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14 avril 2014

La couleuvre de Montpellier. Suite...

La couleuvre de Montpellier.

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Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon, la couleuvre de Montpellier

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La couleuvre de Montpellier prolifère dans les terrains secs et chauds, rocailleux ou sableux, à végétation buissonnante, qui lui facilitent la possibilité d'y trouver de nombreuses cachettes pour s'y réfugier car, en cas de danger, elle tente, en priorité, de fuir. Ce n'est seulement, s'il lui est impossible de s’échapper, qu'elle va dresser, à la manière des cobras, le tiers ou le quart du corps, au-dessus du sol, et prendre une posture défensive. Elle balance, alors, la partie soulevée, de gauche à droite, d'avant en arrière, en fonction de sa respiration et de son souffle violent, - en occitan pour cela dénommé le « gisclard » -, tandis que sa langue sort et entre très vite dans sa bouche. Cette posture indique que le « Malpolon monspessulanus » veut intimider l'agresseur. S'il se dresse encore, c'est qu'il est prêt à l'attaque et à mordre s'il en a l’occasion. Mais il faut qu'il soit très violemment provoqué pour frapper vraiment.

Si son habitat de prédilection est surtout les garrigues où, en certaines stations il peut se compter jusqu'à cinq individus à l'hectare, très adaptable, elle a aussi colonisé la proximité des points d’eau, les maquis côtiers, les fourrés, les vignes, les oliveraies, les forêts de chênes verts et les prairies. Elle se rencontre jusqu'à 500 mètres d'altitude et même, dans certaines régions du Sud de la France, de l'Ibérie et du Nord Maghreb, jusqu'à 1.000 mètres. Malgré sa mine patibulaire due à ses « sourcils prononcés », le « Malpolon monspessulanus », même si c'est une couleuvre venimeuse, par le fait qu'il possède elle possède « des crochets à venin », situés en arrière, - opistoglyphe -, les morsures normales étant de l'ordre d'une seconde ou d'une fraction de seconde, n'est pas dangereux pour l'homme.

En effet, contrairement à la vipère, il ne peut l'inoculer directement car ses crochet, non perforés s'assimilent à des dents avec des sillons le long desquels le venin peut s'écouler. Mais, pour la couleuvre de Montpellier, ceci ne peut se réaliser que si la proie est maintenue dans sa gueule, puis, en quelque sorte, « mastiquée » afin que les « dents » puissent pénétrer et que le liquide, paralysant progressivement la victime et facilitant son ingestion, s'introduise dans la chair mordue. Pour les humains, de rares envenimations, - rendues possibles parce que la morsure aurait été particulièrement prolongée -, s'en suivent, ne provocant qu’un léger gonflement de la partie mordue, un phénomène qui disparait au bout d’une ou deux heures.

Serpent diurne, rapide dans ses déplacements reptatoires, - souvent dénommé le TGV des garrigues -, et opportuniste, elle chasse généralement à vue et son alimentation, contribuant à l’équilibre écologique du milieu naturel, est constituée, de sauriens, de petits mammifères, - muridés, lapereaux, mulots, rats -, d'oiseaux nichant au sol, de lézards, - Psammodromus algirus, lézards ocellés de taille adulte... -, et de serpents, - Rhinechis scalaris, Hemorrhois hippocrepis... -

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Outre sa coloration caractéristique, - les très jeunes parfois gris avec des motifs de bande non liées sur le dos plus ou moins foncé, ou gris marron avec le même motif, leur ventre vert à orange qui, avec l'évolution, la couleur en devient de moins en moins vive, plus uniforme ensuite, vert foncé, gris foncé et chez les spécimens âgés, une section du corps derrière le cou, vert, noir, parfois bleu foncé -, son identification est aussi possible par ses écailles. Ce grand serpent a une écaille frontale plus étroite que les deux écailles supra-oculaires. Ses dorsales et ses latérales sont plus ou moins creusées longitudinalement chez l’adulte qui possède en outre, une pré-oculaire, deux post-oculaires et deux loréales, situées entre la pré-oculaire et la nasale.

La reproduction a lieu au printemps, généralement à partir de fin Avril-Mai quand les « Malpolon monspessulanus » sortent de l'hibernation. Les couples se forment... Le couple dit dominant peut accueillir d'autres individus mâles ou femelles voire même d'autres couples sur son territoire. Les relations peuvent alors devenir très complexes. Comme pour les pistes de chasse, le mâle dominant va délimiter régulièrement son territoire. En son absence, son rôle pourra même tenu par un mâle « vassal » qu'il aura pris soin de marquer au préalable de son fluide nasal. Ce dernier protègera la femelle sans pour autant s'accoupler avec elle.

A cette époque, le mâle reproducteur se montre très tendre envers la femelle qu'il défend et assiste même pendant la chasse. Mais c'est aussi à cette période que les mâles d'un naturel très farouche oublient leur prudence... N'hésitant pas à passer à découvert, ils sont les victimes nombreuses et toutes désignées des routes passagères. Les femelles pondent environ 15 œufs ; - extrêmes de 5 à 20 œufs -, dans un lieu humide, chaud, souvent dans de la végétation en décomposition. Les œufs éclosent après 8 semaines, fin Août-début Septembre, et les nouveau-nés mesurent entre 20 et 35 cm. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 3 à 5 ans et les couleuvres de Montpellier ont une espérance de vie d'une quinzaine d'années.

Le « Malpolon monspessulanus » figurant en annexe III de la convention de Berne de 1982, fait partie des espèces de faune protégées en Europe Sur le territoire métropolitain, il est totalement interdit de la capturer, de la blesser, de la tuer, de le déplacer et de détruire sa ponte.

 

Bibliographie

 

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

Les cathédrales de pierre de Raymond Matabosch

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Les Cathédrales de pierre

de Raymond Matabosch

74 pages

Couleur : ISBN 9781291834468 27,50

Noir & blanc : ISBN  9781291834444, 14,00 €

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Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fasci­nante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au cœur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dol­mens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la pré­sence humaine.

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Cas­telbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

11 avril 2014

Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon : La couleuvre de Montpellier.

 La couleuvre de Montpellier.

Contrairement à son « derivatio nominis », « Malpolon monspessulanus », - venant de la latinisation de Montpellier -, la Couleuvre de Montpellier, un serpent originaire d'Afrique, - en arabe égyptien « Hanech aswad » -, de la classe des Reptilias, de l'ordre des Squamates et de la famille des Lamprophiinae dans les Colubridés, est répandue bien au-delà de la ville qui lui a donné son nom. Elle se retrouve sur presque tout le pourtour de la mer Méditerranée, excepté dans la péninsule italienne et sur les territoires îliens méditerranéens, de l'Afrique du Nord jusqu'en Iran, à la Ligurie, - Nord-Ouest de l'Italie -, en passant par la péninsule Ibérique et le Sud et le Sud-Est de la France.

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Initialement, suivant Hermann, le décrivant sous l'intitulé «Coluber monspessulanus » ou « Coelopeltis monspessulanus », en 1804, et autres naturalistes et zoologistes, - « Natrix lacertina » ou « Coelopeltis lacertina », Vagler, en 1824 -, il n'existait qu'une seule espèce de « Malpolon », - du grec μαλα, « très, fort, beaucoup », et πολυς, « nombreux, grand, fort », en référence à la grande taille et la grande force de ces couleuvres-, le « Malpolon monspessulanus », - depuis seulement 1928, Mertens & Möller -, qui se subdivisait en quatre sous-espèces, le « Malpolon monspessulanus monspessulanus », dans le Sud-Ouest de l’Europe, - Portugal, Espagne, Sud et Sud-Est de la France, Ligurie -, ainsi qu’au Maroc et au Nord de l'Algérie jusqu'en Kabylie, le « Malpolon monspessulanus saharatlanticus », - Geniez, Cluchier & De Haan, 2006 -, dans le Nord-Ouest de l’Afrique, - côte atlantique du Maroc, Sahara Occidental et Sud Soudan -, le « Malpolon monspessulanus insignitus », - Geoffroy de Saint-Hilaire, 1809 -, principalement sur tout le Nord de l’Afrique, - Est du Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Nord de l’Egypte, Palestine, Israël, Jordanie, Syrie, Turquie, Grèce, Corfou, Chypre, Irak, Iran, Liban... -, et le « Malpolon monspessulanus fuscus », - Fleishmann en 1831 -, uniquement en Syrie. Depuis 2006, selon Carranza, Arnold & Pleguezuelos, - Phylogeny, biogeography, and evolution of two Mediterranean snakes, Malpolon monspessulanus and Hemorrhois hippocrepis, Squamata, Colubridae, using mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution -, le « Malpolon monspessulanus insignitus » a été élevé, sous l'intitulé « Malpolon insignitus » au rang d'espèce, une espèce qui se compose de deux sous-espèces, le « Malpolon insignitus fuscus », - anciennement le « Malpolon monspessulanus fuscus » -, et le « Malpolon insignitus insignitus. »

Insolite, tout autant qu'exceptionnel, à bien des égards, le « Malpolon monspessulanus » est l'une des seules espèces, d'origine africaine, à être présente, de façon naturelle, en France. La couleuvre de Montpellier, bien que ne dépassant qu'exceptionnellement la taille de 2 mètres, peut atteindre jusqu'à 2,55 mètres de long et peut peser jusqu'à 3,500 kilogrammes, en faisant, selon Guy Naulleau, - Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987 -, le serpent le plus grand d'Europe. Un corps svelte, une tête étroite, les mâles, avec une taille moyenne d'environ 1,80 mètre, sont généralement plus grands et imposants que les femelles, de taille plus modeste dépassant très rarement 1,30 mètre de long. Tout comme toutes les sous-espèces « Malpolon », la couleuvre de Montpellier a généralement dix-neuf rangées d'écailles dorsales sur son mi-corps, - dix-sept pour l'espèce « insignitus » -, et, chez les mâles, une « selle » foncée, sur l'avant-corps, est présente. En outre, elle présente, sur son os basioccipital qui forme un éperon dirigé vers l'arrière, un processus médian unique.

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Le dessus du corps du « Malpolon monspessulanus » est de couleur brun-verdâtre, avec une rangée latérale d’écailles noires et bleutées, et peut présenter des marques en forme d’échelons. Son dessous est de couleur plus claire, variant du beige au jaune. Les motifs, sur son dos, changent selon l’âge, les jeunes spécimens sont parfois gris avec des motifs présentant des bandes non liées, de couleur plus ou moins foncée, voire même gris à marron. Et il est à noter un dimorphisme sexuel important car les femelles, toujours plus petites, sont de couleur marron clair, avec des taches noirâtres et blanchâtres. Sa tête est ovale et ne se démarque par beaucoup du cou. Ses pupilles sont rondes. Elle est la seule couleuvre, présente sur le territoire français, à disposer d’un venin toxique. Ses crochets, situés au fond de la mâchoire supérieure, sont peu mobiles.

Génétiquement et morphologiquement, en regard des travaux de phylogénie moléculaire, de biogéographie, et d'évolution de deux serpents méditerranéens, les « Malpolon monspessulanus » et « Hemorrhois hippocrepis », menés, en utilisant des séquences « d'ADNmt », par S. Carranza, F. R. Arnold et J.M. Pleguezuelos, et publiés en 2006, il y a peu de différenciations entre les populations de « Malpolon monspessulanus » d'Afrique du Nord et d'Europe, et les résultats obtenus suggèrent une migration récente, depuis le Maghreb vers l'Europe du Sud-Ouest entre 85.000 et 170.000 ans, et vers l'Europe du Sud et l'Asie occidentale à une époque antérieure. En outre, le « Malpolon monspessulanus » est étroitement lié, d'une part, à l'espèce Nord-africaine, - à l'exclusion des pays bordant le Golfe de Guinée et du Tchad -, et Moyen-orientale, - à l'exception de la Turquie et du Yémen -, le « Rhagerhis moilensis », et à une espèce fossile du Pliocène, - Portugal, Espagne, Roussillon -, le « Malpolon Mlynarskii », lequel a permis de déterminer le genre « Malpolon. »

A suivre

La couleuvre de Montpellier

 

Bibliographie

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

10 avril 2014

L'Euphorbia dendroides ou l'euphorbe arborescente

L'Euphorbia dendroides, en francais l'euphorbe arborescente et en catalan la Flora de les Gavarres, est une espèce dans le genre Euphorbia qui contient environ de 2.140 à 2.233 espèces et qui fait partie de la famille des Euphorbiacées. Elle a été décrite et dénommée, en 1753, par Carl Linnaeus. Cette espèce se reconnaît de loin. Elle forme des buissons arrondis, d'un vert sombre sur lequel se détachent les fleurs plus claires. A la fin du printemps et au début de l'été, le buisson devient rouge puis perd toutes ses feuilles et prend un aspect très différent car seuls ne se voient que les rameaux ligneux, plusieurs fois bifurqués et de couleur rougeâtre, surtout les pousses de l'année.

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Arbustive à feuilles caduques, simples et verticillées, avec un bord entier, l'Euphorbia dendroides peut atteindre une hauteur de 1 à 2 mètres. Présentant des cyathes de couleur jaune et aux fleurs organisées en cyme, lancéolées à étroitement elliptiques, obtuses à pointe rapportée, sa floraison a lieu de Mars à Avril. Les glandes sont arrondies, légèrement échancrées au milieu. La capsule est nue, à trois loges et graines ovoïdes brun opaque et lisses. Sa sève collante, de couleur blanc laiteux, est toxique et collante a été utilisée pour traiter des excroissances de la peau, comme les cancers, les tumeurs et les verrues depuis les temps anciens.

Cette plante, bien que supportant des températures jusqu'á -12° C, est sensible au gel et elle ne pousse que sur les versants ensoleillés et protégés des zones montagneuses. Elle se rencontre, à l'état sauvage, dans la péninsule ibérique, en France, dans les péninsules appenine et balkanique, en Turquie, en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Afrique du Nord et aux États Unis, en Californie (Santa Barbara, Ventura, Los Angelés, Channel Islands National Park, et sur les îles San Nicolas, Santa Catalina et Sant Clemente). Elle a été introduite dans d'autres pays comme arbre d'ornement.

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L'Euphorbia dendroides est protégée par la Convention on International Trade of Endangered Species, la CITES, qui est une convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction.

Bibliographie

Christian Eichberger, Die L. Baumartige Wolfsmilch Euphorbia, Dissertationes Botanicae 344, 2001.

Christoper Brickell (Editor-in-chief): RHS A-Z Encyclopedia of Garden Plants. Third edition. Dorling Kindersley, London 2003.

Guide de la flore méditerranéenne E. Bayer, K.P. Buttler, X. Finkenzeller, J. Grau - Éditions Delachaux et Niestlé 1998.

Walter Erhardt, Erich Götz, Nils Bödeker, Siegmund Seybold: Der große Zander. Eugen Ulmer KG, Stuttgart 2008.

03 janvier 2011

Aumont-Aubrac, joyau d'architecture à la croisée des routes.

A l'extrême limite Sud de l'Auvergnat mais dans le département de la Lozère, entre les monts granitiques de la Margeride et les plateaux basaltiques de l’Aubrac, au carrefour de l'ancienne Via Agrippa reliant Lyon à Toulouse et à Bordeaux, et de la Via Podensis, la Voie du Puy en Velay et Chemin de Saint Jacques de Compostelle, Aumont-Aubrac se niche et se pelotonne en Pays de Peyre. De nos jours, l'autoroute A75, la Méridienne, de Clermont-Ferrand à Béziers, et la ligne de chemin de fer Paris-Béziers, voies de communication modernes, font perdurer la vocation, mutatio romaine, incontournable étape de la traversée des monts d’Aubrac pour les pèlerins, et ville d'accueil, de la petite cité.


Aumont-Aubrac, à la croisée des routes.


A la croisée de voies antiques, la station « d'Altum Montem » était une étape sur la voie romaine qui, venant de Saint-Côme d'Olt, à travers l'Aubrac lozérien, passait par Saint-Chély d'Aubrac, les Enfrux, Ad Silanum, -lac de Souveyrols entre Montorzier et Puech-Cremat -, les Salhiens, Marchastel, Rieutort d'Aubrac et Aumont-Aubrac, - « Altum Montem » absent sur la table de Puttinger mais présente sur l'itinéraire d'Antonin -, se dirigeait vers Segodunum, - Rodez. - Certes, les historiens font état, de préférence à « Altum Montem », d'Andéritum, présent sur la table de Puttinger et sur l'itinéraire d'Antonin, - l'actuel village de Javols -, au titre de station, mais cette agglomération était l'ancienne capitale des Gabales(1) et n'était reliée à la Via Agrippa que par un diverculum, - ou voie secondaire -. De cette mutatio, - ou relai de poste -, sur Aumont-Aubrac, il ne semble rester aucune trace des substructions mais il est vrai, aussi, qu'aucune recherche archéologique n'a été diligentée pour en localiser son implantation. Le bâtiment principal, construit en granite, pierre du pays, et couvert de tégulae, - tuiles à rebord -, devait être de plan quadrangulaire, et mesurer, environ, 15 à 25 mètres de long sur 10 à 20 mètres de large.

 

Au Moyen Âge, les routes et les sentiers aménagés par l’homme au fil des siècles, défiant la roche, contournant les falaises et profitant d’une vallée pour s’apaiser et se dérouler en douceur, les pèlerins y ont laissé les traces de leurs passages : gués aménagés, ponts, dômeries, monastères, croix, chapelles, oratoires, abbatiales, basiliques ou autres œuvres construites pour honorer les reliques de Saint-Jacques, but ultime de leurs périples, en Espagne. Aumont-Aubrac, la dernière marche avant de pénétrer dans l'Aubrac si espéré et si craint des pénitents et des voyageurs qui devaient traverser une profonde forêt infestée de loups et de brigands, - l'enfer s'il pleuvait ou s'il neigeait, la porte du Paradis si le beau temps était de la partie -, en était une étape obligée.

Aumont-Aubrac, joyau architectural posé sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.


De son riche passé, l’église Saint Étienne, la maison du Prieuré, la fontaine, la statue de la Bête du Gévaudan, joyaux d'architecture enchâssés dans un écrin de verdure où vogue, immobile, un vaisseau de granit aux demeures robustes enracinées pour tenir bon face aux tempêtes d'hiver, et le truc del Fabre en témoignent toute l'opulence. Autrefois fortifié, le bourg préserve et « douillette » amoureusement ses maisons et ses hôtels, aux façades parementées de pierre de taille et aux rez-de-chaussée voûtés s'ouvrant en arceaux, des XVI° et XVII° Siècles.

En son nucléus, l'ancien prieuré bénédictin doté de son église originelle, -l'église paroissiale Saint Étienne -, érigé en 1061, attesté dès l'an 1123, remanié et restauré aux XII° et XIII° Siècles, veille, vieux berger des ans orgueilleux de ses ouailles, sur la paisible et pieuse communauté aumontoise, le fier fleuron de la baronnie de la Peyre. Il a conservé son chœur roman et ses chapelles latérales d'architecture francigenum opus(2), -gothique(3) -. Avec des nervures en arc brisé et des chapiteaux sculptés posés sur des troncs de colonnes assis sur des cul-de-lampe, son chevet est en cul-de-four. D'autres consoles d'encorbellement, à figures humaines, servent à supporter les bases des ogives des chapelles et des nervures de la nef. Son porche arbore, comme il se doit, unemagnifique coquille Saint-Jacques, symbole de pèlerinage. Un important travail de restauration, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice monastique, a été effectué au cours, du XX° Siècle, et a restitué tout son lustre au remarquable bâtiment.


Perles architecturales à Aumont-Aubrac en Terre de Peyre.


La maison du Prieuré où vivaient les desservants de l'église Saint Étienne, un bâtiment daté de l'an 1684, avec son portail en arc brisé, sa façade en granit, ses fenêtres à meneaux et sa cave voûtée, a été restauré en 1790 et abrite l’Office de Tourisme du canton d'Aubrac en terre de Peyre. Il promeut, salle d’exposition et vente de produits régionaux, sous le label « Terre », l'accueil autmontois, la gastronomie de l'Aubrac, la découverte du terroir, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, les festivités et les animations saisonnières.

Au hasard d'une ruelle, en rehaut d'une niche vitrée, une énigmatique pierre sculptée la « pierre mystérieuse » pose interrogation et intrigue le pèlerin. Serait-ce une pierre de remploi provenant du prieuré ? Serait-elle l'œuvre d'un illuminé du Moyen-Âge, désireux de laisser son empreinte dans la matière ? Tout un chacun ignore sa provenance. Et si certains y voient une Svastika(4), d'autres, y découvrent et y lisent le trigramme JHS, Jesus Hominum Salvator, - « Jésus, sauveur des hommes. » -

Sur le Tuc del Fabre, une petite hauteur surplombant la Place du Foirail la statue du « Christ Roi », haute de plusieurs mètres, domine le village. Commandée, par le curé de la paroisse, au sculpteur parisien Courbet, et érigée en 1946, elle commémore un fait d'histoire : « lors de la deuxième Guerre Mondiale, 1939-1945, aucune victime n'a été à déplorer à Aumont-Aubrac. » Depuis, tous les ans, en période estivale, y conviant tous les paroissiens, les soldats et les maquisards, et, bien entendu, les pélerins et les estivants de passage, une grand-messe est célébrée au pied de la statue.

Le portrait architectural d'Aumont-Aubrac serait tronqué si j'en oublié ses fontaines et sa statue de la « Bête du Gévaudan. », une bête qui perpétua ses agissements criminels « au commencement de juin de l’année 1764 » et les amplifia tant dans le nombre, plus de 100 victimes, que dans l'horreur, jusqu'en 1767.


Aumont-Aubrac, un lieu idéal pour la promenade.


Autour de la petite cité d'Aumont-Aubrac, l'homme laisse la place à la nature. Des paysages époustouflants et sublimes se découpent, à perte de vue, sur une mer de pâturages bornés de pierres dressées granitique, et quelques hameaux, deux ou trois habitations souvent abandonnées, s'aperçoivent au détour d'un chemin, d'un vallon.

Il est traversé par quatre chemins, le Sentier Saint Jacques de Compostelle, le Tour des Monts d'Aubrac, le Tour de la Margeride, le Chemin d'Aumont-Aubrac à saint Guillem le désert, et par une kyrielle de chemins de randonnées en Pays de Peyre. Tous, du pas lent et mesuré des bergers, parcourent le plateau couvert d'herbes hautes et de fleurs jaunes et blanches, où guident vers quatre lacs déployant, enchâssés dans des écrins verdoyants, leur miroir, Dans le plus grand d'entre eux, celui de Saint Andéol, situé non loin d'un sanctuaire gallo-romain, la légende conte qu'en ses profondeurs, une ville entière y est engloutie.

Cette terre de prédilection, univers du volcanisme et du pastoralisme n'est-elle pas un lieu idéal pour la promenade et la méditation ? Un dicton dit « Aubrac, terre de vie et terre de Sainteté et l'homme sage y pose toujours ses pieds. » Alors l'homme du XXI° Siècle, majoritairement n'y transportant pas ses pas, est-il un sage ou un mécréant ?


Notes.


(1) Les Gabales sont un peuple gaulois, demeurant en Gévaudan. Ils participèrent à la coalition gauloise aux côtés des Arvernes. Leur chef-lieu gallo-romain était Anderitum, Javols, un des sites archéologiques les plus riches et les plus importants du Sud de la France, atteignant, à la fin du II° Siècle, jusqu'à 3.000 habitants contre 335 en ces débuts du XXI° Siècle. Au Moyen-Age, Mende prendra l'ascendant sur la capitale historique du Gévaudan.

(2) Ce sont les Italiens de la Renaissance qui ont nommé « gotico », - gothique en français -, ce style initialement nommé francigenum opus, mot à mot « œuvre française », ou « manière de bâtir en Île de France »

(3) Le terme « gothique » fut utilisé originellement dans un sens péjoratif. En effet, le mot est dérivé du nom des Goths, peuple considéré comme « barbare » par les Romains. L'art gothique était donc l'œuvre de barbares pour les Italiens de la Renaissance, car il aurait résulté de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.

(4) La Svastika est un symbole religieux que l'on retrouve de l'Europe à l'Océanie, apparaissant dès l'époque néolithique. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale, d'où son autre appellation de croix gammée. Elle est toujours un symbole sacré dans certaines religions telles que l'hindouisme, le bouddhisme... et le jaïnisme. Après la Deuxième Guerre mondiale, en raison de son utilisation par l'Allemagne nazie, sa représentation est controversée en Occident.


Publié le 07 Décembre 2010 sur :

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11:38 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Lozériennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aumont-aubrac, aubrac, margeride, lozère, gévaudan, languedoc-roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

07 décembre 2010

La Vallée du Lot, terre nourricière en Lozère.

A 1.272 mètres d'altitude, sur la territoire de la commune de Cubières, sur le versant Sud du Mont Goulet, flanc septentrional du massif granitique du Mont Lozère, le Lot, affluent en rive droite de la Garonne, 485 kilomètres de long de son origine à son confluent à Aiguillon, prend sa source.

En héritage d'un nom de lieu celte puis gallo-romain, le cours d'eau, en Occitan, se décline sous le toponyme hydro-orographique d'Òlt, - Òut ou Òltis -, et institutionnalise des appellatifs territoriaux tels « Pays d'Olt », « Rives d'Olt », « Vallée d'Olt »..., en Aveyron.
Dans un univers drapé de somptueux paysages où alternent vallées, forêts, étroits corridors encaissés et plateaux calcaires, schisteux, plutoniques et basaltiques, d'Est en Ouest et en son milieu, il zèbre, s’étirant sur environ 95 kilomètres, l'entier département de la Lozère. Sa haute vallée marque, ainsi, une césure climatique et agricole importante entre Aubrac, granitique et basaltique, et Margeride, granitique, au Nord, Causses, calcaires, et Cévennes, schisteuses et granitiques, au Sud, quatre massifs montagneux géologiquement et géomorphologiquement différents.


Les sources du Lot.


Au cœur d'une forêt de résineux, un chevelu de rigoles et de ruisselets naît dans une prairie d'alpage située sur le versant Sud-Ouest du Mont Chalsades, - 1.382 mètres -, lieu-dit « Cham Du Olt », terroir du hameau des Alpiers, commune de Cubrières. En ce site où tout bruit étranger donne sensation de déranger la tranquillité des lieux, le son argentin d'une kyrielle de sources se mêle, en douce symphonie pastorale aux bruissement des herbes hautes, aux chants des oiseaux et aux risées des ailes écailleuses des papillons.

Courant sous la végétation, se rejoignant, et s'amalgamant, l'enchevêtrement aquatique donne vie à un ru insignifiant qui, croissant proportionnellement à la pente et aux valats croisés, ressauts après ressauts, dévale un étroit sillon sauvage creusé dans les granites des Monts Goulet jusqu'au Bleymard.
Avant le village dont le cœur étonne par son patrimoine architectural lozérien séculaire et ses fabuleuses demeures aux toits de lauze, à Saint Jean du Bleymard, un hameau qui fut jadis paroisse, un petit pont en pierre, le premier d'une longue série, tant ses berges se frôlent encore, enjambe le Lot d'un seul saut de puce.


Du Bleymard à Sainte Hélène.


Entre Monts du Goulet, au Nord, et Mont Lozère, au Sud, le cours d'eau torrentiel, creuse, dans les pentes des deux massifs, sillonnés par des valats affluents, qui l'encadrent, une petite vallée, en creux, qui s'allonge sur quelques 8 kilomètres.

Du Bleymard à Bagnols les Bains, par Saint Julien du Tournel qui se prévaut d'un imposant clocher-peigne à 2 baies et des menhirs du Quincos et de la Felgère, le Lot sinueux se faufile dans une vallée étroite où se succèdent des gorges en modèle réduit. A la fonte des neiges, les eaux y coulent opalescentes et cristallines.
En quittant Bagnols les Bains
, station thermale célèbre dès l'époque romaine, le Lot pénètre dans les terrains karstiques.
A la sortie de Chadenet, filant sur Sainte Hélène, alors que la pente s’accroît, la rivière pénètre en terrain granitique. Prenant un caractère torrentueux et sauvage, il y creuse une gorge profonde et tourmentée.


La Vallée du Lot dans la plaine de Mende.


A la croisée des Grands Causses et des Cévennes, au Sud, et de l'Aubrac et de la Margeride, au Nord, il y sculpte des formes de reliefs spectaculaires et complexes taillés dans les schistes, les granites, les basaltes... et les calcaires du Jurassique inférieur, les avant-Causses.

Par son travail d'érosion dessinant des portions de vallées étroites et profondes, des petites tables, - Causse de Mende, Causse de Changefège... -, se forment en contrebas des dômes arrondis de la Margeride. Alors, Le Lot élargit son lit pour s'ouvrir sur la plaine de Mende aux pentes douces, exposées au midi, progressivement conquises par l’urbanisation.
Après Barjac, et plus particulièrement vers le Monastier et la confluence de la Colagne, la Vallée du Lot devient plus plantureuse. Entourée d'étroits sommets plus ou moins aplanis, les trucs, s'étendant jusqu'à Marvejols et Montrodat, et bordée par les falaises du Causse de Sauveterre, au Sud, les boraldes pastorales d'Aubrac et les chaos granitiques de la Margeride, à l'Ouest et au Nord, et les grands espaces du Causse de Changefège, à l'Est, elle présente, lors, l
uxuriante et arborée,parsemée de vergers, de noyers et de maraîchages, un paysage remarquable.


A Banassac et La Canourgue, portes sur le Rouergue et l'Aveyron.


Passé la confluence avec la Colagne, le Lot s'enserre, à nouveau, dans une succession séquentielle, entre Boraldes au Nord et Causse de Sauveterre au Sud, de vallées étranglées et arborées, et d'étroits défilés taillés dans les calcaires. En appréciant la mosaïque des paysages et la prolifération des grottes qui gruyères les sites karstyques, les chauve-souris, ont colonisé les lieux.

Ce n'est qu'aux environs de Banassac, avec les confluences, d'une part, de l'Urugne et du Saint-Saturnin et, d'autre part, celle de l'Urugne et du Lot, que le Lot et sa Vallée prennent leurs aises. L'espace s'ouvrant, ils offrent plus de place à l'urbanisation galopante qui anime les villes accolées de Banassac et de La Canourgue et ses communes associées Auxillac, La Capelle et Montjézieu.

Métamorphose et magie... !


Jusqu'à son entrée en Rouergue et Saint Laurent d'Olt dans l'Aveyron voisin, le Vallée du Lot, oasis dans le contexte montagnard lozérien, prend, délibérément, des accents du Sud... Et, sur une dentelle de grès rouge, les vergers de noyers inscrivent, en lettres capitales : «
Vallée du Lot, terre nourricière de la Lozère. »

 

Raymond Matabosch


Publié le 03 Novembre 2010 sur

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05 décembre 2010

La « grotte rose » de Dargilan, en Lozère.

Une concentration particulière d’oxyde de fer et de matières organiques donnant aux concrétions et aux nombreuses draperies roses qui la recouvrent, des teintes très variées, lui attribuant ainsi beaucoup de charme, la grotte de Dargilan, du nom du hameau voisin, se situe à 7 kilomètres à l'Ouest-Nord-Ouest de Meyrueis. Elle s'ouvre à 860 mètres d'altitude, dans la grande falaise dolomitique du Causse Noir, sur une terrasse, en surplomb de la rive gauche de la Jonte.

 

 

Cette caverne à deux étages, entre Gorges de la Jonte et Gorges du Tarn, était totalement ignorée quand, incidemment, vers la fin de l'automne de l'an 1880, elle fut découverte par un jeune berger, commis à la garde du troupeau de l'une des fermes voisines, répondant au nom de Sahuquet.


La légende de la découverte de la « grotte rose » de Dargilan.


Le légende dit qu'un jour le jeune pâtre aperçut un renard pénétrer dans une étroiture de la roche et disparaître de sa vue. Mais comme tout caussenard, chasseur d'instinct dans l'âme, il s'était mis en devoir de capturer maître goupil, un canidé malin, retors, roublard et rusé. Après plusieurs heures d'un travail long et fastidieux, la fissure allait s'élargissant.

 

Le déblayage auquel il s'astreignait, lui permit, enfin, de se glisser par l'ouverture qu'il avait, avec la patience, la ténacité et l'obstination qui sublimaient sa volonté juvénile, ainsi agrandie. Après quelques pas à peine, il se trouva dans l'antre de la grotte, au seuil de la première salle.

L'univers qui s'offrit à lui était tout autant fascinant qu'effrayant. Passé le seuil, il s'était trouvé dans une immense salle, au sol encombré d'un chaos de roches entrelacées et difficilement praticable, où scintillaient de nombreuses stalagmites et fistuleuses de toutes tailles qu'il avait pris, précise la légende, pour des fantômes. La résonance de sa voix, dans l'immense nef obscure, l'avait glacé de peur. Paniqué, se découvrant dans les entrailles de Satan et craignant d'y perdre son âme, il avait fui.

Une seconde légende reprenant le même thème du jeune berger à la poursuite d'un renard et, ainsi, découvrant accidentellement la grotte, précise que le pastouret raconta son incroyable histoire à des godelureaux des environs. Excités à l'idée de vivre un événement exceptionnel et rare, ceux-ci parvinrent à convaincre le jeunot de les y mener. Tous se rendirent donc, sous sa conduite, à la grotte mais, ayant investi les lieux, la peur nouant leurs entrailles, ils n'osèrent réellement s'y aventurer.


La première exploration, digne de ce nom, de la grotte de Dargilan.


C'est en 1884, qu'Édouard Alfred Martel, un jeune homme de 25 ans arborant une courte barbe sombre et développant un goût passionné pour la géographie et le domaine souterrain, décida de visiter la grotte de Dargilan. Il en vit la première grande salle, la salle du chaos, où il y reconnut l'existence de cinq puits profonds. Mais ce n'est qu'en 1888, une année marquante pour la spéléologie mondiale, la même année où il explora l'abîme de Bramabiau, dans le Gard, qu'il en leva, quatre jours durant, les données topographiques.

Lors de son expédition découverte, Édouard Alfred, accompagné par son équipe, disposait de matériel rudimentaire : minces cordages pour s'assurer et simples bougies pour s'éclairer. En outre, le sol de la grotte et de ses boyaux était plus difficilement praticable qu'ils ne l'est de nos jours, d'où les difficultés d'exploration et d'investigations sur plus de 1.200 mètres de dédales caverneux explorés.

Et, propre aux inventeurs(1) de baptiser les sites, par eux, découverts, bien qu'une éponymie puisse paraître évidente, un lieu dit « Lou Darzillan » étant existant sur le terrier seigneurial de 1688, commune de Meyrueis en Lozère, l'aven fut dénommé « Dargilan » par le fait qu'il se localise sur le territoire, à moins de 600 mètres, de la ferme-hameau de même nom.

L'électricité, installée en 1910, permit d'accueillir les premiers visiteurs, dans ce labyrinthe souterrain aménagé dès 1890. Et, depuis 1982, grâce aux travaux entrepris par la société d'exploitation des Gorges du Tarn, muée aujourd'hui en Société Anonyme de Dargilan, Dargilan est l'une des grottes les mieux aménagées pour la visite.


La « grotte rose » de Dargilan.


La Grotte de Dargilan captive par ses dimensions impressionnantes, solennelles, déroutantes et stupéfiantes et par la multiplicité de ses agrégats, de ses pétrifications et de ses concrétions aux couleurs et aux patines naturelles baignées d'une palette safranée d'ocres, de jaunes et de roses.

Tout au long de ses 1.200 mètres de galeries, toutes en circonvolutions et méandres, s'enfonçant, s'insinuant et s'effilochant à 120 mètres de profondeur sous le plateau karstique du Causse Noir, la diversité ravit et enthousiasme les visiteurs.
Si le chaland ne retenait que l'insignifiante étroiture qui permit au jeune berger de pénétrer dans les entrailles dolomitiques jurassiques et de violer leur clandestinité et leur mystère, il outragerait la magnificence d'une cathédrale de pierre façonnée, sans relâche depuis de centaines de millénaires, par l'eau infatigable besogneuse silencieuse.

Les premiers pas posés mènent directement à une imposante basilique pétrée, 142 mètres de long, 50 de large et 25 de haut, la Salle du Chaos, où, diaprant un effondrement conséquent de roches entrelacées et répondant aux clignements engourmandis de fistuleuses et de stalactites dévalant, en ressaut, de la voûte, scintillent une myriade de stalagmites de toutes tailles.

Passée la salle immense de l'entrée et s'engageant dans le lit d'une rivière asséchée, les colonnes, les cascades pétrifiées, la Mosquée, les draperies, les stalactites, les fistuleuses, les orgues calcaires et les coulées de calcite, ciselées et nacrées par un essaim de petits lacs, se succèdent, pour l'émerveillement et la béatitude du regard et des yeux, sans interruption, jusqu'à la sortie, magnifique débouchant sur le panorama grandiose des gorges de la Jonte.


Notes.


(1) En archéologie et en spéléologie, quelqu'un qui découvre un site ou un objet important n'est pas nommé découvreur - souvent utilisé faussement à la place - mais inventeu.

 

Publié le 30 Octobre 2010 sur C4N

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29 janvier 2010

Aven Armand, forêt de pierres. Merveille façonnée par l'eau.

Platitude et monotonie des paysages, voilà ce que le concept de plateau, sur les anciennes terres du Gévaudan, laisse suggérer.

Néanmoins, dans l'alternance de reliefs curvilignes, turgescents, fusiformes, arrondis ou acuminés et de dépressions, de ravins abrupts et de gorges étroites et profondes au fond desquelles s'écoulent des rivières turquoises ou émeraudes, les chaos dolomitiques rompent l'uniformité triviale des étendues quasi désertiques et lunaires

 

 

 

Point de rivière ! Point de torrents ! Nul cours d'eau assigné ne coule à la surface du Causse Méjean. Comme aspirée par les maelströms souterrains, l'eau de pluie rejoint et alimente les vastes entrelacs karstiques pour resurgir dans les vallées verdoyantes.

 

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

 

 

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fascinante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au coeur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dolmens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la présence humaine.

 

 

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Castelbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

 

Une découverte impromptue de l'aven, par un forgeron au Rozier, en 1897.

 

 

Le 18 septembre 1897, Louis Armand, de son métier forgeron au Rozier, descendait du hameau de la Parade. Depuis 1883, il assistait, dans ses explorations, Édouard Alfred Martel considéré comme le père de la spéléologie. Sur le bord du chemin qu'il empruntait, il aperçut un énorme orifice envahi par les broussailles et les ronciers.

Il jeta, dans le trou béant, un gros caillou et il eut l'impression que la pierre s'enfonçait dans les profondeurs abyssales. Ce gouffre, situé à 3 kilomètres d'Hyelzas, était connu, de générations en générations de paysans, sous le nom de « l'aven » et faisait l'objet de nombreuses légendes dans les environs.

« Cette fois, M. Martel », avait-il déclaré, tout excité par sa découverte, « écoutez bien et n'en soufflez mot à personne: je crois que je tiens un second Dargilan, et peut-être plus fameux encore...je suis tombé par hasard sur un grand trou; c'est certainement l'un des meilleurs... »(1)

 

L'exploration du gouffre par Louis Armand et Édouard Alfred Martel.

 

 

Le puits d'accès, du gouffre, de quelques mètres de diamètre, est une paroi verticale de 70 mètres de profondeur. Après une pé­rilleuse descente en échelle de corde, le 19 Septembre pour Louis Armand, dans un couffin suspendu par un treuil, le lendemain pour Édouard Alfred Martel et Armand Viré, les trois hommes débou­chèrent à la voûte d'une salle immense en pente.

La cavité est longue de 110 mètres, large de 60 mètres et a une hauteur moyenne de 45 mètres. Les explorateurs y découvrent une forêt de plus de 400 stalagmites géantes et, parmi elles, avec ses 30 mètres de haut, la plus grande au monde connue à ce jour. Elle se prolonge, sur sa partie basse, par une seconde cheminée, terminale, noyée par un lac et obstruée à 90 mètres de profondeur.


 

« Superbe ! Magnifique ! Une vraie forêt de pierres ! »(1), s'était exclamé Louis Armand, en découvrant ce site merveilleux. « La grande forêt dressait subitement ses colonnes colossales et diamantées à 30 m au-dessus de nos têtes ; les fûts monstrueux émergeaient de l'ombre, les colonnettes se détachaient en blanc sur le noir des voûtes ; tout cela brillait, miroitait, scintillait, dans une apothéose, dans un éblouissement. Tout le monde enfin se taisait, empoigné d'une intense émotion. », avait ajouté Armand Viré. Et Édouard-Alfred Martel, emporté par le spectacle féérique qui s'offrait à ses yeux, avait même qualifié le site de « Rêves des Mille et Une Nuits».(1)

 

La formation géologique de l'aven Armand.

 

 

L'aven Armand, puits naturel du causse Méjean, à 970 mètres d'altitude, se situe sur un plateau calcaire jurassique de type lozérien. Il s'inscrit entre les gorges du Tarn et celles de la Jonte. La formation de l'aven et de ses stalagmites si particulières sont la résultante de phénomènes naturels qui apparaissent, dans les milieux karstiques. Liés aux effets du temps, ils se concrétisent, dans un premier stade géologique, par le creusement d'une cavité, dans un second par son remplissage avec des concrétions et, dans un troisième, par l'obturation totale.

Dans ce karst, les eaux sont richesen carbonates dilués. Elles s'infiltrent, par les fissures, dans les roches calcaires. Quand l'eau, chargée de minéraux dissouts, pénètre dans une cavité et rentre en contact avec l'air, il se produit une réaction chimique. Le gaz carbonique s'échappe et décroche les molécules calcaires qui se déposent à la voute, formant des stalactites. Sur les parois, elles donnent naissance à des draperies. Au sol, elles se matérialisent en gours et en stalagmites.

 

L'aven Armand, une des neuf merveilles souterraines du monde.

 

 

En fonction des apports d'eau, et suivant les variations saisonnières des précipitations extérieures, les gouttes sont plus ou moins lourdes et la hauteur importante de la salle, accélérant la chute, active d'autant le dégazage. En arrivant au sol, les gouttes explosent en d'innombrables gouttelettes et libèrent d'importantes charges minérales.

Ainsi, à l'aven Armand, l'histoire géologique propose une inoubliable féerie de cristal. Et les parois de cette cathédrale souterraine aux mille feux étincelants sont ornées de dentelles de pierres, de feuilles de calcite et de draperies translucides. Tout un décor spectaculaire s'est ainsi crée au fil des millénaires. « Le Palmier, le Dindon, les Méduses, le Chou fleur, la Mâchoire du Tigre... », et des acteurs immobiles s'offrent en spectacle permanent aux visiteurs émerveillés.

 

Raymond Matabosch

 

Notes

 

(1) Les causses et gorges du Tarn, Édouard Alfred Martel - 1926

(2) Six semaines d'exploration dans les Causses et les Cévennes, Revue du Club cévenol, Ernest Cord, Jacques Maheu et Armand Viré -1900.

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