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14 décembre 2010

Fontfroide, abbaye cistercienne. La renaissance d'une abbaye.

Le choix du site de Fontfroide n'est pas le fruit du hasard. Les moines, fondateurs de tels édifices, ont toujours privilégié les lieux calmes et isolés. C'est donc, dans un vallon sauvage du massif calcaire des Corbières, à proximité d'un torrent, qu'un groupe de religieux jette son dévolu à la fin du XI° siècle.

Elle doit son nom à cette « fons frigida », source d'eau fraîche. Les armes parlantes de l'abbaye représentent, d'ailleurs, une fontaine.


Le rayonnement de l'abbaye de Fonfroide.


Fondée, en 1093, sur des terres données par Aymeric II, vicomte de Narbonne, Fontfroide est rattachée, en 1144, à l'abbaye bénédictine de Grandselve. En 1146, Fontfroide est affiliée à l'abbaye de Cîteaux, dans la filiation de Claivaux.

Dès lors la liste de ses bienfaiteurs va s'étoffer. Le Comte deToulouse, le Vicomte de Béziers, Guillaume de Montpellier, Alphonse d'Aragon et Guillaume de Roussillon vont être à l'origine d'une des plus rapides ascensions matérielles et spirituelles qu'un édifice religieux ait connu à cette époque.

Les dotations des nobles languedociens, toulousains et catalans permettent, aux moines, d'élargir leur territoire foncier jusqu'au Roussillon et à la Catalogne.

Prospère, elle essaime alors et le monastère de Poblet en Catalogne, en 1149, celui de Valbonne, dans les montagnes d'Argelés, en 1242, entre autres, se trouvent dans sa filiation. Cent ans après sa fondation, à son apogée, Fontfroide est mère de cinq abbayes d'hommes et de trois abbayes de moniales, et possède 24 granges et 30 000 hectares de terres.


Fontfroide fer de lance de l'orthodoxie catholique.


Digne représentante de l'église catholique, elle incarne, à l'aube du XIII° siècle, l'orthodoxie face à « l'hérésie cathare. » Deux de ses moines, frère Raoul et Pierre de Castelnau, deviennent légats du pape, en 1203, pour combattre, par la parole, le catharisme.

En cette période de troubles, l'assassinat, d'un de ses moines, déclenche l'invasion du Languedoc et, sous le commandement de Simon de Montfort, la Croisade des Albigeois.
Fonfroide sort renforcé de ces épisodes tragiques et connaît même la gloire au début du XIV° siècle, deux de ses pères abbés occupant les sommets de la hiérarchie catholique. Arnault de Novell, ancien moine et légat du pape au procès des Templiers, devient cardinal en 1312. Son neveu, Jacques Fournier, est élu pape, en 1314, sous le nom de Benoît XII. On lui doit la construction du Palais des papes à Avignon.


Après l'apogée, le début du déclin.


L'apogée marque souvent le début du déclin et c'est le cas pour l'Abbaye de Fonfroide. Trop bien née et trop puissante, sa richesse, inexorablement, dans le macrocosme monacal, finit par faire des envieux. Fontfroide cristallise les mécontentements et les jalousies, et symbolise, trop ouvertement, la réussite et la prépondérance de Cîteaux. Parallèlement, la discipline, observée par les moines, se relâche et se dégrade

Lors du grand schisme d'Occident, de 1378, l'abbaye recon­naît l'anti-pape Clément VII et s'attire l'ire de Benoît XIII, autre anti-pape. Le choix stratégique des moines s'avère catastrophique et aboutit à la mise sous séquestre des biens de la communauté

 

Sous le régime de la Commende Fonfroide perd, partiellement, son autonomie.


Au milieu du XVe siècle, un autre scandale éclate au sein de l'abbaye. L'abbé Pierre Ferrer est expulsé par le chapitre général, mais, se refusant à la sanction édictée, celui-ci reprend possession, par les armes, de son bien. Jusqu'à sa mort, en 1454, cloîtré dans son monastère, il résiste à toutes les sommations


Les conditions de vie des moines continuant à se dégrader, en 1476, l'abbaye passe sous le régime de la commende et son abbé est choisi, par le Pape, parmi les membres du clergé séculier. L'abbé ainsi nommé perçoit les revenus de l'abbaye et s'occupe de sa gestion tandis que le pouvoir spirituel est remis aux prieurs. Le passage à ce régime marque, l'abbé ne se souciant que de son propre profit, le début d'une décadence des mœurs.

Bien que les prieurs conventuels fassent, au début du XVIII° Siècle de nombreux aménagements, le nombre de religieux chute. En 1764, Fontfroide perd son titre d'abbaye et les revenus qui y étaient attachés, et devient dépendance de l'évêché d'Elne-Perpignan. En 1791, le monastère est mis en abjudication, mais n'est pas détruit


La renaissance d'une abbaye.


Ses bâtiments, relativement préservés lors de la Révolution, ont été rachetés et, après y avoir effectué des travaux de restauration, réoccupés par des cisterciens de l’Immaculée Conception, de Sénanque, sous la direction du Père Jean, de 1858 à 1901


Deux nouveaux acquéreurs, Gustave Fayet et Madeleine d'Andoque de Sariège, en 1908, profitent de la loi sur les congrégations de 1901 pour faire, de Fontfroide, après quelques restaurations, un lieu culturel prisé.

Fontfroide s'impose, aujourd'hui, comme l'étape indispensable au départ des circuits des Corbières et des Châteaux cathares.


Plus de vie monastique mais des bâtiments magnifiquement conservés.


Un élégant portail d'entrée, construit à la veille de la révolution Française, accueille le visiteur et le guide jusqu'à la cour d'honneur.

La salle capitulaire et ses neufs voûtes romanes, disposées sur des croisées d'ogive, est considérée comme un pur chef d'œuvre de l'art roman. L'église, avec sa grande nef culminant à vingt mètres de hauteur, a retrouvé ses vitraux lumineux.

Des statues et des bas reliefs ornent les murs et les jardins. Depuis 1990, ces jardins sont agrémentés d'une grande roseraie composée de 3.000 rosiers rassemblés en onze massifs de couleurs différentes.

L'austérité n'est plus de mise et plus de neuf siècles après sa fondation, Fonfroide a adopté un style confortable et plus convivial.

Raymond Matabosch

Publié le 11 Novembre 2010 sur

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07 août 2010

La Clape, univers insulaire. Senteurs de la Méditerranée.


Entre Narbonne, Armissan, Vinassan, Fleury d'Aude, Gruis­san et la mer Méditerranée, le karst de la Clape est une ancienne île rattachée au continent, vers le XIV° siècle, consécutivement à l'ac­cumulation des dépôts alluvionnaires de l'Aude au cours de la pé­riode Quaternaire. Ses roches sont essentiellement sédimentaires : calcaires urgoniens du Crétacé inférieur et marnes. Long de 17 km et large de 8 km environ, le massif couvre 13.500 ha dont 7.500 sont protégés et 600 classés par le Conservatoire du Littoral.

A l'image de son point culminant, le Pech Redon, 214 mètres, ses sommets, très érodés, mêlent plateaux de garrigue, ver­sants boisés de pins d’Alep, falaises abruptes, éboulis et cavités ac­cueillant une flore et une faune remarquables. Au différent, ses combes et ses vallons, aux sols de terre rouge, se parent d'un man­teau de vignes souligné par des liserets de murets en pierres sèches et ponctués de quelques domaines viticoles .


Le Massif de la Clape, un site protégé et classé.


Île au temps où l'étang de Bages-Sigean n'était qu'une baie marine, le Massif karstique de la Clape est réputé pour la qualité de ses paysages. Ses falaises et ses espaces boisés, hébergeant une flore, et une faune particulièrement riches et originales, en font un point fort du littoral.

Les sauterelles « Magicienne dentelée », les libellules « Cordulie à corps fin », les papillons « Diane » et « Proser­pine », les renards, les lièvres, les blaireaux, les sangliers... mais aussi les aigles, les cigognes, les Grands Ducs et les Faucons « cré­cerelle » y côtoient l’endémique Centaurée Corymbosa, le myrte, le « sourire de Venus » des achillées mille-feuilles, l'orchis mâle et autre fumeterre...

3.000 heures d'ensoleillement, une température moyenne an­nuelle de 14° C. et des pluies faibles, irrégulières et brutales cadencent la valse des saisons agricoles intimement liées à la viticulture. Et, même si les touristes s'en plaignent, pas les vignerons, le massif de la Clape est battu, en alternance, par le Cers(1), vent du nord-ouest, violent, très sec et chaud, et par la Marinade(2), vent de sud apportant un ciel gris chargé d'embruns salés. L'un purifie l'atmosphère, le second favorise la maturation des raisins, surtout la nuit. Ainsi soumis aux vicissitudes d'un microclimat exigeant qui en fait toute son originalité et sa richesse, son milieu reste pourtant fragile et, en 1973, il a nécessité protection et classement.

 

Le Massif de la Clape, un site étrange et envoûtant.


Parfums sucrés d'une flore méditerranéenne aux douces et suaves senteurs, odyssée dans les couleurs, lumières vives et chants cymbaliens reposant des cigales, au fil des millénaires, le Massif de la Clape garde son insularité antique. Pénétrer son espace alogique et obnubilant, ses lieux étranges et envoûtants où l'homme moderne retrouve, à chacun de ses pas, la trace de ses lointains ancêtres, c'est aborder un univers particulier et subliminal.

Terre d'asile, de refuge ou d'élection, antre des aigrefins, re­paire des corsaires et des forbans, et vigie incontournable pour les marins phéniciens, mycéniens et grecs, le Massif la Clape fut habité dès le début de la Préhistoire. Des grottes-ossuraires y témoignent d’une occupation humaine du paléolithique moyen au néolithique final et des vestiges de villages néolithiques se dissimulent, entre bos­quets et arbustes, dans sa garrigue.


2.000 ans de savoir faire : Le Massif de la Clape conserve l'éclatante typicité de ses terroirs et de l'étonnante qualité de ses vins.


Il y a 2,000ans, les Romains choisirent la Massif de la Clape, site privilégié et sain en bord de mer, pour s'installer dans de somptueuses villas et y cultiver la vigne et l'olivier, ce furent les Phéniciens, les Mycéniens, les Hellènes et les Grecs, peuples de marins et de commerçants, qui, les premiers, lui octroyèrent ses lettres de noblesse. En effet, les premiers vignobles y sont attestés depuis le I° millénaire avant J.C. Et les Élysides, peuplade autochtone du Nar­bonnais négociaient leur production de vins, au VI° siècle avant J.C, avec les bateaux grecs accostant dans les criques de la « Lykia(3) ».

Sur ces mêmes emplacements se dressent, de nos jours, les seules habitations du massif, les propriétés viticoles érigées en châ­teaux, en domaines et même en abbayes. Elles perpétuent la tradi­tion et, en référence aux seuls romains, plus de 2.000 ans de savoir faire, les vignerons de la Clape, au I° siècle avant J.C., ayant bénéfi­cié les premiers du privilège de plantation que le Sénat réserva aux citoyens romains de Narbonne. Son nectar légendaire bénéficiait déjà d'une grande notoriété et s'exportait dans tout l'empire.


Des sites naturels remarquables font le renom du Massif de la Clape.


Vignes et oliveraies, plateaux de garrigue et vallées boisées, pechs et combes, intimement mêlés dans un relief tourmenté, fa­laises et éboulis, avens et grottes, ruines romaines, monuments cultuels et sites naturels remarquables font le renom de cette an­cienne île.

 

Une majorité de guides de voyage, dans un style littéraire té­légraphique qui leur est propre, évoque le Massif de la Clape comme très intéressant au point de vue de la faune, de la flore et de ses vignobles. Ils énumèrent, pour Gruissan, les lieux à ne pas man­quer : « Sur les rochers de la Clape, pittoresquement déchiquetés, le point culminant, le Coffre du Pech Redon, 214 mètres, belle vue. Ci­metière marin de Notre Dame des Ausils où l'on se rend en proces­sion le jour de Pentecôte. Grotte de la Crousade où on été décou­verts des silex taillés et des ossements des âges préhistoriques... »

Le chemin pentu qui mène à la chapelle Notre Dame des Au­zils, édifiée en 1634, est bordé de cénotaphes érigés en 1860 à la mémoire des marins gruissanais morts en mer. Chaque lundi de Pâques, les pèlerins gravissent l'allée des naufragés et déposent un brin de laurier au pied des stèles avant d'aller se recueillir dans la petite chapelle. Le gouffre de l’Œil Doux fait, lui, partie de ces lieux magiques et inattendus sis au beau milieu du massif de la clape, en pleine garrigue, ou rien ne laisse présager de trouver un endroit pa­reil. Un site bien particulier, si vous écoutez la population locale, c’est un endroit plein de mystère entouré d’histoires énigmatiques.

 

 


Notes.


(1) Le Cers : La tramontane locale en narbonnais, ici on dit aussi « le nord », vent d'ouest ou nord-ouest, souffle environ 200 jours par an à plus de 20 noeuds. Froid et porteur de pluie en hiver, chaud et sec en été, il dégage généralement bien le ciel du littoral au printemps.

(2) La Marinade : ou vent Marin, de secteur sud, sud-est à sud-ouest, souffle sur le golfe du Lion et la Provence. Humide et doux, il est accompagné de pluies et lève une mer forte. Le marin est associé à l'arrivée du front chaud d'une dépression sur la région.

(3) Lykia : la Lycie, pour les navigateurs phéniciens, l’Insula Laci des Romains, l'île d’Ellec au Moyen-Âge, le Massif de la Clape.

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07:41 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aude, la clape, narbonne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

 
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