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12 janvier 2010

Le petit train jaune de Cerdagne : « Le canari. »

Cette ligne, électrifiée par un troisième rail, de 63km à voie métrique unique, est la plus haute d'Europe, 1532m à la gare de Bolquère.

Mise en service entre 1910 et 1928, elle a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art, viaducs, ponts et tunnels.

« Le Train Jaune est un atout formidable pour le territoire » et contribue au développement touristique des terres de Conflent et de Cerdagne. Il constitue, en outre, un véritable patrimoine historique, culturel et technique des Pyrénées Catalanes.


Un train à voie métrique, le plus haut d'Europe.


Le Petit Train Jaune, à voie métrique, avait pour but de relier les hauts plateaux de Cerdagne au reste du département des Pyrénées Orientales

La ligne fut édifiée en plusieurs parties de 1910 à 1927.

Les travaux commencèrent en 1903

- 1910 - Villefranche-de-Conflent - Mont-Louis-la-Cabanasse - 28 kilomètres.

- 1911 - Mont-Louis - La-Cabanasse - Bourg-Madame - 27 kilomètres.

- 1927 - Bourg-Madame - La-Tour-Carol - 7 kilomètres.

A ses débuts, elle fut exploitée par la Compagnie du Midi puis en 1937, nationalisée, elle fut, lors, exploitée, tout comme une grande partie du réseau Français, par la SNCF. Et, depuis 2005, la ligne est exploitée conjointement par la SNCF et le Conseil Régional Languedoc-Roussillon.

La Ligne, d'un longueur totale de 63 km, commence a Villefranche-Vernet les Bains a 427 mètres d'altitude et se termine à la gare internationale de La Tour de Carol-Enveigt, implantée sur la commune d'Enveigt, à 1.231 mètres d'altitude

L'altitude maximum atteinte est 1.532 mètres, à la gare de Bolquère, ce qui en fait la ligne de chemin de fer la plus haute d'Europe.

L'ouverture de la ligne a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art dont 19 tunnels et 2 viaducs, le Pont Séjourné et le pont Gisclard, et de 22 gares.


Dans un univers de charme et de merveilles naturelles.


La voie remonte les gorges de la Têt depuis Villefranche-de-Conflent jusqu'à Mont-Louis, puis elle franchit le col de la Perche pour rentrer en Cerdagne. Après avoir longé Font-Romeu, elle descend vers Estavar-Llivia, Saillagouse, Osséja, Bourg-Madame, Ur, et finit son parcours à la gare de Latour-de-Carol-Enveigt .

Son système de freinage est unique au monde; il est le premier à avoir utilisé l'électricité: freins « aéro-statiques », c'est un courant induit qui freine par électro-magnétisme les bobines, la chaleur est dissipée dans d'énormes résistances refroidies par l'air et situées sous la machine. Malgré les fortes et longues pentes, 60 m/km, soit 6% , il n'y a eu à déplorer aucun accident, sauf le jour de son inauguration en 1910.

Le voyage en Train Jaune ressemble à un film panoramique, rythmé par le balancement des voitures : à mi-hauteur des pentes escarpées de la vallée de la Têt, le train tutoie le vide puis traverse en douceur de grands espaces bucoliques, au pied des massifs du Canigou, du Cambre d'Aze, du Carlit et du Puigmal, avec au loin la silhouette de la Serra del Cadi.

Au détour d'un virage, on aperçoit un village ou une église romane, on devine l'entrée des vallées étroites du Haut-Conflent réservées aux seuls randonneurs, on découvre enfin les stations de ski accrochées aux pentes de Cerdagne.


Mais aussi, un univers de résistance...


Mais le Train Jaune, perché sur les hauts plateaux du pays catalan, n'est pas, seulement, celui des cartes postales aux couleurs saturées. Il n'est pas non plus unique attraction touristique, tortillard sympathique pris l'été en famille. Le Train Jaune est celui pour lequel il faut, les violents matins d'hiver, réchauffer au chalumeau les aiguillages grippés par le gel, briser à la barre à mine la glace accumulée dans les tunnels. L'été, il faut remplacer à la force des bras, les traverses fatiguées sur un ballast surchauffé, près du troisième rail électrifié, compagnon vital et sournois, sang de la machine et menace mortelle pour le cheminot s'il l'oublie.


Le Train Jaune a cent ans.


Né d'une volonté économique, il fut soixante-dix ans plus tard condamné par les nouveaux maîtres évoquant des motifs... économiques.

Et, par toutes les Pyrénées Orientales, pour sauver le « Canari », des femmes et des hommes se sont dressés, un jour, et crié leur refus de le voir disparaître.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

10 janvier 2010

La sardane, danse traditionnelle. Barretina, faixa et bigatanes.

La sardane, fille de la sardane courte, se danse en cercle fermé, alternant un homme et une femme, la femme à droite de son partenaire.

A Pâques, à Pentecôte et chaque fois qu'appelle, au plus profond des êtres, l'attachement des catalans à leur terre natale, la sardane fraternelle réunit des centaines de participants. C'est une danse d'union, d'amour, de liberté et de paix, symbole d'allégresse et de joie, empreinte d'un pays, d'un peuple et d'une nation, une danse et des rondes aériennes, les mains fermement liées, voltant, en « aplecs », - réunions de sardanistes -, sur les places des villes et des villages, les parvis des églises et des cathédrales, et au pied des sanctuaires.


Origines obscures de la Sardane.


A l'origine, s'accordent à dire les folkloristes, elle serait Crètoise, XV° siècle av. J.-C., puis Étrusque et enfin Hellène, les participants pratiquant un rituel, en ronde avec les bras levés, pour remercier la déesse Cérès de ses bienfaits pour leurs moissons. Mais, dès le I° siècle, le géographe grec, Strabon, ne citait-il pas une danse en rond en tant que danse d'offrande à la Lune pratiquée par les Sordons, - Plaine du Roussillon -, les Kerrètes, - Cerdagne, Ripolles et Garrotxes -, et les Bébryces, - Vallespir et Alt Empordà -, peuplades indo-européennes, qui occupaient les terres des Pyrénées méditerranéennes ?

Les deux hypothèses ne paraissent pas incompatibles. Il est aisé d'imaginer, les grecs s'étant installés, au IV° siècle avant J.C., sur les terres Nord et Sud catalanes, à Empurias, Cotlliure, Salses, Bracchyle..., que les Kerres, les Sordes et les Bébryces leur aient emprunté cette danse en rond pour remercier un de leurs Dieux à la fin des moissons...

Et puis, n'existe-t-il pas un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canignensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollencque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis », et là y découvrir son essence antique ?


Le contrepas.


Les « Pas brisés » et les « pas suivis » les uns et les autres rappelant les « pas courts »et les « pas longs » de le sardane actuelle, ne serait-ce pas le contrapàs, le contrepas, aussi appelé « contrapàs cerdà » ou « contrapàs sardà » déjà dansé au XVI° siècle dans les hautes terres de Cerdagne ?

L'origine religieuse du contrepas est avérée. Cette danse, accompagnée de chants célébrant la passion du Christ, était pratiquée pendant la semaine sainte et exécutée sur les parvis et dans l'enceinte même des églises. A ses débuts uniquement réservé aux hommes, petit à petit, les femmes entrèrent dans la danse, et le seul lieu où l'interdiction subsista était Prats-de-Mollo où il était encore dansé sur la Place d'Armes, au début du 20ème siècle.

En saura-t-on, un jour, ses vraies origines ?


Dans l'Empordà, naissance de la sardane moderne.


Solaire par sa forme, méditerranéenne par sa mesure, la sardane est la danse populaire catalane par excellence, celle qui, parmi toutes les autres, des plaines du Roussillon et de l'Empordà, - l'Empordà le berceau de la sardane moderne née, au milieu du XIX°siècle, sous l'impulsion d'un musicien, de Figuères, nommé Pep Ventura -, jusqu'au delà de l'estuaire de l'Ebre, symbolise le mieux la Catalogne et les Comtats.

Si, vers 1850, sous l'impulsion de Ramon Grès et de Miquel Pardàs, les catalans l’appelaient « sardana llarga », sardane longue, c’était pour la différencier de l’antique « sardana curta », la sardane courte, qu’elle a fini par supplanter et, depuis, le nom de sardane seul évoque la danse actuelle.


La sardane, danse populaire.


La « cobla », un ensemble orchestral et musical de 11 musiciens et douze instruments, composée de deux « tibles » et de deux « tenores », de deux trompettes, d'un ophicléide ou d'un trombone à piston, de deux « fiscorns » et d'une contrebasse à trois cordes, l'accompagne.

Aux premières notes aigües et vives du « flaviol » et du « tambori » joués par un même musicien, les cercles, imprégnés de son accent, de sa couleur et de son rythme, se forment.

La mélodie enfle son thème et les hautbois, aux chants austères et profonds, célèbrent l'amour et la félicité, la douleur et la mort, avec une grande joie saupoudrée d'une part de mélancolie, de rêverie et de sollicitude, éclatant au dehors, et une détresse intérieure s'illuminant de rais de bonheur, d'événements prospères et de hasards favorables.


Notes.

 

La « baretina », le bonnet rouge.

La « faixa », la ceinture de tissu.

Les « bigatanes », les espadrilles.

Le « Flaviol » et le « tambori », le chalumeau et le tambourin.

Le « tible » et la « tenore », instruments à vent de la même famille que le hautbois.

Le « fiscorn », instrument semblable au saxophone.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

09 janvier 2010

Le Roussillon passé présent. Bribes d'histoire.

L'histoire crée les états et délimite les frontières mais celles-ci ne parviennent pas toujours à séparer les hommes, unis, par delà les nationalités, par les coutumes, les traditions communes et les parlers. Tel est le cas de la  Catalogne partagée, au fil des temps, entre France et Espagne.

Capitale des antiques Comtats, hier Province du Roussillon, aujourd'hui Catalogne Nord, Perpignan a peut-être plus d'affinités avec Barcelone qu'avec Toulouse, Carcassonne, Montpellier ou Nîmes. Ici, tout évoque l'Espagne si proche : la lumière, les palmiers et, surtout, le palais médiéval des Rois de Majorque, celui de la Députation ou encore la belle Loge de Mer d'un pur gothique catalan. Même la très méridionale cathédrale Saint Jean apporte une pierre à la spécificité et à l'originalité de cette terre catalane.

Dans le Castillet, la Casa Pairal, - la maison ancestrale -, évoque les traditions agricoles et artisanales de la Vicomté de Vallespir, des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, et celles de ses dépendances, le Conflent et la Capcir.


Une terre convoitée à ses origines.


Le Roussillon est une terre d'une richesse historique incomparable. Il est mondialement connu pour posséder le site sur lequel furent découverts les plus anciens européens, dont les restes datent de 450.000 à 700.000 ans. Les époques suivantes sont également riches en découvertes : le néolithique et ses champs d'urnes, l'érection des dolmens et menhirs, et...

Le Roussillon, tributaires des luttes entre romains et carthaginois, sera marqué par le passage d'Hannibal et de ses éléphants de combat. Mais c'est aussi une période où la région sera militairement conquise onze fois et connaîtra quinze maîtres différents en 2500 ans : par les Chamites..., les ligures, les peuplades bascoïdes Sordones, Bébryces et Kerres, les phéniciens, les hellènes, les romains..., les wisigoths et les sarrasins.


Les carolingiens et la période comtale.


Après avoir chassé les sarrasins, la principale bataille se déroulant sur les hauteurs de Passa, près de Thuir, Charlemagne décide de créer, sur les lieux des combats, un monastère, le Monastir del Camp, - Monastère du campement -, bâtiment qui existe toujours.

Maîtres incontestés du Roussillon, les carolingiens y créent des comtés et favorisent l'installation de grandes abbayes, - Arles sur Tech, Saint Michel de Cuixà, Saint Martin du Canigou... -, qui essaiment, sur tout le territoire, des prieurés et des églises.


Le Comté de Barcelone et le Royaume d'Aragon.


En 897 Guifred le velu, unificateur d'une terre pérenne et à l'origine de la légende de la senyera, le drapeau catalan, partage entre ses enfants les comtés qui forment la future Catalogne. Mais l'unité Catalane se soude essentiellement sous Raymond Bérenger III, dit le Grand (1097-1131)

En 1137 Raymond Bérenger IV, dit le Saint, épouse Pétronille Ramirez, la fille du roi d'Aragon, unique héritière. Il devient ainsi prince consort et ses enfants obtiendront le titre de Comte-Roi de Catalogne-Aragon, engendrant la lignée des rois d'Aragon.


Le Royaume de Majorque.


En 1276, à la mort de Jacques Ier le Conquérant, le royaume catalano-aragonais est partagé entre ses deux fils. Le Royaume de Majorque, dévolu à Jacques II, se compose des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, de la Vicomté de Vallespir, des Iles Baléares et de la Seigneurie de Montpellier, avec pour capitale Perpignan. Le reste de la couronne va à son frère Pierre III, comte de Barcelone et roi d'Aragon.

Quatre vingt ans d'existence, l'histoire du royaume de Majorque est courte, mais intense. Obligé de faire des choix face à ses puissants voisins, la France et le Royaume d'Aragon, il subit l'inévitable dérive qui le mena à son extinction. Les deux royaumes catalans sont réunis, à nouveau, en 1344n sous le règne de Pierre IV, roi de Catalogne-Aragon.


Les Comtats.


Pierre IV, prince d'une haute capacité associe ses nouveaux sujets à la législation catalane. Il les admet aux États Généraux ou Corts, encourage l'industrie et la navigation par des traités avec les nations voisines, protège l'agriculture et fait replanter d'arbres les contrées ravagées par les dernières guerres.

Jean I, son fils et successeur, ne suit pas l'exemple de son père. Il abandonne le Roussillon à l'administration d'un gouverneur général et d'officiers royaux, plus soucieux de leur enrichissement et de leur élévation que des intérêts du pays. Mais Barcelone jalouse Perpignan pour ce nouveau privilège accordé et de nombreuses échauffourées fratricides se produisent et endeuillent les deux terres.


La Province de Roussillon.


Jusqu'à Louis XIV, et la fin de la Guerre de Trente ans, les Comtats restent rattachés au royaume d'Espagne et à la Catalogne. Le Traité des Pyrénées, du 7 Novembre 1659, et ses Conventions de Céret, Mai 1660, et de Llivia, Novembre 1660, mettent un terme à ce rattachement naturel façonné par des siècles d'histoire. Pourtant ils ne réussit pas à effacer les particularismes et l'identité propre du peuple qui la compose.

Du Traité des Pyrénées à la Révolution Française, la Province du Roussillon, province frontalière et « pays conquis » est dotée, par le pouvoir central, de nouvelles institutions. Considérée comme province étrangère, les barrières frontalières sont maintenues avec les provinces limitrophes.


Le Département des Pyrénées Orientales.


La loi du 22 décembre 1789 organise les pouvoirs au sein de nouvelles circonscriptions appelées départements puis le décret du 15 janvier 1790 fixe le nombre de départements à 83.

Le département des Pyrénées-Orientales est créé le 6 mars 1790. Les députés de l'ancienne province de Roussillon signent l'arrêt créant le département de Roussillon qui prend rapidement le nom de Pyrénées-Orientales. Le nouveau département est plus vaste que l'ancienne province de Roussillon, dont la langue faisait l'unité. La petite région languedocienne du fenouillèdes, - plus de vingt cinq communes dont Saint-Paul-de-Fenouillet, Maury, Latour-de-France, Bélesta, Montalba-le-Château, Sournia... -, est incorporée dans cette nouvelle structure politique.


La Catalogne Nord.


La Catalogne Nord, - l'inventeur de l'appellatif en étant, dans les années 1930. le catalaniste Alphonse Mias, du groupe Nostra Terra -, désigne le territoire correspondant à l'actuel département des Pyrénées-Orientales. Par tradition, on la divise en six comarques ou pays: le Roussillon, les Fenouillèdes, le Vallespir, le Conflent, la Cerdagne et le Capcir.

Ce terme, lui préférant le référentiel Roussillon, nom de la province d’Ancien Régime, est très peu utilisé en France. Les termes génériques de Pays catalan, de Catalogne française ou de Pyrénées catalanes sont, de même, employés.

Pour les catalanistes, cette appellation correspond à une réalité historique et identitaire : « En effet », déclarent-ils, « depuis les origines, la Catalogne Nord a été rattachée à la Nation catalane, sur les deux versants des Pyrénées, issue de la réunion des comtés féodaux indépendants, de facto, de l'empire carolingien dès le IX° siècle. »

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

Éternel et immuable Canigou : Montagne mythique des catalans.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon désavouant le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Dès la nuit des temps
extirpé du sein terrestre:
La grâce divine.

Symbole avéré,
Olympe des catalans -
Le Mont Canigou.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, - vins, fruits et légumes primeurs de qualité -, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

Dominant la plaine,
majestueux et royal,
La terre des Dieux.

La montagne mère,
de fécondité symbole -
De l'eau dans la plaine.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphériques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Écrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques de l'ouest de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, - ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...? -, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Horizon visuel,
rotondité de la Terre,
altitude aussi.

Canigou, un phare
dans le ciel atlantidien -
Platon le savait.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, - des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine... -, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, - Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, - les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues... -, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, - étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies -, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Vigie maritime
entre hautes terres et plaine -
Porte de deux mondes.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté ? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants ? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, se tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'œuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Terres d'exception,
terre du fer et de paix -
Terre des poètes.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, œuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, sur­git « Canigo » de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque et extraordinaire, un éclat, lors hexamètres et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux « dans le ciel bleu flamboyant », en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.

Difficile, pour un sismo-vulcanologue, de ne point prêter sa plume à son clone, catalan de naissance et de cœur, poète-écrivain-historien quant s'agit de chanter, en mots élégiaques, le Massif et le Pic du Canigou, symbole de la Catalogne.


Étude étymologique du Pic et Massif du Canigou


Le Mont Canigou est un site merveilleux, enchanteur et mystérieux et tout catalan qui se respecte, se veut de le connaître dans toute sa splendeur. Terre des Dieux, terre des hommes, il se dresse, vieux berger des ans encapuchonné de neige, en figure de proue, amer des marins, au coeur du Roussillon, sentinelle de la méditerranée.

A entendre tous les méthodistes de l’étymologie, les herméneutiques latines de Canigou signifieraient « sommet en forme de croc de chien, sommet enneigé, sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche... », commentaires simples et bien peu conformes aux exégèses pré-indo-européennes et pré-romaines.

Canigó, le Canigou ! L’énoncé des diverses appellations topony­miques telles que répertoriées et classifiées par Pierre Ponsich, « Répertoire des lieux habités du Roussillon », permettent d’affirmer l’antiquité du toponyme :

- 875 et 949, « Montis Canisgonis »,

- X° siècle, « Monte Canigono, Monte Chanigono, Monte Canisgonis »,

- XI° siècle, « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae »,

- et, dès 1300, sa forme définitive « Canigó », francisée, après le traité des Pyrénées donnant le Roussillon à la France, « Canigou »

Ce point précisé, il peut être accepté une vérité, la première mention, avancée comme connue, relèverait du IX° siècle.

Pourtant, ce précepte, longtemps admis comme incontestable par une certaine catégorie de scientistes, n’est, en fait, qu’une demi-authenticité. En effet, de nouveaux documents ont été exhumés, un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canigonensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollenque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis » ou de « Canigonensis » et d’un « Montem Canis Goniae. »

Canigó, le Canigou ! D’évidence, face au soleil le berçant de tous horizons, il n’est qu’un visage caché, son propre patronyme. Mais..., quel a pu être, les documents archives étant silencieux à son propos, son appellatif aborigène ? Sur la foi des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne, il serait aisé de penser, toutes les présuppositions et toutes les conjectures pouvant concorder avec le site majestueux, qu’il eut pu se dénommer, ou « Kanikon, Kanikone, Kanikonos,... », nom originel qui serait devenu « Canigó » après l’affaissement du « k » initial de Kan, en « c » intervocalique, et du « k » intermédiaire de kon, en un « c » qui, par déformation orale, aurait muté en « g », et la chute du « n » final laissant une terminaison en « o », accentué par les grammairiens catalans, lui caractérisant plus de robustesse, de puissance, de rudesse et de rigueur, ou bien « Kanigonia, Kanigoia », un nom de lieu usité, au XI° siècle, et transcrit sur de nombreux documents archives « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae... »

Canigó, le Canigou ! Les linguistes, dressant son étude étymologique, rapprochent, aisément, le nom à la base oronymique et orogénique pré-indo-européenne, -des peuplades de la fin du Néolithique, III° millénaire avant J.C., qui avaient investi les terres de la bordure méditerranéenne-, ou pré-romaine, -Âge du Bronze final, début du I° Millénaire avant J.C., avec l’arrivée des Sordons, « peuple de la mer », des Bébryces et des Kerretes, « peuples de bergers et d’agriculteurs », ethnies plus civilisés-, « Kan », montagne aux roches compactes et dures, de couleur sombre, au sous-sol riche en métaux, - fer, or, argent... -, d’origine volcanique, « Kani », chien, dent de chien et sommet montagneux en forme de dent de chien, « Kaln », sommet pétré, « Kar » ou « Ker », rocher, formant le premier élément auquel il y aurait pu être adjoint un caractérisant complétif, soit « kone », résidence obscure habitée par des personnes extraordinaires, étranges, merveilleuses ou fabuleuses, soit « konos », en forme de cône, de polyèdre ou de pyramide avec base polygonale à vingt faces, soit « kon », duplication tautologique de Kan, soit « ikone », représentation d’un ensemble d’étoiles présentant une configuration propre, soit « iavo », amas de cailloux et dalles rocheuses, ou Dieu, terre des Dieux, soit « gonia », récepteur d’ondes cosmiques ou lieu sacré, soit, enfin, « oia » ou « goia », bercail.

Canigó, le Canigou ! Si Horace consommait du substantif latin « canis » dans le concept de chien, de chienne, - animal ou terme injurieux -, de chien de berger et des Furies, - Divinités infernales pour les Romains, Déesses de la vengeance dans la Mythologie grecque ou Déités, par antiphrase, Bienveillantes - ; Tibère dénommait, ainsi, le Cerbère, - chien à trois têtes qui gardait les Enfers -, et la Constellation de la Canicule ou du Petit Chien, - « petite chienne », appliqué à Sirius, étoile se levant en même temps que le Soleil à l’époque des grandes chaleurs estivales- ; Plaute en usait dans le sens de carcan, de collier, d’augure tirée de la rencontre d’un chien, et Cicéron, de chien, de limier, de créature, de satellite ou de cheveux blancs. Au différent, Virgile, Ovide et Pline l’ancien caractérisaient, en « canis » ou « canitiés », les cheveux blancs, la barbe blanche, la vieillesse, la blancheur, le poli ou la robe blanche, alors qu’en « canis » ou « canens », Ovide qualifiait, de la sorte, une Nymphe et son chant plaintif bruissant, sous le vent, dans les branches et les vallées, et Pompéius Festus, un ornement de tête.

L’étude étymologique de la deuxième composante de Canigó, - en catalan -, ou Canigou, - en français -, complémentaire des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne ou pré-romaine, est tout aussi explicite et significative du site, permettant d’apporter éclairage, intelligence et connaissance dans sa compréhension. D’après Pline l’Ancien, « Caenia » ou « Coenia », selon les graphies « Gaenia » ou « Goenia », exprimaient montagne ; les « Caenicenses » ou les « Coenicenses », suivant les transcriptions les « Gaenicenses » ou les « Goenicenses », étaient un peuple de bergers et d’agriculteurs de la Narbonnaise, aussi connu sous le nom de Bébryces, vivant dans les montagnes des Albères, des Aspres et des premiers contreforts du massif du Canigou qui serait, de ce fait, par éponymie, la Montagne des Bébryces ; et, enfin, « Goniaea » et « Gonianés » ou « Ganiaea » et « Ganianés », révélaient la Pierre inconnue, la Montagne Sacrée, la Terre des Dieux.

Se rapprochant d’Apulée de Madaure, dans son « Metamorphoseon sive Asini aurei », « icon » symboliserait la fidèle représentation matérielle d’une image céleste ou d’une constellation, et de Chalcidius, traduisant, en latin, le Timée de Platon, « iconium », diminutif d’icon, symboliserait la réplique terrestre, incise dans un « icosahëdrum », un icosaèdre ou polyèdre à vingt faces constitué par des triangles, de la Constellation du Petit Chien, son point culminant personnifiant Sirius. Enfin, il serait faire preuve d’une outrecuidante inélégance si, en cette étude, il était fait fi de deux inscriptions romaines « oia » et « ioa », toutes deux matérialisant le nom mystique d’une puissante divinité, Jupiter, Pluton, le Soleil ou le Créateur.

Préface de "Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

 
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