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30 novembre 2010

L’homme de Tautavel... I.

La Caune de l'Arago, à Tautavel, est souvent comparée à un grand livre d'histoire, un livre d'humanité, de l'humanité à ses racines, où les pages s'effeuillent, une à une, et s'effacent, irrémédiablement, lors de chaque fouille programmée.

« Le front bas, le menton effacé, le regard abrité sous des arcades proéminentes, la démarche balourde malgré une taille qui approchait 1 mètre 60... il n’aurait pas déparé parmi les figurants de La planète des singes »(1), telle est l'une des descriptions réductrice, parmi tant d'autres publiées sur sa personne simiesque, - ou voulue telle -, de celui qui fut, durant 23 ans, considéré comme le plus vieil européen, âgé de 450.000 ans, l'homo érectus tautavelensis exhumé de la Caune de l'Arago, Pyrénées Orientales, le 21 Juillet 1971. Il n'a été détrôné de cet honneur, qu'en l'an 1994, par l'Homo antecessor, une espèce définie à partir de 86 fragments osseux correspondant au moins à six individus, dont le maxillaire et le frontal d’un enfant âgé d'environ 10 ans, - 780.000 ans -, découverts en Espagne, à Atapuerca(2), dans le gisement de la Gran Dolina. Et, en l'an 2000, un Homo ergaster-erectus georgicus, - l’homme qui travaille droit -, découvert sur le site de Dmanisi, en Géorgie, et daté de 1,8 million d'années, posant la question idoine de la présence d'humanoïdes autochtones, en contradiction avec la thèse émise d'une colonisation pré-humaine de l'Europe par des hominidés venus d'Afrique en transitant par l'Asie, les a supplanté dans l'antériorité.

L’homme de Tautavel : hominidé anténéanderthalien ou Homo Heidelbergensis ?


Les restes, plus de 120 fragments mis à jour, de cet hominien tautavellois font toujours l'objet, - polémique stérile, sans nul doute, entre scientifiques impudents, infatués et arrogants, assoiffés jusqu'à l'ivresse de notoriété, de succès dans leur travail et de reconnaissance par la société - de deux interprétations différentes assises, l'une et l'autre, sur le système de classification des êtres vivants essentiellement basé sur les rapports de proximité évolutive entre espèces, la phylogénétique. Pour le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, il correspond à une forme européenne d'Homo erectus, la raison pour laquelle le nom d'Homo erectus tautavelensis a été suggéré(3). En cela, pour ses inventeurs, il s'agirait d'un hominidé anténéanderthalien, devancier, sur le sol européen, bien que n'ayant pas nécessairement de lien de parenté avec lui, de l'Homme de Néanderthal. Pour les opposants à cet appellatif binominal d'espèce, il circonviendrait de le classifier dans le genre pré-Néanderthalien ancien, ancêtre direct d’Homo neanderthalensis. Ainsi, tout comme la mandibule de Mauer, - 600.000 ans - , découverte en Allemagne, en 1907, dans une sablière près de Heidelberg, ou le crâne de Petralona, du Mindélien supérieur, - 650.000 à 450.000 ans -, mais étonnamment daté de 200.000 ans, exhumé en 1982 en Grèce, le crâne Arago XXI, devrait alors être considéré comme un représentant de la très controversée espèce, l'Homo Heidelbergensis.

En toute certitude, sur le plan paléontologique, la grotte de l’Homme de Tautavel est, avec le gisement de Sima de los Huesos, - la grotte des os à Atapuerca en Espagne -, sans conteste aucune pour les sommités scientifiques, l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.


La Caune de l'Arago.


Située en surplomb des gorges de Gouleyrous, la Caune de l'Arago, l’une des plus grandes cavités karstiques du Sud des Corbières, véritable nid d'aigle, domine, d’une centaine de mètres, les vallées de Tautavel-Vingrau et de l'Agly, et offre une vue imprenable sur le Rivesaltais, la Salanque et la plaine du Roussillon. Pour les chasseurs de la préhistoire, c'était un poste d'observation idéal, privilégié et stratégique qui leur permettait de surveiller, en toute sécurité, les déplacements du gibier et des troupeaux aussi loin que pouvait porter leur vue sur les landes et le piémont pyrénéen à l'horizon. En outre, le Verdouble, coulant en contrebas, le point d'eau attirait les animaux qui venaient s'y abreuver apportant profit aux hommes. Ceux-ci ne devaient point se priver d'une telle manne en nourriture, - des herbivores : Bouquetin, Cerf, Mouflon, Thar, Daim, Bœuf musqué, Bison, Cerf, Renne, Éléphant, Cheval et Rhinocéros ; mais aussi des carnivores : Ours, Loup... -, tenue à portée immédiate de leurs armes de chasse précaires.


En références aux outils lithiques découverts sur le site, - racloirs, grattoirs, pointes, choppers, chopping-tools et quelques bifaces -, peuvent laisser à penser que l'Homo tautavellensis était un hominidé peu évolué, l'homme moderne se trompe peut être sur les capacités réelles qui animaient ces hommes antédiluviens. N'a-r-il point été découvert, taillé de main d'homme, proche de l'entrée de la grotte, un passage en degrés qui permet d'accéder facilement sur le plateau situé au dessus de la grotte ? Qu'en serait-il réellement ? Ne serions-nous pas dans l'erreur ? Et ne dévaloriserions-nous pas nos antécesseurs par nos clichés proformatés ?


La découverte de la Caune de l'Arago.


Cette grotte a été connue de tous temps mais elle n'a pas été, après la Paléolithique(5), située trop haut dans la falaise et n'ayant, de ce fait, pas pu servir d'abri aux bergers ni de lieu de surveillance aux militaires, tout particulièrement habitée. Au différent, depuis le XIX° siècle elle a acquis un intérêt paléontologique. Dès 1828, elle a été étudiée par Pierre Marcel Toussaint de Serres, géologue et naturaliste montpelliérain, qui y avait découvert des ossements d'animaux qu'il qualifiait « d'antédiluviens. » En 1948, Jean Abelanet, archéologue catalan, y entreprend des recherches qui lui ont permis de mettre à jour des industries lithiques datées du Paléolithique moyen. Et, à partir de 1964, sous la direction d'Henry de Lumley, elle fait l'objet de fouilles systématiques et méthodiques qui mènent, en 1971, à la mise à jour des restes, datés de 450 000 ans, de l'un des plus anciens européens


Raymond Matabosch.


Notes :


(1) Jean-Philippe Mestri : « L’homme de Tautavel rajeuni », Le Progrès, Vendredi 31 août 2001.
(2) Atapuerca est une petite commune de 200 habitants située au nord de l’Espagne, dans la province de Burgos
(3) Marie-Antoinette de Lumley, 1982. « L'homme de Tautavel. Critères morphologiques et stade évolutif », dans « Datations absolues et analyses isotopiques en préhistoire, méthodes et limites. »

Henry de Lumley et Jacques Labeyrie, Colloque international du CNRS, Tautavel, 22-29 juin 1981, pp. 259-264

Publié le 27 Octobre 2010 sur :

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09 août 2010

Fenouillèdes et Vallée de l'Agly : Mystères, contrastes et légendes.

Le Fenouillèdes, une région naturelle, à la beauté sauvage faite de collines calcaires peu escarpées mais très segmentées et de moyennes montagnes, se situe au nord-nord-ouest du département des Pyrénées Orientales. Comme toutes les régions estampillées « naturelles », ou pays traditionnels, ses frontières sont estompées, nébuleuses et incertaines.

Il est d'étendue limitée et possède des caractères géomorphologiques, géologiques, climatiques, hydrologiques..., faunistiques et floristiques homogènes. Par la perception et la gestion de ses terroirs spécifiques, le développement de ses paysages et son identité culturelle propre, s'associant à son particularisme physique, il s'enorgueillit d'une occupation humaine cohérente, rationnelle et, égale­ment, homogène.


Les racines historiques du Pays de Fenouillèdes.


Ce pays institutionnel a été reconnu et inventé par les géo­graphes antiques grecs et les instances consulaires romaines. En ef­fet, lorsque, sous Auguste, la Narbonnaise fut restructurée, et les contours de la Provincia Romana et, en son intérieur, celles des cités la composant furent redéfinies par le cadastre d'Orange, en 77 après J.-C. sur l'ordre de l'empereur Vespasien, apparut pour la première fois le « Pagus Fenioletensis.(1) »

Il prend également racine dans la longue histoire d'un fief féodal pérennisé par les érudits locaux et par les anciennes popula­tions rurales. Pierre, seigneur de Fenouillet, était le premier Vicomte connu de Fenouillèdes, sous domination catalano-aragonaise, pour être cité, en 1017, dans l’acte de fondation de l'évêché de Besalù(2). Auparavant, en 1011, un bulle du Pape Serge IV indique « qu’un monastère, consacré à Saint Pierre, sera établi dans le comté du Fenouillèdes, à l’intérieur du château vicomtal. »


Les racines politiques du Pays de Fenouillèdes.


Fenouillet, ayant donné nom au Fenouillèdes, était très faci­lement défendable. Deux lignes de murailles protégeaient le village surmonté du château vicomtal Saint Pierre. Le tout était renforcé par deux châteaux secondaires : Sabarda et Castel Fizel. Jusqu'à la fin du XII° siècle, Arnaud étant le dernier vicomte en ligne directe, la Vicomté de Fenouillèdes était dépendance du Comté de Besalù.

A sa mort, sa fille épousa Pierre de Saissac fils cadet d'une puissante famille de la Montagne Noire. Par jeu des alliances, le château et la vicomté entrèrent dans la mouvance des vicomtes de Narbonne. Les Saissac étant liés à la religion cathare, la vicomté étant largement ouverte à la dissidence religieuse, le catharisme atteignit, lors, le Fenouillèdes. Pour son soutien à l'hérésie, Pierre de Fenouillet fut dépossédé de ses biens au profit du Comte de Roussillon, des biens retournant, ainsi, à la couronne catalano-aragonèse.


Dès le XIII° siècle, le Pays de Fenouillèdes, terre de France.


Mais au traité de Corbeil, 11 mai 1258, le Roi de France, Louis IX se démit de ses prétentions sur la Catalogne. Parallèle­ment, le Comte-Roi de Catalogne-Aragon, Jacques I° d'Aragon, re­nonçà à certaines de ses revendications territoriales, excepté Montpellier et autres possessions d'appartenance à son épouse Marie, dans le Languedoc. La Vicomté de Fenouillèdes devint terre de France et fit sienne la langue d'Oc et, par elle, l'occitan.

Le département des Pyrénées Orientales fut créé, à la Révo­lution française, le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 dé­cembre 1789. Il regroupa la province du Roussillon devenue fran­çaise par le traité des Pyrénées(3), 7 Novembre 1659, et une petite région du Languedoc, le Fenouillèdes.


Le Fenouillèdes, une région naturelle marquée par ses cours d'eau.


A l'est, le Fenouillèdes est délimité par la plaine du Rous­sillon et les Corbières catalanes, au nord par les Corbières audoises, à l'ouest, par le Pays de Sault et, au sud, par le Conflent. Près de Ra­bouillet et de la forêt de Boucheville, le « pays » culmine à 1356 mètres au Roc des Quarante Croix.

Terre de contrastes surprenants, il s'organise autour d'une kyrielle de micro-régions naturelles, aux paysages et aux climats va­riés. L'Agly et ses affluents ont charpenté un relief montueux et accidenté déroutant, particularisé par un enchaînement de dépressions et de grabens, de plateaux et de horsts, et de barres rocheuses verti­gineuses.


Atlas des paysages du Fenouillèdes.


Le Haut-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 300 et 1.356 mètres, à l'ouest, est constitué de vallées peu habitées et de massifs montagneux boisés Il associe rudesse et beauté dans ses paysages. Il est délimité, au nord, par le synclinal du Fenouillèdes, à l'est, par la vallée de l'Agly et le plateau de Roupidère et, au sud, par la vallée de la Castellane. Comme en témoignent les nombreux vestiges d'architecture militaire, il est riche d'un passé tumultueux. Quelques routes sinueuses desservent les quelques villages qui se nichent soit dans les vallées : Sournia, Rabouillet, Pézilla-de-Conflent, Le Vivier, Fenouillet..., soit sur les versants : Prats-de-Sournia, Campousssy...

Le Bas-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 60 et 800 mètres, humant les parfums de la garrigue et la fraîcheur des fo­rêts, les ravins escarpés en larges plateaux, est terre de vigne. Il est connu pour ses vins doux du terroir Maury.. Mais ici, la rocaille est toujours prête à reprendre, à l'homme, l'espace difficilement conquis aux rudes massifs quasi-désertiques. Quelques dix villages campent sur ce territoire et chacun n'excède pas aujourd'hui les 200 habitants.

S'étirant entre les gorges de l'Aude à l'ouest et la vallée du Verdouble à l'est, là est l'étonnant synclinal du Fenouillèdes. Il s'allonge sur une trentaine de kilomètres pour environ quatre kilomètres de large entre les deux échines de calcaires qui l'encadrent. Une route départementale et une ancienne voie ferrée desservent les trois villages qui l'occupent : Maury, Saint-Paul-de-Fenouillet et Caudiès-de-Fenouillet. Dans sa partie est, coule le Verdouble qui arrose une vallée, mondialement reconnue pour avoir abritée, il y a 450 000 ans, « l'homme de Tautavel ».


Notes.


(1) Pagus Fenioletensis, de « pagus », bourg, bourgade ou village, district rural ou canton, et de « feneus », de foin, le pays des foins, ou de « fenicularius », de fenouil, le pays du fenouil d'où décline le Fenouillèdes et Fenouillet.

(2) Marca hispanica sive limes hispanicus, hoc est, Geographica & historica descriptio Cataloniae, Ruscinonis, & circum jacentium po­pulorum, Pierre de Marca. - Paris 1668.

(3) Le traité des Pyrénées formalise une paix conclue entre le royaume d'Espagne et celui de France à l'issue de la guerre de Trente Ans. La France annexe, articles 42 à 60, le comté de Rous­sillon, les pays de Vallespir, de Conflent et de Capcir et 33 bourgs et villages de l'est du comté de Cerdagne.


"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

12:00 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Catalanes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roussillon, catalogne, pyrénées orientales, fenouillèdes, tautavel | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

 
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