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04 septembre 2011

Randonnées en Terres d'Oc

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ISBN : 9782332455499

Aux Editions : Edilivre

A l'époque des troubadours, les terres d'Oc, plus exactement les terres où la langue d'Oc était la langue littéraire, se partageaient politiquement entre quatre obédiences :

- Le royaume d'Aragon, d'abord, avec ses trois capitales, Saragosse, la politique, Barcelone, la commerciale, Montpellier l'intellectuelle ;

- Le duché d'Aquitaine, l'État politique le plus puissant à l'intérieur de ce qui devait devenir la France, qui étendait sa puissance au Limousin et à une partie de l'Auvergne ;

- Les états des comtes de Toulouse ;

- Les terres de la rive gauche du Rhône et de l'Italie du Nord qui dépendaient de la souveraineté du Saint Empire germanique...

L'auteur vous invite à voyager sur les Terres d'Oc languedociennes : Aude, Hérault, Gard et Lozère...

 

08:03 Écrit par catalan66270 dans Mes livres publiés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aude, hérault, gard, lozère, terres d'oc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

03 janvier 2011

Aumont-Aubrac, joyau d'architecture à la croisée des routes.

A l'extrême limite Sud de l'Auvergnat mais dans le département de la Lozère, entre les monts granitiques de la Margeride et les plateaux basaltiques de l’Aubrac, au carrefour de l'ancienne Via Agrippa reliant Lyon à Toulouse et à Bordeaux, et de la Via Podensis, la Voie du Puy en Velay et Chemin de Saint Jacques de Compostelle, Aumont-Aubrac se niche et se pelotonne en Pays de Peyre. De nos jours, l'autoroute A75, la Méridienne, de Clermont-Ferrand à Béziers, et la ligne de chemin de fer Paris-Béziers, voies de communication modernes, font perdurer la vocation, mutatio romaine, incontournable étape de la traversée des monts d’Aubrac pour les pèlerins, et ville d'accueil, de la petite cité.


Aumont-Aubrac, à la croisée des routes.


A la croisée de voies antiques, la station « d'Altum Montem » était une étape sur la voie romaine qui, venant de Saint-Côme d'Olt, à travers l'Aubrac lozérien, passait par Saint-Chély d'Aubrac, les Enfrux, Ad Silanum, -lac de Souveyrols entre Montorzier et Puech-Cremat -, les Salhiens, Marchastel, Rieutort d'Aubrac et Aumont-Aubrac, - « Altum Montem » absent sur la table de Puttinger mais présente sur l'itinéraire d'Antonin -, se dirigeait vers Segodunum, - Rodez. - Certes, les historiens font état, de préférence à « Altum Montem », d'Andéritum, présent sur la table de Puttinger et sur l'itinéraire d'Antonin, - l'actuel village de Javols -, au titre de station, mais cette agglomération était l'ancienne capitale des Gabales(1) et n'était reliée à la Via Agrippa que par un diverculum, - ou voie secondaire -. De cette mutatio, - ou relai de poste -, sur Aumont-Aubrac, il ne semble rester aucune trace des substructions mais il est vrai, aussi, qu'aucune recherche archéologique n'a été diligentée pour en localiser son implantation. Le bâtiment principal, construit en granite, pierre du pays, et couvert de tégulae, - tuiles à rebord -, devait être de plan quadrangulaire, et mesurer, environ, 15 à 25 mètres de long sur 10 à 20 mètres de large.

 

Au Moyen Âge, les routes et les sentiers aménagés par l’homme au fil des siècles, défiant la roche, contournant les falaises et profitant d’une vallée pour s’apaiser et se dérouler en douceur, les pèlerins y ont laissé les traces de leurs passages : gués aménagés, ponts, dômeries, monastères, croix, chapelles, oratoires, abbatiales, basiliques ou autres œuvres construites pour honorer les reliques de Saint-Jacques, but ultime de leurs périples, en Espagne. Aumont-Aubrac, la dernière marche avant de pénétrer dans l'Aubrac si espéré et si craint des pénitents et des voyageurs qui devaient traverser une profonde forêt infestée de loups et de brigands, - l'enfer s'il pleuvait ou s'il neigeait, la porte du Paradis si le beau temps était de la partie -, en était une étape obligée.

Aumont-Aubrac, joyau architectural posé sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.


De son riche passé, l’église Saint Étienne, la maison du Prieuré, la fontaine, la statue de la Bête du Gévaudan, joyaux d'architecture enchâssés dans un écrin de verdure où vogue, immobile, un vaisseau de granit aux demeures robustes enracinées pour tenir bon face aux tempêtes d'hiver, et le truc del Fabre en témoignent toute l'opulence. Autrefois fortifié, le bourg préserve et « douillette » amoureusement ses maisons et ses hôtels, aux façades parementées de pierre de taille et aux rez-de-chaussée voûtés s'ouvrant en arceaux, des XVI° et XVII° Siècles.

En son nucléus, l'ancien prieuré bénédictin doté de son église originelle, -l'église paroissiale Saint Étienne -, érigé en 1061, attesté dès l'an 1123, remanié et restauré aux XII° et XIII° Siècles, veille, vieux berger des ans orgueilleux de ses ouailles, sur la paisible et pieuse communauté aumontoise, le fier fleuron de la baronnie de la Peyre. Il a conservé son chœur roman et ses chapelles latérales d'architecture francigenum opus(2), -gothique(3) -. Avec des nervures en arc brisé et des chapiteaux sculptés posés sur des troncs de colonnes assis sur des cul-de-lampe, son chevet est en cul-de-four. D'autres consoles d'encorbellement, à figures humaines, servent à supporter les bases des ogives des chapelles et des nervures de la nef. Son porche arbore, comme il se doit, unemagnifique coquille Saint-Jacques, symbole de pèlerinage. Un important travail de restauration, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice monastique, a été effectué au cours, du XX° Siècle, et a restitué tout son lustre au remarquable bâtiment.


Perles architecturales à Aumont-Aubrac en Terre de Peyre.


La maison du Prieuré où vivaient les desservants de l'église Saint Étienne, un bâtiment daté de l'an 1684, avec son portail en arc brisé, sa façade en granit, ses fenêtres à meneaux et sa cave voûtée, a été restauré en 1790 et abrite l’Office de Tourisme du canton d'Aubrac en terre de Peyre. Il promeut, salle d’exposition et vente de produits régionaux, sous le label « Terre », l'accueil autmontois, la gastronomie de l'Aubrac, la découverte du terroir, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, les festivités et les animations saisonnières.

Au hasard d'une ruelle, en rehaut d'une niche vitrée, une énigmatique pierre sculptée la « pierre mystérieuse » pose interrogation et intrigue le pèlerin. Serait-ce une pierre de remploi provenant du prieuré ? Serait-elle l'œuvre d'un illuminé du Moyen-Âge, désireux de laisser son empreinte dans la matière ? Tout un chacun ignore sa provenance. Et si certains y voient une Svastika(4), d'autres, y découvrent et y lisent le trigramme JHS, Jesus Hominum Salvator, - « Jésus, sauveur des hommes. » -

Sur le Tuc del Fabre, une petite hauteur surplombant la Place du Foirail la statue du « Christ Roi », haute de plusieurs mètres, domine le village. Commandée, par le curé de la paroisse, au sculpteur parisien Courbet, et érigée en 1946, elle commémore un fait d'histoire : « lors de la deuxième Guerre Mondiale, 1939-1945, aucune victime n'a été à déplorer à Aumont-Aubrac. » Depuis, tous les ans, en période estivale, y conviant tous les paroissiens, les soldats et les maquisards, et, bien entendu, les pélerins et les estivants de passage, une grand-messe est célébrée au pied de la statue.

Le portrait architectural d'Aumont-Aubrac serait tronqué si j'en oublié ses fontaines et sa statue de la « Bête du Gévaudan. », une bête qui perpétua ses agissements criminels « au commencement de juin de l’année 1764 » et les amplifia tant dans le nombre, plus de 100 victimes, que dans l'horreur, jusqu'en 1767.


Aumont-Aubrac, un lieu idéal pour la promenade.


Autour de la petite cité d'Aumont-Aubrac, l'homme laisse la place à la nature. Des paysages époustouflants et sublimes se découpent, à perte de vue, sur une mer de pâturages bornés de pierres dressées granitique, et quelques hameaux, deux ou trois habitations souvent abandonnées, s'aperçoivent au détour d'un chemin, d'un vallon.

Il est traversé par quatre chemins, le Sentier Saint Jacques de Compostelle, le Tour des Monts d'Aubrac, le Tour de la Margeride, le Chemin d'Aumont-Aubrac à saint Guillem le désert, et par une kyrielle de chemins de randonnées en Pays de Peyre. Tous, du pas lent et mesuré des bergers, parcourent le plateau couvert d'herbes hautes et de fleurs jaunes et blanches, où guident vers quatre lacs déployant, enchâssés dans des écrins verdoyants, leur miroir, Dans le plus grand d'entre eux, celui de Saint Andéol, situé non loin d'un sanctuaire gallo-romain, la légende conte qu'en ses profondeurs, une ville entière y est engloutie.

Cette terre de prédilection, univers du volcanisme et du pastoralisme n'est-elle pas un lieu idéal pour la promenade et la méditation ? Un dicton dit « Aubrac, terre de vie et terre de Sainteté et l'homme sage y pose toujours ses pieds. » Alors l'homme du XXI° Siècle, majoritairement n'y transportant pas ses pas, est-il un sage ou un mécréant ?


Notes.


(1) Les Gabales sont un peuple gaulois, demeurant en Gévaudan. Ils participèrent à la coalition gauloise aux côtés des Arvernes. Leur chef-lieu gallo-romain était Anderitum, Javols, un des sites archéologiques les plus riches et les plus importants du Sud de la France, atteignant, à la fin du II° Siècle, jusqu'à 3.000 habitants contre 335 en ces débuts du XXI° Siècle. Au Moyen-Age, Mende prendra l'ascendant sur la capitale historique du Gévaudan.

(2) Ce sont les Italiens de la Renaissance qui ont nommé « gotico », - gothique en français -, ce style initialement nommé francigenum opus, mot à mot « œuvre française », ou « manière de bâtir en Île de France »

(3) Le terme « gothique » fut utilisé originellement dans un sens péjoratif. En effet, le mot est dérivé du nom des Goths, peuple considéré comme « barbare » par les Romains. L'art gothique était donc l'œuvre de barbares pour les Italiens de la Renaissance, car il aurait résulté de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.

(4) La Svastika est un symbole religieux que l'on retrouve de l'Europe à l'Océanie, apparaissant dès l'époque néolithique. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale, d'où son autre appellation de croix gammée. Elle est toujours un symbole sacré dans certaines religions telles que l'hindouisme, le bouddhisme... et le jaïnisme. Après la Deuxième Guerre mondiale, en raison de son utilisation par l'Allemagne nazie, sa représentation est controversée en Occident.


Publié le 07 Décembre 2010 sur :

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11:38 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Lozériennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aumont-aubrac, aubrac, margeride, lozère, gévaudan, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

05 décembre 2010

La « grotte rose » de Dargilan, en Lozère.

Une concentration particulière d’oxyde de fer et de matières organiques donnant aux concrétions et aux nombreuses draperies roses qui la recouvrent, des teintes très variées, lui attribuant ainsi beaucoup de charme, la grotte de Dargilan, du nom du hameau voisin, se situe à 7 kilomètres à l'Ouest-Nord-Ouest de Meyrueis. Elle s'ouvre à 860 mètres d'altitude, dans la grande falaise dolomitique du Causse Noir, sur une terrasse, en surplomb de la rive gauche de la Jonte.

 

 

Cette caverne à deux étages, entre Gorges de la Jonte et Gorges du Tarn, était totalement ignorée quand, incidemment, vers la fin de l'automne de l'an 1880, elle fut découverte par un jeune berger, commis à la garde du troupeau de l'une des fermes voisines, répondant au nom de Sahuquet.


La légende de la découverte de la « grotte rose » de Dargilan.


Le légende dit qu'un jour le jeune pâtre aperçut un renard pénétrer dans une étroiture de la roche et disparaître de sa vue. Mais comme tout caussenard, chasseur d'instinct dans l'âme, il s'était mis en devoir de capturer maître goupil, un canidé malin, retors, roublard et rusé. Après plusieurs heures d'un travail long et fastidieux, la fissure allait s'élargissant.

 

Le déblayage auquel il s'astreignait, lui permit, enfin, de se glisser par l'ouverture qu'il avait, avec la patience, la ténacité et l'obstination qui sublimaient sa volonté juvénile, ainsi agrandie. Après quelques pas à peine, il se trouva dans l'antre de la grotte, au seuil de la première salle.

L'univers qui s'offrit à lui était tout autant fascinant qu'effrayant. Passé le seuil, il s'était trouvé dans une immense salle, au sol encombré d'un chaos de roches entrelacées et difficilement praticable, où scintillaient de nombreuses stalagmites et fistuleuses de toutes tailles qu'il avait pris, précise la légende, pour des fantômes. La résonance de sa voix, dans l'immense nef obscure, l'avait glacé de peur. Paniqué, se découvrant dans les entrailles de Satan et craignant d'y perdre son âme, il avait fui.

Une seconde légende reprenant le même thème du jeune berger à la poursuite d'un renard et, ainsi, découvrant accidentellement la grotte, précise que le pastouret raconta son incroyable histoire à des godelureaux des environs. Excités à l'idée de vivre un événement exceptionnel et rare, ceux-ci parvinrent à convaincre le jeunot de les y mener. Tous se rendirent donc, sous sa conduite, à la grotte mais, ayant investi les lieux, la peur nouant leurs entrailles, ils n'osèrent réellement s'y aventurer.


La première exploration, digne de ce nom, de la grotte de Dargilan.


C'est en 1884, qu'Édouard Alfred Martel, un jeune homme de 25 ans arborant une courte barbe sombre et développant un goût passionné pour la géographie et le domaine souterrain, décida de visiter la grotte de Dargilan. Il en vit la première grande salle, la salle du chaos, où il y reconnut l'existence de cinq puits profonds. Mais ce n'est qu'en 1888, une année marquante pour la spéléologie mondiale, la même année où il explora l'abîme de Bramabiau, dans le Gard, qu'il en leva, quatre jours durant, les données topographiques.

Lors de son expédition découverte, Édouard Alfred, accompagné par son équipe, disposait de matériel rudimentaire : minces cordages pour s'assurer et simples bougies pour s'éclairer. En outre, le sol de la grotte et de ses boyaux était plus difficilement praticable qu'ils ne l'est de nos jours, d'où les difficultés d'exploration et d'investigations sur plus de 1.200 mètres de dédales caverneux explorés.

Et, propre aux inventeurs(1) de baptiser les sites, par eux, découverts, bien qu'une éponymie puisse paraître évidente, un lieu dit « Lou Darzillan » étant existant sur le terrier seigneurial de 1688, commune de Meyrueis en Lozère, l'aven fut dénommé « Dargilan » par le fait qu'il se localise sur le territoire, à moins de 600 mètres, de la ferme-hameau de même nom.

L'électricité, installée en 1910, permit d'accueillir les premiers visiteurs, dans ce labyrinthe souterrain aménagé dès 1890. Et, depuis 1982, grâce aux travaux entrepris par la société d'exploitation des Gorges du Tarn, muée aujourd'hui en Société Anonyme de Dargilan, Dargilan est l'une des grottes les mieux aménagées pour la visite.


La « grotte rose » de Dargilan.


La Grotte de Dargilan captive par ses dimensions impressionnantes, solennelles, déroutantes et stupéfiantes et par la multiplicité de ses agrégats, de ses pétrifications et de ses concrétions aux couleurs et aux patines naturelles baignées d'une palette safranée d'ocres, de jaunes et de roses.

Tout au long de ses 1.200 mètres de galeries, toutes en circonvolutions et méandres, s'enfonçant, s'insinuant et s'effilochant à 120 mètres de profondeur sous le plateau karstique du Causse Noir, la diversité ravit et enthousiasme les visiteurs.
Si le chaland ne retenait que l'insignifiante étroiture qui permit au jeune berger de pénétrer dans les entrailles dolomitiques jurassiques et de violer leur clandestinité et leur mystère, il outragerait la magnificence d'une cathédrale de pierre façonnée, sans relâche depuis de centaines de millénaires, par l'eau infatigable besogneuse silencieuse.

Les premiers pas posés mènent directement à une imposante basilique pétrée, 142 mètres de long, 50 de large et 25 de haut, la Salle du Chaos, où, diaprant un effondrement conséquent de roches entrelacées et répondant aux clignements engourmandis de fistuleuses et de stalactites dévalant, en ressaut, de la voûte, scintillent une myriade de stalagmites de toutes tailles.

Passée la salle immense de l'entrée et s'engageant dans le lit d'une rivière asséchée, les colonnes, les cascades pétrifiées, la Mosquée, les draperies, les stalactites, les fistuleuses, les orgues calcaires et les coulées de calcite, ciselées et nacrées par un essaim de petits lacs, se succèdent, pour l'émerveillement et la béatitude du regard et des yeux, sans interruption, jusqu'à la sortie, magnifique débouchant sur le panorama grandiose des gorges de la Jonte.


Notes.


(1) En archéologie et en spéléologie, quelqu'un qui découvre un site ou un objet important n'est pas nommé découvreur - souvent utilisé faussement à la place - mais inventeu.

 

Publié le 30 Octobre 2010 sur C4N

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29 janvier 2010

Aven Armand, forêt de pierres. Merveille façonnée par l'eau.

Platitude et monotonie des paysages, voilà ce que le concept de plateau, sur les anciennes terres du Gévaudan, laisse suggérer.

Néanmoins, dans l'alternance de reliefs curvilignes, turgescents, fusiformes, arrondis ou acuminés et de dépressions, de ravins abrupts et de gorges étroites et profondes au fond desquelles s'écoulent des rivières turquoises ou émeraudes, les chaos dolomitiques rompent l'uniformité triviale des étendues quasi désertiques et lunaires

 

 

 

Point de rivière ! Point de torrents ! Nul cours d'eau assigné ne coule à la surface du Causse Méjean. Comme aspirée par les maelströms souterrains, l'eau de pluie rejoint et alimente les vastes entrelacs karstiques pour resurgir dans les vallées verdoyantes.

 

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

 

 

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fascinante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au coeur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dolmens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la présence humaine.

 

 

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Castelbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

 

Une découverte impromptue de l'aven, par un forgeron au Rozier, en 1897.

 

 

Le 18 septembre 1897, Louis Armand, de son métier forgeron au Rozier, descendait du hameau de la Parade. Depuis 1883, il assistait, dans ses explorations, Édouard Alfred Martel considéré comme le père de la spéléologie. Sur le bord du chemin qu'il empruntait, il aperçut un énorme orifice envahi par les broussailles et les ronciers.

Il jeta, dans le trou béant, un gros caillou et il eut l'impression que la pierre s'enfonçait dans les profondeurs abyssales. Ce gouffre, situé à 3 kilomètres d'Hyelzas, était connu, de générations en générations de paysans, sous le nom de « l'aven » et faisait l'objet de nombreuses légendes dans les environs.

« Cette fois, M. Martel », avait-il déclaré, tout excité par sa découverte, « écoutez bien et n'en soufflez mot à personne: je crois que je tiens un second Dargilan, et peut-être plus fameux encore...je suis tombé par hasard sur un grand trou; c'est certainement l'un des meilleurs... »(1)

 

L'exploration du gouffre par Louis Armand et Édouard Alfred Martel.

 

 

Le puits d'accès, du gouffre, de quelques mètres de diamètre, est une paroi verticale de 70 mètres de profondeur. Après une pé­rilleuse descente en échelle de corde, le 19 Septembre pour Louis Armand, dans un couffin suspendu par un treuil, le lendemain pour Édouard Alfred Martel et Armand Viré, les trois hommes débou­chèrent à la voûte d'une salle immense en pente.

La cavité est longue de 110 mètres, large de 60 mètres et a une hauteur moyenne de 45 mètres. Les explorateurs y découvrent une forêt de plus de 400 stalagmites géantes et, parmi elles, avec ses 30 mètres de haut, la plus grande au monde connue à ce jour. Elle se prolonge, sur sa partie basse, par une seconde cheminée, terminale, noyée par un lac et obstruée à 90 mètres de profondeur.


 

« Superbe ! Magnifique ! Une vraie forêt de pierres ! »(1), s'était exclamé Louis Armand, en découvrant ce site merveilleux. « La grande forêt dressait subitement ses colonnes colossales et diamantées à 30 m au-dessus de nos têtes ; les fûts monstrueux émergeaient de l'ombre, les colonnettes se détachaient en blanc sur le noir des voûtes ; tout cela brillait, miroitait, scintillait, dans une apothéose, dans un éblouissement. Tout le monde enfin se taisait, empoigné d'une intense émotion. », avait ajouté Armand Viré. Et Édouard-Alfred Martel, emporté par le spectacle féérique qui s'offrait à ses yeux, avait même qualifié le site de « Rêves des Mille et Une Nuits».(1)

 

La formation géologique de l'aven Armand.

 

 

L'aven Armand, puits naturel du causse Méjean, à 970 mètres d'altitude, se situe sur un plateau calcaire jurassique de type lozérien. Il s'inscrit entre les gorges du Tarn et celles de la Jonte. La formation de l'aven et de ses stalagmites si particulières sont la résultante de phénomènes naturels qui apparaissent, dans les milieux karstiques. Liés aux effets du temps, ils se concrétisent, dans un premier stade géologique, par le creusement d'une cavité, dans un second par son remplissage avec des concrétions et, dans un troisième, par l'obturation totale.

Dans ce karst, les eaux sont richesen carbonates dilués. Elles s'infiltrent, par les fissures, dans les roches calcaires. Quand l'eau, chargée de minéraux dissouts, pénètre dans une cavité et rentre en contact avec l'air, il se produit une réaction chimique. Le gaz carbonique s'échappe et décroche les molécules calcaires qui se déposent à la voute, formant des stalactites. Sur les parois, elles donnent naissance à des draperies. Au sol, elles se matérialisent en gours et en stalagmites.

 

L'aven Armand, une des neuf merveilles souterraines du monde.

 

 

En fonction des apports d'eau, et suivant les variations saisonnières des précipitations extérieures, les gouttes sont plus ou moins lourdes et la hauteur importante de la salle, accélérant la chute, active d'autant le dégazage. En arrivant au sol, les gouttes explosent en d'innombrables gouttelettes et libèrent d'importantes charges minérales.

Ainsi, à l'aven Armand, l'histoire géologique propose une inoubliable féerie de cristal. Et les parois de cette cathédrale souterraine aux mille feux étincelants sont ornées de dentelles de pierres, de feuilles de calcite et de draperies translucides. Tout un décor spectaculaire s'est ainsi crée au fil des millénaires. « Le Palmier, le Dindon, les Méduses, le Chou fleur, la Mâchoire du Tigre... », et des acteurs immobiles s'offrent en spectacle permanent aux visiteurs émerveillés.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) Les causses et gorges du Tarn, Édouard Alfred Martel - 1926

(2) Six semaines d'exploration dans les Causses et les Cévennes, Revue du Club cévenol, Ernest Cord, Jacques Maheu et Armand Viré -1900.

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