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14 avril 2014

La couleuvre de Montpellier. Suite...

La couleuvre de Montpellier.

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Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon, la couleuvre de Montpellier

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La couleuvre de Montpellier prolifère dans les terrains secs et chauds, rocailleux ou sableux, à végétation buissonnante, qui lui facilitent la possibilité d'y trouver de nombreuses cachettes pour s'y réfugier car, en cas de danger, elle tente, en priorité, de fuir. Ce n'est seulement, s'il lui est impossible de s’échapper, qu'elle va dresser, à la manière des cobras, le tiers ou le quart du corps, au-dessus du sol, et prendre une posture défensive. Elle balance, alors, la partie soulevée, de gauche à droite, d'avant en arrière, en fonction de sa respiration et de son souffle violent, - en occitan pour cela dénommé le « gisclard » -, tandis que sa langue sort et entre très vite dans sa bouche. Cette posture indique que le « Malpolon monspessulanus » veut intimider l'agresseur. S'il se dresse encore, c'est qu'il est prêt à l'attaque et à mordre s'il en a l’occasion. Mais il faut qu'il soit très violemment provoqué pour frapper vraiment.

Si son habitat de prédilection est surtout les garrigues où, en certaines stations il peut se compter jusqu'à cinq individus à l'hectare, très adaptable, elle a aussi colonisé la proximité des points d’eau, les maquis côtiers, les fourrés, les vignes, les oliveraies, les forêts de chênes verts et les prairies. Elle se rencontre jusqu'à 500 mètres d'altitude et même, dans certaines régions du Sud de la France, de l'Ibérie et du Nord Maghreb, jusqu'à 1.000 mètres. Malgré sa mine patibulaire due à ses « sourcils prononcés », le « Malpolon monspessulanus », même si c'est une couleuvre venimeuse, par le fait qu'il possède elle possède « des crochets à venin », situés en arrière, - opistoglyphe -, les morsures normales étant de l'ordre d'une seconde ou d'une fraction de seconde, n'est pas dangereux pour l'homme.

En effet, contrairement à la vipère, il ne peut l'inoculer directement car ses crochet, non perforés s'assimilent à des dents avec des sillons le long desquels le venin peut s'écouler. Mais, pour la couleuvre de Montpellier, ceci ne peut se réaliser que si la proie est maintenue dans sa gueule, puis, en quelque sorte, « mastiquée » afin que les « dents » puissent pénétrer et que le liquide, paralysant progressivement la victime et facilitant son ingestion, s'introduise dans la chair mordue. Pour les humains, de rares envenimations, - rendues possibles parce que la morsure aurait été particulièrement prolongée -, s'en suivent, ne provocant qu’un léger gonflement de la partie mordue, un phénomène qui disparait au bout d’une ou deux heures.

Serpent diurne, rapide dans ses déplacements reptatoires, - souvent dénommé le TGV des garrigues -, et opportuniste, elle chasse généralement à vue et son alimentation, contribuant à l’équilibre écologique du milieu naturel, est constituée, de sauriens, de petits mammifères, - muridés, lapereaux, mulots, rats -, d'oiseaux nichant au sol, de lézards, - Psammodromus algirus, lézards ocellés de taille adulte... -, et de serpents, - Rhinechis scalaris, Hemorrhois hippocrepis... -

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Outre sa coloration caractéristique, - les très jeunes parfois gris avec des motifs de bande non liées sur le dos plus ou moins foncé, ou gris marron avec le même motif, leur ventre vert à orange qui, avec l'évolution, la couleur en devient de moins en moins vive, plus uniforme ensuite, vert foncé, gris foncé et chez les spécimens âgés, une section du corps derrière le cou, vert, noir, parfois bleu foncé -, son identification est aussi possible par ses écailles. Ce grand serpent a une écaille frontale plus étroite que les deux écailles supra-oculaires. Ses dorsales et ses latérales sont plus ou moins creusées longitudinalement chez l’adulte qui possède en outre, une pré-oculaire, deux post-oculaires et deux loréales, situées entre la pré-oculaire et la nasale.

La reproduction a lieu au printemps, généralement à partir de fin Avril-Mai quand les « Malpolon monspessulanus » sortent de l'hibernation. Les couples se forment... Le couple dit dominant peut accueillir d'autres individus mâles ou femelles voire même d'autres couples sur son territoire. Les relations peuvent alors devenir très complexes. Comme pour les pistes de chasse, le mâle dominant va délimiter régulièrement son territoire. En son absence, son rôle pourra même tenu par un mâle « vassal » qu'il aura pris soin de marquer au préalable de son fluide nasal. Ce dernier protègera la femelle sans pour autant s'accoupler avec elle.

A cette époque, le mâle reproducteur se montre très tendre envers la femelle qu'il défend et assiste même pendant la chasse. Mais c'est aussi à cette période que les mâles d'un naturel très farouche oublient leur prudence... N'hésitant pas à passer à découvert, ils sont les victimes nombreuses et toutes désignées des routes passagères. Les femelles pondent environ 15 œufs ; - extrêmes de 5 à 20 œufs -, dans un lieu humide, chaud, souvent dans de la végétation en décomposition. Les œufs éclosent après 8 semaines, fin Août-début Septembre, et les nouveau-nés mesurent entre 20 et 35 cm. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 3 à 5 ans et les couleuvres de Montpellier ont une espérance de vie d'une quinzaine d'années.

Le « Malpolon monspessulanus » figurant en annexe III de la convention de Berne de 1982, fait partie des espèces de faune protégées en Europe Sur le territoire métropolitain, il est totalement interdit de la capturer, de la blesser, de la tuer, de le déplacer et de détruire sa ponte.

 

Bibliographie

 

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

Les cathédrales de pierre de Raymond Matabosch

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Les Cathédrales de pierre

de Raymond Matabosch

74 pages

Couleur : ISBN 9781291834468 27,50

Noir & blanc : ISBN  9781291834444, 14,00 €

eBooks : ISBN 9781291834567 9,50 €

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fasci­nante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au cœur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dol­mens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la pré­sence humaine.

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Cas­telbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

11 avril 2014

Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon : La couleuvre de Montpellier.

 La couleuvre de Montpellier.

Contrairement à son « derivatio nominis », « Malpolon monspessulanus », - venant de la latinisation de Montpellier -, la Couleuvre de Montpellier, un serpent originaire d'Afrique, - en arabe égyptien « Hanech aswad » -, de la classe des Reptilias, de l'ordre des Squamates et de la famille des Lamprophiinae dans les Colubridés, est répandue bien au-delà de la ville qui lui a donné son nom. Elle se retrouve sur presque tout le pourtour de la mer Méditerranée, excepté dans la péninsule italienne et sur les territoires îliens méditerranéens, de l'Afrique du Nord jusqu'en Iran, à la Ligurie, - Nord-Ouest de l'Italie -, en passant par la péninsule Ibérique et le Sud et le Sud-Est de la France.

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Initialement, suivant Hermann, le décrivant sous l'intitulé «Coluber monspessulanus » ou « Coelopeltis monspessulanus », en 1804, et autres naturalistes et zoologistes, - « Natrix lacertina » ou « Coelopeltis lacertina », Vagler, en 1824 -, il n'existait qu'une seule espèce de « Malpolon », - du grec μαλα, « très, fort, beaucoup », et πολυς, « nombreux, grand, fort », en référence à la grande taille et la grande force de ces couleuvres-, le « Malpolon monspessulanus », - depuis seulement 1928, Mertens & Möller -, qui se subdivisait en quatre sous-espèces, le « Malpolon monspessulanus monspessulanus », dans le Sud-Ouest de l’Europe, - Portugal, Espagne, Sud et Sud-Est de la France, Ligurie -, ainsi qu’au Maroc et au Nord de l'Algérie jusqu'en Kabylie, le « Malpolon monspessulanus saharatlanticus », - Geniez, Cluchier & De Haan, 2006 -, dans le Nord-Ouest de l’Afrique, - côte atlantique du Maroc, Sahara Occidental et Sud Soudan -, le « Malpolon monspessulanus insignitus », - Geoffroy de Saint-Hilaire, 1809 -, principalement sur tout le Nord de l’Afrique, - Est du Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Nord de l’Egypte, Palestine, Israël, Jordanie, Syrie, Turquie, Grèce, Corfou, Chypre, Irak, Iran, Liban... -, et le « Malpolon monspessulanus fuscus », - Fleishmann en 1831 -, uniquement en Syrie. Depuis 2006, selon Carranza, Arnold & Pleguezuelos, - Phylogeny, biogeography, and evolution of two Mediterranean snakes, Malpolon monspessulanus and Hemorrhois hippocrepis, Squamata, Colubridae, using mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution -, le « Malpolon monspessulanus insignitus » a été élevé, sous l'intitulé « Malpolon insignitus » au rang d'espèce, une espèce qui se compose de deux sous-espèces, le « Malpolon insignitus fuscus », - anciennement le « Malpolon monspessulanus fuscus » -, et le « Malpolon insignitus insignitus. »

Insolite, tout autant qu'exceptionnel, à bien des égards, le « Malpolon monspessulanus » est l'une des seules espèces, d'origine africaine, à être présente, de façon naturelle, en France. La couleuvre de Montpellier, bien que ne dépassant qu'exceptionnellement la taille de 2 mètres, peut atteindre jusqu'à 2,55 mètres de long et peut peser jusqu'à 3,500 kilogrammes, en faisant, selon Guy Naulleau, - Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987 -, le serpent le plus grand d'Europe. Un corps svelte, une tête étroite, les mâles, avec une taille moyenne d'environ 1,80 mètre, sont généralement plus grands et imposants que les femelles, de taille plus modeste dépassant très rarement 1,30 mètre de long. Tout comme toutes les sous-espèces « Malpolon », la couleuvre de Montpellier a généralement dix-neuf rangées d'écailles dorsales sur son mi-corps, - dix-sept pour l'espèce « insignitus » -, et, chez les mâles, une « selle » foncée, sur l'avant-corps, est présente. En outre, elle présente, sur son os basioccipital qui forme un éperon dirigé vers l'arrière, un processus médian unique.

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Le dessus du corps du « Malpolon monspessulanus » est de couleur brun-verdâtre, avec une rangée latérale d’écailles noires et bleutées, et peut présenter des marques en forme d’échelons. Son dessous est de couleur plus claire, variant du beige au jaune. Les motifs, sur son dos, changent selon l’âge, les jeunes spécimens sont parfois gris avec des motifs présentant des bandes non liées, de couleur plus ou moins foncée, voire même gris à marron. Et il est à noter un dimorphisme sexuel important car les femelles, toujours plus petites, sont de couleur marron clair, avec des taches noirâtres et blanchâtres. Sa tête est ovale et ne se démarque par beaucoup du cou. Ses pupilles sont rondes. Elle est la seule couleuvre, présente sur le territoire français, à disposer d’un venin toxique. Ses crochets, situés au fond de la mâchoire supérieure, sont peu mobiles.

Génétiquement et morphologiquement, en regard des travaux de phylogénie moléculaire, de biogéographie, et d'évolution de deux serpents méditerranéens, les « Malpolon monspessulanus » et « Hemorrhois hippocrepis », menés, en utilisant des séquences « d'ADNmt », par S. Carranza, F. R. Arnold et J.M. Pleguezuelos, et publiés en 2006, il y a peu de différenciations entre les populations de « Malpolon monspessulanus » d'Afrique du Nord et d'Europe, et les résultats obtenus suggèrent une migration récente, depuis le Maghreb vers l'Europe du Sud-Ouest entre 85.000 et 170.000 ans, et vers l'Europe du Sud et l'Asie occidentale à une époque antérieure. En outre, le « Malpolon monspessulanus » est étroitement lié, d'une part, à l'espèce Nord-africaine, - à l'exclusion des pays bordant le Golfe de Guinée et du Tchad -, et Moyen-orientale, - à l'exception de la Turquie et du Yémen -, le « Rhagerhis moilensis », et à une espèce fossile du Pliocène, - Portugal, Espagne, Roussillon -, le « Malpolon Mlynarskii », lequel a permis de déterminer le genre « Malpolon. »

A suivre

La couleuvre de Montpellier

 

Bibliographie

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

La faune et la flore méditerranéenne : L'invasif Baccharis halimifolia.

 Le Baccharis halimifolia.

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 « Au Bocal du Tech, le Baccharis halimifolia, - ou Seneçon en arbre, parfois appelé « faux-cotonnier » en raison des tapis de graines qu'il produit en automne, des graines peuvent attendre jusqu’à cinq ans avant de germer -, originaire de l’Est des États-Unis, - Floride, Massachussets, Texas, Golfe du Mexique... -, devient la strate arbustive dominante, aux dépens de la végétation indigène, de la ripisylve.... », tel est le cri d'alarme lancé par les botanistes catalans.

Arbuste de 2 à 4 mètres, dressé, à croissance rapide, - 30 à 40 centimètres par an -, à feuilles persistantes du genre Baccharis, - plus de 300 espèces -, de la famille des Asteraceae et de l'ordre des Asterales, il a été introduit, pour sa rusticité, sa vigueur, sa résistance au sel et au froid et son absence de maladie, en France, vers 1683, en Australie, en Nouvelle Zélande et en Espagne, pour ses qualités ornementales et a été cultivé, dès 1796, au Jardin des Plantes de Paris et, à partir de 1824, au Jardin des Plantes de Montpellier. Il s’est ensuite échappé des jardins et s’est propagé dans le milieu naturel où il a été aperçu dès 1862, sur Villeneuve les Magdelone, Gruissan et Vauvert, et dès 1915, sur le Croisic. Les populations, à partir de ces stations initiales où il a été planté, se sont, lors, progressivement accrues et étendues, en se propageant le long des routes et voies d’accès des zones remaniées, sur l’ensemble des côtes atlantiques européennes et tout autour de la Méditerranée.

En outre, les capacités de développement de cette espèce facilitent grandement son invasion. La reproduction sexuée, particulièrement efficace, lui permet de se disséminer sur de longues distances et la reproduction végétative lui permet de se maintenir quoiqu’il arrive sur les zones déjà conquises. Ces dispositions font du Baccharis halimifolia un compétiteur hors pair qu’aucune autre espèce ne peut concurrencer. Ayant une capacité de transformation profonde des paysages littoraux, il remplace petit à petit les espèces locales plus fragiles et moins compétitives, atteint l’identité des espaces côtiers, lagunaires et marécageux, et remplace les formations végétales originales typiques de ces milieux comme les marais à Jonc maritime, les Roselières, les pelouses des dépressions dunaires.

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Enfin, sa surpopulation, provoquant des nuisances aux écosystèmes à cause de ses gros buissons impénétrables, ralentit le vent et réduit l’évaporation de l’eau dans les marais salants, et limite l’accès des paludiers aux différentes zones de leur exploitation. Réputé peu appétant et toxique pour le bétail, les animaux ne l’apprécient guère. Toutefois, les jeunes plants, aux tiges et aux feuilles encore tendres, sont consommés, en particulier, par les moutons. Malheureusement, le Séneçon en arbre utilisant également la multiplication végétative, lorsqu’un pied est coupé, la souche émet rapidement de nouvelles pousses ou se régénére à partir d’un simple morceau de racine.

En France, le Baccharis est largement naturalisé dans les plaines côtières et les secteurs humides des côtes atlantiques, - Gironde, Bassin d'Arcachon, Basses-Pyrénées - et méditerranéennes, - de la frontière espagnole à la Camargue -, a sérieusement colonisé la presqu'île guérandaise, le Sud de la Bretagne, le Finistère, les Côtes d’Armor et l’Ille et Vilaine et sa présence se fait de plus en plus remarquer en Brière. Dans ces régions, tendant à remplacer la flore locale en formant des buissons particulièrement touffus, il est considéré comme une plante envahissante et est devenu l'ennemi des paludiers et de la biodiversité.

Et en Belgique, par « Circulaire relative aux plantes exotiques envahissantes », en date du 30 Mai 2013, promulguée par le Ministre wallon des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, avec effet rétroactif au 1er Janvier de même année, cette espèce est considérée comme « invasive » et son semis et sa plantation, ainsi que les synonymes, les cultivars et les variétés qui dérivent directement de cette espèce, sont interdits en Région wallonne.

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Arbrisseau dioïque, aux tiges dressées, très branchues à rameaux glabres, couverts de minuscules écailles, ses feuilles sont caduques, alternes, simples, brièvement pétiolées ou sessiles, à limbe elliptique à ovale, grossièrement denté, - 3 à 5 dents -, pour les feuilles caulinaires, ou étroit et sub-entier pour les feuilles des rameaux fleuris. Son inflorescence, doté à sa base d'un involucre à bractées imbriquées, sub-égales et subaiguës, se caractérise par des racèmes, - grappes -, de capitules groupés par 1 à 5 sur des pédoncules axillaires ou terminaux, formant de grandes panicules, - grappe de grappes sur un axe simple.- Ses fleurs, soit toutes pistillées et filiformes, soit hermaphrodites et à ovaire avorté, sont toutes tubuleuses à corolle blanc jaunâtre. Et ses fruits sont des akènes peu comprimés et côtelés, surmontés d’un pappus formé de soies un peu plumeuses près du sommet.

Bibliographie

M. Geze, Le Baccharis : un envahisseur indésirable, 1999, Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France. p. 39- 41.

10 avril 2014

L'Euphorbia dendroides ou l'euphorbe arborescente

L'Euphorbia dendroides, en francais l'euphorbe arborescente et en catalan la Flora de les Gavarres, est une espèce dans le genre Euphorbia qui contient environ de 2.140 à 2.233 espèces et qui fait partie de la famille des Euphorbiacées. Elle a été décrite et dénommée, en 1753, par Carl Linnaeus. Cette espèce se reconnaît de loin. Elle forme des buissons arrondis, d'un vert sombre sur lequel se détachent les fleurs plus claires. A la fin du printemps et au début de l'été, le buisson devient rouge puis perd toutes ses feuilles et prend un aspect très différent car seuls ne se voient que les rameaux ligneux, plusieurs fois bifurqués et de couleur rougeâtre, surtout les pousses de l'année.

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Arbustive à feuilles caduques, simples et verticillées, avec un bord entier, l'Euphorbia dendroides peut atteindre une hauteur de 1 à 2 mètres. Présentant des cyathes de couleur jaune et aux fleurs organisées en cyme, lancéolées à étroitement elliptiques, obtuses à pointe rapportée, sa floraison a lieu de Mars à Avril. Les glandes sont arrondies, légèrement échancrées au milieu. La capsule est nue, à trois loges et graines ovoïdes brun opaque et lisses. Sa sève collante, de couleur blanc laiteux, est toxique et collante a été utilisée pour traiter des excroissances de la peau, comme les cancers, les tumeurs et les verrues depuis les temps anciens.

Cette plante, bien que supportant des températures jusqu'á -12° C, est sensible au gel et elle ne pousse que sur les versants ensoleillés et protégés des zones montagneuses. Elle se rencontre, à l'état sauvage, dans la péninsule ibérique, en France, dans les péninsules appenine et balkanique, en Turquie, en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Afrique du Nord et aux États Unis, en Californie (Santa Barbara, Ventura, Los Angelés, Channel Islands National Park, et sur les îles San Nicolas, Santa Catalina et Sant Clemente). Elle a été introduite dans d'autres pays comme arbre d'ornement.

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L'Euphorbia dendroides est protégée par la Convention on International Trade of Endangered Species, la CITES, qui est une convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction.

Bibliographie

Christian Eichberger, Die L. Baumartige Wolfsmilch Euphorbia, Dissertationes Botanicae 344, 2001.

Christoper Brickell (Editor-in-chief): RHS A-Z Encyclopedia of Garden Plants. Third edition. Dorling Kindersley, London 2003.

Guide de la flore méditerranéenne E. Bayer, K.P. Buttler, X. Finkenzeller, J. Grau - Éditions Delachaux et Niestlé 1998.

Walter Erhardt, Erich Götz, Nils Bödeker, Siegmund Seybold: Der große Zander. Eugen Ulmer KG, Stuttgart 2008.

05 août 2013

Randonnées en Terres d'Oc : Le Gardon de Mialet.

gardon de mialet.jpg Le Gardon de Mialet naît au pied des escarpements calcaires ruiniformes du Can de l'Hospitalet, à la confluence du Gardon de Sainte Croix et du Gardon de Saint Germain, en aval de Saint Étienne-Vallée Française. Il s'écoule, sur 21 kilomètres de cours, en Lozère jusqu'au hameau de La Borie, ensuite dans le Gard. Il forme, à hauteur de la commune de Corbès, au confluent avec le Gardon de Saint Jean, le Gardon d'Anduze.

Orienté selon un axe Nord-Ouest/Sud-Est, le Gardon de Mialet et sa vallée sont bordés par les bassins versants du Galeizon et du Gardon de Saint Jean. De chaque côté de ces bassins, le Mont Lozère, 1.699 mètres, au Nord-Est et le Mont Aigoual, 1.656 mètres, au Sud-Ouest forment une barrière naturelle.

 

Contexte géographique de la vallée du Gardon de Mialet.

 

gardon de mialet 1.jpgLa vallée cévenole de Mialet se situe sur la partie schisteuse des Cévennes avec, au Nord-Est, une bordure calcaire, la « barre des Cévennes ». Cette limite marque la séparation entre les eaux qui coulent, au Nord, vers l’océan atlantique et, au Sud, vers la Mer Méditerranée. La zone centrale est composée de vallées schisteuses parallèles et encaissées. L’aval du bassin versant de Mialet est un complexe imbriqué granitique, schisteux et calcaire, qui témoigne d’une zone de compression et de transition géologique entre le plateau central et les garrigues du bas Languedoc.

C'est un pays de vallées profondes, nommées localement « valats » et séparées par des crêtes aiguës, les « serres », pratiquement sans replat. Deux orientations dominent : les pentes situées à l’Ouest sont exposées au Nord et celles situées à l’Est regardent le Sud-Est.

En s’éloignant du village de Barre des Cévennes en direction de la confluence avec le Gardon d’Anduze, l’altitude diminue. L’élévation du bassin versant suit l’orientation des vallées avec des mesures altitudinales décroissantes au fur et à mesure que le relief se rapproche des garrigues Gardoises.

Au Nord-Ouest, l’altitude côtoie les 1.000 mètres au village de Barre des Cévennes culminant à 1.009 mètres. En contrebas, vers le village de Mialet, les fonds de vallon voisinent les 140 mètres et les crêtes 200 mètres au niveau de la confluence avec le Gardon de Saint Jean.

gardon de mialet 2.jpgDotée d’une identité forte, issue d’une riche histoire, le sillon du Gardon de Mialet offre un paysage modelé par l’hominidé et par l’eau. Les terrasses cultivées, ou plantées en forêts, témoignent de la volonté de l’homme de dompter les reliefs difficiles pour pouvoir vivre dans cette vallée encaissée.

La ressource en eau, élément incontournable pour cultiver la terre, a également été apprivoisée pour faire face aux étés secs. De nombreux canaux, taillés à même la roche ou créés, - « béals », et des barrages, - « païssaires », « rascasses » -, ponctuent l’ensemble des affluents.

La vallée du Gardon du Mialet bénéficie d’un habitat très diffus s’expliquant par la difficulté de trouver des espaces faiblement pentus pour cultiver la terre. Auparavant pourvu de nombreuses zones ouvertes, la tendance s’est inversée au XXe siècle et, majoritairement, les valats d’aujourd’hui sont recouverts de forêts.

 

Contexte géologique de la vallée du Gardon de Mialet.

 

Des schistes, des granites et des calcaires composent le bassin versant du Gardon de Mialet. La présence de ces différentes roches atteste d’une longue histoire géologique jalonnée par des périodes durant lesquelles les forces tectoniques ont comprimé, bouleversé, fracturé, distendu, déplacé les roches en présence.

gardon de mialet 3.jpgTrois zones géologiques peuvent être déterminées sur la région du Gardon de Mialet. A son extrême amont et au niveau de Barre des Cévennes, ces formations sont marquées par la présence de calcaires marneux gris et de dolomies calcaires jaunâtres. La vallée du Gardon de Mialet s’inscrit, pour la plus grande part de sa superficie, du village de Barres des Cévennes jusque sur la commune de Saint-Jean-du-Gard,dans le domaine des Cévennes cristallines ou schisteuses avec le schiste des Cévennes omniprésent sur le territoire. Les terrains affleurants éruptifs et métamorphiques, d’âge primaire, - Cambro-Ordovicien -, ont subi plusieurs phases de déformation au cours des temps géologiques, - métamorphisme anté-stéphanien, tectonique hercynienne tardive -, qui expliquent en partie la structure très torturée de cette région.

Au niveau des communes de Saint-Jean-du-Gard, Mialet, Générargues et Thoiras, le Gardon de Mialet traverse des formations granitiques et les Cévennes calcaires, pour terminer sa course au niveau du fossé d’effondrement d’Alès. Les Cévennes calcaires constituent la bordure cévenole et regroupent des formations de nature sédimentaire, - marnes, calcaires, dolomies arrivés par occupation et retrait de la mer à plusieurs reprises sur les Cévennes schisteuses plus anciennes -. Ces affleurements se trouvent affectés d’un réseau dense de plis et failles résultant du mouvement et de la dislocation alpine.

Par ailleurs, des systèmes karstiques concernent parfois les strates du Lias et du Jurassique, les 1.200 mètres de la grotte de Trabuc sont l’exemple de ce système en gruyère façonné en sous-sol par l’eau d’infiltration. Enfin, le fossé d’effondrement d’Alès, dû à un affaissement brutal de la croûte terrestre, se compose d’importants dépôts marneux ou conglomératiques.

 

Tourisme et loisirs dans la vallée du Gardon de Mialet.

 

gardon de mialet 4.jpgSitué sur le piémont des Cévennes, le bassin versant du Gardon de Mialet bénéficie d’une position privilégiée entre le Parc National des Cévennes et la vallée du Gardon d’Anduze. Marqué par des rivières aux eaux cristallines et par une histoire et une culture forte, liés notamment à l’élevage du vers à soie, la châtaigneraie en terrasse, les traces des camisards, le Gardon de Mialet se découvre de différentes manières.

Il offre, aux touristes, un large choix d’éléments historiques, culturels et naturels réputés : des monuments historiques classés, - le pont des Camisards et l'église de Barre des Cévennes -, des monuments historiques inscrits, - les églises de Saint Germain de Calberte, de Saint Flour et de notre Dame de Val-francesque et l'établissement gallo-romain de Saint Martin de Lansuscle-, des sites naturels classés, - le Vallon du mas Soubeyran -, et une curiosité géologique, - la grotte de Trabuc -.

Hormis ces lieux touristiques officiels, le Gardon de Mialet offre d’autres attraits à travers différents panoramas du, ou sur, le Plan de Fontmort, le Col Saint-Pierre, la Route de la Corniche des Cévennes, le Château de Calberte. L’ensemble du « petit patrimoine » tel que les béals, vieux moulins, ponts, châteaux en ruine, terrasses cultivées, lieux de culte et la magnanerie de la Roque se découvre et se visite au fur et à mesure des escapades sur les Grands chemins de randonnée, - le GR 67A -, ou le chemin de Stevenson, - le GR7/67 -., et de de nombreuses fêtes votives, de petits festivals et des marchés se déroulent dans les villages situés dans le sillon du Gardon de Mialet.

05 Juillet 2013 © Raymond Matabosch

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01 mars 2012

L'Hérault... Plus qu'un fleuve, une âme.

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L'Hérault, est un fleuve côtier long de 160 kilomètres. Il prend sa source sur le versant sud des Cévennes, sous le Mont Aigoual, à 1.288 mètres d’altitude au Plat Peyrot. Il parcourt le département du Gard puis traverse, du nord au sud, le département de l'Hérault auquel il donne son nom. Il termine son périple fluvial à Agde, illustre cité grecque, plus précisément au Grau d'Agde et à La Tamarissière où il se jette dans la Méditerranée.


L'Hérault reçoit de nombreux affluents dont l'Arre, la Vis, le Rieutord, la Buèges, le Lamalou, la Lergue, la Boyne, la Peyne, et la Thongue venant grossir ses eaux calmes. Son bassin versant s'étend, en comptant les bassins des affluents, sur 2.900 kilomètres carrés.

25 décembre 2010

Carte postale du Pont du Saint Esprit, dans le Gard provençal.

Une transition hasardeuse d'une longueur de 919 mètres formant coude, l'une des plus remarquables de tous les ponts subsistant du moyen-âge, 25 arches, en pierres de taille, lancées sur le Rhône et édifiées entre 1265 et 1309 par la corporation religieuse et laborieuse des Pontifices, - ou Frères pontifes des hospitaliers -, placée sous le signe du Saint Esprit, avec le concours d'une confrérie de femmes, et financé avec les « Petit-Blanc », - passage du sel remontant le Rhône -, et les « traites étrangères », - quelques deniers par minot -, un peu en amont du confluent avec l'Ardèche, a favorisé l'éclosion de cette petite cité négociante, qui a conservé quelques belles demeures anciennes et sa vocation de marché.

 

Le Pont fantastique du Saint Esprit 1265 -1309 : Sa construction.

 

En 1214, l’évêque d’Uzès, pour faciliter les mouvements des populations liées aux croisades, pèlerinages et au commerce rhodanien voulut faire construire un pont à Saint-Saturnin du port. Le projet fut bloqué par le prieur du monastère Saint-Pierre de l’ordre de Cluny car les terres, sur les deux berges du Rhône, appartenaient, depuis l'an 948, - legs de Géraud d'Uzès, archevêque d'Aix -, à l'abbaye clunisienne. Mais, en 1265, conscient de l'enjeu stratégique que représenterait l'érection d'un tel ouvrage d'art, le prieur de Saint Pierre, seigneur des lieux, en favorisa la construction.

Sous l'égide du comte de Poitiers et de Toulouse, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, la première pierre de l'édifice majestueux qui franchit le Fleuve-Dieu du félibre Mistral, et Fleuve-Roi du romancierBernard Clavel, le « Rhône », fut posée, en rive droite, le 12 Septembre de la même année, par Dom Jean de Tensanges, aussi dénommé de Thianges -, prieur de Saint-Saturnin du Port. Mais la construction de l'ouvrage nécessitant d'énormes investissements financiers que ne pouvait supporter le prieuré, en 1280, une confrérie de frères et de sœurs pontifes fut crée pour aider l’œuvre d'édification du pont.

Moines-soldats et bâtisseurs émérites, les frères pontifes organisèrent des quêtes et des collectes et participèrent, activement, aux travaux de maçonnerie et à la taille des moellons, et les sœurs apportèrent, elles, assistance et soutien aux ouvriers et soignèrent les malades dans une bâtisse située aux abords du chantier.

Après la mort du Comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, en 1271, les régions « Partes Occitaniae Linguae » furent divisées en trois sénéchaussées, Saint-Saturnin du Port se trouva inclus, de fait, dans celle de Beaucaire en opposition directe avec le Comté de Provence. Aussi, vers 1295, il fut décider de fortifier la construction, au fur et à mesure de son avancement, par des tours.

En 1307, l'ouvrage était quasi terminé et une seule arche restait à édifier. Pour pérenniser l'œuvre et anticiper les mouvements de population, à des lieues à la ronde, le pont devant être le seul qui pourrait être opérationnel, en 1308, le prieuré de Saint Pierre bâtit, à la limite de son établissement conventuel, un hôpital. Quelques mois plus tard, 44 ans après sa mise en chantier, en 1309, le pont fut ouvert à la circulation. Un bac transportant les marchandises, les chariots n'y circulèrent qu'à vide.

Les piles côté Est furent construites sur la terre ferme, celles du côté opposé, en rive droite, bâties sur le rocher même et les autres, dans le courant du fleuve, protégées par des becs triangulaires brisant la force des eaux, sur pilotis. Chaque pile formant culée, les arches, au nombre de vingt cinq, composées de quatre arceaux juxtaposés, purent être lancées l'une après l'autre.

En voyant le pont, le Roi Philippe IV de France, -Philippe le Bel -, se rendant à Carpentras, en Comtat Venaissin, où le Pape Clément V qu'il avait fait élire le 5 Juin1305, avait établi sa curie, se serait écrié : « On dirait que cette œuvre merveilleuse est issue des mains de Dieu ! » Alors, bien vite, les bruits coururent que le Saint Esprit, en personne, avait travaillé à l'ouvrage et un oratoire fut érigé à proximité et dédié à l'Esprit de Dieu, - la troisième personne de la Trinité, aussi appelé l'Amour du Père et du Fils. - Le nom de Pont du Saint Esprit, - Pont Saint Esprit -, s'imposa et la légende circula partout en Europe.

 

La légende du pont volé de Saint-Saturnin du Port.

 

Quand Saint Saturnin du Port n'était qu'un simple bourg de pécheurs, de la dépendance de l'archevêché d'Aix, un service de bac et deux ponts, permettaient de traverser le Rhône. L'un, entre la bourgade et celui, sur la rive Est, de Lamotte, n'était qu'une passerelle faite de plusieurs épaisseurs de troncs d'arbres et de cordes de chanvre. Trop léger de structure et trop étroit, les marchandises étant transportées par bac, il ne permettait que le passage d'un chariot à vide, à la fois. Le second, sur l'antique voie Domitia, de bois taillé en larges poutres et doté d'une toiture, nécessitait un long détour par Beaucaire.

Le pont de Saint Saturnin du Port était très ancien. Les colporteurs disaient qu'Hannon, fils de Momilcar et lieutenant d'Hannibal, versla fin du mois d’août de l’an 218 avant Christ, dans le plus grand secret pour tourner l'ennemi hostile, posté sur l'autre rive etprêt aux combat, l'avait fait construire en un jour et une nuit. Il avait fait abattre des arbres et construire des radeaux qu'il avait joint pour facilité le transport des hommes, des chevaux, des éléphants et des bagages.

Mais à chaque crue du fleuve impétueux et à chaque grand vent, les vagues emballées venaient se fracasser sur la passerelle. A chaque fois, il fallait sonner le gros bourdon et les hommes encordés tentaient vainement de faire passer, sous l'ouvrage fragile, les arbres noyés qui formaient barrage ce qui n'empêchait pas le pont de se rompre trois à quatre fois par an.

Il fallait, en attendant de le rebâtir et de l'assurer à grand frais, faire un grand détour par l'unique pont de Beaucaire qui restait, pour aller au marché de Saint-André de Senemagos, à Abolenno ou à Carpentras et les charretiers se plaignaient des journées inutilement perdues, des dépenses d'octroi exorbitantes que percevaient les seigneurs sur leurs routes et de la fatigue qu'accumulaient leurs attelages.

Les prieurs de Saint Pierre, nouveaux seigneurs du lieu, et les desservants de Saint-Saturnin reconnurent la nécessité de construire un grand pont de pierre. Les dépenses engagées pouvant mettre à mal les finances de leur prieuré de celles de la petite bourgade bien pauvre, pour que la réalisation puisse voir jour, ils argumentèrent que chacun devrait trouver sa part au fond de son escarcelle.

C'est alors qu'arriva, à Saint Saturnin du Port, un bien curieux maître d'œuvre, un si curieux maître d'œuvre que les ecclésiastiques et le menu peuple, en y regardant de près, auraient pu voir qu'il avait, sous ses hardes délavées, un beau pourpoint de soie. Et, s'ils avaient prêté plus d'attention au nouveau venu, ils se seraient aperçus que l'intriguant personnage fuyait l'église et les oratoires, et ne faisait jamais le signe de croix.

Trop impatients que leur pont fut construit, ni les uns ni les autres ne regardaient le maître d'œuvre. Ils discutaient, seulement, de la condition qu'il avait posée: « Je vous bâtirai un pont de pierre, large pour permettre le passage de nombreux attelages et le croisement de deux convois de chariots, sans aucune gène pour les gens marchant à pied... un pont comme personne n'en a encore vu dans toute la région... mais, en échange, je veux, contre mon pont, tout ce qui fait la joie de vivre du premier qui y passera dessus... », ajoutant, à ses exigences, « ...Le premier passant devra être, obligatoirement, un homme, non une bête, sinon, parole du fils second de Dieu le Père, le malheur s'abattra sur votre communauté. » Croyant en la Sainte Trinité, le maître d'œuvre, faisant injonction au fils second de Dieu le Père, ainsi ne pouvant être que l'incarnation du Saint Esprit, les prieurs de Saint Pierre et les desservants de saint Saturnin acceptèrent le marché sans autre condition.

Large, haut, solide, long de cent perches..., en une nuit, le pont fut construit.

Et, au petit matin, il y avait foule pour admirer la belle ouvrage. Et, parmi les plus poltrons, emportant tout à son passage, la rumeur courrait que le maître d'œuvre était l'incarnation du diable. Et, bien vite, chacun voulut s'enquérir des conditions acceptées par les hommes de Dieu pour qu'un tel pont puisse être bâti. La rumeur s'enflammant, les cris et les harangues fusèrent de toutes parts : « Notre pont doit être payé par la fortune du plus riche. A toi, prieur, traverse. Tu nous dois cela pour le mâlin ! » Mais le prieur interpellé avait disparu... Ainsi il en fut pour tous les moines de Saint Pierre et pour tous les desservants de Saint Saturnin, et pour tous les syndics et tous les consuls, et le prévôt... et bien d'autres avec eux...


La foule s'amenuisait petit à petit. En finalité, il ne restait plus que les petites gens et la mauvaise humeur montait et enflait démesurément :

« Ils n'ont pas su nous faire un pont, c'est aux maçons à trouver l'homme... .

- C'est aux charpentiers, affirmèrent les maçons...

- C'est aux marchands qui vont vendre les produits de la pêche et des champs et des vignes, ce sont eux qui l'emprunteront, alléguèrent les charpentiers... »

Mais nul ne voulait se dévouer. Même les manants... Enfin, un homme, arrivant de nulle part, sans âge et sans famille, jouant des coudes, fendit la masse agglutinée des petites gens et des rustres aux visages empourprés par la colère et prompts à en découdre, et dit:

« Si ce n'est que cela..., je me dévoue. Ce sera moi qui emprunterait le pont le premier... »

Sur l'autre rive, spectateur du spectacle désopilant offert par les religieux, les notables et les petites gens de Saint Saturnin du Port, le maître d'œuvre attendait, patiemment, le règlement de son dû. Il avait jeté, au diable vauvert, ses hardes. Tous crurent reconnaître, vêtu de riche soie rouge et noire, Belzébuth en personne
L'homme, d'un pas assuré, s'engagea sur le pont, s'arrêta, au milieu, pour regarder le Rhône et continua sa marche. Parvenu sur l'autre berge, le Diablotin, avec bonhommie et large sourire, lui serra la main.

« Pourquoi es-tu venu, Homme... ?

- Parce quelqu'un devait se dévouer pour concrétiser l'acceptation du contrat et la finalisation de celui-ci, une fois les travaux achevés... Et je suis là pour cela...

- Voilà la parole d'un homme de bien, sensé dans ses propos... », reprit le Diable. « Ce village étant en peine, j'avais décidé de tester son bon sens et le bien fondé de leurs prières... Mais tous ne sont que des pleutres sans foi et sans âme, même mes bergers m'ont trahi... Je ne puis l'accepter et, en punition, leur punition, je reprends mon pont.

Et comme il aurait tiré sur une corde, la belle ouvrage s'effilocha dans la brume et disparut à la vue de tous. Le beau pont de pierre ne resta plus qu'une illusion. il fallut plus de deux siècles avant que le Comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, et le prieur de Saint Pierre, Dom Jean de Tensanges, ne lancent la construction d'un autre.

 

Le Pont du Saint Esprit au fil des temps.

 

En pleine guerre de Cent ans, en 1358, le pape Innocent VI, fit construire les remparts d'Avignon et, en même temps, autorisa, pour le Pont du Saint Esprit, la construction de bastilles crénelées aux deux accès ainsi que sur la pile « Saint-Nicolas. »

A l'Ouest, sur la deuxième pile, au XV° Siècle, furent érigées « la Tour du Roy » et une seconde qui servit de logement aux gardes du pont. Parallèlement, sur le coude du pont, à la demande expresse des prieurs de Saint Pierre, une tour fut aménagée et transformée pour abriter, d'une part, en son niveau supérieur, la chapelle Saint Nicolas et, d'autre part, en-dessous, au raz des flots tumultueux du Rhône, une prison. En son Est, un pont-levis fut adjoint à la tour appelée « devers l'Empire. »

Sous les coups de butoirs répétés, lors des grandes crues, dès le XVI° Siècle, l'arche orientale, détruite, fut remplacée par trois petites arches, et, au XVII° Siècle, des travaux de restauration s'imposant, des avant et des arrière-becs triangulaires furent construits. A cette époque, seuls subsistaient encore, du XIII° Siècle, les becs triangulaires originels qui protégeaient les piles « Saint Nicolas » et « Terre. »

Au XIX° Siècle, ouvert à la libre circulation, le pont fut réaménagé et, en 1861, doublant les piles, les becs étant refaits, ainsi son tablier élargi de deux mètres, les chariots purent se croiser aisément. En outre, avec l'apparition des bateaux à vapeur qui remontaient le Rhône, l'ouverture des arches s'avéra trop étroite. Alors, les autorités politiques et fluviales, d'un commun accord, l'importance du commerce et les bénéfices qui en résulteraient, décidèrent de « faire sauter », en rive droite, la première pile, et offrirent un passage de 58 mètres de largeur aux mariniers. Les travaux de transformation furent placés sous la haute autorité d'un certain Aymard, ingénieur ordinaire du département du Gard et les voussoirs en fonte, de l'arche du pont furent coulés sous « l'habile direction d'Emile Martin », un homme de bon sens et un industriel avisé dans la sidérurgie et le fonctionnement des hauts fourneaux, qui avait amélioré, les fours à réverbère inventés, par Carl Wilhelm Siemens.

Lors de la deuxième Guerre Mondiale, en Août 1944, les bombardements américains, par le fait du hasard ou par chance inouïe, - ne dit-on pas le Pont du Saint Esprit -, avaient relativement épargné ce superbe ouvrage. Seule l'arche en fonte ayant été détruite, celle-ci fut provisoirement remplacée par un pont suspendu léger. Dès 1954, une nouvelle arche, d'une portée de 53,70 mètres, et d'une largeur de 7,50 mètres, en béton armé à deux articulations plus en accord avec le monument en pierres maçonnées, coulée sur un cintre constitué de profilés métalliques, fut réalisée.


Raymond Matabosch.

 

 

Publié le 04 Décembre sur :

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19 décembre 2010

Abbaye de Saint Gilles, haut lieu de pèlerinage.

L'histoire, ou plutôt la légende, de la création de l'Abbaye de Saint Gilles trouve ses racines dans le choix de Saint Gilles qui avait fait vœu de se retirer sur le plateau occupé dès la plus haute antiquité, des découvertes archéologiques de latifundia(1) en attestant, et, vraisemblablement, à la préhistoire, afin d'y pratiquer l'érémitisme. Le mythe précise que le saint fut blessé par une flèche tirée par le roi Wisigoth Wamba(2) lors d'une partie de chasse. Comme compensation au désagrément causé par l'incident, le monarque lui avait concédé quelques arpents de terre avec finalité d'y fonder une abbaye.

Il est plus crédible de situer la fondation de l'établissement monastique, originellement dédicacé à Saint Pierre et à Saint Paul, au VII° Siècle. Vers l'an 850, le vocable en était changé au profit du patronage de Saint Gilles qui avait été enterré dans l'église attenante à l'édifice conventuel. Ce substitution d'invocation avait provoqué l'afflux majeur de fervents fidèles du saint et, probablement, généré, l'essence même de la chronique qui lui était dédiée.

Profitant de cet engouement pour l'un des leurs béatifié, la communauté avait obtenu, du Saint-Siège le privilège de l'exemption, et dépendait directement de la souveraineté des papes. Malgré cet avantage conséquent, l'abbaye ne put jamais s'arracher à la médiocrité dans laquelle elle vivait.


L'abbaye de Saint Gilles sous dépendance de Cluny.


En 1066, pour donner donner plus d'or à son blason abbatial, les autorités papales tentèrent de l'attacher au Monastère bénédictin de Cluny mais, en vain, les moines de Saint Gilles s'y opposant farouchement. Ce ne fut qu'en 1077 que le pape Grégoire VII, sous condition que l'établissement monial conserva le privilège de choisir leurs abbés, en avait approuvé l'union.

L'affluence constante de pèlerins, le lien avec l'Abbaye de Cluny et les donations de nobles seigneurs permirent la mise en chantier d'une nouvelle abbatiale. Le pape Urbain II, en personne, en 1096, vint même y consacrer un autel alors que l'église était encore en construction.

Un conflit naquit, lors, opposant l'Abbaye de Saint Gilles aux Comtes de Toulouse désireux d'asseoir leur pouvoir sur le monastère et interrompit les travaux qui ne furent repris qu'en 1116. La conception originelle de l'église en fut modifiée. Les murs déjà érigés et la grande crypte souterraine, longue de 50 mètres et large de 25, furent conservés mais des agrandissements conséquents en advinrent, le corps du bâti atteignant 98 mètres de longueur en 1132, date coïncidant avec une époque d'apogée due à un afflux permanent de pèlerins toujours plus nombreux et à une conséquente puissance économique dont bénéficiait l'établissement monacal. L'abbaye fut même la scène de la mort de l'hérétique Pierre de Bruys brûlé devant l'église en 1136. Enfin, en 1154 le pape accorda des indulgences aux visiteurs, ce qui augmenta, plus encore, l'affluence des dévots.

Après une nouvelle interruption motivée par l'instabilité politique et religieuse, une troisième période constructive s'échelonna entre 1185 et 1209. Le bâtiment resta, cependant, inachevé. En 1226 l'établissement religieux, restant soumis à la monarchie, Saint Louis le visita, lors de ses venues en Aigues Mortes, en deux occasions. Le pape Clément IV, originaire de Saint Gilles, accorda des donations en faveur de la continuation de l'église mais, des difficultés économiques résultant de l’assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, et de la « pénitence » du comte Raymond VI de Toulouse qui déclenchèrent la Croisade des Albigeois menée contre des Cathares ne permirent pas d'en achever la construction. Ce ne fut qu'au XIV° Siècle que l'abbatiale fut finalisée.


La Collégiale de l'Abbaye de Saint Gilles.


En 1538 l'abbaye restait sécularisée et avait dotée d'une collégiale. Au XVI° Siècle les protestants l'incendièrent et les bâtiments conventuels demeurèrent en état ruineux de longues décennies. L'église fut, elle, transformée en forteresse jusqu'à ce qu'en 1622 sa totale destruction fut ordonnée. Heureusement, le funeste destin édicté à l'encontre de l'abbatiale ne put s'accomplir, l'intervention des troupes en arrêtant la destruction. Bien que le chevet et une bonne partie des nefs furent déjà détruits, sur des bases plus restreintes, leur reconstruction commença. La crypte fut conservée et la nef fut raccourcie en son antique chevet dont les restes furent définitivement démolis pendant la Révolution. La façade romane fut entièrement restaurée.

Épuisés et ruinés par les Guerres de Religion puis par la Révolution, l'Abbaye de Saint Gilles, tout comme le village qui s'était bâti en ses abords, s’engloutirent peu à peu dans l'anonymat.

Aujourd’hui, ses ruines attirent de nombreux visiteurs qui découvrent la richesse iconographique de la façade médiévale de l'église abbatiale, la pureté architectonique de son escalier en vis, la beauté recueillie de son immense crypte.

 

Raymond Matabosch

 

Notes.


(1) Les latifundia étaient des grandes propriétés foncières, à l'époque romaine, spécialisées dans l'agriculture destinée à l'exportation, - grain, huile olive ou vin-, une agriculture industrialisée dont l'économie dépendait uniquement de l'exploitation des esclaves.

(2) À la mort du roi Recceswinth, malgré son âge déjà avancé, Wamba, - alors qu'il ne souhaitait pas devenir monarque -, fut élu roi le 21 septembre 672 par une partie de la noblesse wisigothique réunie dans la région de Valladolid.

 

Publié le 20 Novembre 2010 sur

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13 décembre 2010

L'Abîme de Bramabiau. Grotte et rivière souterraine.

« Bramabiau, une de ces œuvres grandioses et bizarres que la nature exécute à coups de siècles et qui confondent l'esprit humain. », ainsi s'était exprimé Édouard-Alfred Martel au lendemain de sa première traversée, les 27 et 28 juin 1888, des grottes et de la rivière souterraine de l'abîme de Bramabiau. Et comme l'homme, en extase face à l'opulence spéléologique de cette découverte fabuleuse, n'était pas avare de qualificatifs, il rajouta : « ...Caprice de la nature tel qu'on en connait pas de semblable... »,et surencherit : « ...Site étrange et singulier, c'est certainement à Bramabiau que les amateurs de grottes risquent le moins d'éprouver une impression de déjà vu... »


La rivière le Bonheur.


A la limite des Cévennes et des Causses, sur le versant océanique du Mont Aigoual, au Nord-Est de Saint-Sauveur Camprieu, - Cam del Rieu, plateau entre deux rivières, ou champs du Prieuré -, à environ deux kilomètres l'une de l'autre, deux petites rivières, le Trévezel et le Bonheur, près du col de la Serreyrède, à l'Espérou, prennent leur source sourdant des spongieux tapis d'herbes qui recouvrent un sol de granit. Ayant creusé leur lit dans les calcaires du petit Causse de Cambrieu enveloppé de sombres et belles forêts, chacune d'elle, au gré de ses humeurs et de la qualité de son sous-sol, façonne sa vallée de façon cavalière.

Alors que le Trévezel entre prairies, pinèdes, chênaies et sous bois de buis, baigne les hameaux de La Fargue, des Monts, de Ribauriès et de Malbosc et s'engage dans des gorges étroites, aux falaises abruptes et vertigineuses, le Bonheur, lui, facétieusement, coule au fond d'une petite vallée longue de quelque cinq kilomètres, s'endort un instant dans un lac aménagé de main d'homme à l'entrée du village, en arrose ses abords septentrionaux, humidifie parcimonieusement des empreintes de dinosaures et, malicieux et cabochard, s'engloutit, en de multiples pertes, dans le Causse de Camprieu.


Le labyrinthe de rivières souterraines du Bonheur.


Les pertes du Bonheur se situent, à quelques pas au Sud-Sud-Ouest deSaint-Sauveur Camprieu, après l'aven éboulé du Balset, sous une kyrielle d'interstices et de fissures et principalement sous une grande dalle calcaire partiellement effondrée laissant apparaître, au fond d'un gouffre d'une dizaine de mètres de profondeur, la rivière qui, creusant un gigantesque tunnel d'une trentaine de mètres de large sur plus de 250 de long, s'enfonce au cœur des calcaires liasiques.

Pénétrant dans la falaise karstique, un chevelu de ruisseaux souterrains taraude l'élément minéral et trace un véritable dédale de boyaux de plusieurs kilomètres avant de réunifier ses bras tentaculaires, de reparaître, à l'air libre, par une haute et étroite diaclase de 70 mètres déchirant, plein centre, la paroi abrupte, et de jaillir, en une fantastique cascade, dans le cirque rocheux de l'Alcôve. Alors que les rhapsodes le versifient et le sacralisent en « Bout du Monde », les géologues, en termes académiques, appellent le demi-crique, aux parois verticales, escarpées, de 80 à 110 mètres de surplomb, dans lequel naît ou resurgit une source, une « reculée karstique. »

Tel un porte-voix monumental, de l'ample et sombre crevasse qui décarne la falaise, rejaillit, dans un bouquet spumeux, la rivière du Bonheur. Par gros temps et fortes eaux, le bruit produit, par la chute majestueuse, rappelle le meuglement du bœuf, le « brama-biâou » en patois local, d'où le « bramabiau ou Cri du boeuf » toponyme qui a été affecté, depuis des temps immémoriaux, à cette cavité d'exception dont l'exploration, par Édouard-Alfred Martel, en 1888, porta la spéléologie sur les fonts baptismaux.


L'abîme de Bramabiau.


Outre son entrée majestueuse, le site de l'Abîme de Bramabiau est, avant tout, un immense réseau souterrain d'environ 11 kilomètres de galeries explorées, gruyèrant, sur près de 2 kilomètres carrés, le Causse de Camprieu. Depuis la zone des pertes jusqu’à la résurgence, - le ruisseau du Bonheur changeant de nom pour devenir le Bramabiau qui conflue, quelques 5 kilomètres plus loin, en dessous des mines de plomb argentifère et de zinc de Vallemagne, avec le Trévezel -, il permet de suivre les caprices créateurs de l’eau, et son extrême patiente à sculpter les éléments minérals.

Dans cet univers de pierre, tout y est spectacle subliminal dans une symphonie de couleurs, de sons et de silences, beauté pontifiante et farouche aux multiples facettes, architecture monumentale élaborée avec une habileté et une dextérité inimitable dont seule la nature artiste en possède le don, un art inimitable qui continue de faire son œuvre et à la pérenniser, Au plan géologique, la structure complexe du Bramabiau est un modèle parfait pour expliquer la formation des boyaux caverneux en milieu karstique. Enfin, paléontologiquement, l'Abîme est un sanctuaire préhistorique à tel point que les oryctologues et les paléoanthropologues conçoivent qu'il a pu être, au Paléolithique et au Néolithique, un temple dédié à une divinité.
Si Edouard Alfred Martel accompagné de Marcel et Gabriel Gaupillat, Philippe Cheilley, Émile Foulquier, Hippolyte Causse, Louis Armand, Claude Blanc et Émile Michel, en a effectué la première traversée les 27 et 28 juin 1888, découvrant 1,700 mètres de galeries, le
15 septembre 1890, un jeune instituteur Félix Mazauric, en compagnie de son compère et ami Randon, dans une série de 11 explorations au cours de la même année, en a porté, établissant sa topographie, le développement à 6.350 mètres. En 1924, Henri de Lapierre est à l'origine de la découverte d'un entrelacement de nouveaux conduits labyrinthiques que Pierre Maréchal, à partir de 1951, a complété, sans relâche, l'exploration du « labyrinthe Lapierre ». Les dernières découvertes, sur le site de Bramabiau, datent, pour le complétif du « réseau Mazauric », de 1982, portant le réseau dédaléen à 10.720 mètres dont seulement 1.000 mètres sont livrés au public.

Nul doute que de somptueuses trouvailles sont encore à identifier et à éventer...


Raymond Matabosch


Publié le 06 Novembre 2010 sur

 

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05 décembre 2010

Au fil des Gardons, une énigme orographique.

Cours d'eau méditerranéen et affluent du Rhône, le Gardon, encore appelé Gard, naît de la confluence de différents Gardons, - ou petits Gards -. Jalonnée de villages et de sites naturels d'une beauté grandiose, avec pour point d'orgue le Pont du Gard et, pour aboutissement, les quatre très belles cités que sont Saint Martin de Lansuscle, Anduze, Uzés et Beaucaire, la rivière invite aux ballades foisonnant de charmes.


Le bassin versant des Gardons.


Le Gardon, d'une longueur nominale de 127 kilomètres, est constitué d'un réseau hydrographique complexe. Plusieurs ruisseaux, affluents de cette rivière lozéro-gardoise, prennent, associé au nom d'une ville ou d'un village, la dénomination générique de Gardon : Gardon de Saint Martin de Lansuscle, Gardon de St Jean du Gard, Gardon de Saint Germain de Caberte, Gardon d'Alès, Gardon d'Anduze... Aussi, étant difficile d'établir géographiquement, mais non hydrologiquement, quelle est la rivière principale et quels en sont ses affluents, quasi tous dénommés Gardon, tout son bassin versant a été recensé sous le toponyme « les Gardons » plutôt que Gardon ou même Gard éponyme du département.

De la confluence du Gard et du Rhône, entre les villes de Comps et de Montfrin, et remontant le cours d'eau vers sa source hypothétique, si des rivières d'importance égale mêlent leurs eaux, chaque nouvelle confluence génère, automatiquement, deux Gardons. Difficile, lors, en advient de générer un cours d'eau principal qui drainerait les eaux de ses émissaires tout au long de son bassin versant qui s'étend sur plus de 2.150 kilomètres carrés et regroupe, au moins, 150 communes hébergeant, dans leur globalité, plus de 200.000 personnes.


Le Gard institutionnel.


Entre les énormes masses plutoniques du Mont Lozère au Nord, et du Mont Aigoual au Sud, les Gardons prennent tous leurs sources, au cœur des chaînes sinueuses et parallèles, aux crêtes déchiquetées délimitant des vallées encaissées, fermées et borgnes, et aux versants méditerranéens abrupts, des Cévennes. Ainsi, entre 700 et 900 mètres d’altitude, de La Can del’Hospital à l’Ouest, aux pentes de la montagne du Bougès, à l’Est, s'animent à la vie les Gardons originels de Saint Jean du Gard, de Sainte Croix-Vallée Française, de Saint Germain de Calberte, de Saint Martin de Lansuscle et de Déze.

Sept kilomètres avant la sortie du département de la Lozère, la réunion des Gardons de Sainte Croix, point d'orgue de la Vallée Française, et du Gardon de Saint Etienne qui, au lieu-dit « Le Pont de Burgen », résulte de la jonction des gardons de Saint Germain et de Saint Martin, forment, sur la commune du Martinet, le Gardon du Mialet. Au « Mescladou », proche de la fameuse bambouseraie, celui-ci conflue avec le Gardon de Saint Jean, engrossé du Gardon de Lassale, pour donner une âme au fougueux Gardon d'Anduze.

Parallèlement, dévalant de la Vallée Longue, le Gardon de Déze, s'unissant aux valats qui dégringolent des serres escarpées jalonnant le col de Jalcreste, donnent cours à l'impétueux Gardon d'Alés.

En amont de Ners, à Ribaute, les Gardons d'Anduze et d'Alès fusionnent leurs eaux et donnent le « Gard », - jusqu'au pont éponyme, le cours d'eau est toujours appelé Gardon par les gens du pays -. qui rejoint le Rhône au niveau de la commune de Comps.


Le Gard référentiel.


Malgré la multiplicité de Gardons, plus de 15 recensés entre les départements de la Lozère et du Gard, et le nombre conséquent d'affluents principaux, - L’Alzon, l’Avène, l’Auriol, le Bourdic, la Droude, la Braune, l’Esquielle, le Galeizon, le Grabieux, la Gravelonque, la Salindrenque et les Seynes -, l'usage ancestral, voire millénaire, conçoit que la source du Gard se confond avec celle du Gardon de Sainte Croix située sur le terroir de la Bastide à Cripoulés.

Et, remontant le Gard, depuis son point de confluence d'avec le fleuve Rhône, le mélange des eaux des tributaires, tant rive gauche que rive droite, se mêlant en minces filets filant le long des berges, désignent nommément la succession des divers cours d'eau afin d'en accéder à sa source originelle : Le Gard, le Gardon d'Anduze, le Gardon du Mialet et le Gardon de Sainte Croix.

Bien que le nommage ne corresponde pas tout à fait au nommage institutionnel, et pour cause hors la tradition séculaire, le Service d’Administration Nationale des Données et Référentiels sur l’Eau, - Le SANDRE -, pour les besoins de sa classification, a considéré que le cours d'eau principal, colonne vertébrale de tout le bassin versant des Gardons, en est le Gardon qui prend sa source à Saint Martin de Lansuscle.


Le Gard, cours d'eau méditerranéen.


De par sa situation, sur le pourtour méditerranéen, le Gard est très affecté par le climat propre à cette région. Il subit les atteintes de la sécheresse qui y sévit en été et celles consécutives aux excès pluviométriques, les gardonnades, qui s'abattent sur la région lors des épisodes cévenols. De fait, son débit se caractérise par l'irrégularité des apports pluviométriques et est étroitement associé à la double entité « trop avec risques d'inondations » et « manque » relative en disponibilité des ressources en eau, une disponibilité importante tant pour l'alimentation des habitants des communes limitrophes que pour les besoins propres à l'agriculture.

Mais les Gardons mêlent une identité forte et, leur conférant des richesses naturelles et un patrimoine culturel, architectural et historique inégalés, baignent des micro pays riches et variés.


 

Raymond Matabosch.

 

Publié le 31 Octobre 2010 sur C4N

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26 novembre 2010

L'aqueduc romain de Nîmes. Défi et prouesse technique.

L'aqueduc amenait les eaux captées aux fontaines d'Eure, au pied d'Uzès, jusqu'au Castellum divisorum, bassin de répartition, qui les dirigeaient vers les différents quartiers, thermes et fontaines de la ville de Nîmes. Il fût construit au I° siècle pendant la période d’expansion de la ville de Nîmes. Sa mise en œuvre avait débuté entre 41 à 54 après J.-C, sous le principat de l'empereur Claude à qui l'on devait l’édification de deux des plus grands aqueducs de Rome, « l'Aqua Novus » et « l'Aqua Claudia. » Sa construction avait dû s'étendre sur une quinze ou vingt ans.

La partie la plus célèbre en est le Pont du Gard, le plus haut pont à trois niveaux des aqueducs romains. Certes, il traverse la vallée du Gardon, - ou Gard qui a donné son nom au département -, en un site particulièrement étroit, mais sa hauteur, de 48,77 mètres au-dessus du lit majeur de la rivière, lui octroie, néanmoins, une longueur actuelle, au troisième étage, de 275 mètres. Son extrémité, côté rive gauche, ayant été tronquée de plus ou moins 100 mètres, originellement il avoisinait les 380 mètres de long.

 

La choix de la fontaine d'Ura

 

A l'origine Nîmes était alimentée par la fontaine sacrée Némausa, coeur de la cité où aboutissaient les voies. Avec l'arrivée massive des vétérans d'Égypte, sa population avoisinant les 20.000 habitants aux temps de sa splendeur, la ville dût rechercher d'autres approvisionnements en eau. La source devait être située plus haut que le réservoir d'arrivée. L'eau devait y être très pure, en quantité suffisante et peu éloignée de la ville.

L'eau de la Fontaine d'Eure présentait toutes les caractéris­tiques requises pour répondre aux besoins en eau potable de la cité némausienne. Elle s'avérait propre à la consommation et son écoule­ment était conséquent. Son débit moyen s'étalonnait à 430 litres/se­conde. La source se situait à une altitude de 76 mètres alors que le réservoir terminal plafonnait à 59 mètres. En outre, de toutes les sources pouvant répondre aux critères, elle était la plus proche. A vol d'oiseau, elle se trouvait à 20 kilomètres de son lieu de destina­tion.

 

La fontaine d'Eure, lieu de culte des romains.

 

C'est au bord de l'Alzon, autour de la source d'Eure, que l'on découvre les premières traces d'une construction romaine à Uzès. Ils y avaient fait ériger un hôtel votif en l'honneur de Cybèle, déesse de la fécondité, de la nature, des fontaines et des sources, pour y vénérer le culte de l'eau.

« AVGVST LARIBVS CVLTORES*VRAE FRONTIS.(1) » Cette dédicace, localisée sur le mur antérieur du laraire, justifie l'exaltation des romains pour les fontaines de l'Eure. Et le choix de cette résurgence, pour le captage de ses eaux et leur transport par aqueduc, ne pouvait donc qu'apporter la protection de la déesse dans les foyers de la colonie romaine.

 

Les contraintes opposées aux constructeurs de l'aqueduc.

 

Du fait d’une topographie escarpée, même si, à vol d'oiseau, la distance n'est que de 20 kilomètres, les Romains ont dû rallonger l’aqueduc à environ 50 kilomètres. La dénivellation entre les sources de l’Eure, 71,13 mètres au départ de la canalisation, et le réservoir d’eau de Nîmes, 58,95 mètres, est seulement de 12,18 mètres, une pente moyenne de 0,25 mètre/kilomètre, ayant nécessité une très grande précision dans sa construction.

L'itinéraire, de même, dénote de la parfaite connaissance du terrain et profite de ses caractéristiques. L'aqueduc chemine enterré dans les sols meubles et à ras de terre ou en hauteur sur les sols rocheux. La conduite, de 1 mètre 30 à 2 mètres de large, à hauteur d'homme, est entièrement maçonnée, étanchée par un enduit en mortier de tuileaux(2) et voûtée en plein cintre. Des ouvertures y sont aménagées pour aérer l'eau ou pour assurer les vidanges, le nettoyage et les réparations.

 

Entre la fontaine d'Eure et Vers, un défi à la géométrie, au relief et à la topographie.

 

Partant de la Fontaine d'Eure, à Uzès, où plusieurs captages y sont réalisés, et son bassin de régulation à martilières(3), l'aqueduc chemine sur la rive gauche de l'Alzon. Il est, sur premiers hecto­mètres, faiblement enterré. Il réapparaît, servant de mur-bahut(4), le long du château Bérard, pour disparaître à nouveau et suivre les contreforts de la garrigue d'Uzès.

La plupart du temps édifié en tranchée enterrée, resurgissant quelquefois, il passe devant Saint Maximin et se dirige vers Argilliers. Le robuste Pont de Bornègre, en gros appareillage, à trois arches de 17 mètres de long sur 2,70 de large, était conçu pour enjamber et affronter les flots tumultueux du torrent du gouffre de Bornègre Après l'ouvrage d'art, l'aqueduc redevient souterrain pour réapparaître, sur plusieurs centaines de mètres, près du village de Vers.

 

Du village de Vers à Remoulins, une succession d'ouvrages d'art envoûtants.

 

A la sortie de Vers, l'aqueduc plonge vers le sud, et franchit le pont de la Lône de 300 mètres de long et d'une hauteur de 7 mètres 50. Il chemine, ensuite, surélevé par un mur-bahut, vers une superbe envolée de trois séries d'arches. Sur près de deux kilomètres, c'est une des parties les plus impressionnantes de l'aqueduc.

A cet endroit-là, s'enchainent le site de Font Ménestière où s’élevait un pont à deux rangs d’arcades, 200 mètres de long et 20 mètres de haut, le Pont Roupt et le Pont de Valive.

Le tracé de l'aqueduc se poursuit, en enterré, dans la garrigue, pour déboucher, sur les rives du Gardon, dans un bassin régulateur à la tête de la culée amont du monumental Pont du Gard qui enjambe magnifiquement, à près de 50 mètres de hauteur, le cours d'eau imprévisible et tumultueux en périodes de crues. Après le passage de cet obstacle impressionnant, il longe, à fleur de terre et à flancs de garrigue les bois de Remoulins et franchit sept combes sur des ouvrages plus petits dont, malheureusement, le plus grand a disparu.

 

De Remoulins à Nîmes, la génialité de la conception d'un tronçon d'aqueduc fleuron de l’ingénierie hydraulique romaine.

 

Après Saint Bonnet du Gard, en conduite enterrée, l'aqueduc se dirige vers Sernhac. Par deux remarquables tunnels creusés dans le rocher, il évite les carrières qui avait été exploitées, à flancs de garrigue, pour ériger, en 15 avant J.C., les remparts augustéens de 6 mètres 50 pour 6 kilomètres autour de la ville de Nîmes. Et, suivant la vallée de la Vistre, par Bezouce, Saint Gervasy et Marguerittes, vallée de la Vistre, après avoir résolu le problème posé par le franchissement de l’étang de Clausonne, il se dirige vers Nîmes.

L'aqueduc réapparaît à l'entrée de Nîmes, sur quelques hectomètres et rejoint, en tunnel, le Castellum Divisorium après avoir parcouru 50 kilomètres de méandres à travers la garrigue avec une pente maximale de 0,45 mètre/kilomètre et une pente minimale de 0,07 mètre/kilomètre. L'aqueduc termine sa course au Castellum divisiorum, l'eau étant dispensée dans la ville grâce à une série de cinq aqueducs secondaires.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) « Aux Lares augustes, les adorateurs de la fontaine d'Ura »

(2) Le mortier de tuileaux était un mélange très fin de chaux grasse, de calcaire blanc et pur de carrière et de petits morceaux de tuiles ou de poteries concassées

(3) Un jeu de planches en bois permettait au préposé au bassin de régulation de diriger l'eau en crue vers l'Alzon afin d'éviter une surpression dans le canal qui aurait pu le détériorer.

(4) Mur-bahut, mur de soutènement.

 

Publié 26 Octobre 2010 sur :

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14:47 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Gardoises | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gard, nîmes, uzés, fontaine eure, aqueduc, languedoc-roussillon, romains | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

 
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