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14 avril 2014

La couleuvre de Montpellier. Suite...

La couleuvre de Montpellier.

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Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon, la couleuvre de Montpellier

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La couleuvre de Montpellier prolifère dans les terrains secs et chauds, rocailleux ou sableux, à végétation buissonnante, qui lui facilitent la possibilité d'y trouver de nombreuses cachettes pour s'y réfugier car, en cas de danger, elle tente, en priorité, de fuir. Ce n'est seulement, s'il lui est impossible de s’échapper, qu'elle va dresser, à la manière des cobras, le tiers ou le quart du corps, au-dessus du sol, et prendre une posture défensive. Elle balance, alors, la partie soulevée, de gauche à droite, d'avant en arrière, en fonction de sa respiration et de son souffle violent, - en occitan pour cela dénommé le « gisclard » -, tandis que sa langue sort et entre très vite dans sa bouche. Cette posture indique que le « Malpolon monspessulanus » veut intimider l'agresseur. S'il se dresse encore, c'est qu'il est prêt à l'attaque et à mordre s'il en a l’occasion. Mais il faut qu'il soit très violemment provoqué pour frapper vraiment.

Si son habitat de prédilection est surtout les garrigues où, en certaines stations il peut se compter jusqu'à cinq individus à l'hectare, très adaptable, elle a aussi colonisé la proximité des points d’eau, les maquis côtiers, les fourrés, les vignes, les oliveraies, les forêts de chênes verts et les prairies. Elle se rencontre jusqu'à 500 mètres d'altitude et même, dans certaines régions du Sud de la France, de l'Ibérie et du Nord Maghreb, jusqu'à 1.000 mètres. Malgré sa mine patibulaire due à ses « sourcils prononcés », le « Malpolon monspessulanus », même si c'est une couleuvre venimeuse, par le fait qu'il possède elle possède « des crochets à venin », situés en arrière, - opistoglyphe -, les morsures normales étant de l'ordre d'une seconde ou d'une fraction de seconde, n'est pas dangereux pour l'homme.

En effet, contrairement à la vipère, il ne peut l'inoculer directement car ses crochet, non perforés s'assimilent à des dents avec des sillons le long desquels le venin peut s'écouler. Mais, pour la couleuvre de Montpellier, ceci ne peut se réaliser que si la proie est maintenue dans sa gueule, puis, en quelque sorte, « mastiquée » afin que les « dents » puissent pénétrer et que le liquide, paralysant progressivement la victime et facilitant son ingestion, s'introduise dans la chair mordue. Pour les humains, de rares envenimations, - rendues possibles parce que la morsure aurait été particulièrement prolongée -, s'en suivent, ne provocant qu’un léger gonflement de la partie mordue, un phénomène qui disparait au bout d’une ou deux heures.

Serpent diurne, rapide dans ses déplacements reptatoires, - souvent dénommé le TGV des garrigues -, et opportuniste, elle chasse généralement à vue et son alimentation, contribuant à l’équilibre écologique du milieu naturel, est constituée, de sauriens, de petits mammifères, - muridés, lapereaux, mulots, rats -, d'oiseaux nichant au sol, de lézards, - Psammodromus algirus, lézards ocellés de taille adulte... -, et de serpents, - Rhinechis scalaris, Hemorrhois hippocrepis... -

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Outre sa coloration caractéristique, - les très jeunes parfois gris avec des motifs de bande non liées sur le dos plus ou moins foncé, ou gris marron avec le même motif, leur ventre vert à orange qui, avec l'évolution, la couleur en devient de moins en moins vive, plus uniforme ensuite, vert foncé, gris foncé et chez les spécimens âgés, une section du corps derrière le cou, vert, noir, parfois bleu foncé -, son identification est aussi possible par ses écailles. Ce grand serpent a une écaille frontale plus étroite que les deux écailles supra-oculaires. Ses dorsales et ses latérales sont plus ou moins creusées longitudinalement chez l’adulte qui possède en outre, une pré-oculaire, deux post-oculaires et deux loréales, situées entre la pré-oculaire et la nasale.

La reproduction a lieu au printemps, généralement à partir de fin Avril-Mai quand les « Malpolon monspessulanus » sortent de l'hibernation. Les couples se forment... Le couple dit dominant peut accueillir d'autres individus mâles ou femelles voire même d'autres couples sur son territoire. Les relations peuvent alors devenir très complexes. Comme pour les pistes de chasse, le mâle dominant va délimiter régulièrement son territoire. En son absence, son rôle pourra même tenu par un mâle « vassal » qu'il aura pris soin de marquer au préalable de son fluide nasal. Ce dernier protègera la femelle sans pour autant s'accoupler avec elle.

A cette époque, le mâle reproducteur se montre très tendre envers la femelle qu'il défend et assiste même pendant la chasse. Mais c'est aussi à cette période que les mâles d'un naturel très farouche oublient leur prudence... N'hésitant pas à passer à découvert, ils sont les victimes nombreuses et toutes désignées des routes passagères. Les femelles pondent environ 15 œufs ; - extrêmes de 5 à 20 œufs -, dans un lieu humide, chaud, souvent dans de la végétation en décomposition. Les œufs éclosent après 8 semaines, fin Août-début Septembre, et les nouveau-nés mesurent entre 20 et 35 cm. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 3 à 5 ans et les couleuvres de Montpellier ont une espérance de vie d'une quinzaine d'années.

Le « Malpolon monspessulanus » figurant en annexe III de la convention de Berne de 1982, fait partie des espèces de faune protégées en Europe Sur le territoire métropolitain, il est totalement interdit de la capturer, de la blesser, de la tuer, de le déplacer et de détruire sa ponte.

 

Bibliographie

 

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

Les cathédrales de pierre de Raymond Matabosch

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Les Cathédrales de pierre

de Raymond Matabosch

74 pages

Couleur : ISBN 9781291834468 27,50

Noir & blanc : ISBN  9781291834444, 14,00 €

eBooks : ISBN 9781291834567 9,50 €

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fasci­nante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au cœur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dol­mens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la pré­sence humaine.

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Cas­telbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

11 avril 2014

Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon : La couleuvre de Montpellier.

 La couleuvre de Montpellier.

Contrairement à son « derivatio nominis », « Malpolon monspessulanus », - venant de la latinisation de Montpellier -, la Couleuvre de Montpellier, un serpent originaire d'Afrique, - en arabe égyptien « Hanech aswad » -, de la classe des Reptilias, de l'ordre des Squamates et de la famille des Lamprophiinae dans les Colubridés, est répandue bien au-delà de la ville qui lui a donné son nom. Elle se retrouve sur presque tout le pourtour de la mer Méditerranée, excepté dans la péninsule italienne et sur les territoires îliens méditerranéens, de l'Afrique du Nord jusqu'en Iran, à la Ligurie, - Nord-Ouest de l'Italie -, en passant par la péninsule Ibérique et le Sud et le Sud-Est de la France.

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Initialement, suivant Hermann, le décrivant sous l'intitulé «Coluber monspessulanus » ou « Coelopeltis monspessulanus », en 1804, et autres naturalistes et zoologistes, - « Natrix lacertina » ou « Coelopeltis lacertina », Vagler, en 1824 -, il n'existait qu'une seule espèce de « Malpolon », - du grec μαλα, « très, fort, beaucoup », et πολυς, « nombreux, grand, fort », en référence à la grande taille et la grande force de ces couleuvres-, le « Malpolon monspessulanus », - depuis seulement 1928, Mertens & Möller -, qui se subdivisait en quatre sous-espèces, le « Malpolon monspessulanus monspessulanus », dans le Sud-Ouest de l’Europe, - Portugal, Espagne, Sud et Sud-Est de la France, Ligurie -, ainsi qu’au Maroc et au Nord de l'Algérie jusqu'en Kabylie, le « Malpolon monspessulanus saharatlanticus », - Geniez, Cluchier & De Haan, 2006 -, dans le Nord-Ouest de l’Afrique, - côte atlantique du Maroc, Sahara Occidental et Sud Soudan -, le « Malpolon monspessulanus insignitus », - Geoffroy de Saint-Hilaire, 1809 -, principalement sur tout le Nord de l’Afrique, - Est du Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Nord de l’Egypte, Palestine, Israël, Jordanie, Syrie, Turquie, Grèce, Corfou, Chypre, Irak, Iran, Liban... -, et le « Malpolon monspessulanus fuscus », - Fleishmann en 1831 -, uniquement en Syrie. Depuis 2006, selon Carranza, Arnold & Pleguezuelos, - Phylogeny, biogeography, and evolution of two Mediterranean snakes, Malpolon monspessulanus and Hemorrhois hippocrepis, Squamata, Colubridae, using mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution -, le « Malpolon monspessulanus insignitus » a été élevé, sous l'intitulé « Malpolon insignitus » au rang d'espèce, une espèce qui se compose de deux sous-espèces, le « Malpolon insignitus fuscus », - anciennement le « Malpolon monspessulanus fuscus » -, et le « Malpolon insignitus insignitus. »

Insolite, tout autant qu'exceptionnel, à bien des égards, le « Malpolon monspessulanus » est l'une des seules espèces, d'origine africaine, à être présente, de façon naturelle, en France. La couleuvre de Montpellier, bien que ne dépassant qu'exceptionnellement la taille de 2 mètres, peut atteindre jusqu'à 2,55 mètres de long et peut peser jusqu'à 3,500 kilogrammes, en faisant, selon Guy Naulleau, - Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987 -, le serpent le plus grand d'Europe. Un corps svelte, une tête étroite, les mâles, avec une taille moyenne d'environ 1,80 mètre, sont généralement plus grands et imposants que les femelles, de taille plus modeste dépassant très rarement 1,30 mètre de long. Tout comme toutes les sous-espèces « Malpolon », la couleuvre de Montpellier a généralement dix-neuf rangées d'écailles dorsales sur son mi-corps, - dix-sept pour l'espèce « insignitus » -, et, chez les mâles, une « selle » foncée, sur l'avant-corps, est présente. En outre, elle présente, sur son os basioccipital qui forme un éperon dirigé vers l'arrière, un processus médian unique.

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Le dessus du corps du « Malpolon monspessulanus » est de couleur brun-verdâtre, avec une rangée latérale d’écailles noires et bleutées, et peut présenter des marques en forme d’échelons. Son dessous est de couleur plus claire, variant du beige au jaune. Les motifs, sur son dos, changent selon l’âge, les jeunes spécimens sont parfois gris avec des motifs présentant des bandes non liées, de couleur plus ou moins foncée, voire même gris à marron. Et il est à noter un dimorphisme sexuel important car les femelles, toujours plus petites, sont de couleur marron clair, avec des taches noirâtres et blanchâtres. Sa tête est ovale et ne se démarque par beaucoup du cou. Ses pupilles sont rondes. Elle est la seule couleuvre, présente sur le territoire français, à disposer d’un venin toxique. Ses crochets, situés au fond de la mâchoire supérieure, sont peu mobiles.

Génétiquement et morphologiquement, en regard des travaux de phylogénie moléculaire, de biogéographie, et d'évolution de deux serpents méditerranéens, les « Malpolon monspessulanus » et « Hemorrhois hippocrepis », menés, en utilisant des séquences « d'ADNmt », par S. Carranza, F. R. Arnold et J.M. Pleguezuelos, et publiés en 2006, il y a peu de différenciations entre les populations de « Malpolon monspessulanus » d'Afrique du Nord et d'Europe, et les résultats obtenus suggèrent une migration récente, depuis le Maghreb vers l'Europe du Sud-Ouest entre 85.000 et 170.000 ans, et vers l'Europe du Sud et l'Asie occidentale à une époque antérieure. En outre, le « Malpolon monspessulanus » est étroitement lié, d'une part, à l'espèce Nord-africaine, - à l'exclusion des pays bordant le Golfe de Guinée et du Tchad -, et Moyen-orientale, - à l'exception de la Turquie et du Yémen -, le « Rhagerhis moilensis », et à une espèce fossile du Pliocène, - Portugal, Espagne, Roussillon -, le « Malpolon Mlynarskii », lequel a permis de déterminer le genre « Malpolon. »

A suivre

La couleuvre de Montpellier

 

Bibliographie

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

La faune et la flore méditerranéenne : L'invasif Baccharis halimifolia.

 Le Baccharis halimifolia.

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 « Au Bocal du Tech, le Baccharis halimifolia, - ou Seneçon en arbre, parfois appelé « faux-cotonnier » en raison des tapis de graines qu'il produit en automne, des graines peuvent attendre jusqu’à cinq ans avant de germer -, originaire de l’Est des États-Unis, - Floride, Massachussets, Texas, Golfe du Mexique... -, devient la strate arbustive dominante, aux dépens de la végétation indigène, de la ripisylve.... », tel est le cri d'alarme lancé par les botanistes catalans.

Arbuste de 2 à 4 mètres, dressé, à croissance rapide, - 30 à 40 centimètres par an -, à feuilles persistantes du genre Baccharis, - plus de 300 espèces -, de la famille des Asteraceae et de l'ordre des Asterales, il a été introduit, pour sa rusticité, sa vigueur, sa résistance au sel et au froid et son absence de maladie, en France, vers 1683, en Australie, en Nouvelle Zélande et en Espagne, pour ses qualités ornementales et a été cultivé, dès 1796, au Jardin des Plantes de Paris et, à partir de 1824, au Jardin des Plantes de Montpellier. Il s’est ensuite échappé des jardins et s’est propagé dans le milieu naturel où il a été aperçu dès 1862, sur Villeneuve les Magdelone, Gruissan et Vauvert, et dès 1915, sur le Croisic. Les populations, à partir de ces stations initiales où il a été planté, se sont, lors, progressivement accrues et étendues, en se propageant le long des routes et voies d’accès des zones remaniées, sur l’ensemble des côtes atlantiques européennes et tout autour de la Méditerranée.

En outre, les capacités de développement de cette espèce facilitent grandement son invasion. La reproduction sexuée, particulièrement efficace, lui permet de se disséminer sur de longues distances et la reproduction végétative lui permet de se maintenir quoiqu’il arrive sur les zones déjà conquises. Ces dispositions font du Baccharis halimifolia un compétiteur hors pair qu’aucune autre espèce ne peut concurrencer. Ayant une capacité de transformation profonde des paysages littoraux, il remplace petit à petit les espèces locales plus fragiles et moins compétitives, atteint l’identité des espaces côtiers, lagunaires et marécageux, et remplace les formations végétales originales typiques de ces milieux comme les marais à Jonc maritime, les Roselières, les pelouses des dépressions dunaires.

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Enfin, sa surpopulation, provoquant des nuisances aux écosystèmes à cause de ses gros buissons impénétrables, ralentit le vent et réduit l’évaporation de l’eau dans les marais salants, et limite l’accès des paludiers aux différentes zones de leur exploitation. Réputé peu appétant et toxique pour le bétail, les animaux ne l’apprécient guère. Toutefois, les jeunes plants, aux tiges et aux feuilles encore tendres, sont consommés, en particulier, par les moutons. Malheureusement, le Séneçon en arbre utilisant également la multiplication végétative, lorsqu’un pied est coupé, la souche émet rapidement de nouvelles pousses ou se régénére à partir d’un simple morceau de racine.

En France, le Baccharis est largement naturalisé dans les plaines côtières et les secteurs humides des côtes atlantiques, - Gironde, Bassin d'Arcachon, Basses-Pyrénées - et méditerranéennes, - de la frontière espagnole à la Camargue -, a sérieusement colonisé la presqu'île guérandaise, le Sud de la Bretagne, le Finistère, les Côtes d’Armor et l’Ille et Vilaine et sa présence se fait de plus en plus remarquer en Brière. Dans ces régions, tendant à remplacer la flore locale en formant des buissons particulièrement touffus, il est considéré comme une plante envahissante et est devenu l'ennemi des paludiers et de la biodiversité.

Et en Belgique, par « Circulaire relative aux plantes exotiques envahissantes », en date du 30 Mai 2013, promulguée par le Ministre wallon des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, avec effet rétroactif au 1er Janvier de même année, cette espèce est considérée comme « invasive » et son semis et sa plantation, ainsi que les synonymes, les cultivars et les variétés qui dérivent directement de cette espèce, sont interdits en Région wallonne.

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Arbrisseau dioïque, aux tiges dressées, très branchues à rameaux glabres, couverts de minuscules écailles, ses feuilles sont caduques, alternes, simples, brièvement pétiolées ou sessiles, à limbe elliptique à ovale, grossièrement denté, - 3 à 5 dents -, pour les feuilles caulinaires, ou étroit et sub-entier pour les feuilles des rameaux fleuris. Son inflorescence, doté à sa base d'un involucre à bractées imbriquées, sub-égales et subaiguës, se caractérise par des racèmes, - grappes -, de capitules groupés par 1 à 5 sur des pédoncules axillaires ou terminaux, formant de grandes panicules, - grappe de grappes sur un axe simple.- Ses fleurs, soit toutes pistillées et filiformes, soit hermaphrodites et à ovaire avorté, sont toutes tubuleuses à corolle blanc jaunâtre. Et ses fruits sont des akènes peu comprimés et côtelés, surmontés d’un pappus formé de soies un peu plumeuses près du sommet.

Bibliographie

M. Geze, Le Baccharis : un envahisseur indésirable, 1999, Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France. p. 39- 41.

10 avril 2014

L'Euphorbia dendroides ou l'euphorbe arborescente

L'Euphorbia dendroides, en francais l'euphorbe arborescente et en catalan la Flora de les Gavarres, est une espèce dans le genre Euphorbia qui contient environ de 2.140 à 2.233 espèces et qui fait partie de la famille des Euphorbiacées. Elle a été décrite et dénommée, en 1753, par Carl Linnaeus. Cette espèce se reconnaît de loin. Elle forme des buissons arrondis, d'un vert sombre sur lequel se détachent les fleurs plus claires. A la fin du printemps et au début de l'été, le buisson devient rouge puis perd toutes ses feuilles et prend un aspect très différent car seuls ne se voient que les rameaux ligneux, plusieurs fois bifurqués et de couleur rougeâtre, surtout les pousses de l'année.

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Arbustive à feuilles caduques, simples et verticillées, avec un bord entier, l'Euphorbia dendroides peut atteindre une hauteur de 1 à 2 mètres. Présentant des cyathes de couleur jaune et aux fleurs organisées en cyme, lancéolées à étroitement elliptiques, obtuses à pointe rapportée, sa floraison a lieu de Mars à Avril. Les glandes sont arrondies, légèrement échancrées au milieu. La capsule est nue, à trois loges et graines ovoïdes brun opaque et lisses. Sa sève collante, de couleur blanc laiteux, est toxique et collante a été utilisée pour traiter des excroissances de la peau, comme les cancers, les tumeurs et les verrues depuis les temps anciens.

Cette plante, bien que supportant des températures jusqu'á -12° C, est sensible au gel et elle ne pousse que sur les versants ensoleillés et protégés des zones montagneuses. Elle se rencontre, à l'état sauvage, dans la péninsule ibérique, en France, dans les péninsules appenine et balkanique, en Turquie, en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Afrique du Nord et aux États Unis, en Californie (Santa Barbara, Ventura, Los Angelés, Channel Islands National Park, et sur les îles San Nicolas, Santa Catalina et Sant Clemente). Elle a été introduite dans d'autres pays comme arbre d'ornement.

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L'Euphorbia dendroides est protégée par la Convention on International Trade of Endangered Species, la CITES, qui est une convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction.

Bibliographie

Christian Eichberger, Die L. Baumartige Wolfsmilch Euphorbia, Dissertationes Botanicae 344, 2001.

Christoper Brickell (Editor-in-chief): RHS A-Z Encyclopedia of Garden Plants. Third edition. Dorling Kindersley, London 2003.

Guide de la flore méditerranéenne E. Bayer, K.P. Buttler, X. Finkenzeller, J. Grau - Éditions Delachaux et Niestlé 1998.

Walter Erhardt, Erich Götz, Nils Bödeker, Siegmund Seybold: Der große Zander. Eugen Ulmer KG, Stuttgart 2008.

07 mars 2014

Les impacts de météorites en Russie. Partie II

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Le Karki(1), cratère d'impact situé dans la région autonome des Nenetsia, à 15 kilomètres à l'Ouest de la rivière Kara, dans les contreforts de la Pai-Khoi et dans la périphérie des villes Vorkuta, Naryan-Mar et Dudinka, résulte de la chute d'une météorite, vers 70,3 ± 2,2 millions d'années, au Campanien, Crétacé supérieur. De forme allongée, ouvert sur la dépression de la Mer de kara, son diamètre est d'environ 65 kilomètres.

Très érodé, le cratère d’origine devait mesurer 120 kilomètres de diamètre. Certains géologues argumentent cependant que cette dépression serait en fait la somme de deux cratères adjacents : le cratère de Kara comblé par des fragments de roche et le cratère Ust-kara au fond recouvert par une masse vitreuse. Aujourd'hui, la surface du cratère est une plaine marécageuse.

L'astroblème Kara, après celle du Popigai et du Puchezh-Katunkskaya, est la troisième plus grande structure d'impact de Russie, et s'inclut parmi les dix plus grande astroblèmes terrestres. Il mérite une attention particulière en raison d'un certain nombre de problèmes pétrographiques non résolus, - tels la genèse des diamants « togoritov » contenus dans ses impactites -, et à ses xénocristaux « choqués », grains de zircon, monazites, sphènes, ilménites et rutiles avec des traces de granulation de « choc » passé et de résorption sous l'action d'une surchauffe à l'impact.

Il mérite d'autant plus d'attention que ce cratère d'impact appartient à une chaîne de structures d'impacts contemporaines à environ 65 millions d'années, laissant présager la chute concomitante d'un essaim de météores. La chaîne démarre en Ukraine avec le cratère Gusev, diamètre de 3 kilomètres, situé au Nord de celui du Boltyshske, diamètre 25 kilomètres. Dans la région Nord de l'Oural, cette chaîne se continue par les astroblèmes Kara, diamètre 62 kilomètres, et Ust-Kara, diamètre 60 kilomètres, se prolonge le long de la côte de Nord puis dans la mer de Béring, - où serait tombé le plus gros des astéroïdes de l'essaim -, et prend fin avec la formation du chapelet de cratères d'impacts de Chicxulub, diamètre 180 kilomètres, impactant la péninsule du Yucatan et le Golfe du Mexique. Ce qui suggère que la structure Kara, tout comme le cratère de Chicxulub à qui la grande extinction du Mésozoïque en est assignée, en est un des éléments contributifs de la disparition des dinosaures.

Le Kamensky(2), - ou Kamensk -, cratère d'impact, situé sur le Donets Ridge, bassin de la rivière Donetz, à 10 kilomètres à l'Est de la ville Kamensk, dans la région de Rostov, a un diamètre du cratère de 25 kilomètres et une profondeur de 750 mètres. A proximité se trouve le cratère satellite Gusev(3), à 15 kilomètres au Nord-Est de Kamensk, d'un diamètre de 3 kilomètres. Ces structures sont apparues ensemble, à l'Eocène, vers 49,15 ± 0,18 millions d'années pour le Kamensky, 49,0 ± 0,2 millions d'années pour le Gusev. Il est supposé que l'événement Kamenkoé-Gusevkoe s'est produit dans un bassin marin peu profond.

Ces cratères sont enfouis sous des sédiments de la formation Glubokinskaya et des sédiments quaternaires et se sont formés sur des roches cibles calcaires, grès et schistes interstratifiés avec du charbon « moschnostiyu », des carbonates-terrigènes du Permien inférieur, chevauchant des roches carbonatées-terrigènes du Trias inférieur et du Crétacé supérieur. Le cratère Kamensky, avec un soulèvement central de 7 kilomètres de diamètre et une hauteur d'environ 350 à 400 mètres, est complexe, En outre son soulèvement central est entouré par un creux annulaire de 700 à 800 mètres de profondeur.

Son lit cratéral se compose de brèches allogéniques et de brèches polymictes constituées de fragments de roches cibles cimentés et renfermant des inclusions de verre d'impact. Une caractéristique notable de la structure est la présence d'une couverture type Glubokinskaya, en forme de papillon avec une direction d'axe de symétrie bilatérale du Sud au Nord, réparties sur une superficie de 40 sur 60 kilomètres et couvrant les cratères satellites et les zones adjacentes.

Le Ragozinka(4), cratère d'impact, se situe dans la région de Sverdlovsk, sur le versant oriental du Moyen Oural, près de la ville de Nijni Tagil. Son diamètre est d'environ 9 kilomètres et son entonnoir profond de 550 à 600 mètres. Des anomalies magnétiques et gravimétriques négatives, délimitent sa structure Il est supposé qu'il s'est formé suite à l'impact d'une météorite composée de fer et de pierre, d'environ 320 mètres de large, dans une lagune d'eau salée, à l'Eocène, vers 46 ± 3 millions d'années.

Le lit cratéral est marqué par une élévation centrale de 40 mètres au-dessus du fond. L'imagerie satellitaire montre une structure circulaire d'un diamètre d'environ 10 kilomètres. Son entonnoir s'est développé dans des roches cibles tectoniques, très déformées, du Paléozoïque moyen, des sédiments terrigènes et carbonatés de l'Ordovicien, du Dévonien inférieur et du Dévonien moyen, et des strates de riches clastico-volcaniques et clastico-carbonées et de carbonates du Carbonifère inférieur.

Le pavillon cratéral est rempli de brèches allogéniques et d'impactites, et son anneau sommital, entouré de roches bréchiques du Paléozoïque, est recouvert par des émissions de brèches allogéniques, principalement dans les secteurs Nord et Nord-Est. En outre, essentiellement localisés dans des structures de déformation plane, des grains de quarts sont impactés par un métamorphisme de choc.

L'astroblème Beyenchime-Salaatin(5) se localise, proche des ville de Tiksi, d'Olenyok et de Verkhoyansk, latitude 71° Nord et longitude 121° 40' Est, dans le District autonome du Taïmyr-Dolgano-Nenets, Extrême-Orient russe. D'un diamètre de 8 kilomètres, daté de l'Éocène, estimé à 40 ± 20 millions d'années, l'imagerie satellitaire définit, clairement sa structure, dans le bassin Beenchime composé de roches sédimentaires du Cambrien. Sa structure a forme de double impact météoritique, - un astéroïde double comme Kamensky et Gusevskoye -, alors que dans la littérature conventionnelle, il est décrit comme d'impact unique.

Son entonnoir, aux pentes raides, décrit une dépression de 6 à 6,5 kilomètres de diamètre cerclé par un anneau de 1,5 à 2 kilomètres de largeur et de 50 à 70 mètres de hauteur et une largeur de 1,5 - 2 km avec un pentes raides bien définies intérieures. Une élévation de 150 mètres, composée essentiellement de brèches allogéniques bloquées par les sédiments quaternaires, d'affleurements d'impactites, occupe la partie centrale de son lit de fond.

Le Logancha(6) est un cratère météoritique Éocène situé proche des villes de Kodinsk, de Lesosibirsk, d'Ust-Ilimsk, province de Krasnoïarsk, dans le district autonome des Evenks et le bassin inférieur de la rivière Tunguska, en Sibérie orientale, d'âge estimé à 40 ± 20 millions d'années. Fortement érodé et recouvert de sédiments, il n'apparaît pas en surface mais, d'un diamètre de 20 kilomètres et de 500 mètres de profondeur, il est lisible et déterminable sur l'imagerie satellitaire.

Le relief cible est constitué par les basaltes et les dépôts pyroclastiques, d'une grande province ignée, les trapps de Sibérie, - le plus conséquent événement volcanique des 500 derniers millions d'années ayant certainement provoqué une extinction de masse -, qui se sont formés, sur une durée de mise en place inférieure à deux millions d'années, à la limite Permien-Trias, - 251 à 250 millions d'années -, et qui ont coïncidé avec une crise biologique qui a tué près de 90 % des espèces marines de l'époque. Ces écoulements de lave de lave, d'une épaisseur de ± 1 kilomètre d'épaisseur, presque horizontaux recouvrent des strates de psammites, - roches sédimentaires détritiques, riches en quartz et en mica blanc et pauvres en feldspaths et en mica noir -, du Permien, de schistes argileux du Carbonifère et des lentilles de charbon et des couches de calcaires.

La topographie de la structure présente un soulèvement central d'environ 4 kilomètres de diamètre qui s'élève, au-dessus du fond, sur une hauteur de 70 mètres, et qui est composé de blocs d'une taille de plusieurs centaines de mètres. A l'intérieur et sur l'anneau extérieur des brèches authigènes sont exposées pré-Quaternaire. Brèches allogéniques ont été observés. Pour les scientifiques, il est probable que les impactites ont été détruites par l'activité fluviale et glaciaire intense.

Le Popigaj(7), - ou Popigaï -, dans le bassin de la rivière Popigaj est le quatrième volcan d'impact, d'âge estimé à 38,9 millions d’années, par la taille, dans le monde Son diamètre, tout comme celui de Manicouagan au Canada, de 100 kilomètres avec une dimension intérieure de 75 kilomètres de diamètre. Il est situé dans le Nord de la Sibérie, en partie dans la région de Krasnoïarsk, en partie dans celle de Yakoutie. Le territoire, autour de la structure cratérale d'impact est pratiquement inhabitée et la ville la plus proche, le village d'Hatanga, se situe, à environ 400 kilomètres, au Nord-Ouest du centre du cratère.

Découverte en 1946, c'est seulement en 1970 que le géologue V.L. Masaitis et ses collègues ont réussi à prouver que le Popigai était un cratère météoritique mais cette découverte n'a été attestée qu'en 1997, car la dépression cratérale est longtemps restée inaccessible en raison des mines de diamants creusées sur la zone par les prisonniers des goulags. Les scientifiques russes affirment que les ondes de choc du corps céleste auraient immédiatement transformé le graphite du sol en diamants dans un rayon de 14 kilomètres autour du point d’impact.

Suivant les calculs réalisés par VL Masaitis, l'impact de la météorite aurait fondu un volume approximatif d'environ 1.750 à 2.000 kilomètres cubes de matériaux. Les données obtenues caractérisent un cratère d'impact multi-anneaux avec une structure concentrique zonée et remplis par des morceaux de roches sédimentaires bréchifiées, aux dimensions conséquentes, certaines de plus d'un kilomètre de long, marquées de tous les signes spécifiques connus de métamorphisme de choc, une présence de coésites et de stishovites et dotée d'un champ de dispersion de diamants dans un rayon de ± 500 kilomètres. Selon des estimations préliminaires, proposée par VL Masaitis, l'énergie de l'explosion a été mille fois supérieure à l'énergie émise lors d'une explosion volcanique d'Indice d'Explosivité Volcanique VEI 8.

Mais selon V.A.Bronshten, un précédente météorite aurait déjà frappé la vallée du fleuve Popigaj et aurait formé, vers 149 ± 24 millions d'années, un cratère d'impact de 90 kilomètres de diamètre. En outre une autre anomalie magnétique, datée de 259 ± 32 millions d'années, a été déterminée sous le deux cratères d'impact Popigaj.

Le Carlin(8), - ou Karla -, est un cratère d'impact situé à l'Ouest de la ville Buinsk, à la frontière avec la Tchouvachie .dans la République du Tatarstan Il est nommé d'après la rivière Carl, affluent du Sviyagi et sous-affluent de la Volga. Son diamètre est de 10 kilomètres, et son âge est estimé à environ 5 ± 1 millions d'années. Son cratère comblé par des dépôts lacustres, calcaires et argileux du Pliocène, la structure enterrée sous une épaisseur, de plus de 25 mètres, de sable et d'argile du quaternaire, le remplissage des cratère dépression Pliocène et les activités agricoles masquant toute manifestation cratérale météoritique, il n'est visible ni au niveau de la surface, ni sur les images satellitaires.

Des lits horizontaux de calcaires et de dolomies, d'une épaisseur de plus de 400 mètres, du Permien supérieur, des gypses, des dolomies, des calcaires, des grès et de l'argile, en stries, sur plus de 320 mètres, du Jurassique, et des calcaires argileux du Paléogène et du Néogène, en ont été les roches cibles.

Un dôme central, composé des roches bréchifiées striées, forme, sur la surface du plancher cratéral, une saillie crculaire de 600 à 800 mètres de hauteur. Des brèches allogéniques remplissent la cuve annulaire et recouvrent, partiellement. Parmi les enclaves bréchiques allogéniques, des blocs de roches carbonatées du Permien supérieur atteignent une taille de 1 kilomètres de large.

Notes :

(1) Mario Trieloff, Alexander Deutsch et Elmar K. Jessberger. « The age of the Kara impact structure, Russia . Meteorit. and Planet. Sciences 2008., Volume 33, N° 2, pages 361 à 372

Michael R. Rampino & Dylan M/ Schwindt. « The age of the Kara impact structure, Russia », Meteorit. and Planet. Sciences 1999, Volume 34, N° 2, pages 301à 302

(2) A.F. Stepanenko, « Dépression Kamensky : origine tectonique ou de l'impact? », Géologie n ° 4, pages 19 à 30. 2002

K.K. Khazanovich-Wulf KK, « Kimberlites Asteroids astroblem », Saint-Pétersbourg, page 192, 011.

(3) A ne pas confondre avec le cratère de Gusev, - ou Matvey Gusev Matveevich -, un cratère de 166 kilomètres de diamètre, situé sur la planète Mars, qui s'est formé, il y a 3 à 4 milliards d'années, qui a été rempli avec de l'eau, - éventuellement eau et glace -, ayant afflué, par un système de canaux observés, - delta de fleuve -, dans la vallée de Maadi, et comblé par une couche de sédiments de plus de 900 mètres d'épaisseur.

(4) V.N Lagutenko, V.A. Kazachihin, E.M. Kogan & R.P. Suhozhak, « Rogozinskaya astrobleme », Géologie soviétique, N° 7, pages 71 à 74. 1986

(5) V.L. Masaitis, M.S. Mashchak, A.L Raikhlin, T.V. Selivanovskaya & A. Danilin, « Meteorite craters and astroblemes in the USSR. » Doklady Akademii Nauk SSSR, v. 240, pages 1191 à 1193. 1978.

M.V. Mikhaylov, A.G. Shurygin & L.S. Khar'yuzov, « The Beyenchime-Salaata meteorite crater. » Doklady Akademii Nauk SSSR, v. 245, pages 76 à 78. 1979.

(6) V.I. Fel'dman, L.V. Sazonova, Yu.V. Mironor et I.G. Kapusthina, « Circular structure Logancha as possible meteorite crater in basalts of the Tunguska syneclise. » Lunar and Planetary Science XIV, pages. 191 à 192. 1983.

Yu V. Mironov, « Low pressure impact breccias from basalts of Logancha astrobleme ». XX All-Union Meteorite Conference, Tallinn, pages 41 à 43. 1987.

S. A. Vishevsky, « Shock metamorphism of basic rocks as exemplified by the Logancha astrobleme. » Geologiya i Geofizika, v. 27, pages 70 à 79. 1986.

(7) Alexander Deutsch, Victor L.Masaitis, Langenhorst Falko & Richard A.F. Grieve. « Popigai, Siberia-well preserved giant impact structure, national treasury, and world's geological heritage. » Episodes, Volume.23, N°.1, Pages 3 à 11

J.B. Garvin & A.L. Deino. « New perspectives on the Popigai impact structure. Pap. Present Int. Conf. Large Meteorite Impacts and Planet. » Evol., Sudbury, 1992 , Houston, Page 27

(8) V.L. Masaitis, U.N. Danilin, G.M. Karpov & A.I. Reichlin. Karlinskaya, Obolons'ka and Rotmistrovskaya astrobleme in the European part of the USSR. Reports of the USSR, 1976, Volume 230, N° 1, pages 174 à 177

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18 décembre 2010

Saint Polycarpe en Razès : Prieuré ou abbaye ?

L’abbaye bénédictine de Sant Polycarpe de Razès fut fondée, vers l'an 780, par Àtal, un moine, noble de haute lignée d’origine hispanique, - c'est-à-dire un Wisigoth -, passé du Sud au Nord des Pyrénées après avoir échoué, « à cause des razzias menées en Catalogne par les Sarrasins », - tel le soutient la chronique -, dans sa tentative de fonder un monastère près de Peralada dans le Alt Empordà.

Àtal, Prieur de Saint Polycarpe.

Àtal s'était réfugié, avec ses gens, en terres de Razès et s'était retiré dans un petit monastère, quasi un ermitage, situé sur les bords du ruisseau Rieugrand et entouré de quelques maisons et de vignobles. Batailleur, fort-à-bras, belliciste et martial, n'hésitant point à occire ses contradicteurs, il imposa rapidement ses idées et ses méthodes soldatesques. Par la bonté divine d'une dague administrant l'extrême onction à son illustre prédécesseur, il fut élu, sans coup férir, prieur de cet établissement conventuel.

Maître inextinguible des lieux, il n'eut, lors, cesse d'agrandir son domaine, de l'améliorer, de l'étendre hors ses murs et, pour cela, y engloutissant sa fortune personnelle et, à la tête d'une troupe de spadassins et de bretteurs semant terreur et mort dans toute la région, celle qu'il amassait dans ses rapines, il le dota largement et richement.

Étant dans la parenté directe de Charles Martel et, par sa mère, bien que bâtard du Duc Eudes compagnon d'arme de son grand père maternel(1), neveu de Pépin le Bref, très rapidement il reçut la protection royale. Charlemagne lui accorda certains privilèges. Ceux-ci furent confirmés et revalorisés par ses successeurs, Charles II le Chauve, Louis I le Débonnaire, - dit aussi le Pieux -, et, en l'an 881, par Carloman II, second fils de Louis II le Bègue et d'Ansgarde, qui, après la mort de leur père, a partagé le pouvoir avec son frère aîné Louis III(2), - Roi de France et de Neustrie -, et a régné sur la Bourgogne, l'Aquitaine et la Septimanie, - Cévennes, Corbières, Nord des Pyrénées avec les villes de Narbonne, Carcassonne, Béziers et Nîmes -.

Les moines de Saint Polycarpe : des pionniers et des missionnaires.

Le prieuré de Saint Polycarpe se situant, à 6 kilomètres de l'Abbaye d'Alet, à 8 kilomètres de celle de Saint Hilaire et à 27 kilomètres de Sainte Marie de La Grasse, totalement enclavé entre ces trois établissements pérennes dotés de dépendances notables et multiples, se trouvait à l'étroit et ne pouvait pas élargir son domaine foncier dans sa circonscription. Àtal, son prieur, et ses successeurs, l'ayant compris, s'attachèrent à créer de nouveaux villages dans les terres du Bas Razès et à transformer, en communautés d'habitants, certains oppida wisigothiques essaimés dans les montagnes du Haut Razès.

En juin 898, le roi Charles III le Simple, par une charte(5), confirme, au prieuré, toutes ses possessions territoriales : Gaja et Malras dans le Bas-Razès, Salles, près de Limoux, Luc-sur-Aude, Terroles, Peyrolles et Cassaignes dans le Haut-Razès et Bugarach et Cornanel. Et, sur plus de deux siècles, les moines, missionnaires et pionniers en terres agrestes, prirent part à la rénovation du territoire et au développement social et matériel de leur population, jusqu'au jour où le Comte de Carcassonne, désireux de doter grassement l'Abbaye d'Alet, et les seigneurs circonvoisins avides de s'appropier de nouvelles terre, usurpèrent et dépouillèrent, de la majeure partie de ses biens en dépendance, l'établissement claustral.

Certes, les initiant et en récupérant les fruits, les moines d'Alet n'étaient pas étrangers à ces spoliations seigneuriales. Le prieuré de Saint Polycarpe n'avait du son salut, ne conservant qu'un maigre écot de son domaine terrien, qu'à sa soumission, en l'an 1008, à l'Abbaye Sainte Marie de dite ville.

Le Prieuré de Saint Polycarpe élevé au rang d'Abbaye.

Pour l'aide apportée par les moines Teutbald et Hucbert, du Prieuré de Saint Polycarpe, lors de la captation(3) de l'héritage de ses frères aînés Louis III et Carloman II, au détriment de Charles fils posthume et légitime du roi de Francie Louis II le Bègue et prince héritier seulement âgé de cinq ans, par Charles III le Gros Roi d'Alémanie et d'Italie et Empereur d'Occident, celui-ci, en remerciement gracieux, en l'an 885, éleva la petite bâtisse monacale à la catégorie d'abbaye. Mais, dans les faits, et au moins jusqu’en 1090, ses supérieurs ne portant que le titre de prieur, Saint Polycarpe ne resta qu’un simple prieuré. Ce n'est qu'après cette date que le titre d'abbé leur fut alloué sans que les droits et les privilèges n'en fussent augmentés. Pour cause, le monastère, bien que convoité par les abbés de La Grasse, l’Abbaye d’Alet n'avait pas renoncé à exercer sa domination et le gardait sous sa dépendance.

En effet, depuis la création de Saint Polycarpe les deux établissements religieux, - celui de Sainte Marie de La Grasse installé entre Carcassonne et Narbonne, dans la vallée de l’Orbieu, au sein du massif des Corbières et celui de Sainte Marie d'Alet implanté au cœur même de la cité médiévale, sur la voie d'accès à la Haute Vallée de l'Aude -, s'étaient toujours disputés sa possession, En 1080, l’abbaye bénédictine Sainte Marie d’Orbieu(4) avait la main mise sur la congrégation sise en bords du ruisseau Rieugrand. Suite au concile tenu à Toulouse, en 1119, sous la présidence du pape Calixte II, et par celui de Saint Gèli, en 1135, sous l'autorité du pape Pascal II, l'Abbaye d'Alet en reprenait ses destinées tout comme elle voyait ses droits confirmés sur le monastère de Saint-Papoul et le Chapitre de Saint Paul de Fenouillet, sur des villages et des châteaux de ses dépendances.

Et, par un dernier procès, en 1197, Saint Polycarpe, prenant son indépendance, devenait abbaye à part entière.

Notes :

(1) Le 25 octobre 732, Charles Martel et le duc Eudes arrêtent les Arabes à Poitiers.

(2) En 879, Louis II désigne son fils Louis comme son seul successeur et le place sous la garde de Bernard d'Auvergne, associé à Hugues l’Abbé et à Boson V de Provence.

En septembre 879, grâce au soutien des grands de Francie occidentale dont Hugues l’Abbé, Boson V de Provence, Théodoric de Vergy et Bernard Plantevelue, le couronnement et le sacre de Louis III et de son frère Carloman II sont célébrés en hâte dans l’église abbatiale Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières près de Montargis, par Anségise, l’archevêque de Sens.

(3) Le 12 décembre 884, Carloman II, roi de Francie occidentale, meurt sans héritiers. Il reste le dernier fils de Louis II le Bègue, l'adolescent Charles, âgé de 5 ans. Jugé trop jeune, l'assemblée des aristocrates francs emmenée par Hugues l'Abbé, - conseillé par une armada de moines, dont Teutbaldus prieur de Saint Polycarpe en Razés -, renonce à le proclamer roi et impose l'empereur Charles III le Gros à assurer la tutelle et la direction du royaume.

(4) Le monastère de La Grasse dont La charte de « fondation » remonte à la fin du VIII° Siècle mais toutefois un établissement devait exister antérieurement à la période carolingienne.

(5) Cette Charte est souvent attribuée à Eudes, - ou Odon -, mais il ne peut en être, le roi Eudes étant mort le 3 Janvier 898.


Raymond Matabosch

 


Publié le 15 Novembre 2010 sur

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08:09 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : saint polycarpe, rasès, alet, saint hilaire, lagrasse, prieuré, abbaye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

14 décembre 2010

Fontfroide, abbaye cistercienne. La renaissance d'une abbaye.

Le choix du site de Fontfroide n'est pas le fruit du hasard. Les moines, fondateurs de tels édifices, ont toujours privilégié les lieux calmes et isolés. C'est donc, dans un vallon sauvage du massif calcaire des Corbières, à proximité d'un torrent, qu'un groupe de religieux jette son dévolu à la fin du XI° siècle.

Elle doit son nom à cette « fons frigida », source d'eau fraîche. Les armes parlantes de l'abbaye représentent, d'ailleurs, une fontaine.


Le rayonnement de l'abbaye de Fonfroide.


Fondée, en 1093, sur des terres données par Aymeric II, vicomte de Narbonne, Fontfroide est rattachée, en 1144, à l'abbaye bénédictine de Grandselve. En 1146, Fontfroide est affiliée à l'abbaye de Cîteaux, dans la filiation de Claivaux.

Dès lors la liste de ses bienfaiteurs va s'étoffer. Le Comte deToulouse, le Vicomte de Béziers, Guillaume de Montpellier, Alphonse d'Aragon et Guillaume de Roussillon vont être à l'origine d'une des plus rapides ascensions matérielles et spirituelles qu'un édifice religieux ait connu à cette époque.

Les dotations des nobles languedociens, toulousains et catalans permettent, aux moines, d'élargir leur territoire foncier jusqu'au Roussillon et à la Catalogne.

Prospère, elle essaime alors et le monastère de Poblet en Catalogne, en 1149, celui de Valbonne, dans les montagnes d'Argelés, en 1242, entre autres, se trouvent dans sa filiation. Cent ans après sa fondation, à son apogée, Fontfroide est mère de cinq abbayes d'hommes et de trois abbayes de moniales, et possède 24 granges et 30 000 hectares de terres.


Fontfroide fer de lance de l'orthodoxie catholique.


Digne représentante de l'église catholique, elle incarne, à l'aube du XIII° siècle, l'orthodoxie face à « l'hérésie cathare. » Deux de ses moines, frère Raoul et Pierre de Castelnau, deviennent légats du pape, en 1203, pour combattre, par la parole, le catharisme.

En cette période de troubles, l'assassinat, d'un de ses moines, déclenche l'invasion du Languedoc et, sous le commandement de Simon de Montfort, la Croisade des Albigeois.
Fonfroide sort renforcé de ces épisodes tragiques et connaît même la gloire au début du XIV° siècle, deux de ses pères abbés occupant les sommets de la hiérarchie catholique. Arnault de Novell, ancien moine et légat du pape au procès des Templiers, devient cardinal en 1312. Son neveu, Jacques Fournier, est élu pape, en 1314, sous le nom de Benoît XII. On lui doit la construction du Palais des papes à Avignon.


Après l'apogée, le début du déclin.


L'apogée marque souvent le début du déclin et c'est le cas pour l'Abbaye de Fonfroide. Trop bien née et trop puissante, sa richesse, inexorablement, dans le macrocosme monacal, finit par faire des envieux. Fontfroide cristallise les mécontentements et les jalousies, et symbolise, trop ouvertement, la réussite et la prépondérance de Cîteaux. Parallèlement, la discipline, observée par les moines, se relâche et se dégrade

Lors du grand schisme d'Occident, de 1378, l'abbaye recon­naît l'anti-pape Clément VII et s'attire l'ire de Benoît XIII, autre anti-pape. Le choix stratégique des moines s'avère catastrophique et aboutit à la mise sous séquestre des biens de la communauté

 

Sous le régime de la Commende Fonfroide perd, partiellement, son autonomie.


Au milieu du XVe siècle, un autre scandale éclate au sein de l'abbaye. L'abbé Pierre Ferrer est expulsé par le chapitre général, mais, se refusant à la sanction édictée, celui-ci reprend possession, par les armes, de son bien. Jusqu'à sa mort, en 1454, cloîtré dans son monastère, il résiste à toutes les sommations


Les conditions de vie des moines continuant à se dégrader, en 1476, l'abbaye passe sous le régime de la commende et son abbé est choisi, par le Pape, parmi les membres du clergé séculier. L'abbé ainsi nommé perçoit les revenus de l'abbaye et s'occupe de sa gestion tandis que le pouvoir spirituel est remis aux prieurs. Le passage à ce régime marque, l'abbé ne se souciant que de son propre profit, le début d'une décadence des mœurs.

Bien que les prieurs conventuels fassent, au début du XVIII° Siècle de nombreux aménagements, le nombre de religieux chute. En 1764, Fontfroide perd son titre d'abbaye et les revenus qui y étaient attachés, et devient dépendance de l'évêché d'Elne-Perpignan. En 1791, le monastère est mis en abjudication, mais n'est pas détruit


La renaissance d'une abbaye.


Ses bâtiments, relativement préservés lors de la Révolution, ont été rachetés et, après y avoir effectué des travaux de restauration, réoccupés par des cisterciens de l’Immaculée Conception, de Sénanque, sous la direction du Père Jean, de 1858 à 1901


Deux nouveaux acquéreurs, Gustave Fayet et Madeleine d'Andoque de Sariège, en 1908, profitent de la loi sur les congrégations de 1901 pour faire, de Fontfroide, après quelques restaurations, un lieu culturel prisé.

Fontfroide s'impose, aujourd'hui, comme l'étape indispensable au départ des circuits des Corbières et des Châteaux cathares.


Plus de vie monastique mais des bâtiments magnifiquement conservés.


Un élégant portail d'entrée, construit à la veille de la révolution Française, accueille le visiteur et le guide jusqu'à la cour d'honneur.

La salle capitulaire et ses neufs voûtes romanes, disposées sur des croisées d'ogive, est considérée comme un pur chef d'œuvre de l'art roman. L'église, avec sa grande nef culminant à vingt mètres de hauteur, a retrouvé ses vitraux lumineux.

Des statues et des bas reliefs ornent les murs et les jardins. Depuis 1990, ces jardins sont agrémentés d'une grande roseraie composée de 3.000 rosiers rassemblés en onze massifs de couleurs différentes.

L'austérité n'est plus de mise et plus de neuf siècles après sa fondation, Fonfroide a adopté un style confortable et plus convivial.

Raymond Matabosch

Publié le 11 Novembre 2010 sur

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07:50 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fonfroide, abbaye, narbonne, aude, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

12 décembre 2010

Carte postale de Saint Polycarpe en Razès.

Saint Polycarpe, - Sant Policarpi en occitan -, implanté à 227 mètres d'altitude, est une commune audoise, canton de Saint-Hilaire, arrondissement de Limoux qui, baignée par la rivière éponyme et le ruisseau Rieugrand, s'étend sur une superficie de 13,8 kilomètres carrés. Le village et ses hameaux et lieux-dits, Arce, Fondondy et Theulières, au recensement de 2007, subissant une désaffection de près de 4% de sa population depuis 1999, comptait 178 habitants. Les communes de Villar Saint Anselme, de Nord en Est, de Belcastel et Buc, de Sud-Est en Sud, de Cournanel, de Sud-Ouest en Ouest, et de Limoux sur son Nord-Ouest, le ceinturent.

Niché dans le pays audois de la haute Vallée de l'Aude, terre cathare de défilés, de gorges et de plateaux, dans le Corbières vertes offrant la fraîcheur des luxurieuses sapinières, Saint Polycarpe est une terre agricole, principalement viticole qui, avec Saint Hilaire est le berceau de la célèbre Blanquette de Limoux, un vin effervescent, considéré avec le « Gaillac mousseux » et la « Clairette de Die » comme le plus vieux brut du monde dont s'était inspiré Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye bénédictine de Saint-Hilaire, pour appliquer la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.

Que le visiteur accède à Saint Polycarpe par la route de Limoux, de Villar Saint Anselme... ou par celle de Belcastel et Buc, il ne peut faire face qu'à une rencontre inattendue : devant lui se dresse, ou ce qu'il en reste, une église fortifiée, l'église paroissiale dédiée à la Vierge dont les ruines se découvrent au Nord de l’église actuelle qui fut, elle, église abbatiale. Et poussant plus loin ses investigations, allant de surprise en surprise, il accède à l'ancienne Abbaye des Bénédictins, connue sous le vocable de Saint-Polycarpe, fondée vers l'an 780 par Àtal, successivement soumise aux Abbayes d'Alet, de La Grasse et d’Alet avant de recouvrer son autonomie, en 1170, de passer, en 1532, sous le régime de la commende et d'être totalement fermée, sous ordre du Roi, en 1771 Cet édifice religieux est flanqué d'un cloitre et d'un aqueduc du XII° Siècle admirablement conservé.

Que dire autre que « ce sont ces bâtiments qui donnent, au village, une expression de grandeur passée » et qui en rehaussent son image de carte postale. Mais, en cela, il serait délicat d'omettre que le sol de son territoire conserve un grand nombre d'objets, - haches en silex, pointes de javelot en silex corné ou en feuille de laurier, tombelles, menhirs, dolmens, peulvans, peyro dreito, peyro ficado, peyro levado. cistes, celles...-, des traces indéfectibles datant de l'époque néolithique, et nombre plus récentes des périodes celtibère et gallo-romaine.

Au Sud du village, le hameau d’Arce recelle, dans les pierres et les ruines d'un vieux château et d'un donjon attenant qui furent démentelés par les troupes de Simon de Montfort lors de la Croisade des Albigeois, des souvenirs chargés d'histoire, de rébellion, de catharisme, de sang, de larmes et de mort.

 

Raymond Matabosch

Publié le 06 Novembre 2010 sur

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11 novembre 2010

L'Abbaye de Saint Hilaire : Berceau de la Blanquette.

Quinze siècles d'histoire, à quelques lieux de la cité médiévale de Carcassonne, au cœur du Razés, dans un paysage de vignobles, l'Abbaye de Saint Hilaire est la sépulture du première évêque de Carcassonne, Saint Hilaire…

Fondée au VIII° siècle, sous le règne de Charlemagne, elle connut, après une période de fastes et de richesses, le déclin dès les prémices du XIV° siècle et ferma, définitivement ses portes conventuelles, peu avant la Révolution Française, au XVIII° siècle.


Bref historique.


Au VIe siècle, Saint Hilaire, le premier évêque de Carcassonne, enfant du pays nostalgique de ses terres, en visite pastorale, demande, aux habitants des lieux, la construction, sur un éperon rocheux dominant le Lauquet, d'une chapelle qui devient, par la suite, sa sépulture.

Au VII° siècle, l'abbaye qui la remplaça, fut d'abord consacrée au célèbre Saint-Saturnin ou Sernin, évêque-martyr de Toulouse, puis, lorsqu'on y découvrit ses restes, placée sous le patronage d'Hilaire.

Autour de l'an Mil, un nouvel élan de réforme monastique se double d'une révolution technique et stylistique. C'est aussi le temps des premières audaces architecturales qui permettent d'élargir la nef des églises et d'accueillir des fidèles de plus en plus nombreux, venus vénérer les saintes reliques comme le morceau de la Vrai Croix à Sainte Marie d'Alet, ou le corps de l'évêque Hilaire de Carcassonne à Saint-Hilaire…

Sous la protection des comtes de Carcassés-Razés désireux d'honorer l'un des leurs, l'établissement monastique eut, jusqu'au XIII° siècle, un rayonnement considérable dans la région.

Mais, les troubles engendrés par la Guerre de Cent Ans, obligeant les abbés à entretenir les fortifications villageoises précipitent son déclin.

 

Le cloître et les bâtiments conventuels.


Le cloître, édifié au XIV° siècle, est toujours intact Constitué de quatre galeries composées d'arcades ogivales reposant sur des colonnes géminées et moulurées, aux chapiteaux très abîmés, il est en forme de trapèze irrégulier avec des côtés de douze baies archées à l'est et à l'ouest, quatorze au nord et seize au sud.

Décorés de feuillages, de visages humains ou d'animaux, les chapiteaux sont taillés dans un seul bloc de grès provenant des carrières in situ du Razès.

Les galeries du cloître, couvertes d'un toit de tuiles, sont ni voûtées, ni encorbellées.

Un puits et un bassin à quatre lobes, support d'une vasque, du XVI° siècle, occupent le cœur du cloître.

Les galeries du cloître sont couvertes d'un toit mais ne sont pas voûtées. Dans la galerie orientale, sous la quatrième arcade en partant de la galerie sud, on trouve les restes d'un échiquier sculpté. Celui-ci n'est pas daté.

Soit il s'agit d'un échiquier médiéval utilisé par les moines pour faire des comptes, et non pour jouer, soit il a été taillé par les habitants au XVIII° siècle, lorsque le monastère a été abandonné.

Le logis abbatial a été restaurée au XIX° siècle. Il s'agit d'une petite pièce cossue, bien plus tardive que le reste des bâtiments. Son plafond à caissons, offre un répertoire floral et animal, ainsi que et différentes scènes  Il date du XVI° siècle.

Le réfectoire est presque entièrement détruit. Seul subsiste quelques pans de mur. L'un d'eux abrite encore la chaire de lecture, du XIV° siècle, unique en France, et l'ouverture qui y menait. Cette chaire, voûtée d’une croisée d’ogives à la clé de voûte circulaire, ouvrait sur deux salles, l’une destinée aux moines, récemment restaurée, l’autre aux pèlerins et hôtes de l’Abbaye, toujours en ruines.

La galerie ouest abritait les caves, les greniers et les celliers de l’abbaye. Enfin, un peu à l'extérieur de l'enceinte, en empruntant un escalier on peut accéder à ces caves, taillées à même la roche, dans le grès et le poudingue, qui servaient de celliers.

C’est dans ces caves que les moines découvrirent l'élevage, la vinification et la transformation du vin blanc en vin effervescent.


La tradition voudrait...


La tradition veut que l’abbaye de saint Hilaire soit le berceau de la Blanquette de Limoux qui est considérée comme le vin mousseux le plus ancien au monde.

Dès 1531, des écrits en attestant la fabrication, les moines élaboraient un vin pétillant qui, sans le savoir, allait connaître une renommée mondiale.

L'histoire rapporte, même, que, vers la fin du XVIe siècle, Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye de Saint Hilaire, y découvre la méthode de vinification des vins effervescents. Et, de retour dans son Abbaye d'Hautvillers, il en expérimente la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.


Trésors romans.


L'église abbatiale romane, du XII° siècle, remaniée au cours des siècles, et sa nef, depuis 1257, voûtée d'ogives à la mode gothique, se définit en trois travées de chapiteaux retombant sur des consoles sculptées de feuillages et de têtes humaines.

Les bras du faux transept sont ordonnancés en berceau brisé ou, seule, y subsiste l'absidiole sud dépositaire d'un sarcophage sculpté au XII° siècle, en marbre blanc des Pyrénées, œuvre du mystérieux maître de Cabestany.

Véritable et exceptionnelle, cette cuve, d’inspiration antique, creusée dans un seul bloc de marbre blanc des Pyrénées, mesure deux mètres. Elle est dédiée à Saint Sernin, sert de support à l’autel de l’absidiole sud et évoque l’arrestation, le martyre et l’ensevelissement de Saint Sernin, premier évêque de Toulouse.


Le Maître de Cabestany.


Ce mystérieux sculpteur du XII° siècle, - était-il catalan, languedocien ou italien ? -, doit son nom à à un fabuleux tympan de l'assomption, seul vestige d'un portail disparu conservé dans l'église de Cabestany.

Artiste nomade et anonyme, le Maître et les artisans de son atelier ont laissé leur empreinte sur de nombreux monuments du Roussillon et jusqu'en Navarre.

Affranchi du souci de réalisme des sculpteurs romans, il fait surgir de la pierre des personnages aux corps trapus, aux mains immenses, aux yeux proéminents, avec « une puissance et une sauvagerie », un fabuleux tempérament, qui ne peuvent être confondues avec nul autre.

10:08 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint hilaire, abbaye, aude, razès, la, guedoc-roussillon, blanquette de limoux | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

05 novembre 2010

Dans l’Aude, le Village et l’Abbaye de Saint Polycarpe.

Saint Polycarpe est un village audois, situé sur la D129, à 8 km de Limoux, dans un vallon, au bord de la rivière éponyme qui prend sa source à proximité du château de Belcastel.

En se promenant sur les vertes pentes des Corbières toutes proches, la rencontre inattendue, d’une église fortifiée, surprend le voyageur qui n’est pas averti. Cette église est devenue l’église paroissiale mais elle faisait, autrefois, partie d’une abbaye.

Ce sont ces bâtiments qui donnent, au village de Saint Polycarpe, cette expression de grandeur passée.


L’Abbaye de Saint-Polycarpe.


L’abbaye a été fondée en 783, à l’époque carolingienne, dans l’élan des créations monastiques de la région comme celles d’ Alet, de Lagrasse, de Rieunette, ou de Saint Hilaire. Attala, riche seigneur ibérique, fuyant l’invasion sarrasine, se réfugie en limouxin, défriche la région et jette les fondements de l’église et du monastère pour en devenir le premier abbé.

Pourtant les origines de cette abbaye restent confuses et les archives qui la concernent, sont peu nombreuses. Fondée au début du IX° siècle, elle fut soumise, au Moyen Age, à des monastères plus puissants. L’apparition de la commende et les troubles civils et religieux du XVI° siècle marquèrent le morcellement et la diminution de son patrimoine foncier. Relevée au XVIII° siècle dans le cadre d’une réforme austère marquée de jansénisme, elle est définitivement supprimée en 1771 suite au désaveu des autorités ecclésiastiques.

De moindre importance que ses voisines, elle passa tantôt sous la dépendance tantôt de l’abbaye de Lagrasse, tantôt sous celle d’Alet.. Elle retrouva son autonomie au XII° siècle. Les vestiges des bâtiments claustraux appartiennent aux XVII° et XVIII° siècles. Un aqueduc, toujours visible, alimentait les bassins de cette abbaye.


Les bâtiments monastiques restants sont en ruines.


Les bâtiments sont composés de quatre corps répartis en carré qui forment le cloître du monastère. L’hostellerie était destinée aux étrangers à l’abbaye afin d’assurer le devoir d’accueil et de charité de la règle de Saint Benoît.

Les remaniements architecturaux montrent que des modifications ont été apportés au fil du temps pour en améliorer la fonctionnalité mais aussi la protection.


L’église abbatiale.


L’église abbatiale fortifiée Notre-Dame, exemple représentatif du premier art roman méridional méditerranéen avec les murs épais percés de 3 fenêtres romanes, l’escalier à donner le tournis, les voûtes et l’abside, fut construite à la fin du XI° siècle. Elle comporte à l’ouest un clocher-porche donnant accès à une nef unique, de trois travées, chacune est surmontée d’une voûte d’arêtes domicale. Elle n’était utilisée que par les moines de l’abbaye, la maison cultuelle fréquentée par les villageois étant contiguë.

Cette nef est terminée par une abside semi-circulaire, voûtée en cul-de four. Voûtes et murs étaient couverts de peintures et fresques, datant du XII° siècle représentant l’apocalypse de Saint Jean et la nativité, dont il ne reste quelques scènes. Des remplois de chancels carolingiens sculptés en méplat d’entrelacs, d’oiseaux et de demi-coquilles ornent les autels romans latéraux.

Du XVII° siècle on peut y admirer, également, deux tableaux du peintre Mauriac.

À l’extérieur, le chevet de l’église s’orne d’arcatures lombardes. Le trésor est exposé en permanence, il s’agit des chefs reliquaires de Saint Benoît et de Saint Polycarpe, et d’un monstrance reliquaire porté par deux anges, tous datés du XIV° siècle .


Le village de Saint Polycarpe.


Au nord des édifices religieux, les maisons sont organisées, un peu, sur le modèle d’une bastide avec des rues à angles droits. En parcourant les plus anciennes, quelques maisons à colombage révèlent l’ancienneté de l’habitat de certains quartiers.

Un aqueduc, du Moyen-Âge, traverse la rivière pour alimenter, en eau, l’abbaye et le bourg. Une crue a certainement du en emporter une partie car il est à remarquer que les arceaux datent de deux époques distinctes


Saint Polycarpe.

 

Saint-Polycarpe était, en ses débuts, un monastère bénédictin entouré de quelques maisons et vignobles. Polycarpe était un Évêque d’Ismir, en Turquie.

Étymologiquement, son nom signifie « qui donne beaucoup de fruits. » Les moines du village le priaient pour guérir de la folie alors que, dans son pays d’origine, on l’invoquait pour améliorer les récoltes.

12:07 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint polycarpe, abbaye, razès, aude, languedoc roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

11 août 2010

L'Abbaye de Saint Hilaire : Berceau de la Blanquette.

Quinze siècles d'histoire, à quelques lieux de la cité médié­vale de Carcassonne, au cœur du Razés, dans un paysage de vi­gnobles, l'Abbaye de Saint Hilaire est la sépulture du première évêque de Carcassonne, Saint Hilaire…

Fondée au VIII° siècle, sous le règne de Charlemagne, elle connut, après une période de fastes et de richesses, le déclin dès les prémices du XIV° siècle et ferma, définitivement ses portes conven­tuelles, peu avant la Révolution Française, au XVIII° siècle.


Bref historique.


Au VIe siècle, Saint Hilaire, le premier évêque de Carcas­sonne, enfant du pays nostalgique de ses terres, en visite pastorale, demande, aux habitants des lieux, la construction, sur un éperon ro­cheux dominant le Lauquet, d'une chapelle qui devient, par la suite, sa sépulture.

Au VII° siècle, l'abbaye qui la remplaça, fut d'abord consa­crée au célèbre Saint-Saturnin ou Sernin, évêque-martyr de Tou­louse, puis, lorsqu'on y découvrit ses restes, placée sous le patronage d'Hilaire.

Autour de l'an Mil, un nouvel élan de réforme monastique se double d'une révolution technique et stylistique. C'est aussi le temps des premières audaces architecturales qui permettent d'élargir la nef des églises et d'accueillir des fidèles de plus en plus nombreux, ve­nus vénérer les saintes reliques comme le morceau de la Vrai Croix à Sainte Marie d'Alet, ou le corps de l'évêque Hilaire de Carcas­sonne à Saint-Hilaire…

Sous la protection des comtes de Carcassés-Razés désireux d'honorer l'un des leurs, l'établissement monastique eut, jusqu'au XIII° siècle, un rayonnement considérable dans la région.

Mais, les troubles engendrés par la Guerre de Cent Ans, obli­geant les abbés à entretenir les fortifications villageoises précipitent son déclin.


Le cloître et les bâtiments conventuels.


Le cloître, édifié au XIV° siècle, est toujours intact Constitué de quatre galeries composées d'arcades ogivales reposant sur des co­lonnes géminées et moulurées, aux chapiteaux très abîmés, il est en forme de trapèze irrégulier avec des côtés de douze baies archées à l'est et à l'ouest, quatorze au nord et seize au sud.

Décorés de feuillages, de visages humains ou d'animaux, les chapiteaux sont taillés dans un seul bloc de grès provenant des car­rières in situ du Razès.

Les galeries du cloître, couvertes d'un toit de tuiles, sont ni voûtées, ni encorbellées..

Un puits et un bassin à quatre lobes, support d'une vasque, du XVI° siècle, occupent le cœur du cloître.

Les galeries du cloître sont couvertes d'un toit mais ne sont pas voûtées. Dans la galerie orientale, sous la quatrième arcade en partant de la galerie sud, on trouve les restes d'un échiquier sculpté. Celui-ci n'est pas daté.

Soit il s'agit d'un échiquier médiéval utilisé par les moines pour faire des comptes, et non pour jouer, soit il a été taillé par les habitants au XVIII° siècle, lorsque le monastère a été abandonné.

Le logis abbatial a été restaurée au XIX° siècle. Il s'agit d'une petite pièce cossue, bien plus tardive que le reste des bâtiments. Son plafond à caissons, offre un répertoire floral et animal, ainsi que et différentes scènes . Il date du XVI° siècle.

Le réfectoire est presque entièrement détruit. Seul subsiste quelques pans de mur. L'un d'eux abrite encore la chaire de lecture, du XIV° siècle, unique en France, et l'ouverture qui y menait. Cette chaire, voûtée d’une croisée d’ogives à la clé de voûte circulaire, ou­vrait sur deux salles, l’une destinée aux moines, récemment restau­rée, l’autre aux pèlerins et hôtes de l’Abbaye, toujours en ruines.

La galerie ouest abritait les caves, les greniers et les celliers de l’abbaye. Enfin, un peu à l'extérieur de l'enceinte, en empruntant un escalier on peut accéder à ces caves, taillées à même la roche, dans le grès et le poudingue, qui servaient de celliers.

C’est dans ces caves que les moines découvrirent la l'éle­vage, la vinification et la transformation du vin blanc en vin effer­vescent.


La tradition voudrait...


La tradition veut que l’abbaye de saint Hilaire soit le berceau de la Blanquette de Limoux qui est considérée comme le vin mousseux le plus ancien au monde.

Dès 1531, des écrits en attestant la fabrication, les moines élaboraient un vin pétillant qui, sans le savoir, allait connaître une renommée mondiale.

L'histoire rapporte, même, que, vers la fin du XVIe siècle, Dom Pérignon, lors d'un pèlerinage à l'abbaye de Saint Hilaire, y découvre la méthode de vinification des vins effervescents. Et, de retour dans son Abbaye d'Hautvillers, il en expérimente la méthode sur les vins du vignoble de Champagne.


Trésors romans.


L'église abbatiale romane, du XII° siècle, remaniée au cours des siècles, et sa nef, depuis 1257, voûtée d'ogives à la mode go­thique, se définit en trois travées de chapiteaux retombant sur des consoles sculptées de feuillages et de têtes humaines.

Les bras du faux transept sont ordonnancés en berceau brisé ou, seule, y subsiste l'absidiole sud dépositaire d'un sarcophage sculpté au XII° siècle, en marbre blanc des Pyrénées, œuvre du mys­térieux maître de Cabestany.

Véritable et exceptionnelle, cette cuve, d’inspiration antique, creusée dans un seul bloc de marbre blanc des Pyrénées, mesure deux mètres. Elle est dédiée à Saint Sernin, sert de support à l’autel de l’absidiole sud et évoque l’arrestation, le martyre et l’ensevelisse­ment de Saint Sernin, premier évêque de Toulouse.


Le Maître de Cabestany.


Ce mystérieux sculpteur du XII° siècle, - était-il catalan, languedocien ou italien ? -, doit son nom à à un fabuleux tympan de l'assomption, seul vestige d'un portail disparu conservé dans l'église de Cabestany...

Artiste nomade et anonyme, le Maître et les artisans de son atelier ont laissé leur empreinte sur de nombreux monuments du Roussillon et jusqu'en Navarre.

Affranchi du souci de réalisme des sculpteurs romans, il fait surgir de la pierre des personnages aux corps trapus, aux mains im­menses, aux yeux proéminents, avec « une puissance et une sauva­gerie », un fabuleux tempérament, qui ne peuvent être confondues avec nul autre.

10:30 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : saint hilaire, abbaye, aude, razés, limoux | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

07 août 2010

La Clape, univers insulaire. Senteurs de la Méditerranée.


Entre Narbonne, Armissan, Vinassan, Fleury d'Aude, Gruis­san et la mer Méditerranée, le karst de la Clape est une ancienne île rattachée au continent, vers le XIV° siècle, consécutivement à l'ac­cumulation des dépôts alluvionnaires de l'Aude au cours de la pé­riode Quaternaire. Ses roches sont essentiellement sédimentaires : calcaires urgoniens du Crétacé inférieur et marnes. Long de 17 km et large de 8 km environ, le massif couvre 13.500 ha dont 7.500 sont protégés et 600 classés par le Conservatoire du Littoral.

A l'image de son point culminant, le Pech Redon, 214 mètres, ses sommets, très érodés, mêlent plateaux de garrigue, ver­sants boisés de pins d’Alep, falaises abruptes, éboulis et cavités ac­cueillant une flore et une faune remarquables. Au différent, ses combes et ses vallons, aux sols de terre rouge, se parent d'un man­teau de vignes souligné par des liserets de murets en pierres sèches et ponctués de quelques domaines viticoles .


Le Massif de la Clape, un site protégé et classé.


Île au temps où l'étang de Bages-Sigean n'était qu'une baie marine, le Massif karstique de la Clape est réputé pour la qualité de ses paysages. Ses falaises et ses espaces boisés, hébergeant une flore, et une faune particulièrement riches et originales, en font un point fort du littoral.

Les sauterelles « Magicienne dentelée », les libellules « Cordulie à corps fin », les papillons « Diane » et « Proser­pine », les renards, les lièvres, les blaireaux, les sangliers... mais aussi les aigles, les cigognes, les Grands Ducs et les Faucons « cré­cerelle » y côtoient l’endémique Centaurée Corymbosa, le myrte, le « sourire de Venus » des achillées mille-feuilles, l'orchis mâle et autre fumeterre...

3.000 heures d'ensoleillement, une température moyenne an­nuelle de 14° C. et des pluies faibles, irrégulières et brutales cadencent la valse des saisons agricoles intimement liées à la viticulture. Et, même si les touristes s'en plaignent, pas les vignerons, le massif de la Clape est battu, en alternance, par le Cers(1), vent du nord-ouest, violent, très sec et chaud, et par la Marinade(2), vent de sud apportant un ciel gris chargé d'embruns salés. L'un purifie l'atmosphère, le second favorise la maturation des raisins, surtout la nuit. Ainsi soumis aux vicissitudes d'un microclimat exigeant qui en fait toute son originalité et sa richesse, son milieu reste pourtant fragile et, en 1973, il a nécessité protection et classement.

 

Le Massif de la Clape, un site étrange et envoûtant.


Parfums sucrés d'une flore méditerranéenne aux douces et suaves senteurs, odyssée dans les couleurs, lumières vives et chants cymbaliens reposant des cigales, au fil des millénaires, le Massif de la Clape garde son insularité antique. Pénétrer son espace alogique et obnubilant, ses lieux étranges et envoûtants où l'homme moderne retrouve, à chacun de ses pas, la trace de ses lointains ancêtres, c'est aborder un univers particulier et subliminal.

Terre d'asile, de refuge ou d'élection, antre des aigrefins, re­paire des corsaires et des forbans, et vigie incontournable pour les marins phéniciens, mycéniens et grecs, le Massif la Clape fut habité dès le début de la Préhistoire. Des grottes-ossuraires y témoignent d’une occupation humaine du paléolithique moyen au néolithique final et des vestiges de villages néolithiques se dissimulent, entre bos­quets et arbustes, dans sa garrigue.


2.000 ans de savoir faire : Le Massif de la Clape conserve l'éclatante typicité de ses terroirs et de l'étonnante qualité de ses vins.


Il y a 2,000ans, les Romains choisirent la Massif de la Clape, site privilégié et sain en bord de mer, pour s'installer dans de somptueuses villas et y cultiver la vigne et l'olivier, ce furent les Phéniciens, les Mycéniens, les Hellènes et les Grecs, peuples de marins et de commerçants, qui, les premiers, lui octroyèrent ses lettres de noblesse. En effet, les premiers vignobles y sont attestés depuis le I° millénaire avant J.C. Et les Élysides, peuplade autochtone du Nar­bonnais négociaient leur production de vins, au VI° siècle avant J.C, avec les bateaux grecs accostant dans les criques de la « Lykia(3) ».

Sur ces mêmes emplacements se dressent, de nos jours, les seules habitations du massif, les propriétés viticoles érigées en châ­teaux, en domaines et même en abbayes. Elles perpétuent la tradi­tion et, en référence aux seuls romains, plus de 2.000 ans de savoir faire, les vignerons de la Clape, au I° siècle avant J.C., ayant bénéfi­cié les premiers du privilège de plantation que le Sénat réserva aux citoyens romains de Narbonne. Son nectar légendaire bénéficiait déjà d'une grande notoriété et s'exportait dans tout l'empire.


Des sites naturels remarquables font le renom du Massif de la Clape.


Vignes et oliveraies, plateaux de garrigue et vallées boisées, pechs et combes, intimement mêlés dans un relief tourmenté, fa­laises et éboulis, avens et grottes, ruines romaines, monuments cultuels et sites naturels remarquables font le renom de cette an­cienne île.

 

Une majorité de guides de voyage, dans un style littéraire té­légraphique qui leur est propre, évoque le Massif de la Clape comme très intéressant au point de vue de la faune, de la flore et de ses vignobles. Ils énumèrent, pour Gruissan, les lieux à ne pas man­quer : « Sur les rochers de la Clape, pittoresquement déchiquetés, le point culminant, le Coffre du Pech Redon, 214 mètres, belle vue. Ci­metière marin de Notre Dame des Ausils où l'on se rend en proces­sion le jour de Pentecôte. Grotte de la Crousade où on été décou­verts des silex taillés et des ossements des âges préhistoriques... »

Le chemin pentu qui mène à la chapelle Notre Dame des Au­zils, édifiée en 1634, est bordé de cénotaphes érigés en 1860 à la mémoire des marins gruissanais morts en mer. Chaque lundi de Pâques, les pèlerins gravissent l'allée des naufragés et déposent un brin de laurier au pied des stèles avant d'aller se recueillir dans la petite chapelle. Le gouffre de l’Œil Doux fait, lui, partie de ces lieux magiques et inattendus sis au beau milieu du massif de la clape, en pleine garrigue, ou rien ne laisse présager de trouver un endroit pa­reil. Un site bien particulier, si vous écoutez la population locale, c’est un endroit plein de mystère entouré d’histoires énigmatiques.

 

 


Notes.


(1) Le Cers : La tramontane locale en narbonnais, ici on dit aussi « le nord », vent d'ouest ou nord-ouest, souffle environ 200 jours par an à plus de 20 noeuds. Froid et porteur de pluie en hiver, chaud et sec en été, il dégage généralement bien le ciel du littoral au printemps.

(2) La Marinade : ou vent Marin, de secteur sud, sud-est à sud-ouest, souffle sur le golfe du Lion et la Provence. Humide et doux, il est accompagné de pluies et lève une mer forte. Le marin est associé à l'arrivée du front chaud d'une dépression sur la région.

(3) Lykia : la Lycie, pour les navigateurs phéniciens, l’Insula Laci des Romains, l'île d’Ellec au Moyen-Âge, le Massif de la Clape.

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07:41 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aude, la clape, narbonne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

29 janvier 2010

Caunes Minervois, cité fortifiée. Capitale du marbre incarnat.

Situé à 20 km au nord-est de Carcassonne, en pays d'Aude, Caunes-Minervois est installé, au contact de la plaine viticole du Minervois qu'il surplombe du haut de ses 503 mètres, sur le versant méridional de la Montagne Noire. Proche de la Méditerranée, environné de vignobles et de garrigues que traversent les drailles empruntées, autrefois, par les troupeaux transhumants, son micro-climat est propice à l'élaboration de ses fameux vins A.O.C. « Minervois. »



Surtout connu pour son abbaye bénédictine Saint-Pierre et Saint-Paul, son abbatiale, son cloître et sa crypte, ses ruelles étroites et ses maisons médiévales et Renaissance, le village est aussi célèbre pour ses carrières de marbre qui ont servi à la construction du château de Versailles, du Trianon, de l'Opéra de Paris... Son toponyme, « Caunes », en occitan « cauna » signifiant creux, cavité, grotte, aven..., est lié à la présence de nombreuses grottes dans les falaises un peu au Nord du Village.

 

Le Village de Caunes-Minervois est construit autour de son Abbaye.

 

La cité de Caunes-Minervois est née autour de son monastère, sur la rive gauche de l'Argent Double, à la sortie des gorges de ce petit affluent de l'Aude. L’Abbaye bénédictine et ses deux clo­ chers fut fondée, en 780, par l’abbé Anian, ami de Saint-Benoît d’Aniane, sur un ancien domaine agricole gallo-romain , la « villae Bufintis. » La construction de l'abbatiale, consacrée en 791, et des premiers bâtiments conventuels s'étira sur une vingtaine d'années.

 

 

Emplacée loin de la vie des hommes, les ouvriers bâtisseurs, majoritairement itinérants, avaient construit des maisons paysannes en bois et à colombages autour du chantier en érection. A la fin des travaux bon nombre d'entre eux se sédentarisèrent, créant la première alvéole du bourg actuel. En 982, de nombreux pèlerins vinrent faire, à Caunes Minervois, des offrandes aux Saints martyrs Amand, Luce, Alexandre et Audalde, dont les des ossements de l’époque romaine avaient été découverts dans un champ hors de l’enceinte du village, près de la rivière et du pont. Ils y célébrèrent leur culte qui demeure toujours intact, et s'installèrent dans le village.

 

Le village de Caunes-Minervois, cité fortifiée.

 

 

Aux portes des gorges de l'Argent Double, réminiscences d'un passé moyenâgeux tumultueux ponctué par les invasions normandes, les troubles de la sanglante croisade des Albigeois et les incursions ravageuses du Duc de Joyeuse, Caunes-Minervois est un village fortifié. L'abbaye était délimitée, au sud et à l'ouest, par un fossé et des remparts, ponctués de portes, qui entouraient toute la cité. Une puissante muraille, dont certains tronçons sont encore visibles, la protégeait à l'est et au Nord.

 

 

Caunes Minervois, village au riche patrimoine historique, architectural et culturel, a conservé une splendeur d'un autre temps. Son église paroissiale, ancienne abbatiale, est classée monument historique depuis 1916 et les bâtiments monastiques le sont depuis 1948. Ses ruelles anciennes recellent mille trésors et la nature qui l'entoure, vignes, garrigues, forêts..., pérennisée, a conquis toutes ses valeurs floristiques et faunistiques.

 

Le monument conventuel et l'abbatiale de Caunes Minervois.


 

Présentant toutes les formes d'architecture, là résidant son originalité, l’abbaye de Caunes-Minervois est la seule abbaye du Pays Cathare à posséder une crypte, vestiges de la première église carolingienne, ouverte au public. Les galeries de son cloître, érigé, au XVII°siècle, sur les souches d’un cloître médiéval, se caractérisent par une grande sobriété. Les bâtiments conventuels, cuisine et réfectoire au rez-de-chaussée et cellules monacales réparties sur les niveaux supérieurs, abritent trois expositions permanentes et des salles d’expositions temporaires.

 

 

 

L'abbatiale est réputée pour son chevet, fleuron d'art roman méridional, et pour son marbre rose provenant des carrières du Roy exploitées depuis l'époque romaine. Reconstruite au XIV° siècle et voûtée en briques, en 1770, comprend sept travées flanquée de chapelles latérales. De grandes baies gothiques,au sud, et des vitraux ornant son abside, l'éclairent de mille feux. Et son portail sculpté, du début du XIII° siècle, comporte des chapiteaux historiés

 

Le village de Caunes Minervois, véritable joyau d'architecture en Languedoc.

 

 

Caunes Minervois est un dédale de ruelles nimbées par une kyrielle de tours, de terrasses, de fontaines... et de façades ornées de nombreux éléments architecturaux datant du XV° au XVIII° siècle. Son patrimoine historique, sculptural et plastique est hors du commun synthétisé par les façades et les pignons et toitures sur rue de la maison Etienne Vidal du XIV°. Des monuments plus récents témoignent d’un savoir faire ancestral et de traditions en voie de disparition, tels la chapelle du crucifix, les vieux lavoirs, le béal...

L’hôtel d’Alibert, de style Renaissance, s’optimise autour d’une cour parée, en son centre, d'un puits à baldaquin de trois colonnettes, de deux tourelles abritant chacune un escalier à vis. Son alter égo, l’hôtel Sicard est, lui, regorgeant de fenêtres à meneaux simples et croisées, d’ouvertures en plein cintre et de fenêtres d’angle.

 

Chemin de fer et tramway, notoriété reconnue de Caunes Minervois.


 

De 1887 à 1969, date de sa fermeture, Caunes Minervois étant le terminus, a été desservi par une ligne de chemin de fer le reliant à Moux où elle se greffait à la ligne Toulouse-Carcassonne-Narbonne. La ligne, surnommée la « ligne des cigales », servait au transport des voyageurs et du marbre extrait dans les carrières caunoises.

Les Tramways à vapeur de l'Aude, par une ligne à écartement métrique, ont assuré une liaison Carcassonne-Caunes de 1901 à 1932 prolongée jusqu'à Lézignan en 1910. Bizarreries des administrations, les deux gares, simplement séparées par une rue, se faisaient face.

 

Autres points d'intérêt sur le territoire communal de Caunes Minervois.

 

Sur les hauteurs de Caunes, la chapelle Notre Dame du Cros, d'origine romane, fondée en l'an 900, se terre dans un décor grandiose d'escarpements et de barres calcaires arborées. Sous le porche, juste au dessus de la tombe de l'ermite Joseph Chiron, une statue de la Vierge à l'enfant accueille les visiteurs. Le sanctuaire fait l’objet d’une procession annuelle le 8 septembre.

La Carrière du Roy est l’ancienne carrière de marbre incarnat rouge et blanc, déjà exploitée à l'époque romaine, qui a fait la renommée du village de Caunes à Versailles. Elle se trouve en surplomb au-dessus de la vallée du Cros, une vallée encaissée, bordée de hautes ravines karstiques et drapée d’une riche forêt de pins.

 

 

 

Au Nord de Caunes-Minervois, sur les flancs des falaises calcaires creusées par l’Argent Double, se nichent des grottes, qui ont fait office d’habitat au Néolithique et lors de la Croisade des Albigeois. Un pont réputé romain, certainement médiéval, traverse la rivière en ce lieu.

11:15 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : languedoc-roussillon, aude, caunes minervois | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

Énigme à Saint-Salvayre. Escale sur le chemin des menhirs.

Dans la vallée de l'Aude, sur le chemin de Vendémies, le village pastoral de Saint Salvayre domine, du haut de ses 750 mètres, la station thermale d'Alet les Bains. Lié à l'histoire monastique de cette ville, l'ancien grenier à blé de l'abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth, recèle, en ses murs, un singulier sanctuaire médiéval.



Suivant la tradition et la légende, cette église aurait été construite avec des pierres provenant de l'église abbatiale aletoise pillée et détruite par les Huguenots à nombreuses reprises entre 1573 et 1577. De nombreux arcanes cabalistiques et mystiques entourent cette chapelle et ses environs. Est-ce le fait du passage, en ces lieux de l'abbé Saunière ? Pour certains érudits mi-mathématiciens, mi-ésotériques, l’ostentatoire simplicité de l'édifice cultuel cache, même, un de ces bâtiments ambigus et équivoques dont les compagnons bâtisseurs, du Moyen-Âge avaient le secret.

 

La chapelle de Saint-Salvayre : une escale sur le chemin de l'étrange.



Le visiteur ne peut que remarquer, à son arrivée dans le hameau, les sculptures anthropomorphiques, lycanthropiques et zoomorphiques qui rehaussent la partie sommitale de chacun des angles de la chapelle. Elles sont au nombre de huit et sont classées aux Monuments historiques.

Leurs regards patibulaires, bouffons, farceurs et suppôts à la fois, semblent rester posés, en permanence, sur lui, le scrutant et le surveillant tout le temps de ses déplacements autour de l'édifice.

 

La symbolisation des guides et des gardiens spirituels.



Dans la croyance populaire, les guides spirituels accompagnent les hommes et les gouvernent tout au long de leur vie et même après. Il n'est donc pas rare que les sanctuaires soient souvent gardés par un ou plusieurs guides que l’imagerie moyenâgeuse désignait comme étant des « gardiens du seuil. »

Le site de Saint Salvayre s'inscrivant sur le lieu-dit « l’Hommé mort », un lieu situé au-delà dans la symbolique, il peut-être admis que ces fameux gardiens soient représentés par les huit têtes sculptées. Il existait une neuvième tête, « la tête du Sauveur », qui était l'objet d'une procession annuelle pour les habitants d'Alet. L'un justifierait-il l'autre ?

 

L’église en forme de croix symétrique inscrite dans un rectangle.



Bâtie sur la forme d'une croix aux quatre bras symétriques, son plan architectural est de conception assez simpliste. Son appareillage, en moellons non équarris de pierres du pays, est assez rustique. Au différent, les angles et les encadrements des ouvertures sont en pierre de taille.

Des spéculateurs érudits d'ésotérisme et de symbolisme voyant que la nef et le transept forment une crux quadrata, ont énoncé le postulat d'une construction de l'édifice à partir d’un « rectangle résultant de l'assemblage de cinq carrés congruents » et en ont attribué la conception à l'ethnie des Cagots(1).

 

La sobriété : caractère dominant de l'église de Saint-Salvayre.



Ses murs intérieurs sont appareillés, de même que le sont ses façades extérieures, en gros moellons, équarris grossièrement, et son plafond est en arc ogival. Les voûtes et leurs arrêtes sont, par contre, en belle pierre de taille de toute évidence de remploi.

Le mobilier, en nombre restreint, qui se trouve dans l'église n'a que peu de valeur. Ce dénuement, volontaire ou conséquence de vols et de pillages, souligne une impression de pureté et de mortification de ce lieu cultuel.

 

Les modillons sculptés remarquables par la créativité des imagiers et la richesse des thèmes.



Aux huit angles de la croix grecque, formés par la couverture du toit en tuiles romaines, de magnifiques corbeaux sculptés sont scellés dans la maçonnerie. L'un représente une tête d'animal avec un groin plus qu'un museau et des cornes, lui donnant identification de bovidé. Un second, au travail sculptural plus soigné, matérialise une tête d'homme moustachu diffusant une étonnante sensation de vérité et de naturel... Et, alternance de zoomorphes, d'anthropomorphes et de lycanthropes, les uns les autres révélant un monde d'une extraordinaire diversité, où le fantastique se mêle au quotidien, et où l'imaginaire médiéval des imagiers se déploie en toute fantaisie, ainsi jusqu'au huitième...

et dernier... Le modillon reprend le symbolisme de la face d'une manticore(2), créature fantastique à visage humain, à crinière de lion et aux oreilles d'animal, qui surgit menaçante et scrutatrice, prête à bondir sur les intrus.

 

Ces pierres sculptées sont-elles des pierres de remploi ?



 

Deux thèses s'affrontent. La première est émise par le Docteur Boyer, membre de la société d'études scientifiques de l'Aude, qui s'appuie sur l'existence, près des grottes de Lavalette, de « ruines de la Vieille-Église du IX° siècle, pouvant livrer le secret de l’origine des sculptures romanes de l’église de Saint Salvayre » (Compte rendu d’une excursion à Saint Salvayre. - 1941 -)

La seconde émane des Monuments Historiques. Ces pierres sculptées proviendraient de l'Abbaye bénédictine Sainte Marie d'Aleth malmenée par les sarrasins, ravagée par le comte de Carcassonne, remaniée à l'époque gothique et ruinée par les Huguenots lors des Guerres de Religion...

Le seul point positif que l'on puisse retenir est que les sculptures zoomorphiques, lycanthropiques et anthropomorphiques sont datée de la période pré-romane.

 

Autres curiosité autour de l'église de Saint Salvayre.



Sur l'emprise territoriale du hameau, trois mégalithes, dont l'un situé à côté de l'Église, se dressent en bordure du plateau qui domine le ravin d’Arce. C'est une étrange pierre prismatique quadrangulaire légèrement penchée vers le Nord-Est comportant, à son sommet, le trou de scellement, pour certains, d’une croix qui le surmontait autrefois, pour d'autres, le socle de la personnification sculpturale de la « tête du Sauveur ».

A quelque distance en contre-bas des menhirs, sont les ruines de la tour d’Arce et, sur les pentes du ravin de Lavalette, deux grottes, dont l’une présente des traces de fortifications. Ces grottes ont été occupées par intermittence, au néolithique et ont servi d'abri, aux habitants d'Alet, lors des périodes troublées du Moyen-âge et durant les guerres de Religion.

 

Notes.


(1) Les Cagots constituaient ce que l'on a considéré longtemps comme une ethnie, vivant presque uniquement dans les Pyrénées. Tout comme les membres d'autres ethnies minoritaires, ils se virent dotés de traits physiques distinctifs, de véritables inscriptions iden­titaires...

(2) La manticore est une créature fantastique ayant le corps d'un lion, la tête d'un humain et une queue de scorpion ou de dragon, parfois dotée d'ailes de chauve-souris, capable de lancer des dards venimeux pour immobiliser sa proie. Son venin peut servir à diffé­rentes fins, telles endormir, rendre malade, contrôler, maudire... ou même tuer.

10:16 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Cathares | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : languedoc-roussillon, aude, alet les bains, saint salvayre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

 
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