, elle fut exploitée par la Compagnie du Midi puis en 1937, nationalisée, elle fut, lors, exploitée, tout comme une grande partie du réseau Français, par la SNCF. Et, depuis 2005, la ligne est exploitée conjointement par la SNCF et le Conseil Régional Languedoc-Roussillon.

La Ligne, d'un longueur totale de 63 km, commence a Villefranche-Vernet les Bains a 427 mètres d'altitude et se termine à la gare internationale de La Tour de Carol-Enveigt, implantée sur la commune d'Enveigt, à 1.231 mètres d'altitude

L'altitude maximum atteinte est 1.532 mètres, à la gare de Bolquère, ce qui en fait la ligne de chemin de fer la plus haute d'Europe.

L'ouverture de la ligne a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art dont 19 tunnels et 2 viaducs, le Pont Séjourné et le pont Gisclard, et de 22 gares.


Dans un univers de charme et de merveilles naturelles.


La voie remonte les gorges de la Têt depuis Villefranche-de-Conflent jusqu'à Mont-Louis, puis elle franchit le col de la Perche pour rentrer en Cerdagne. Après avoir longé Font-Romeu, elle descend vers Estavar-Llivia, Saillagouse, Osséja, Bourg-Madame, Ur, et finit son parcours à la gare de Latour-de-Carol-Enveigt .

Son système de freinage est unique au monde; il est le premier à avoir utilisé l'électricité: freins « aéro-statiques », c'est un courant induit qui freine par électro-magnétisme les bobines, la chaleur est dissipée dans d'énormes résistances refroidies par l'air et situées sous la machine. Malgré les fortes et longues pentes, 60 m/km, soit 6% , il n'y a eu à déplorer aucun accident, sauf le jour de son inauguration en 1910.

Le voyage en Train Jaune ressemble à un film panoramique, rythmé par le balancement des voitures : à mi-hauteur des pentes escarpées de la vallée de la Têt, le train tutoie le vide puis traverse en douceur de grands espaces bucoliques, au pied des massifs du Canigou, du Cambre d'Aze, du Carlit et du Puigmal, avec au loin la silhouette de la Serra del Cadi.

Au détour d'un virage, on aperçoit un village ou une église romane, on devine l'entrée des vallées étroites du Haut-Conflent réservées aux seuls randonneurs, on découvre enfin les stations de ski accrochées aux pentes de Cerdagne.


Mais aussi, un univers de résistance...


Mais le Train Jaune, perché sur les hauts plateaux du pays catalan, n'est pas, seulement, celui des cartes postales aux couleurs saturées. Il n'est pas non plus unique attraction touristique, tortillard sympathique pris l'été en famille. Le Train Jaune est celui pour lequel il faut, les violents matins d'hiver, réchauffer au chalumeau les aiguillages grippés par le gel, briser à la barre à mine la glace accumulée dans les tunnels. L'été, il faut remplacer à la force des bras, les traverses fatiguées sur un ballast surchauffé, près du troisième rail électrifié, compagnon vital et sournois, sang de la machine et menace mortelle pour le cheminot s'il l'oublie.


Le Train Jaune a cent ans.


Né d'une volonté économique, il fut soixante-dix ans plus tard condamné par les nouveaux maîtres évoquant des motifs... économiques.

Et, par toutes les Pyrénées Orientales, pour sauver le « Canari », des femmes et des hommes se sont dressés, un jour, et crié leur refus de le voir disparaître.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

10 janvier 2010

La sardane, danse traditionnelle. Barretina, faixa et bigatanes.

La sardane, fille de la sardane courte, se danse en cercle fermé, alternant un homme et une femme, la femme à droite de son partenaire.

A Pâques, à Pentecôte et chaque fois qu'appelle, au plus profond des êtres, l'attachement des catalans à leur terre natale, la sardane fraternelle réunit des centaines de participants. C'est une danse d'union, d'amour, de liberté et de paix, symbole d'allégresse et de joie, empreinte d'un pays, d'un peuple et d'une nation, une danse et des rondes aériennes, les mains fermement liées, voltant, en « aplecs », - réunions de sardanistes -, sur les places des villes et des villages, les parvis des églises et des cathédrales, et au pied des sanctuaires.


Origines obscures de la Sardane.


A l'origine, s'accordent à dire les folkloristes, elle serait Crètoise, XV° siècle av. J.-C., puis Étrusque et enfin Hellène, les participants pratiquant un rituel, en ronde avec les bras levés, pour remercier la déesse Cérès de ses bienfaits pour leurs moissons. Mais, dès le I° siècle, le géographe grec, Strabon, ne citait-il pas une danse en rond en tant que danse d'offrande à la Lune pratiquée par les Sordons, - Plaine du Roussillon -, les Kerrètes, - Cerdagne, Ripolles et Garrotxes -, et les Bébryces, - Vallespir et Alt Empordà -, peuplades indo-européennes, qui occupaient les terres des Pyrénées méditerranéennes ?

Les deux hypothèses ne paraissent pas incompatibles. Il est aisé d'imaginer, les grecs s'étant installés, au IV° siècle avant J.C., sur les terres Nord et Sud catalanes, à Empurias, Cotlliure, Salses, Bracchyle..., que les Kerres, les Sordes et les Bébryces leur aient emprunté cette danse en rond pour remercier un de leurs Dieux à la fin des moissons...

Et puis, n'existe-t-il pas un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canignensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollencque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis », et là y découvrir son essence antique ?


Le contrepas.


Les « Pas brisés » et les « pas suivis » les uns et les autres rappelant les « pas courts »et les « pas longs » de le sardane actuelle, ne serait-ce pas le contrapàs, le contrepas, aussi appelé « contrapàs cerdà » ou « contrapàs sardà » déjà dansé au XVI° siècle dans les hautes terres de Cerdagne ?

L'origine religieuse du contrepas est avérée. Cette danse, accompagnée de chants célébrant la passion du Christ, était pratiquée pendant la semaine sainte et exécutée sur les parvis et dans l'enceinte même des églises. A ses débuts uniquement réservé aux hommes, petit à petit, les femmes entrèrent dans la danse, et le seul lieu où l'interdiction subsista était Prats-de-Mollo où il était encore dansé sur la Place d'Armes, au début du 20ème siècle.

En saura-t-on, un jour, ses vraies origines ?


Dans l'Empordà, naissance de la sardane moderne.


Solaire par sa forme, méditerranéenne par sa mesure, la sardane est la danse populaire catalane par excellence, celle qui, parmi toutes les autres, des plaines du Roussillon et de l'Empordà, - l'Empordà le berceau de la sardane moderne née, au milieu du XIX°siècle, sous l'impulsion d'un musicien, de Figuères, nommé Pep Ventura -, jusqu'au delà de l'estuaire de l'Ebre, symbolise le mieux la Catalogne et les Comtats.

Si, vers 1850, sous l'impulsion de Ramon Grès et de Miquel Pardàs, les catalans l’appelaient « sardana llarga », sardane longue, c’était pour la différencier de l’antique « sardana curta », la sardane courte, qu’elle a fini par supplanter et, depuis, le nom de sardane seul évoque la danse actuelle.


La sardane, danse populaire.


La « cobla », un ensemble orchestral et musical de 11 musiciens et douze instruments, composée de deux « tibles » et de deux « tenores », de deux trompettes, d'un ophicléide ou d'un trombone à piston, de deux « fiscorns » et d'une contrebasse à trois cordes, l'accompagne.

Aux premières notes aigües et vives du « flaviol » et du « tambori » joués par un même musicien, les cercles, imprégnés de son accent, de sa couleur et de son rythme, se forment.

La mélodie enfle son thème et les hautbois, aux chants austères et profonds, célèbrent l'amour et la félicité, la douleur et la mort, avec une grande joie saupoudrée d'une part de mélancolie, de rêverie et de sollicitude, éclatant au dehors, et une détresse intérieure s'illuminant de rais de bonheur, d'événements prospères et de hasards favorables.


Notes.

 

La « baretina », le bonnet rouge.

La « faixa », la ceinture de tissu.

Les « bigatanes », les espadrilles.

Le « Flaviol » et le « tambori », le chalumeau et le tambourin.

Le « tible » et la « tenore », instruments à vent de la même famille que le hautbois.

Le « fiscorn », instrument semblable au saxophone.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

09 janvier 2010

Le Roussillon passé présent. Bribes d'histoire.

L'histoire crée les états et délimite les frontières mais celles-ci ne parviennent pas toujours à séparer les hommes, unis, par delà les nationalités, par les coutumes, les traditions communes et les parlers. Tel est le cas de la  Catalogne partagée, au fil des temps, entre France et Espagne.

Capitale des antiques Comtats, hier Province du Roussillon, aujourd'hui Catalogne Nord, Perpignan a peut-être plus d'affinités avec Barcelone qu'avec Toulouse, Carcassonne, Montpellier ou Nîmes. Ici, tout évoque l'Espagne si proche : la lumière, les palmiers et, surtout, le palais médiéval des Rois de Majorque, celui de la Députation ou encore la belle Loge de Mer d'un pur gothique catalan. Même la très méridionale cathédrale Saint Jean apporte une pierre à la spécificité et à l'originalité de cette terre catalane.

Dans le Castillet, la Casa Pairal, - la maison ancestrale -, évoque les traditions agricoles et artisanales de la Vicomté de Vallespir, des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, et celles de ses dépendances, le Conflent et la Capcir.


Une terre convoitée à ses origines.


Le Roussillon est une terre d'une richesse historique incomparable. Il est mondialement connu pour posséder le site sur lequel furent découverts les plus anciens européens, dont les restes datent de 450.000 à 700.000 ans. Les époques suivantes sont également riches en découvertes : le néolithique et ses champs d'urnes, l'érection des dolmens et menhirs, et...

Le Roussillon, tributaires des luttes entre romains et carthaginois, sera marqué par le passage d'Hannibal et de ses éléphants de combat. Mais c'est aussi une période où la région sera militairement conquise onze fois et connaîtra quinze maîtres différents en 2500 ans : par les Chamites..., les ligures, les peuplades bascoïdes Sordones, Bébryces et Kerres, les phéniciens, les hellènes, les romains..., les wisigoths et les sarrasins.


Les carolingiens et la période comtale.


Après avoir chassé les sarrasins, la principale bataille se déroulant sur les hauteurs de Passa, près de Thuir, Charlemagne décide de créer, sur les lieux des combats, un monastère, le Monastir del Camp, - Monastère du campement -, bâtiment qui existe toujours.

Maîtres incontestés du Roussillon, les carolingiens y créent des comtés et favorisent l'installation de grandes abbayes, - Arles sur Tech, Saint Michel de Cuixà, Saint Martin du Canigou... -, qui essaiment, sur tout le territoire, des prieurés et des églises.


Le Comté de Barcelone et le Royaume d'Aragon.


En 897 Guifred le velu, unificateur d'une terre pérenne et à l'origine de la légende de la senyera, le drapeau catalan, partage entre ses enfants les comtés qui forment la future Catalogne. Mais l'unité Catalane se soude essentiellement sous Raymond Bérenger III, dit le Grand (1097-1131)

En 1137 Raymond Bérenger IV, dit le Saint, épouse Pétronille Ramirez, la fille du roi d'Aragon, unique héritière. Il devient ainsi prince consort et ses enfants obtiendront le titre de Comte-Roi de Catalogne-Aragon, engendrant la lignée des rois d'Aragon.


Le Royaume de Majorque.


En 1276, à la mort de Jacques Ier le Conquérant, le royaume catalano-aragonais est partagé entre ses deux fils. Le Royaume de Majorque, dévolu à Jacques II, se compose des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, de la Vicomté de Vallespir, des Iles Baléares et de la Seigneurie de Montpellier, avec pour capitale Perpignan. Le reste de la couronne va à son frère Pierre III, comte de Barcelone et roi d'Aragon.

Quatre vingt ans d'existence, l'histoire du royaume de Majorque est courte, mais intense. Obligé de faire des choix face à ses puissants voisins, la France et le Royaume d'Aragon, il subit l'inévitable dérive qui le mena à son extinction. Les deux royaumes catalans sont réunis, à nouveau, en 1344n sous le règne de Pierre IV, roi de Catalogne-Aragon.


Les Comtats.


Pierre IV, prince d'une haute capacité associe ses nouveaux sujets à la législation catalane. Il les admet aux États Généraux ou Corts, encourage l'industrie et la navigation par des traités avec les nations voisines, protège l'agriculture et fait replanter d'arbres les contrées ravagées par les dernières guerres.

Jean I, son fils et successeur, ne suit pas l'exemple de son père. Il abandonne le Roussillon à l'administration d'un gouverneur général et d'officiers royaux, plus soucieux de leur enrichissement et de leur élévation que des intérêts du pays. Mais Barcelone jalouse Perpignan pour ce nouveau privilège accordé et de nombreuses échauffourées fratricides se produisent et endeuillent les deux terres.


La Province de Roussillon.


Jusqu'à Louis XIV, et la fin de la Guerre de Trente ans, les Comtats restent rattachés au royaume d'Espagne et à la Catalogne. Le Traité des Pyrénées, du 7 Novembre 1659, et ses Conventions de Céret, Mai 1660, et de Llivia, Novembre 1660, mettent un terme à ce rattachement naturel façonné par des siècles d'histoire. Pourtant ils ne réussit pas à effacer les particularismes et l'identité propre du peuple qui la compose.

Du Traité des Pyrénées à la Révolution Française, la Province du Roussillon, province frontalière et « pays conquis » est dotée, par le pouvoir central, de nouvelles institutions. Considérée comme province étrangère, les barrières frontalières sont maintenues avec les provinces limitrophes.


Le Département des Pyrénées Orientales.


La loi du 22 décembre 1789 organise les pouvoirs au sein de nouvelles circonscriptions appelées départements puis le décret du 15 janvier 1790 fixe le nombre de départements à 83.

Le département des Pyrénées-Orientales est créé le 6 mars 1790. Les députés de l'ancienne province de Roussillon signent l'arrêt créant le département de Roussillon qui prend rapidement le nom de Pyrénées-Orientales. Le nouveau département est plus vaste que l'ancienne province de Roussillon, dont la langue faisait l'unité. La petite région languedocienne du fenouillèdes, - plus de vingt cinq communes dont Saint-Paul-de-Fenouillet, Maury, Latour-de-France, Bélesta, Montalba-le-Château, Sournia... -, est incorporée dans cette nouvelle structure politique.


La Catalogne Nord.


La Catalogne Nord, - l'inventeur de l'appellatif en étant, dans les années 1930. le catalaniste Alphonse Mias, du groupe Nostra Terra -, désigne le territoire correspondant à l'actuel département des Pyrénées-Orientales. Par tradition, on la divise en six comarques ou pays: le Roussillon, les Fenouillèdes, le Vallespir, le Conflent, la Cerdagne et le Capcir.

Ce terme, lui préférant le référentiel Roussillon, nom de la province d’Ancien Régime, est très peu utilisé en France. Les termes génériques de Pays catalan, de Catalogne française ou de Pyrénées catalanes sont, de même, employés.

Pour les catalanistes, cette appellation correspond à une réalité historique et identitaire : « En effet », déclarent-ils, « depuis les origines, la Catalogne Nord a été rattachée à la Nation catalane, sur les deux versants des Pyrénées, issue de la réunion des comtés féodaux indépendants, de facto, de l'empire carolingien dès le IX° siècle. »

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

Éternel et immuable Canigou : Montagne mythique des catalans.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon désavouant le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Dès la nuit des temps
extirpé du sein terrestre:
La grâce divine.

Symbole avéré,
Olympe des catalans -
Le Mont Canigou.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, - vins, fruits et légumes primeurs de qualité -, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

Dominant la plaine,
majestueux et royal,
La terre des Dieux.

La montagne mère,
de fécondité symbole -
De l'eau dans la plaine.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphériques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Écrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques de l'ouest de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, - ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...? -, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Horizon visuel,
rotondité de la Terre,
altitude aussi.

Canigou, un phare
dans le ciel atlantidien -
Platon le savait.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, - des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine... -, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, - Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, - les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues... -, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, - étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies -, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Vigie maritime
entre hautes terres et plaine -
Porte de deux mondes.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté ? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants ? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, se tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'œuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Terres d'exception,
terre du fer et de paix -
Terre des poètes.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, œuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, sur­git « Canigo » de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque et extraordinaire, un éclat, lors hexamètres et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux « dans le ciel bleu flamboyant », en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.

Difficile, pour un sismo-vulcanologue, de ne point prêter sa plume à son clone, catalan de naissance et de cœur, poète-écrivain-historien quant s'agit de chanter, en mots élégiaques, le Massif et le Pic du Canigou, symbole de la Catalogne.


Étude étymologique du Pic et Massif du Canigou


Le Mont Canigou est un site merveilleux, enchanteur et mystérieux et tout catalan qui se respecte, se veut de le connaître dans toute sa splendeur. Terre des Dieux, terre des hommes, il se dresse, vieux berger des ans encapuchonné de neige, en figure de proue, amer des marins, au coeur du Roussillon, sentinelle de la méditerranée.

A entendre tous les méthodistes de l’étymologie, les herméneutiques latines de Canigou signifieraient « sommet en forme de croc de chien, sommet enneigé, sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche... », commentaires simples et bien peu conformes aux exégèses pré-indo-européennes et pré-romaines.

Canigó, le Canigou ! L’énoncé des diverses appellations topony­miques telles que répertoriées et classifiées par Pierre Ponsich, « Répertoire des lieux habités du Roussillon », permettent d’affirmer l’antiquité du toponyme :

- 875 et 949, « Montis Canisgonis »,

- X° siècle, « Monte Canigono, Monte Chanigono, Monte Canisgonis »,

- XI° siècle, « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae »,

- et, dès 1300, sa forme définitive « Canigó », francisée, après le traité des Pyrénées donnant le Roussillon à la France, « Canigou »

Ce point précisé, il peut être accepté une vérité, la première mention, avancée comme connue, relèverait du IX° siècle.

Pourtant, ce précepte, longtemps admis comme incontestable par une certaine catégorie de scientistes, n’est, en fait, qu’une demi-authenticité. En effet, de nouveaux documents ont été exhumés, un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canigonensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollenque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis » ou de « Canigonensis » et d’un « Montem Canis Goniae. »

Canigó, le Canigou ! D’évidence, face au soleil le berçant de tous horizons, il n’est qu’un visage caché, son propre patronyme. Mais..., quel a pu être, les documents archives étant silencieux à son propos, son appellatif aborigène ? Sur la foi des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne, il serait aisé de penser, toutes les présuppositions et toutes les conjectures pouvant concorder avec le site majestueux, qu’il eut pu se dénommer, ou « Kanikon, Kanikone, Kanikonos,... », nom originel qui serait devenu « Canigó » après l’affaissement du « k » initial de Kan, en « c » intervocalique, et du « k » intermédiaire de kon, en un « c » qui, par déformation orale, aurait muté en « g », et la chute du « n » final laissant une terminaison en « o », accentué par les grammairiens catalans, lui caractérisant plus de robustesse, de puissance, de rudesse et de rigueur, ou bien « Kanigonia, Kanigoia », un nom de lieu usité, au XI° siècle, et transcrit sur de nombreux documents archives « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae... »

Canigó, le Canigou ! Les linguistes, dressant son étude étymologique, rapprochent, aisément, le nom à la base oronymique et orogénique pré-indo-européenne, -des peuplades de la fin du Néolithique, III° millénaire avant J.C., qui avaient investi les terres de la bordure méditerranéenne-, ou pré-romaine, -Âge du Bronze final, début du I° Millénaire avant J.C., avec l’arrivée des Sordons, « peuple de la mer », des Bébryces et des Kerretes, « peuples de bergers et d’agriculteurs », ethnies plus civilisés-, « Kan », montagne aux roches compactes et dures, de couleur sombre, au sous-sol riche en métaux, - fer, or, argent... -, d’origine volcanique, « Kani », chien, dent de chien et sommet montagneux en forme de dent de chien, « Kaln », sommet pétré, « Kar » ou « Ker », rocher, formant le premier élément auquel il y aurait pu être adjoint un caractérisant complétif, soit « kone », résidence obscure habitée par des personnes extraordinaires, étranges, merveilleuses ou fabuleuses, soit « konos », en forme de cône, de polyèdre ou de pyramide avec base polygonale à vingt faces, soit « kon », duplication tautologique de Kan, soit « ikone », représentation d’un ensemble d’étoiles présentant une configuration propre, soit « iavo », amas de cailloux et dalles rocheuses, ou Dieu, terre des Dieux, soit « gonia », récepteur d’ondes cosmiques ou lieu sacré, soit, enfin, « oia » ou « goia », bercail.

Canigó, le Canigou ! Si Horace consommait du substantif latin « canis » dans le concept de chien, de chienne, - animal ou terme injurieux -, de chien de berger et des Furies, - Divinités infernales pour les Romains, Déesses de la vengeance dans la Mythologie grecque ou Déités, par antiphrase, Bienveillantes - ; Tibère dénommait, ainsi, le Cerbère, - chien à trois têtes qui gardait les Enfers -, et la Constellation de la Canicule ou du Petit Chien, - « petite chienne », appliqué à Sirius, étoile se levant en même temps que le Soleil à l’époque des grandes chaleurs estivales- ; Plaute en usait dans le sens de carcan, de collier, d’augure tirée de la rencontre d’un chien, et Cicéron, de chien, de limier, de créature, de satellite ou de cheveux blancs. Au différent, Virgile, Ovide et Pline l’ancien caractérisaient, en « canis » ou « canitiés », les cheveux blancs, la barbe blanche, la vieillesse, la blancheur, le poli ou la robe blanche, alors qu’en « canis » ou « canens », Ovide qualifiait, de la sorte, une Nymphe et son chant plaintif bruissant, sous le vent, dans les branches et les vallées, et Pompéius Festus, un ornement de tête.

L’étude étymologique de la deuxième composante de Canigó, - en catalan -, ou Canigou, - en français -, complémentaire des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne ou pré-romaine, est tout aussi explicite et significative du site, permettant d’apporter éclairage, intelligence et connaissance dans sa compréhension. D’après Pline l’Ancien, « Caenia » ou « Coenia », selon les graphies « Gaenia » ou « Goenia », exprimaient montagne ; les « Caenicenses » ou les « Coenicenses », suivant les transcriptions les « Gaenicenses » ou les « Goenicenses », étaient un peuple de bergers et d’agriculteurs de la Narbonnaise, aussi connu sous le nom de Bébryces, vivant dans les montagnes des Albères, des Aspres et des premiers contreforts du massif du Canigou qui serait, de ce fait, par éponymie, la Montagne des Bébryces ; et, enfin, « Goniaea » et « Gonianés » ou « Ganiaea » et « Ganianés », révélaient la Pierre inconnue, la Montagne Sacrée, la Terre des Dieux.

Se rapprochant d’Apulée de Madaure, dans son « Metamorphoseon sive Asini aurei », « icon » symboliserait la fidèle représentation matérielle d’une image céleste ou d’une constellation, et de Chalcidius, traduisant, en latin, le Timée de Platon, « iconium », diminutif d’icon, symboliserait la réplique terrestre, incise dans un « icosahëdrum », un icosaèdre ou polyèdre à vingt faces constitué par des triangles, de la Constellation du Petit Chien, son point culminant personnifiant Sirius. Enfin, il serait faire preuve d’une outrecuidante inélégance si, en cette étude, il était fait fi de deux inscriptions romaines « oia » et « ioa », toutes deux matérialisant le nom mystique d’une puissante divinité, Jupiter, Pluton, le Soleil ou le Créateur.

Préface de "Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

 
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