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05 juillet 2011

Les Pyrénées, montis spatiatus. Étude étymologique rationnelle.

Frontière naturelle entre deux nations, le versant nord appartenant à la France et le versant sud à l'Espagne, de la Mer Cantabrique, - le cap Higuer -, à l'ouest, au golfe du Lion, - le cap de Creus -, à l'est, la chaîne pyrénéenne s'étend sur 430 kilomètres et elle s'étire sur 50 à 150 kilomètres de large entre la Gascogne, le Midi-Pyrénées et le Roussillon au nord, et le bassin de l'Ebre au sud. Du moins c'est ainsi que nous apprenons à connaître ce massif dans les manuels de géographie.

Au pied de cette vaste chaîne de montagnes, les siècles et les événements ont rassemblé, sous un sceptre unique, de Perpignan jusqu'à Bayonne, plusieurs peuplades d'origine, de physionomie de langage, de mœurs et de caractère comparable. La bravoure a toujours été commune à toutes ces tribus d'hommes robustes, intelligents et fiers qui ont partagé et qui partagent la même destinée. Doués d'une haute stature et d'une force prodigieuse, les habitants de ces contrées magnifiques s'identifient à une nature prolixe et extraordinaire. Ce sont là les Catalans, les Ariègeois, les Béarnais et les Basques, peuples patients, sobres et belliqueux, qui vivent les uns à l'orient, les autres à l'occident, dans une même communion d'esprit et de cœur.


Les errances étymologiques sur le toponyme « les Pyrénées. »


Pyrénées ! Depuis l'Antiquité deux thèses s'affrontent sur l'origine du nom des Pyrénées. La première, en référence à Diodore de Sicile, - Livre V, chapitre XXXV -, et à Isidore de Séville, - Étymologies, livre 14, chapitre 8 -, est assise sur une explication étymologique en corrélation avec « le feu » et « la foudre. » La seconde, mythologique, due à Silius Italicus, - Guerres Puniques, III -, renvoie à la légende de l'union d'Hercule et de Pyrène, princesse Bébryce, pour les uns, celtibère, pour les autres. Des linguistes modernes proposent, en alternative à l'interprétation primitive du patronyme, de hypothèses basées sur des racines indo-européennes renvoyant aux notions de montagne, de rocher ou de passage. Mais aucune d'elles ne fait l'unanimité.

Pyrénées ! Origine du nom bien floue aux dires de tous les puristes qui se sont penchés sur son étude étymologique, qualifiant, du reste, certains travaux, proposés au cours des siècles précédents, de fantaisistes et, de fait, des travaux fantasques non retenus de nos jours et rejetés aux oubliettes. Et, pour couper court à tout procès d'intention, ils en concluent, pompeusement et sans spécifier quelconque explication tangible en concordance avec leur postulat émis, que « Pyrénées » est un toponyme savant(1) emprunté tardivement aux géographes grecs.


La signification étymologique des « Pyrénées » suivant Diodore de Sicile.


Diodore de Sicile, vers 90 - 30 av. J.-C, - Livre V, chapitre XXXV -, explique le nom « Pyrénées » à partir du grec ancien « πῦρ » ou « pŷr », - feu -, à cause d'un immense incendie qu'auraient provoqué les bergers. « ...Dans les livres précédents, à propos des actions d'Hercule, », écrit-il, traduit du grec par Ferdinand Hoefer, 1851, « …il a été fait mention des montagnes de l'Ibérie, nommées les Pyrénées. Ces montagnes surpassent les autres par leur hauteur et leur étendue. Séparant les Gaules de l'Ibérie et de la Celtibérie, elles s'étendent de la mer du Midi à l'Océan septentrional, dans un espace de trois mille stades. Autrefois elles étaient en grande partie couvertes de bois épais et touffus, mais elles furent, dit-on, incendiées par quelques pâtres qui y avaient mis le feu. L'incendie ayant duré continuellement pendant un grand nombre de jours, la superficie de la terre fut brûlée, et c'est de là que l'on a donné à ces montagnes le nom de Pyrénées... »

Pourquoi ne pas accepter la signification du toponyme « Pyrénées », donnée par Diodore de Sicile, comme pertinente et plausible ? C'est vite oublier et faire fi, par les linguistes, ce qui devrait, au contraire, les caractériser par leur savoir boulimique, implacable et inextinguible, que dès le VII° siècle avant J.C., des colons grecs s’installent en Sicile et dans le sud de la botte italienne, en Grande Grèce. Ainsi les Romains sont confrontés, très tôt, à la langue des Grecs et à leur civilisation raffinée et brillante. En outre, quand les Romains conquièrent l'Ibérie et la Gaule, ils rencontrent, là encore, des Grecs. Ceux-ci ont installé des comptoirs sur les côtes et fondé des villes, Emporion(2), Collioure, Narbonne, Agde, Massalia(3), Nice…


Les raisons de penser à la justesse de la signification étymologique des « Pyrénées » selon Diodore de Sicile.


L’influence de la culture grecque s'étend jusqu’à Naples, - du grec neapolis, la ville nouvelle -, en Campanie, où l’on continue, tout comme dans le sud de la Gaule, à Massalia, à Agde, à Collioure..., à parler grec. La confrontation avec les Grecs d’Italie et de Sicile rend leur culture familière aux Romains. C’est pourquoi lorsqu’au II° siècle avant J.C. ils conquièrent la Grèce et en font une province romaine, ils se montrent admiratifs de la culture du vaincu et ne lui imposent pas leur langue. C’est même le contraire qui arrive. Les Romains apprennent le grec. Dans l’antiquité, le grec est la langue de la culture, tandis que le latin est la langue de l’administration. Pendant des siècles tout Romain cultivé est bilingue, dès son plus jeune âge et il est capable de lire et d’écrire aussi bien en grec qu’en latin.

A l’origine, les Romains s’intéressent peu à la culture. Leur civilisation est avant tout une civilisation de soldats et de laboureurs. Ce sont des ingénieurs et des constructeurs remarquables, mais ils sont peu intéressés par la réflexion philosophique. C’est pourquoi ils se montrent méfiants envers un peuple qui honore le théâtre autant que la politique, l’athlète autant que le soldat, le philosophe autant que le paysan. Ils considèrent les Grecs comme des gens peu sérieux, des « Graeculi » ou « petits Grecs », plus portés sur le discours que sur l’action. Cependant, ils sont conscients de l’antériorité de la culture grecque et, paradoxalement, l’admirent beaucoup. C’est pourquoi les jeunes gens des familles aisées achèvent leurs études à Athènes, en Asie Mineure ou en Grande Grèce pour apprendre la rhétorique et la philosophie et, ainsi, se préparer à leur futur métier d’orateur et d’homme politique. C’est également la raison pour laquelle ils accueillent, assez tôt, dès le II° siècle avant J.C., des penseurs et des artistes grecs qui imprègnent les esprits romains.


La tradition des feux pastoraux et leur signification étymologique pour le toponyme « Pyrénées » suivant Diodore de Sicile.


Les feux pastoraux dans les systèmes agro-sylvo-pastoraux traditionnels existent depuis l'époque néolithique et sont mis en œuvre par les bergers. Dans les Pyrénées, les pratiques du feu sont exclusivement à but pastoral. La plupart des pâturages pyrénéens sur substrats acides sont en fait des landes à bruyères, genêts, fougères, ajoncs, et les brûlages visent à débroussailler les pâquis pour favoriser la pousse de l’herbe. Dans le système traditionnel, la fréquence des mises à feu oscille, selon les milieux, entre tous les 3 à 4 ans, en basse montagne, et 8 à 10 ans dans les estives, avec une répartition de petits feux dans tout l’espace, pelouses, landes mais aussi forêts pastorales.

Cette méthode à, aussi, été employée dans les défrichements culturaux au Néolithique et au cours de l’Antiquité. Elle se pratique au cours des mois d'hiver. A ce sujet, Diodore de Sicile n'écrit-il pas que les Pyrénées « étaient en grande partie couvertes de bois épais et touffus, mais elles furent, dit-on, incendiées par quelques pâtres qui y avaient mis le feu. L'incendie ayant duré continuellement pendant un grand nombre de jours, la superficie de la terre fut brûlée... », concluant « ...c'est de là que l'on a donné à ces montagnes le nom de Pyrénées... » Les Pyrénées, en grec, s'écrivant « Πυρηναίας, » ou « Πυρήνας, », qui se segmente en « πυρ », feu, et « ήνας » ou « μήνες », mois, et qui se traduit par le mois ou les mois du feu.


La signification mythologique des « Pyrénées » d'après Isidore de Séville.


Pour Isidore de Séville, - Étymologies, livre 14, chapitre 8 -, « Pyrénées » vient aussi du grec « pŷr » ou « πυρ », - feu -, car ces montagnes sont souvent frappées par la foudre qui génère des incendies. En effet, les lieux les plus fréquemment foudroyés sont les sols métallifères et ferreux très conducteurs, les points culminants, les vallées constituant des couloirs d'orage ou les cuvettes créant des nids à orage. En France, les régions les plus foudroyées sont les Pyrénées, la Vallée des Merveilles et le Massif Central. Ce qui laisse à penser que, le Dieu de la foudre étant Zeus chez les Grecs et Jupiter chez les Romains, les Pyrénées seraient la montagne subissant les foudres ou les feux de Zeus. En effet, « Pyrénées », en Grec, s'écrit « Πυρηναίας, » ou « Πυρηναία », « Pyrίnaίαs » ou « Pyrίnaία », qui se décomposer en « Πυρ », feu, ou « Πυρή », nucléus ou nucléaire, et « Δία » ou « Δίας », Zeus ou Jupiter.


La signification mythologique des « Pyrénées » selon Silius Italicus.


Sous l’influence de la pensée et de la mythologie grecques, la religion romaine primitive se transforme en profondeur. Aux puissances indéterminées, - numina -, et aux Dieux représentant les forces de la nature se sont substitués des Dieux figurés sous l’apparence d’hommes et de femmes, - anthropomorphisme -. Les Dieux romains sont identifiés avec les Dieux grecs et ont les mêmes domaines d’action. Ils prennent les attributs, les symboles et les mythes de leurs équivalents grecs. Ainsi, Jupiter est assimilé à Zeus, Phœbus à Apollon, Mars à Arès, Hercule à Héraclès, Diane à Artémis, Minerve à Athéna...

Dans la mythologie grecque, les « Pyrénées » sont associées à Pyrène, « Πυρήνη », vierge, fille du roi Bébryce. Selon Silius Italicus, Guerre Punique, tome III, traduction. sous la direction de Désiré Nisard, 1878, « C'est le nom de la vierge, fille de Bébryce, qu'ont pris ces montagnes. L'hospitalité donnée à Hercule fut l'occasion d'un crime... Sous l'empire du dieu du vin, il laissa dans le redoutable palais de Bébryce la malheureuse Pyrène déshonorée. Et ce dieu... fut ainsi la cause de la mort de cette infortunée. En effet, à peine eut-elle donné le jour à un serpent, que, frémissant d'horreur à l'idée d'un père irrité, elle renonça soudain, dans son effroi, aux douceurs du toit paternel, et pleura, dans les antres solitaires, la nuit qu'elle avait accordée à Hercule, racontant aux sombres forêts les promesses qu'il lui avait faites. Elle déplorait aussi l'ingrat amour de son ravisseur, quand elle fut déchirée par les bêtes féroces. En vain elle lui tendit les bras, et implora son secours pour prix de l'hospitalité. Hercule, cependant, était revenu vainqueur; il aperçoit ses membres épars, il les baigne de ses pleurs, et, tout hors de lui, ne voit qu'en pâlissant le visage de celle qu'il avait aimée. Les cimes des montagnes, frappées des clameurs du héros, en sont ébranlées. Dans l'excès de sa douleur, il appelle en gémissant sa chère Pyrène, et tous les rochers, tous les repaires des bêtes fauves retentissent du nom de Pyrène. Enfin il place ses membres dans un tombeau, et les arrose pour la dernière fois de ses larmes. Ce témoignage d'amour a traversé les âges, et le nom d'une amante regrettée vit à jamais dans ces montagnes. »


Dès le Paléolithique supérieur, les « Pyrénées » terre et domaine du peuple Bascoïde.


Selon Bryan Sykes, un des pères de la Généalogie génétique et de la génétique mitochondriale, les Basques, les Pyrénéens et les Catalans archaïques, - populations de chasseurs-cueilleurs -, occupaient les régions pyrénéennes depuis 25.000 ans et, conséquemment, étaient une même race, un même peuple et parlaient la même langue ou le même langage.

La langue basque ou euskarienne, causée et écrite, est étrangère à la famille des langues indo-européennes et, d'après Strabon, « était autre que le gaulois et était parlée par les peuples habitant le Sud de la Garonne et le bassin supérieur de ce fleuve jusqu'aux Cévennes. » En outre, au temps de Strabon, de Pline et de Ptolémée, des localités à noms de consonance basque existaient sur les bords du Guadalquivir, du Tage et de l'Ebre, ainsi que sur les deux versants des Pyrénées. Le domaine de l'euskara était donc, jadis, plus étendu qu'aujourd'hui. Il comprenait au moins les deux tiers de l'Espagne et une notable partie de la Gaule méridionale. « Illiberris, - Elne dans le Roussillon -, Elimberre, - Auch en Gascogne -, Illiberris, - Grenade en Bétique -, ces trois noms suffiraient à eux seuls », disait Luchaire, « pour établir que le basque fut jadis parlé en Andalousie, en Gascogne et en Roussillon. »


La base de la signification étymologique des « Pyrénées » suivant les langues indo-européennes.


Comme Konrad Mannert, - Geographie der Griechen und Römer, Nuremberg, 1795-1825 -, le prétend, le toponyme « Pyrénées » dérive du celtique « byren » ou « piren » signifiant montagne. Mais cette signification ne va pas au-delà du radical « Pyré » ou « Pyren » et paraît, à prime abord, fort simpliste, les Pyrénées n'étant pas la seule montagne sur le domaine Basque.

Historiquement, quand les Grecs ont posé pied sur les côtes Méditerranéennes, à Agde, à Narbonne, à Collioure, à Empurion, et ayant fait commerce avec les autochtone, comme le rapporte Diodore de Sicile, « Autrefois elles étaient en grande partie couvertes de bois épais et touffus, mais elles furent, dit-on, incendiées par quelques pâtres qui y avaient mis le feu. L'incendie ayant duré continuellement pendant un grand nombre de jours, la superficie de la terre fut brûlée... », ils ont eu connaissance de la légende qui avait « donné à ces montagnes le nom de Pyrénées... », « Πυρηναίας, », « Pyrίnaίαs » ou « Πυρηναία », « Pyrίnaία », en grec. Décomposant le nom en « Πυρ », feu, ou « Πυρή », nucléus ou nucléaire, et « Δία » ou « Δίας », Zeus ou Jupiter, il ne se peut qu'admettre que cette montagne subit le feu ou la foudre de Zeus. Et ce n'est donc point à tort que les géographes grecs aient, ainsi, désigné les « Pyrénées. »


La signification étymologique des « Pyrénées » d'après la langue basque.


La langue des basques archaïques, baptisés ibères par les grecs, a fait couler beaucoup d’encre mais, les nombreuses tentatives n’étant parvenues à aucun résultat concluant, personne n’a jamais pu la déchiffrer. Elle dérive de la langue néolithique parlée dans la zone dans laquelle elle s'est développée, la difficulté étant que le peuple basque semble avoir évolué en vase clos durant des millénaires. Ainsi, la langue néolithique, retranscrite au début du VI° siècle avant J.C., est aussi ancienne dans le Languedoc que dans l'est, le nord et le nord-est de la péninsule ibérique. La mieux conservée est, malgré les influences celtes inévitables, celle des populations pyrénéennes.

Si depuis le « Pyrίnaία » grec, le nom « Pyrénées » s'est perpétué en « Pyrenaeus » chez les Romains, « Pirineos » en Castillan et en Galicien, « Perinés » en Aragonais, « Pirineus » en catalan, et « Pirenèus » en Occitan, en basque il s'est pérennisé sous le vocable « Pirinioak. » Et « Pirinioak. » ne donne-t-il point la clef pour une étude étymologique rationnelle du substantif « Pyrénées » ? Décomposé en « Pirin », dérivant du celtique « byren » ou « piren », signifiant montagne, et en « ioak », « eoake », « eake », « eate », « eraut »..., le Dieu ou le Génie de la tempête, du feu, de l'incendie dévastateur..., « Pirinioak. » ne veux-il point être la montagne du Dieu de la foudre et du feu ? De plus, dans la Soule, il est un Dieu, « erraouns », « herraus », dieu de la foudre, et « Herrauscorritse-he(4) », le dieu de la foudre rouge, ancienne divinité équivalent du Zeus grec et du Jupiter romain.

Quoi de plus nécessaire, pour les bergers-cueilleurs des Pyrénées Néolithiques, de s’assurer de la bienveillance d’une divinité toute-puissante ?


Notes.


(1) Albert Dauzat, Gaston Deslandes, Charles Rostaing. Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klincksieck, 1978, page 196.

(2) Emporion : nom de la ville d'Empúries en Catalogne.

(3) Massalia : Marseille, la plus ancienne ville de France, fondée vers -600 par des Grecs de Phocée.

(4) Herraus corritsehe : Sur la colline dite "de la Madeleine", dans le village de Tardets, dans la région de la Soule, se trouve une chapelle. Avant cette chapelle chrétienne il y a eu une construction dédiée à la divinité Herauscorritsehe. On conserve dans la chapelle une pierre qui possède cette inscription : FANO HERAVSCORR+SE HE. SCRV G. VAL. VALERIANVS .

09 janvier 2010

Éternel et immuable Canigou : Montagne mythique des catalans.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon désavouant le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Dès la nuit des temps
extirpé du sein terrestre:
La grâce divine.

Symbole avéré,
Olympe des catalans -
Le Mont Canigou.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, - vins, fruits et légumes primeurs de qualité -, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

Dominant la plaine,
majestueux et royal,
La terre des Dieux.

La montagne mère,
de fécondité symbole -
De l'eau dans la plaine.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphériques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Écrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques de l'ouest de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, - ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...? -, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Horizon visuel,
rotondité de la Terre,
altitude aussi.

Canigou, un phare
dans le ciel atlantidien -
Platon le savait.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, - des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine... -, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, - Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, - les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues... -, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, - étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies -, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Vigie maritime
entre hautes terres et plaine -
Porte de deux mondes.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté ? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants ? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, se tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'œuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Terres d'exception,
terre du fer et de paix -
Terre des poètes.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, œuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, sur­git « Canigo » de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque et extraordinaire, un éclat, lors hexamètres et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux « dans le ciel bleu flamboyant », en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.

Difficile, pour un sismo-vulcanologue, de ne point prêter sa plume à son clone, catalan de naissance et de cœur, poète-écrivain-historien quant s'agit de chanter, en mots élégiaques, le Massif et le Pic du Canigou, symbole de la Catalogne.


Étude étymologique du Pic et Massif du Canigou


Le Mont Canigou est un site merveilleux, enchanteur et mystérieux et tout catalan qui se respecte, se veut de le connaître dans toute sa splendeur. Terre des Dieux, terre des hommes, il se dresse, vieux berger des ans encapuchonné de neige, en figure de proue, amer des marins, au coeur du Roussillon, sentinelle de la méditerranée.

A entendre tous les méthodistes de l’étymologie, les herméneutiques latines de Canigou signifieraient « sommet en forme de croc de chien, sommet enneigé, sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche... », commentaires simples et bien peu conformes aux exégèses pré-indo-européennes et pré-romaines.

Canigó, le Canigou ! L’énoncé des diverses appellations topony­miques telles que répertoriées et classifiées par Pierre Ponsich, « Répertoire des lieux habités du Roussillon », permettent d’affirmer l’antiquité du toponyme :

- 875 et 949, « Montis Canisgonis »,

- X° siècle, « Monte Canigono, Monte Chanigono, Monte Canisgonis »,

- XI° siècle, « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae »,

- et, dès 1300, sa forme définitive « Canigó », francisée, après le traité des Pyrénées donnant le Roussillon à la France, « Canigou »

Ce point précisé, il peut être accepté une vérité, la première mention, avancée comme connue, relèverait du IX° siècle.

Pourtant, ce précepte, longtemps admis comme incontestable par une certaine catégorie de scientistes, n’est, en fait, qu’une demi-authenticité. En effet, de nouveaux documents ont été exhumés, un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canigonensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollenque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis » ou de « Canigonensis » et d’un « Montem Canis Goniae. »

Canigó, le Canigou ! D’évidence, face au soleil le berçant de tous horizons, il n’est qu’un visage caché, son propre patronyme. Mais..., quel a pu être, les documents archives étant silencieux à son propos, son appellatif aborigène ? Sur la foi des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne, il serait aisé de penser, toutes les présuppositions et toutes les conjectures pouvant concorder avec le site majestueux, qu’il eut pu se dénommer, ou « Kanikon, Kanikone, Kanikonos,... », nom originel qui serait devenu « Canigó » après l’affaissement du « k » initial de Kan, en « c » intervocalique, et du « k » intermédiaire de kon, en un « c » qui, par déformation orale, aurait muté en « g », et la chute du « n » final laissant une terminaison en « o », accentué par les grammairiens catalans, lui caractérisant plus de robustesse, de puissance, de rudesse et de rigueur, ou bien « Kanigonia, Kanigoia », un nom de lieu usité, au XI° siècle, et transcrit sur de nombreux documents archives « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae... »

Canigó, le Canigou ! Les linguistes, dressant son étude étymologique, rapprochent, aisément, le nom à la base oronymique et orogénique pré-indo-européenne, -des peuplades de la fin du Néolithique, III° millénaire avant J.C., qui avaient investi les terres de la bordure méditerranéenne-, ou pré-romaine, -Âge du Bronze final, début du I° Millénaire avant J.C., avec l’arrivée des Sordons, « peuple de la mer », des Bébryces et des Kerretes, « peuples de bergers et d’agriculteurs », ethnies plus civilisés-, « Kan », montagne aux roches compactes et dures, de couleur sombre, au sous-sol riche en métaux, - fer, or, argent... -, d’origine volcanique, « Kani », chien, dent de chien et sommet montagneux en forme de dent de chien, « Kaln », sommet pétré, « Kar » ou « Ker », rocher, formant le premier élément auquel il y aurait pu être adjoint un caractérisant complétif, soit « kone », résidence obscure habitée par des personnes extraordinaires, étranges, merveilleuses ou fabuleuses, soit « konos », en forme de cône, de polyèdre ou de pyramide avec base polygonale à vingt faces, soit « kon », duplication tautologique de Kan, soit « ikone », représentation d’un ensemble d’étoiles présentant une configuration propre, soit « iavo », amas de cailloux et dalles rocheuses, ou Dieu, terre des Dieux, soit « gonia », récepteur d’ondes cosmiques ou lieu sacré, soit, enfin, « oia » ou « goia », bercail.

Canigó, le Canigou ! Si Horace consommait du substantif latin « canis » dans le concept de chien, de chienne, - animal ou terme injurieux -, de chien de berger et des Furies, - Divinités infernales pour les Romains, Déesses de la vengeance dans la Mythologie grecque ou Déités, par antiphrase, Bienveillantes - ; Tibère dénommait, ainsi, le Cerbère, - chien à trois têtes qui gardait les Enfers -, et la Constellation de la Canicule ou du Petit Chien, - « petite chienne », appliqué à Sirius, étoile se levant en même temps que le Soleil à l’époque des grandes chaleurs estivales- ; Plaute en usait dans le sens de carcan, de collier, d’augure tirée de la rencontre d’un chien, et Cicéron, de chien, de limier, de créature, de satellite ou de cheveux blancs. Au différent, Virgile, Ovide et Pline l’ancien caractérisaient, en « canis » ou « canitiés », les cheveux blancs, la barbe blanche, la vieillesse, la blancheur, le poli ou la robe blanche, alors qu’en « canis » ou « canens », Ovide qualifiait, de la sorte, une Nymphe et son chant plaintif bruissant, sous le vent, dans les branches et les vallées, et Pompéius Festus, un ornement de tête.

L’étude étymologique de la deuxième composante de Canigó, - en catalan -, ou Canigou, - en français -, complémentaire des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne ou pré-romaine, est tout aussi explicite et significative du site, permettant d’apporter éclairage, intelligence et connaissance dans sa compréhension. D’après Pline l’Ancien, « Caenia » ou « Coenia », selon les graphies « Gaenia » ou « Goenia », exprimaient montagne ; les « Caenicenses » ou les « Coenicenses », suivant les transcriptions les « Gaenicenses » ou les « Goenicenses », étaient un peuple de bergers et d’agriculteurs de la Narbonnaise, aussi connu sous le nom de Bébryces, vivant dans les montagnes des Albères, des Aspres et des premiers contreforts du massif du Canigou qui serait, de ce fait, par éponymie, la Montagne des Bébryces ; et, enfin, « Goniaea » et « Gonianés » ou « Ganiaea » et « Ganianés », révélaient la Pierre inconnue, la Montagne Sacrée, la Terre des Dieux.

Se rapprochant d’Apulée de Madaure, dans son « Metamorphoseon sive Asini aurei », « icon » symboliserait la fidèle représentation matérielle d’une image céleste ou d’une constellation, et de Chalcidius, traduisant, en latin, le Timée de Platon, « iconium », diminutif d’icon, symboliserait la réplique terrestre, incise dans un « icosahëdrum », un icosaèdre ou polyèdre à vingt faces constitué par des triangles, de la Constellation du Petit Chien, son point culminant personnifiant Sirius. Enfin, il serait faire preuve d’une outrecuidante inélégance si, en cette étude, il était fait fi de deux inscriptions romaines « oia » et « ioa », toutes deux matérialisant le nom mystique d’une puissante divinité, Jupiter, Pluton, le Soleil ou le Créateur.

Préface de "Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

 
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