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14 avril 2014

La couleuvre de Montpellier. Suite...

La couleuvre de Montpellier.

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Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon, la couleuvre de Montpellier

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La couleuvre de Montpellier prolifère dans les terrains secs et chauds, rocailleux ou sableux, à végétation buissonnante, qui lui facilitent la possibilité d'y trouver de nombreuses cachettes pour s'y réfugier car, en cas de danger, elle tente, en priorité, de fuir. Ce n'est seulement, s'il lui est impossible de s’échapper, qu'elle va dresser, à la manière des cobras, le tiers ou le quart du corps, au-dessus du sol, et prendre une posture défensive. Elle balance, alors, la partie soulevée, de gauche à droite, d'avant en arrière, en fonction de sa respiration et de son souffle violent, - en occitan pour cela dénommé le « gisclard » -, tandis que sa langue sort et entre très vite dans sa bouche. Cette posture indique que le « Malpolon monspessulanus » veut intimider l'agresseur. S'il se dresse encore, c'est qu'il est prêt à l'attaque et à mordre s'il en a l’occasion. Mais il faut qu'il soit très violemment provoqué pour frapper vraiment.

Si son habitat de prédilection est surtout les garrigues où, en certaines stations il peut se compter jusqu'à cinq individus à l'hectare, très adaptable, elle a aussi colonisé la proximité des points d’eau, les maquis côtiers, les fourrés, les vignes, les oliveraies, les forêts de chênes verts et les prairies. Elle se rencontre jusqu'à 500 mètres d'altitude et même, dans certaines régions du Sud de la France, de l'Ibérie et du Nord Maghreb, jusqu'à 1.000 mètres. Malgré sa mine patibulaire due à ses « sourcils prononcés », le « Malpolon monspessulanus », même si c'est une couleuvre venimeuse, par le fait qu'il possède elle possède « des crochets à venin », situés en arrière, - opistoglyphe -, les morsures normales étant de l'ordre d'une seconde ou d'une fraction de seconde, n'est pas dangereux pour l'homme.

En effet, contrairement à la vipère, il ne peut l'inoculer directement car ses crochet, non perforés s'assimilent à des dents avec des sillons le long desquels le venin peut s'écouler. Mais, pour la couleuvre de Montpellier, ceci ne peut se réaliser que si la proie est maintenue dans sa gueule, puis, en quelque sorte, « mastiquée » afin que les « dents » puissent pénétrer et que le liquide, paralysant progressivement la victime et facilitant son ingestion, s'introduise dans la chair mordue. Pour les humains, de rares envenimations, - rendues possibles parce que la morsure aurait été particulièrement prolongée -, s'en suivent, ne provocant qu’un léger gonflement de la partie mordue, un phénomène qui disparait au bout d’une ou deux heures.

Serpent diurne, rapide dans ses déplacements reptatoires, - souvent dénommé le TGV des garrigues -, et opportuniste, elle chasse généralement à vue et son alimentation, contribuant à l’équilibre écologique du milieu naturel, est constituée, de sauriens, de petits mammifères, - muridés, lapereaux, mulots, rats -, d'oiseaux nichant au sol, de lézards, - Psammodromus algirus, lézards ocellés de taille adulte... -, et de serpents, - Rhinechis scalaris, Hemorrhois hippocrepis... -

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Outre sa coloration caractéristique, - les très jeunes parfois gris avec des motifs de bande non liées sur le dos plus ou moins foncé, ou gris marron avec le même motif, leur ventre vert à orange qui, avec l'évolution, la couleur en devient de moins en moins vive, plus uniforme ensuite, vert foncé, gris foncé et chez les spécimens âgés, une section du corps derrière le cou, vert, noir, parfois bleu foncé -, son identification est aussi possible par ses écailles. Ce grand serpent a une écaille frontale plus étroite que les deux écailles supra-oculaires. Ses dorsales et ses latérales sont plus ou moins creusées longitudinalement chez l’adulte qui possède en outre, une pré-oculaire, deux post-oculaires et deux loréales, situées entre la pré-oculaire et la nasale.

La reproduction a lieu au printemps, généralement à partir de fin Avril-Mai quand les « Malpolon monspessulanus » sortent de l'hibernation. Les couples se forment... Le couple dit dominant peut accueillir d'autres individus mâles ou femelles voire même d'autres couples sur son territoire. Les relations peuvent alors devenir très complexes. Comme pour les pistes de chasse, le mâle dominant va délimiter régulièrement son territoire. En son absence, son rôle pourra même tenu par un mâle « vassal » qu'il aura pris soin de marquer au préalable de son fluide nasal. Ce dernier protègera la femelle sans pour autant s'accoupler avec elle.

A cette époque, le mâle reproducteur se montre très tendre envers la femelle qu'il défend et assiste même pendant la chasse. Mais c'est aussi à cette période que les mâles d'un naturel très farouche oublient leur prudence... N'hésitant pas à passer à découvert, ils sont les victimes nombreuses et toutes désignées des routes passagères. Les femelles pondent environ 15 œufs ; - extrêmes de 5 à 20 œufs -, dans un lieu humide, chaud, souvent dans de la végétation en décomposition. Les œufs éclosent après 8 semaines, fin Août-début Septembre, et les nouveau-nés mesurent entre 20 et 35 cm. La maturité sexuelle est atteinte au bout de 3 à 5 ans et les couleuvres de Montpellier ont une espérance de vie d'une quinzaine d'années.

Le « Malpolon monspessulanus » figurant en annexe III de la convention de Berne de 1982, fait partie des espèces de faune protégées en Europe Sur le territoire métropolitain, il est totalement interdit de la capturer, de la blesser, de la tuer, de le déplacer et de détruire sa ponte.

 

Bibliographie

 

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

Les cathédrales de pierre de Raymond Matabosch

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Les Cathédrales de pierre

de Raymond Matabosch

74 pages

Couleur : ISBN 9781291834468 27,50

Noir & blanc : ISBN  9781291834444, 14,00 €

eBooks : ISBN 9781291834567 9,50 €

Le Causse Méjean, un voyage dans l'imaginaire modelé par les calcaires dolomitiques et par l'érosion millénaire...

Le Méjean, ouvrant sur une vaste steppe d’herbe jaune, fasci­nante comme peuvent l’être les déserts, est littéralement ceinturé par les majestueuses vallées, serties d'impressionnants défilés et canyons, du Tarn au Nord et à l'Ouest, du Tarnon à l'Est et de la Jonte au Sud.

Au cœur du chaos de Nîmes-le-Vieux, site ruiniforme, depuis la nuit des temps, avec les édifices funéraires des cromlech, des dol­mens et des menhirs, son paysage pétré porte la marque de la pré­sence humaine.

Mais, la profusion d'exsurgences et de résurgences, - de Cas­telbouc, des Ardennes, de la Cénarète, des Fonts des Douzes... -, de gouffres, de cavités, de grottes et d'avens, - avens Armand, de Hures..., grottes de Dargilan, de la Sourbette, arcs de Saint Pierre... -, transforment son espace souterrain en un univers féérique.

11 avril 2014

Les espèces endémiques du Languedoc-Roussillon : La couleuvre de Montpellier.

 La couleuvre de Montpellier.

Contrairement à son « derivatio nominis », « Malpolon monspessulanus », - venant de la latinisation de Montpellier -, la Couleuvre de Montpellier, un serpent originaire d'Afrique, - en arabe égyptien « Hanech aswad » -, de la classe des Reptilias, de l'ordre des Squamates et de la famille des Lamprophiinae dans les Colubridés, est répandue bien au-delà de la ville qui lui a donné son nom. Elle se retrouve sur presque tout le pourtour de la mer Méditerranée, excepté dans la péninsule italienne et sur les territoires îliens méditerranéens, de l'Afrique du Nord jusqu'en Iran, à la Ligurie, - Nord-Ouest de l'Italie -, en passant par la péninsule Ibérique et le Sud et le Sud-Est de la France.

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Initialement, suivant Hermann, le décrivant sous l'intitulé «Coluber monspessulanus » ou « Coelopeltis monspessulanus », en 1804, et autres naturalistes et zoologistes, - « Natrix lacertina » ou « Coelopeltis lacertina », Vagler, en 1824 -, il n'existait qu'une seule espèce de « Malpolon », - du grec μαλα, « très, fort, beaucoup », et πολυς, « nombreux, grand, fort », en référence à la grande taille et la grande force de ces couleuvres-, le « Malpolon monspessulanus », - depuis seulement 1928, Mertens & Möller -, qui se subdivisait en quatre sous-espèces, le « Malpolon monspessulanus monspessulanus », dans le Sud-Ouest de l’Europe, - Portugal, Espagne, Sud et Sud-Est de la France, Ligurie -, ainsi qu’au Maroc et au Nord de l'Algérie jusqu'en Kabylie, le « Malpolon monspessulanus saharatlanticus », - Geniez, Cluchier & De Haan, 2006 -, dans le Nord-Ouest de l’Afrique, - côte atlantique du Maroc, Sahara Occidental et Sud Soudan -, le « Malpolon monspessulanus insignitus », - Geoffroy de Saint-Hilaire, 1809 -, principalement sur tout le Nord de l’Afrique, - Est du Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Nord de l’Egypte, Palestine, Israël, Jordanie, Syrie, Turquie, Grèce, Corfou, Chypre, Irak, Iran, Liban... -, et le « Malpolon monspessulanus fuscus », - Fleishmann en 1831 -, uniquement en Syrie. Depuis 2006, selon Carranza, Arnold & Pleguezuelos, - Phylogeny, biogeography, and evolution of two Mediterranean snakes, Malpolon monspessulanus and Hemorrhois hippocrepis, Squamata, Colubridae, using mtDNA sequences. Molecular Phylogenetics and Evolution -, le « Malpolon monspessulanus insignitus » a été élevé, sous l'intitulé « Malpolon insignitus » au rang d'espèce, une espèce qui se compose de deux sous-espèces, le « Malpolon insignitus fuscus », - anciennement le « Malpolon monspessulanus fuscus » -, et le « Malpolon insignitus insignitus. »

Insolite, tout autant qu'exceptionnel, à bien des égards, le « Malpolon monspessulanus » est l'une des seules espèces, d'origine africaine, à être présente, de façon naturelle, en France. La couleuvre de Montpellier, bien que ne dépassant qu'exceptionnellement la taille de 2 mètres, peut atteindre jusqu'à 2,55 mètres de long et peut peser jusqu'à 3,500 kilogrammes, en faisant, selon Guy Naulleau, - Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987 -, le serpent le plus grand d'Europe. Un corps svelte, une tête étroite, les mâles, avec une taille moyenne d'environ 1,80 mètre, sont généralement plus grands et imposants que les femelles, de taille plus modeste dépassant très rarement 1,30 mètre de long. Tout comme toutes les sous-espèces « Malpolon », la couleuvre de Montpellier a généralement dix-neuf rangées d'écailles dorsales sur son mi-corps, - dix-sept pour l'espèce « insignitus » -, et, chez les mâles, une « selle » foncée, sur l'avant-corps, est présente. En outre, elle présente, sur son os basioccipital qui forme un éperon dirigé vers l'arrière, un processus médian unique.

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Le dessus du corps du « Malpolon monspessulanus » est de couleur brun-verdâtre, avec une rangée latérale d’écailles noires et bleutées, et peut présenter des marques en forme d’échelons. Son dessous est de couleur plus claire, variant du beige au jaune. Les motifs, sur son dos, changent selon l’âge, les jeunes spécimens sont parfois gris avec des motifs présentant des bandes non liées, de couleur plus ou moins foncée, voire même gris à marron. Et il est à noter un dimorphisme sexuel important car les femelles, toujours plus petites, sont de couleur marron clair, avec des taches noirâtres et blanchâtres. Sa tête est ovale et ne se démarque par beaucoup du cou. Ses pupilles sont rondes. Elle est la seule couleuvre, présente sur le territoire français, à disposer d’un venin toxique. Ses crochets, situés au fond de la mâchoire supérieure, sont peu mobiles.

Génétiquement et morphologiquement, en regard des travaux de phylogénie moléculaire, de biogéographie, et d'évolution de deux serpents méditerranéens, les « Malpolon monspessulanus » et « Hemorrhois hippocrepis », menés, en utilisant des séquences « d'ADNmt », par S. Carranza, F. R. Arnold et J.M. Pleguezuelos, et publiés en 2006, il y a peu de différenciations entre les populations de « Malpolon monspessulanus » d'Afrique du Nord et d'Europe, et les résultats obtenus suggèrent une migration récente, depuis le Maghreb vers l'Europe du Sud-Ouest entre 85.000 et 170.000 ans, et vers l'Europe du Sud et l'Asie occidentale à une époque antérieure. En outre, le « Malpolon monspessulanus » est étroitement lié, d'une part, à l'espèce Nord-africaine, - à l'exclusion des pays bordant le Golfe de Guinée et du Tchad -, et Moyen-orientale, - à l'exception de la Turquie et du Yémen -, le « Rhagerhis moilensis », et à une espèce fossile du Pliocène, - Portugal, Espagne, Roussillon -, le « Malpolon Mlynarskii », lequel a permis de déterminer le genre « Malpolon. »

A suivre

La couleuvre de Montpellier

 

Bibliographie

Nicholas Arnold et Denys Ovenden, Le guide herpéto : 228 amphibiens et reptiles d'Europe, Delachaux & Niestlé,‎ février 2010.

Jean-Philippe Chippaux, Venins de serpents et envenimations, Paris, France, IRD Éditions, coll. « Didactiques »,‎ 2002.

Vincenzo Ferri, Serpents de France et d'Europe, Paris, France, De Vecchi,‎ 201.

Fitzinger, 1826 : Neue Classification der Reptilien nach ihren natürlichen Verwandtschaften nebst einer Verwandschafts-Tafel und einem Verzeichnisse der Reptilien-Sammlung des K. K. Zoologischen Museums zu Wien J. G. Heubner, Wien, pages 1 à 66.

Jean Lescure et Bernard Le Garff, L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles d'Europe, Belin, collection « Éveil nature »,‎ 2006.

Chris Mattison, Tous les serpents du monde, Paris, France, Delachaux et Niestlé,‎ 2008.

Guy Naulleau, Les Serpents de France, Nancy, France, Revue française d'aquariologie herpétologie, université de Nancy I,‎ 1987.

Jean-Pierre Vacher et Michel Geniez (dir.), Les Reptiles de France, Belgique, Luxembourg et Suisse, Paris, Biotope, Mèze & Muséum national d’Histoire naturelle,‎ 2010.

La faune et la flore méditerranéenne : L'invasif Baccharis halimifolia.

 Le Baccharis halimifolia.

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 « Au Bocal du Tech, le Baccharis halimifolia, - ou Seneçon en arbre, parfois appelé « faux-cotonnier » en raison des tapis de graines qu'il produit en automne, des graines peuvent attendre jusqu’à cinq ans avant de germer -, originaire de l’Est des États-Unis, - Floride, Massachussets, Texas, Golfe du Mexique... -, devient la strate arbustive dominante, aux dépens de la végétation indigène, de la ripisylve.... », tel est le cri d'alarme lancé par les botanistes catalans.

Arbuste de 2 à 4 mètres, dressé, à croissance rapide, - 30 à 40 centimètres par an -, à feuilles persistantes du genre Baccharis, - plus de 300 espèces -, de la famille des Asteraceae et de l'ordre des Asterales, il a été introduit, pour sa rusticité, sa vigueur, sa résistance au sel et au froid et son absence de maladie, en France, vers 1683, en Australie, en Nouvelle Zélande et en Espagne, pour ses qualités ornementales et a été cultivé, dès 1796, au Jardin des Plantes de Paris et, à partir de 1824, au Jardin des Plantes de Montpellier. Il s’est ensuite échappé des jardins et s’est propagé dans le milieu naturel où il a été aperçu dès 1862, sur Villeneuve les Magdelone, Gruissan et Vauvert, et dès 1915, sur le Croisic. Les populations, à partir de ces stations initiales où il a été planté, se sont, lors, progressivement accrues et étendues, en se propageant le long des routes et voies d’accès des zones remaniées, sur l’ensemble des côtes atlantiques européennes et tout autour de la Méditerranée.

En outre, les capacités de développement de cette espèce facilitent grandement son invasion. La reproduction sexuée, particulièrement efficace, lui permet de se disséminer sur de longues distances et la reproduction végétative lui permet de se maintenir quoiqu’il arrive sur les zones déjà conquises. Ces dispositions font du Baccharis halimifolia un compétiteur hors pair qu’aucune autre espèce ne peut concurrencer. Ayant une capacité de transformation profonde des paysages littoraux, il remplace petit à petit les espèces locales plus fragiles et moins compétitives, atteint l’identité des espaces côtiers, lagunaires et marécageux, et remplace les formations végétales originales typiques de ces milieux comme les marais à Jonc maritime, les Roselières, les pelouses des dépressions dunaires.

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Enfin, sa surpopulation, provoquant des nuisances aux écosystèmes à cause de ses gros buissons impénétrables, ralentit le vent et réduit l’évaporation de l’eau dans les marais salants, et limite l’accès des paludiers aux différentes zones de leur exploitation. Réputé peu appétant et toxique pour le bétail, les animaux ne l’apprécient guère. Toutefois, les jeunes plants, aux tiges et aux feuilles encore tendres, sont consommés, en particulier, par les moutons. Malheureusement, le Séneçon en arbre utilisant également la multiplication végétative, lorsqu’un pied est coupé, la souche émet rapidement de nouvelles pousses ou se régénére à partir d’un simple morceau de racine.

En France, le Baccharis est largement naturalisé dans les plaines côtières et les secteurs humides des côtes atlantiques, - Gironde, Bassin d'Arcachon, Basses-Pyrénées - et méditerranéennes, - de la frontière espagnole à la Camargue -, a sérieusement colonisé la presqu'île guérandaise, le Sud de la Bretagne, le Finistère, les Côtes d’Armor et l’Ille et Vilaine et sa présence se fait de plus en plus remarquer en Brière. Dans ces régions, tendant à remplacer la flore locale en formant des buissons particulièrement touffus, il est considéré comme une plante envahissante et est devenu l'ennemi des paludiers et de la biodiversité.

Et en Belgique, par « Circulaire relative aux plantes exotiques envahissantes », en date du 30 Mai 2013, promulguée par le Ministre wallon des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine, avec effet rétroactif au 1er Janvier de même année, cette espèce est considérée comme « invasive » et son semis et sa plantation, ainsi que les synonymes, les cultivars et les variétés qui dérivent directement de cette espèce, sont interdits en Région wallonne.

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Arbrisseau dioïque, aux tiges dressées, très branchues à rameaux glabres, couverts de minuscules écailles, ses feuilles sont caduques, alternes, simples, brièvement pétiolées ou sessiles, à limbe elliptique à ovale, grossièrement denté, - 3 à 5 dents -, pour les feuilles caulinaires, ou étroit et sub-entier pour les feuilles des rameaux fleuris. Son inflorescence, doté à sa base d'un involucre à bractées imbriquées, sub-égales et subaiguës, se caractérise par des racèmes, - grappes -, de capitules groupés par 1 à 5 sur des pédoncules axillaires ou terminaux, formant de grandes panicules, - grappe de grappes sur un axe simple.- Ses fleurs, soit toutes pistillées et filiformes, soit hermaphrodites et à ovaire avorté, sont toutes tubuleuses à corolle blanc jaunâtre. Et ses fruits sont des akènes peu comprimés et côtelés, surmontés d’un pappus formé de soies un peu plumeuses près du sommet.

Bibliographie

M. Geze, Le Baccharis : un envahisseur indésirable, 1999, Bulletin de la Société des sciences naturelles de l'Ouest de la France. p. 39- 41.

10 avril 2014

L'Euphorbia dendroides ou l'euphorbe arborescente

L'Euphorbia dendroides, en francais l'euphorbe arborescente et en catalan la Flora de les Gavarres, est une espèce dans le genre Euphorbia qui contient environ de 2.140 à 2.233 espèces et qui fait partie de la famille des Euphorbiacées. Elle a été décrite et dénommée, en 1753, par Carl Linnaeus. Cette espèce se reconnaît de loin. Elle forme des buissons arrondis, d'un vert sombre sur lequel se détachent les fleurs plus claires. A la fin du printemps et au début de l'été, le buisson devient rouge puis perd toutes ses feuilles et prend un aspect très différent car seuls ne se voient que les rameaux ligneux, plusieurs fois bifurqués et de couleur rougeâtre, surtout les pousses de l'année.

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Arbustive à feuilles caduques, simples et verticillées, avec un bord entier, l'Euphorbia dendroides peut atteindre une hauteur de 1 à 2 mètres. Présentant des cyathes de couleur jaune et aux fleurs organisées en cyme, lancéolées à étroitement elliptiques, obtuses à pointe rapportée, sa floraison a lieu de Mars à Avril. Les glandes sont arrondies, légèrement échancrées au milieu. La capsule est nue, à trois loges et graines ovoïdes brun opaque et lisses. Sa sève collante, de couleur blanc laiteux, est toxique et collante a été utilisée pour traiter des excroissances de la peau, comme les cancers, les tumeurs et les verrues depuis les temps anciens.

Cette plante, bien que supportant des températures jusqu'á -12° C, est sensible au gel et elle ne pousse que sur les versants ensoleillés et protégés des zones montagneuses. Elle se rencontre, à l'état sauvage, dans la péninsule ibérique, en France, dans les péninsules appenine et balkanique, en Turquie, en Israël, en Jordanie, en Égypte, en Afrique du Nord et aux États Unis, en Californie (Santa Barbara, Ventura, Los Angelés, Channel Islands National Park, et sur les îles San Nicolas, Santa Catalina et Sant Clemente). Elle a été introduite dans d'autres pays comme arbre d'ornement.

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L'Euphorbia dendroides est protégée par la Convention on International Trade of Endangered Species, la CITES, qui est une convention sur le commerce international des espèces de la faune et de la flore sauvages menacées d'extinction.

Bibliographie

Christian Eichberger, Die L. Baumartige Wolfsmilch Euphorbia, Dissertationes Botanicae 344, 2001.

Christoper Brickell (Editor-in-chief): RHS A-Z Encyclopedia of Garden Plants. Third edition. Dorling Kindersley, London 2003.

Guide de la flore méditerranéenne E. Bayer, K.P. Buttler, X. Finkenzeller, J. Grau - Éditions Delachaux et Niestlé 1998.

Walter Erhardt, Erich Götz, Nils Bödeker, Siegmund Seybold: Der große Zander. Eugen Ulmer KG, Stuttgart 2008.

18 mars 2014

Yemma Gouraya, dans le Parc National du Gouraya, légende ou réalité, une énigme historique.

Yemma Gouraya, dans le Parc National du Gouraya, légende ou réalité, une énigme historique.

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Au plan géographique, le « Yemma Gouraya », véritable vigie sur la région, est un mont qui culmine à 660 mètres d'altitude et qui surplombe la ville de Béjaïa. Au plan religieux, Yemma Gouraya, ou Lella Gouraya, est la sainte patronne de la ville et sa sépulture, le marabout de Lella, se situerait sous les fondements d'un fort, qui aurait été construit par les Espagnols, XVI° Siècle, qui aurait réaménagé ou reconstruit, par les Français au XIX° Siècle, au sommet de cette montagne. Historiquement, et des preuves documentaires en justifieraient, un premier fortin semblerait avoir été érigé, et développé, en ce lieu, par les Almogavars aux XII/XIII° Siècles.

Selon la tradition, Yemma Gouraya était la sœur de Yemma Mezghitane, - Jidda Mezghitane ou Lella Mezghitane -, montagne qui domine la ville de Jijel sur son côté Ouest et où serait la sépulture, suivant la tradition populaire, de la sainte patronne de Jijel, et de Yemma Timezrit, - Lella Timezrit -, sainte patronne de Timezrit dont le mausolée serait perché au sommet de la montagne du même nom.

Selon la journaliste Amina Boumazza, « Yemma Gouraya est à l’image de la société berbère : matrilinéaire. Comme une famille se repose sur la mère, les Bédjaouis se rassurent avec leur mère nature. Cette dernière veille sur cette population attachée à sa mémoire et ses traditions, et Yemma Gouraya en est devenue la gardienne. En effet, originellement les habitants de la ville venaient faire des offrandes au mont et demander à ce qu’elle exauce leurs vœux. Des femmes venaient en grand nombre pour demander de l’aider pour se marier, avoir des enfants ou recouvrir la santé. Désormais cette coutume n’est pas systématique mais elle a tout de même traversé les barrières du temps, et aujourd’hui encore de nombreuses personnes viennent demander un coup de pouce à la géante verte pour que leur vie soit plus douce... »

Si nous nous en référons à ce qui est écrit pour Yemma Gouraya, dans « Si Béjaia m'était contée », et, à l'identique pour Yemma Mezghitane et Yemma Timezrit : « A l’époque hammadite, la montagne portait le nom d’Amsiouen, et comme les Espagnols n’ont envahi l’antique Nacéria que cinq siècles plus tard, l’hypothèse des historiens paraît plus logique que la légende véhiculée par les autochtones. Mais la légende demeure vivante, et au-delà des vestiges-ruines du fort espagnol, les Bédjaouis échafaudent mille et une supposition à l’égard de celle qui, si elle avait été homme, aurait formé la boucle du 100ème saint de la région, qui en cumule pas moins de 99. De ce fait, nous retrouvons le surnom de « Petite Mecque » à Béjaïa. Appellation attribuée par ses propres habitants qui épouseront la croyance spirituelle pour vous assurer qu’il ne manquait qu’un seul saint pour que la terre sainte et le berceau du Prophète soient la contrée de Béjaïa. Mais au lieu d’un saint, c’est plutôt une sainte qu’on retrouve pour le centième nœud, et qui n’est autre que la fameuse Yemma Gouraya. Une simple femme, qui ne pourra rivaliser avec les « pouvoirs masculins » pour former la chaîne sacrée. Yemma Gouraya est d’origine arabe, nous dira-t-on... ? Ses deux sœurs et elle sont donc venues pour propager l’Islam et instaurer la paix. Elles furent persécutées impitoyablement par les non-croyants, mais tinrent quand même à rester dans la région et à lutter pour une cause qu’elles jugèrent juste et sereine. Yemma Gouraya, plus que ses deux sœurs, luttera davantage et gagnera le respect et la considération des autochtones, qui consentirent en fin de compte, à ce qu’elle s’établisse sur le sommet de leur montagne, où elle s’y retirera vers la fin de sa vie pour de longues méditations, et sera un modèle incomparable de courage, de sérénité, et d’abnégation. Survivant à ses deux sœurs, elle continuera à propager son savoir jusqu’à un âge avancé. A sa mort, les habitants de la contrée firent de son lieu de méditation un mausolée et un lieu de dévotion et de prière. Elle est pour les Bédjaouis, ce soldat infatigable qui veille sur leur ville, et la protège grâce à la bénédiction divine qu’elle aurait reçue. Quelles que soient ses origines, Yemma Gouraya continuera longtemps encore à protéger ses enfants, à guider les marins, et à exaucer les vœux de ceux qui lui sont dévoués et qui font appel à sa sainteté. On dit que sa baraka n’a pas d’égal. Une « fiction réelle » qui, au fil des temps, a poussé les gens à tisser plus d’un mythe et des familles font des offrandes annuellement, et convient les visiteurs à des waâdates., beignets et café ou carrément un grand couscous à la viande d’agneau. Des moutons sont égorgés sur place, et les repas sont préparés et offerts à toute l’assistance. Une façon comme une autre de prouver la reconnaissance des gens envers leur mère protectrice.. »

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Mais plusieurs sources antérieures peuvent donner assise à la ferveur populaire en ce qui concerne ces trois lieux sacrés et peuvent intercéder sur la croyance que les habitants des villes de Béjaia, de Jijel et de Timezrit vouent à leurs saintes patronnes, les trois sœurs protectrices de la montagne et de leur cité, depuis le XVI° Siècle.

La plus antique, de ces sources, s'ancrerait dans le cadre de la société berbère matrilinéaire et multimillénaire, dès au moins le III° millénaire BC, - Bephore Christ -, bien avant la venue des Phéniciens sur les côtes tunisiennes et kabyles, vers le XIII° Siècle BC, une religion qui vouait un culte, dans un lieu sacré, la Bou'l rayra, un simple enclos cuboïde de pierres renfermant des météorites, des pierres, idoles, des statues des divinités..., au Dieu Ba'alyâ, - Bou'l alyâ -, un Dieu suppléé par les divinités Ba'al γilanit alyâ et Ba'al Hemoul alyâ. Ces lieux de culte faisaient l'objet de déplacements de foules lors de certaines fêtes religieuses et les pèlerins y pratiquaient la circonvolution. En outre c'étaient des lieux où les édiles des tribus y venaient débattre de questions commerciales, politiques et sociales.

La seconde se situerait entre 580 et 622 quand l'Arabie, - dont l'économie, sous l'impulsion de la puissante tribu de Quraysh qui imposait des périodes de trêve et assurait la sécurité des marchands, se développait autour de ses puits -, traversait une période désastreuse et se trouvait en grande partie dévastée et ruinée, en proie à une certaine anarchie. A cette époque, plusieurs tribus, moins puissantes que celle de Quraysh, fuirent les exactions, abandonnèrent la terre d'Arabie et firent route vers l’Égypte, la Tunisie et la Kabylie. Ceux qui parvinrent jusqu'en Kabylie, l'hospitalité légendaire des Berbères, y furent bien accueillis et s'implantèrent, en ces nouvelles terres, y apportant leur propre culture, leur propre culte et leurs divinités telles Hobal, - Hoba'l alyâ -, personnification du monde divin, et ses trois filles Al-Lât, Al-Uzzâ et Manât, des « al-gharānīq » dont il fallait demander l’intercession et les pèlerins se rasaient la tête. Ils adoraient les pierres, les météorites, les arbres, les source... et les idoles. Les objets sacrés étaient gardés dans une kaaba, où se pratiquait la circonvolution, entourée par un haram, - lieu de culte pour les hommes -, et un harem, - lieu de culte pour les femmes -, se tenait légèrement en retrait, à l'Ouest du haram. Il est à savoir que les troupes de Hassan Ibn Numan, chef de guerre de l'Islam, n'ont envahi la Kabylie qu'à partir de l'an 695 et ont porté la religion musulmane en cette terre kabyle.

La troisième, la plus récente, est attachée aux Almogavars. Ces mercenaires-fantassins-corsaires catalans qui avaient implanté un comptoir dans l’Anse des Ayguades et érigé un fortin érigé sur la crête de Gouraya, s'étaient étendus en diverses terres côtières du pays Kutama, et créé plusieurs comptoirs et ports d'attache dont à Jijel, dans l'anse de Rabta... Ils avaient coutume, en érigeant des fortins sur les points stratégiques, de transplanter leurs légendes, entre autres celle de trois de leurs chefs de guerre qui s'étaient retirés en ermite, après la mort de leur belle, sur trois pics distincts et qui y attendirent leur propre mort en allumant, chaque année, à la date anniversaire du décès de leur belle, un grand feu.

J'en suis rendu à ce stade de mes recherches sur les trois sœurs Yemma Gouraya, Yemma Mezghitane et Yemma Timezrit... Des recherches plus approfondies sont encore nécessaires pour affirmer que tel ou tel autre point est plus à même d'apporter un éclairage objectif sur le sujet.

13:36 Écrit par catalan66270 dans Coups de coeur, Mes livres publiés, Voyage en Terres Catalanes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

15 février 2014

Le Soler, Porte de la vallée de la Têt : Monographie. Tome I

Le Soler, Porte de la Vallée de la Têt

I. Les racines perdues.

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 Le Soler, Porte de la Vallée de la Têt

 

Langue : Français

Pages : 144

Reliure : Dos carré collé à couverture souple

Impression intérieure : Noir & blanc

Prix : 16,00 €


Le Soler, antiquement Soler Ferriol, perché sur sa falaise argileuse, est un village atypique du Roussillon. Longtemps considéré comme anonyme, il fut, du VIIIe au Xe/XIe siècles, au titre de Vicomté de Roussillon, l’une des places fortes de ce Comté directement exposé aux actes belligérants du Comté de Bésalú, de la Vicomté de Vallespir et de Castell Nou. Et ses lettres de noblesses lui ont été octroyées par Louis le Pieux, le Comte-Roi Pierre d’Aragon, la Reine Marguerite et Charles Quint... avant de tomber dans l’oubli de l’histoire.

C’est dans la Catalogne de la tramontane, - plus spécifiquement les « Comtats » -, aux confins occidentaux du Roussillon originel et au cœur du Riberal, - dernier bastion stratégique érigé, au VIIe ou VIIIe siècle, en Vicomté, avant d’être supplanté, pour indigence militaire de ses seigneurs, par la noble suprématie de Taxó, de l’antique Comté de Roussillon s’opposant à Castell Nou, l’imposante forteresse du Comté de Besalú et de ses ardents et frénétiques Vicomtes de Vallespir -, que se situe Le Soler et son terroir.
Ce premier tome, de l'étude monographique de Le Soler, ne peut et ne doit être considéré que comme un portrait généraliste, certes avec de nombreuses dates, actes et faits situant l'ensemble, sous forme introductive, et une présentation donnant les bases à des ouvrages ultérieurs plus détaillés et plus approfondis brossant un tableau plus intimiste du passé solérien. Deux recueils de contes, - Contes et Légendes solériens, tomes I et II -, ont déjà été publiés... deux autres ouvrages « De la préhistoire aux temps antiques » et « Énigmes du Haut Moyen-Âge » subissent les contraintes de la correction avant leur publication, et, présentement, un livre sur l'église Saint Dominique et les lieux de culte antérieurs à l'actuel sanctuaire paroissial, « Saint Dominique, église romane et baroque. » est en cours de rédaction.

15:01 Écrit par catalan66270 dans Mes livres publiés, Voyage en Terres Catalanes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

01 février 2014

L'Alysson des Pyrénées.

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L'Alysson des Pyrénées, Corbeille d'argent des Pyrénées ou Alysse des Pyrénées, - au nom savant d'Hormathophylla pyrenaica, Alyssum pyrenaicum ou Ptilotrichum pyrenaicum-, est une Plante endémique, de la famille des Brassicacées, - anciennement nommée des Crucifères -, aux feuilles elliptiques-oblongues, ovales à lancéolées, épaisses et à la floraison en racèmes(1) terminaux corymbiformes blancs, du Massif du Coronat et ses trois réserves naturelles, Jujols, Nohèdes et Conat. Elle pousse à flanc de falaise et dans les rocailles, les fissures et les replats, à des altitudes comprises entre 1.500 et 1.850 mètres.

Cette espèce vivace, pubescente, suffrutescente et buissonnante, non épineuse, couverte de poils étoilés, de 5 à 20 centimètres de haut, certains spécimens atteignant une hauteur de 50 centimètres, à rameaux tortueux portant les cicatrices des anciennes feuilles, des fleurs blanches à quatre pétales plus grands que les sépales, orbiculaires et contractés en onglet, et des silicules rhomboïdales et comprimées, a, pour particularité, de n'être connue, au monde, que dans la Réserve de Nohèdes, plus précisément, sur le territoire de la commune de Nohèdes où plusieurs populations existent sur le flanc nord du Massif du Coronat, à la Font de Comps et au rocher « Le Soler ».

Anecdotiquement, en 1993, les confondant avec l’Alysson de Lapeyrouse - Hormatophylla lapeyrousiana -, endémique de la moitié orientale de la péninsule Ibérique et remontant en quelques localités en Roussillon, reprenant des données émises par Roumeguère, en 1872 et en 1873, Bernard et Gavazzi, en 1993, en déterminent une présence en Catalogne espagnole. En outre, se laissant abuser par un toponyme, - confusion avec le rocher « Le Soler » au-dessus de la Font de Comps, sur le territoire de la commune de Nohèdes -, ces deux auteurs en citent une « population » sur la commune de Le Soler, dans la plaine roussillonnaise.

L’espèce, Alysson des Pyrénées, se répartit, sur la commune de Nohèdes, en une dizaine d'habitats comprenant chacune, en moyenne, une population d'une centaine d’individus, relativement épars, occupant les sites, fissures et replats entre les blocs, à l’ombre, sur des parois calcaires verticales exposées au Nord., favorables à leur développement. Quelques rares pieds sont exposés au soleil et certains, en concurrence avec l’épaississement de la végétation herbacée et sous la menacé de la progression de la pinède de Pin à crochets, sont installés au pied des escarpements rocheux. Enfin, quelques individus poussent dans de petit abri sous roche, ombragé humides, où les plantes s’y développent dans trop de souffrance.

L'habitat de l'endémique et rarissime, puisque très localisé, Alysson des Pyrénées se confine dans des fissures contenant des fragmentations graveleuses et fines des calcaires dévoniens et des particules de matières organiques, et renferme plusieurs autres espèces endémiques pyrénéennes telles, entre autres, l'Ancolie visqueuse hirsutissime, - Aquilegia viscosa hirsutissima ou Aquilegio-Alyssetum pyrenaici -, la Campanule à belles fleurs, - Campanula speciosa -, l'Épervière humble, - Hieracium humile -, le Saxifrage moyenne, - Saxifragetum mediae -, l'Aspérule hérissée et Dethawie à feuilles fines, - Asperulo hirtae-Dethawietum tenuifoliae -, le Chèvrefeuille des Pyrénées, - Lonicera pyrenaica -, et le Nerprun nain, - Rhamnus pumila -.

Mais cet habitat, l'éboulement des seuls rochers constituant son biotope pouvant le faire disparaître, peut être considéré comme menacé. En outre, la base des sites, accessible aux collecteurs peu scrupuleux attirés par la rareté des touffes chaméphytiques de la Corbeille d'argent des Pyrénées, n'est pas à l'abri de dégradations du milieu et de cueillettes frauduleuses de ce taxon qui, suivant les propos tenus par certains botanistes, a, probablement, été découvert dès 1795, des cueillettes frauduleuses qui ont failli mettre en péril la présence de l’espèce dans le seul lieu où elle était connue, jusqu’à une date récente, sur les rochers inaccessibles « du Soler » au lieu-dit « la Font de Comps. »

Au XIX° Siècle, sa cueillette, comme en témoigne un courrier du botaniste Barréra, en date du 10 Juillet 1811, adressé à son confrère Lapeyrouse, « Il a fallu le zèle et le désir de vous être utile pour que l'infatigable pharmacien Coder allât sur le lieu, avec un paysan chargé de deux perches qu’ils ont bien attachées afin d’atteindre à l’inaccessible rocher et avoir quelques pieds de cette belle plante », était déjà difficile. En 1861, les botanistes Roumeguere et Campanyo n'en observent plus que « trois ou quatre sujets qui vivent dans les fissures de ce grand rocher, pendant sur des abîmes et hors de la portée de la main rapace de l’homme. » Et en Juin 1872, dans le cadre d'une réunion de la Société Botanique de France qui se tient à Prades et à Mont-Louis, « Les plus intrépides... en découvraient un petit pied en fruits... »

Face aux demandes croissantes et inconsidérées des botanistes du XIX° Siècle et de la première moitié du XX° Siècle, les guides et les paysans locaux, armés de perches et même de fusils, ramassent toutes les plantes disponibles qui se ressèment au pied du rocher et les leur vendent. En toute chose, toujours attirés par la rareté de l'Alysson des Pyrénées, d'après des constats établis en 1966, en 1980, en 1985 et en 1994, la cueillette frauduleuse de l'une des plantes les plus rares de France et d'Europe, - la croissance de ce petit arbrisseau étant de seulement quelques millimètres par an -, rareté reconnue par sa protection intégrale par les lois française et européenne, majoritairement commanditée par des botanistes, ne cesse toujours pas. Heureusement, les plants les plus inaccessibles échappent à cette frénésie.

© 2012 Raymond Matabosch

Notes :

(1) Racèmes : grappes ou inflorescence composée de fleurs rattachées sur un axe allongé.

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31 janvier 2014

Le Bélisaire de Xambeu.

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Alors que l'espèce est répandue en Amérique du Sud, - Colombie et Équateur -, le Bélisaire de Xambeu, ou l'escorpí cec, en catalan, - Belisarius xambeui de son nom savant, répertorié scientifiquement depuis 1879 par l'arachnologue parisien Eugène Simon et rattaché à la famille des Troglotayosicidae -, constitue une espèce endémique rare de Catalogne, - Pyrénées Orientales, en France -, qui s'est développée autour du Massif du Canigou, - Vallespir et Conflent -, et dans les régions du Ripollès et de la Garrotxa, notamment aux abords de Prats de Mollo et de la vallée de Camprodon. Cette zone d'implantation est exclusive en Europe.

Cet petit chactidae, de la famille troglotayosicidae, troglophile, de 25 à 37 millimètres de long, dépigmenté, de couleur ocre, pâle, se rencontre, dans les Pyrénées occidentales, entre 600/650 et 1.500 mètres d'altitude, et, doté d'yeux latéraux vestigiaux, réduits à l'état de taches oculaires,présente la particularité de ne pas posséder d’yeux médians, d’où son appellation de « scorpion aveugle ». Il tire son nom d’un général général byzantin, Bélisaire, un héros du règne de Justinien, qui, selon la légende, légende, sans fondement historique, aurait terminé sa vie aveugle et mendiant, et de Vincent Xambeu, un naturaliste catalan du XIX°Siècle, qui avait collecté, à Conat, les exemplaires étudiés par Eugène Simon.

A la différence des araignées troglobies, les Bélisaires de Xambeu sont beaucoup moins nombreux dans les cavités souterraines profondes. Ils vivent en altitude dans des habitats forestiers montagnards, soit en milieu cavernicole, soit en hypogé, en milieu très humide, sous les litières forestières au couvert de hêtres et de bouleaux avec sous-bois dense de petits buis, sous des pierres très enterrées, ou sous des éboulis calcaires recouverts d 'épaisses couches de mousse. En outre, ils n'ont été recensés, et seulement en petit nombre, que dans trois grottes, entre 630 et 1.250 mètres d'altitude, aux entours de Prats de Mollo, et huit sites de surface, en Pyrénées Orientales, et quinze localités souterraines et dix-huit de surface en Catalogne.

Anophtalmes, leurs yeux n'interviennent pas dans la capture des proies, car le repérage de celles-ci s'effectue par le truchement de soies sensorielles. Leur reproduction, à faible fécondité, 5 à 24 larves, se déroule toute l'année. Le Bélisaire de Xambeu, « scorpion aveugle » cavernicole de Catalogne, unique représentant d'un genre créé pour lui, est une espèce rare, en voie de disparition, n'est connu, en Pyrénées Orientales, que dans une quinzaine de localités, situées au Sud-Ouest de Perpignan, dans le Massif du Canigou, le Conflent et le Vallespir, et sa survie est tributaire de la protection des biotopes que sont les grottes et les cavernes souterraines.

© 2014 Raymond Matabosch

06 mars 2012

La vallée de la Têt, âme de la nation catalane.

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par Raymond Matabosch


Avec une longueur de 114 kilomètres, un bassin versant global de 1.417 kilomètres carrés, la Têt est le fleuve côtier le plus important des Pyrénées Orientales. Elle prend sa source, à 2.455 mètres d'altitude, à l'Estany Blau, - ou Lac Bleu -, au pied des Pic du Grand Péric, - ou Pic de Prigue, 2.810 mètres -, de La Cométa, - ou La Coumette d’Espagne, 2.763 mètres -, et de la Couma de la Llosa, - 2.763 mètres -, dans le Massif du Carlit, - ou du Carlitte -.

Tout en suivant un axe Ouest/Est, une faille dextre, elle parcourt la Cerdagne jusqu'à Mont Louis, traverse le Conflent jusqu’à Rodés où elle quitte la montagne pour entrer dans la Plaine du Roussillon et se prélasser en Riberal avant d'achever son périple dans la plaine d'inondation de la Salanque, vaste zone déltaïque commune aux bassins de l'Agly, de la Têt, du Réart et du Tech, entre Canet en Roussillon et Sainte Marie de la Mer, dans la Mer Méditerranée...

31 décembre 2010

Réal en Capcir, un village endormi en bord d'Aude.

Municipalité du Capcir, s'étendant en la partie basse de la vallée, depuis les versants sud-occidentaux du Massif de Madres et son Pic de l'Ós, - le Pic de l'Ours culminant à 2.341 mètres d'altitude -, au col de Censà, limite avec le Conflent, jusqu'aux rives du fleuve Aude, limite occidentale du territoire, qui en ce lieu donne vie au lac artificiel et au barrage de Puyvalador, le territoire communal de Réal, - ou Ral -, au milieu des herbages et des champs de céréales et de pommes de terre, est un espace de tranquillité à proximité de l’effervescence Capcinoise.


Les versants montagneux y sont boisés et la zone cultivée, essentiellement des près et des pâturages où paissent chevaux et bovins, est restreinte. Les activités touristiques ont peu impacté la localité qui subit, de la sorte, un fort pourcentage de dépeuplement. Le village, implanté à 1.509 mètres d'altitude, sur la berge droite de l'Aude, se dore au soleil face à la confluence avec la rivière Lladura, et son hameau, Odelló, du haut de son oppidum, veille sur les destinées de la retenue.


Topographie ancienne de Réal


En 1087, Guillaume, archidiacre, et Guillaume Udalgar font donation, à Guillaume, Comte de Cerdagne, de la villa de Réal qui est située en Comté de Cerdagne dans l'archevêché de Narbonne et dans la montagne qu'on appelle Capcir. A cette date, les délimitations en étaient : à l'Est, le col de Berga Stultos et de Campser, au Midi, Vila Nova, à l'Ouest Formiguera et, au Nord, Riutort et la barraque de Querramat. Querramat, le rocher en forme de branche qui n'a laissé qu'un lieu-dit rattaché, de nos jours, à Puyvalador, était dépendance, en 1011, du Vilar d'Odeillo lequel appartenait à l'Abbaye de Saint Michel de Cuxà.


Origine du toponyme Réal.


Le toponyme « Regaliis » apparaît, pour première mention, dans l'acte de concession, en l'an 893, du lieu que l'ont appelait « Mons Regaliis » situé dans la « villa mancipante de Sancti Romanii de Regaliis » fait à Guillaume Prat, par les frères Acfredo et Oliba II, Comtes du Carcassés-Razés.

Il se conçoit, pour ce toponyme, soit un substantif latin usité par Cicéron et Virgile, se traduisant, en français, par royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, d'une part, et, d'autre part, d'après Cassiodorus, dans son « Historiae ecclesiastiae », signifiant résidence d'un roi ou palais : soit une altération de « Regales », concernant les membres d'une corporation de Formies, ville des Volques.

Antérieurement à la domination romaine en Capcir, vivait un peuple indo-européen, de souche Celte-Ibère. La région avait été, de plus, occupée par une peuplade la Narbonnaise, les Volques Arécomiques. De cette période subsistent les toponymes, La Lladura, - ou Rivière de Formiguères -, Sposolla, Formiguera, etc...

Aussi, « Mons Regaliis » étant mentionné dans un acte de 893, soit 300 ans avant que le Comte-Roi catalano-aragonais, Alphonse I, ne bâtit le château de Mont Royal, à Puig Balador, -Puyvalador -, il ne peut que s'admettre que « Regaliis » n'a pas la signification latine de royal, de roi, pouvoir royal ou royauté, et, qu'au demeurant, sa racine se rattache, plus sûrement, aux Celtes-Ibères ou aux Volques arécomiques.

En conclusion, il paraît plausible que Réal soit le lieu où s'installèrent des dignitaires ou des chefs Celtes-Ibères ou Volques arécomiques.


Réal, un village endormi en bord d'Aude.


Des ruelles, un nucléus..., le chaland, s'il ne pose son regard sur les marques d'architecture, ne s'arrêtera pas et passera son chemin. Mais c'est dans les pierres que l'histoire et la vie du village s'inscrit. Là, sur une butte, des substructions ruinées d'un château aujourd'hui disparu, plus loin, gravé dans des blocs de granit de remploi, à l'angle de portes cochères, une croix occitane et des signes distincts tels une colombe et un pentagramme d'une présence cathare, et les bribes d'un vieux « molí fariner », - moulin à farine -, aux maisons, les volets Vauban, une source d'eau minérale d'une fraîcheur exquise... et, pour l'œil averti, une kyrielle de petits détails architecturaux qui font le charme d'une visite approfondie...

Et, déçu de n'avoir rien vu, le dilettante blasé en oubliera, se dressant fièrement, à l'extérieur du village, au-dessus du plan d'eau, pourtant reconnaissable par son clocher-mur, à des lieues à la ronde, depuis tout le plateau du Capcir, l’église à nef unique couverte en berceau brisé, du XI° Siècle et remaniée au XVII°, en moellons de schiste non équarris, de Saint Romain et son cimetière attenant. L'édifice religieux garde, sur sa face Sud, les classiques arcatures et des lésènes lombardes, et une toute petite fenêtre absidale de la même époque. En son intérieur, des fresques datent du XVI° Siècle.

 

Il ne poussera pas le portail grinçant de la nécropole réalaise et n'y découvrira pas, en son centre, la croix en fer forgé qui y trône. Elle marque la dernière demeure d'un Maréchal d'Empire : Pierre Boucabeille. Étrange histoire que la sienne car elle a été ferronnée et gravée à son nom, l'année 1790, par le défunt lui-même, 12 ans avant son propre décès.

Il ne portera pas, non plus, ses pas sur la route panoramique qui se termine au hameau d’Odeillo de Réal, le dernier habitat du Capcinois à bénéficier du soleil le soir et il ne croisera pas la croix en fer forgée qui s'inscrit dans le cadre de la tradition et de la sorcellerie, en Capcir, au XV° Siècle. Ce petit oratoire était un lieu de recueillement et de dévotion où, avant chaque enterrement, les habitants s'y regroupaient pour chasser le démon qui hantait la dépouille roide du disparu.


Réal est ainsi, un village endormi en bord d'Aude, sans histoire et sans intérêt architectural.

 

 

 

Publié le 04 Décembre sur :

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25 décembre 2010

Le Palais des Rois de Majorque, joyau perpignanais.

Lorsque Jaume(1), fils cadet de Jaume I el Conqueridor(2), - Jacques I le Conquérant -, est proclamé Roi de Majorque, au décès de son père, le 27 Juillet 1276, il décide d'installer la capitale de son Royaume à Perpignan, au carrefour de l'Aragon et des terres de France, se réservant deux résidences d'été, l'une à Majorque et la seconde à Montpellier.

Il lui fallait une résidence digne d'un Souverain et, dès 1274, deux ans avant le début de son règne, débute la construction de son palais, sur une colline d'où il peut dominer toute la ville, et, d'un regard circulaire, embrasser ses Comtés de Roussillon et de Cerdagne, sa Vicomté de Vallespir, et, des points sur l'horizon, sa seigneurie de Montpellier et ses terres îliennes majorquines. La construction de ce joyau architectural enchâssé dans un écrin, la fin marquée par la consécration des chapelles en 1309, s'est déroulée sur une période de 35 ans.

Par son plan d'ensemble s'inspirant fortement des modèles majorquins et s'organisant autour de trois cours, le Palais des Rois de Majorque, de style essentiellement gothique caractérisé par des arches majestueux, est un palais-forteresse élaboré sous la direction de maîtres d'œuvres, Ramon Pau et surtout Pons Descoyl, aux talents indiscutables et indiscutés en leur époque. Ses murs de galets roulés et de cayrons(3) liés au mortier de chaux hydraulique, sont enduits à la chaux dolomitique et peints, et ses portes, ses fenêtres, ses galeries, ses escaliers, ses chaînes d'angle, ses tours principales sont bâtis en pierres de taille, marbre rose et rouge de Ria, blanc et bleu de Céret, blanc de Baixas, gès du Canigou, pierre ocre de Les Fonts et bleue de Baixas.


Dans le cadre architectural, le Palais Royal est un complexe réunissant, en un même lieu, la salle du trône, siège du pouvoir politique, la chapelle, centre de dévotion et de méditation, et la résidence royale. La position surélevée de la chapelle Sainte Croix, au cœur des appartements royaux, face à la salle du trône, marque la prépondérance du spirituel sur le temporel.

La richesse architecturale, du Palais des Rois de Majorque, exprimait, et exprime toujours, l'œcuménisme catalan au Moyen Âge. Les murs et les plafonds des deux fastueuses chapelles superposées, s'élevant en donjon, sont couvertes de fresques polychromes et déroulent la calligraphie des sourates du Coran tandis que les décors des sanctuaires palatins font écho à la pensée monachique franciscainepropice à la méditation.

Si la Royauté majorquine fut éphémère, - du 27 Juillet 1276 au 25 Octobre 1349 mais, néanmoins ayant persisté jusqu'à son abolition par les Décrets de Nueva Planta de 1716 -, le passé qu'elle a laissé, fascine encore par sa beauté et ses richesses politiques, artistiques, littéraires et culinaires. Les « lois palatines(4) », un texte novateur rédigé en latin et illustré de miniatures, mettant en place une étiquette de cour, reprises par la suite par la majeure part des cours d'Occident, y sont promulguées en 1337 par Jaume II de Majorque(5), - suivant certains historiens Jaume III -. Le premier recueil culinaire publié, « le Sent sovi » est écrit en ses murs. Il fait état de recettes sucré-salé, aigre-doux, parfumées d'épices orientales donnant, à cette cuisine, des saveurs étonnantes, et d'un art de la table et de la réception des convives incomparables : sol jonché de plantes aromatiques, des nappes de draps blancs brodées, des céramiques de « Manises », - les azulejos -, et de vaisselle d'or et d'argent..., un art dont, bien plus tard, Louis XIV s'empara, et qui, depuis, est le fier fleuron de l'art de la table à la française honoré, en 2010, par l'United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, - l'U.N.E.S.C.O. -, et entré au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.


Les abords et ses jardins, dans l'écrin de ses remparts de briques roses entourés d'un profond fossé, ramènent aux splendeurs andalouses. L'entrée du palais est protégée par des douves, une barbacane crénelée et un pont levis. La porte d'origine était percée du côté Sud de la tour de l'Homenatje, - tour de l'Hommage -, adossée à l'étage à la salle du trône. Elle conduit à la vaste cours d'honneur carrée d'où le badaud admire la façade Est ajourée de deux élégantes galeries sur deux niveaux.

L'aile Est, dominée par le donjon-chapelle Sainte Croix, fut ordonné par le Roi Jaume I en personne. Les deux sanctuaires superposés sont conçus dans le style gothique qui commence, alors, à s'imposer dans le Roussillon. Et celle Sud, la Grande Salle, « l'aula », accueillait banquets, conseils royaux et parlements. Ses murs peints étaient tendus de tapisseries. Elle conserve sa cheminée près de laquelle un escalier communiquait avec les cuisines au rez-de-chaussée.


Au-delà de la période majorquine, le palais sera fortifié à plusieurs reprises, notamment sous Philippe II d'Espagne lors de la construction d'une vaste citadelle que Vauban conservera plus tard lorsqu'il modernisera les fortifications de Perpignan. Après l’annexion à la France, le palais restera propriété militaire et ne sera redécouvert par les historiens qu’à partir de la 2e moitié du XIXe siècle. Inscrit sur la liste des Monuments Historiques en 1875, classé en 1913, il sera ouvert à la visite en 1958 et, sous l'égide du Conseil général qui en est propriétaire, il est, également, un haut lieu d'exposition sur l'histoire du Roussillon et il accueille, régulièrement, des concerts, des pièces de théâtre, des conférences et des colloques.

Du haut de sa tour, le chaland découvre un magnificent panorama de Perpignan, de la plaine du Roussillon, de la Vallée de la Têt, de la « Mare Noster », - la Mer Méditerranée -, des Corbières et des Albères.

Raymond Matabosch


Notes.


(1) Jacques I de Mallorque, - suivant certains historiens Jaume II -, deuxième fils de Jacque I le Conquérant et de Violante de l'Hongrie, naquit le 31 Mai 1243 et décéda le 29 Mai 1311. Il fut Roi de Majorque, - Majorque, Ibiza et Formentera, Minorque, encore occupée par les musulmans se considérait vassal -, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès et Vicomte de Carladès, de 1276 à sa mort.

(2) Jacques I le Conquérant, fils du Pierre II le Catholique et de Marie de Montpellier, naquit le 2 Février 1208 à Montpellier, décéda le 27 Juillet 1276 à Alcira. Il fut Roi d'Aragon, Comte de Barcelone et Seigneur de Montpellier en 1213, Roi de Majorque en 1229 et de Valence en 1232.

(3) Parallélépipède rectangle, de terre argileuse crue et séchée au soleil ou cuite au four, utilisé comme matériau de construction, plus communément dénommé brique pleine.

(4) Le document est conservé à Bruxelles à la Bibliothèque royale Albert I.

(5) Jacques II de Majorque naquit à Catane, en 1315, décéda lors de la bataille de Llucmajor, Majorque, le 25 octobre 1349. Il fut Roi de Majorque, Comte de Roussillon et de Cerdagne, Vicomte de Vallespir, Seigneur de Montpellier, Baron d'Omeladès, Vicomte de Carladès et Prince d’Achaïe

 

 

Publié le 06 Décembre sur :

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19 décembre 2010

Abbaye de Saint-André de Sorède, aux pieds des Albères.

Le Monastère bénédictin de Saint André de Sorède fut fondé, vers les années 780/800, par le moine Miró, noble de haute lignée d’origine hispanique, - c'est-à-dire un Wisigoth -, chassé d'Ibérie par les Sarrazins, qui en fut son premier abbé.

L'établissement originel se situait dans la haute Vallée de la Massane, à la Vall de Sant-Martí(1), - la Vallée de Saint Martin de Montbram, aujourd'hui le hameau de Lavall -, dépendant de la commune de Sorède, avant d'être déplacé en son implantation usuelle connue, sur les bords du fleuve côtier « la rivière de Taxò(2) ».

Il est cité dans un précepte, - Monasterium Sancti Andreae(3) -, daté de l'an 823, accordé, à la demande du Comte carolingien Gaucelm du Roussillon, par l'Empereur d'Occident, Louís I le Pieux(4), - ou le Débonnaire 778-20 Juin 840 -, à l'abbé Sisegut, successeur de Miró, une ordonnance, confirmée en Mai 844 et une seconde fois le 23 Février 869(5) par Charles II le Chauve, Roi de Francie occidentale, mettant l’abbaye et ses biens sous la protection de l’empereur et lui concédant l’immunité. Ainsi doté, le Monastère bénéficia d’une importance notoire et d’une prospérité incontestable.


Abbaye de Saint André de Sorède sous la dépendance de l'Abbaye de La Grasse.


Grâce aux Comtes du Roussillon qui la dotèrent de quelques richesses, l'abbaye de saint Andrée fut prospère. Mais, en 1109, elle apparaît ruinée et sans subsides. A l'initiative de la Comtesse Inès, épouse de Girard I du Roussillon parti en Terre Sainte, et de l'Évêque d'Elne, en firent don à l'Abbaye de Sainte Marie de Corbieu. Mise sous la dépendance de La Grasse, les donataires espéraient que ses abbés en imposeraient leurs lois et la restaureraient, ce dont ils s'y attachèrent redonnant lustre à l'établissement monacal.

En 1121, une nouvelle abbatiale fut consacrée par Pedro Bernardo, Évêque d'Elne. Dans l'acte y furent consignées la possession de l'église Saint Marie, église paroissiale de la petite communauté d'âmes, des paysans recherchant la protection des religieux, qui s'était établie aux abords du monastère, et les dépendances de celles de Saint Michel de Candell, -Saint Michel de Llotes -, de Saint Martin de la Ribe, - Sancti Martini de Ripa sive in villa Terrad localisée à l'Ouest de la ville, sur les collines Saint Martin -, et du Monastère de Saint Clément de Réglella, - et son village de éponyme localisés à l'Est d'Ille sur Têt -.

Vers 1151, bien que les documents archives soient très peu parlants sur les raisons qui auraient pu expliciter le changement, une nouvelle communauté séculière avait investi les lieux et s'était installée. Parallèlement à cette époque de mutation, la guerre opposant Gausfred III du Roussillon(6), - Comte du Roussillon de 1113 à 1164 -, à son fils Guisnard II(7), faisait rage dans les Albères et semait désolation et morts.


La décadence de l'Abbaye de Saint André de Sorède.


Engagée auprès du Comte du Roussillon, son protecteur bienfaiteur, l'Abbaye de Saint André eut à souffrir de cette belligérance générant de nombreux dommages et exactions et une cascade d'usurpations, ce qui eut pour effet de limiter son expansion. A la fin du XIII° Siècle, le Monastère ne comptait plus que quatre moines dans ses effectifs et, périclitant, inexorablement tomba lentement en décadence.

Les événements militaires dont la région d'Elne dût à subir des préjudices se multiplièrent, accélérant la ruine de l'Abbaye de Saint André. En 1285, dans le cadre de sa conquête du Roussillon, Philippe le Hardi, Roi de France, détruisit les environs immédiats de la cité épiscopale illiberrienne, saccageant Argelés, Sorède, Saint André, Taxo d'Availl et d'Amont, Palau del Vidre, et..., avant d'agir de même avec Elne dont la Cathédrale Ste Eulalie en garde toujours les traces sous la forme d'éclats dans le marbre du portail.

Le 8 juillet 1344, Jacques I de Majorque(8) fait le siège d'Elne suite à son opposition à Pierre IV d'Aragon, possesseur du fief illiberrien, qui étendait ses pouvoirs seigneuriaux sur les communautés limitrophes des Abères. Enfin, en Juillet 1462, pour mater une rébellion, Jean II, Comte-Roi d'Aragon-Catalogne, fait appel à Louis XI qui, moyennant 200.000 écus d'or, gagés sur les deux comtés du Roussillon et de la Cerdagne, avec les châteaux de Perpignan et Collioure, met 700 lances, - c’est-à-dire 7000 cavaliers et les gens de pied qui vont avec -, à la disposition du monarque catalano-aragonais. Toute la région subit de nouveaux sièges impitoyables et de nouvelles batailles dévastatrices et ravageuses, les troupes françaises, sous la houlette du despotique vice-roi Antoine de Lau désigné par Louis XI, appliquant la méthode de « la Terre brûlée. »


Le démantèlement de l'Abbaye de Saint André de Sorède.


En 1592, l'Abbaye de Saint André de Sorède était totalement exsangue et financièrement ruinée. Philippe II d'Espagne, Prince Souverain des Pays-Bas, Roi d’Espagne de 1556 à sa mort, le 13 septembre 1598, et Roi du Portugal à partir de 1580, intercéda auprès du pape Clément VIII, et obtint l’union de Saint André de Sorède avec l’abbaye Sainte Marie d’Arles sur Tech. Le lien, unissant les deux établissements conventuels, subsista jusqu'à la Révolution.

En nos temps présents, de tout l'édifice monacal, - Chapelles, hôtellerie, église, cloître, fontaine, réfectoire, cuisine, cellules, entrepôts, poterne, tour... -, il n'existe plus que l'abbatiale devenue église paroissiale de la ville de Saint André. Et même les archives concernant leur dévolu, excepté un document unique attaché au cloître, en date de 1744, - document H192 des archives départementales des Pyrénées Orientales faisant état qu'il aurait été détruit au XV° siècle, par les troupes de Philippe II -, restent mystérieusement silencieuses.

Il est vrai que deux chapiteaux, attestés d'apartenance au Monastère de Saint André, servent de support de bénitier dans les églises de Saint-Génis-des-Fontaines et de Saint-Jean-Lasseille, quatre chapiteaux, avec leurs futs, sont conservés dans la chapelle Sainte-Colombe de Cabanes, au Nord de Saint-Génis et que plusieurs chapiteaux, conservés à Saint-Martin-du-Canigou, proviennent du cloître andréen..., toutes choses pouvant donner explications à l'omerta qui plane sur le devenu des restes conventuels...

 

Raymond Matabosch

 

Notes.


(1) La première église de Lavall de Sant Marti de Montbram, mentionnée en 823 dans le précepte de Louis Le Pieux, était la « cella » primitive de l'abbaye de Saint André, transférée sous l'abbé Miró, - ou Miron -.

(2) La rivière de Taxo est un fleuve côtier des Pyrénées Orientales qui, suivant les communes qu'ils traverse à plusieurs toponymes : Rivière de Sorède, Rivière de Saint André, Rivière de Taxò et Ribereta avant de se jeter dans la mer juste au sud du Tech, au grau de la Ribereta. Le cours d'eau reçoit, en aval de Saint-André, un petit affluent, le Miloussa.

(3) Au X° Siècle, Monastérium Sanctus Andrea vel Eldugo, laisse croire que l'établissement monacal se situait sur le territoire ou les terres d'Eldugo, un nom d'origine wisigothique ou germanique.

(4) N'étant pas le fils aîné de Charlemagne, Louis est d'abord destiné à une carrière monastique, et instruit dans la religion. Durant son règne, il réforme les monastères et change de politique vis-à-vis de la papauté en s'engageant à respecter les États de l'Église et à ne pas intervenir dans les élections pontificales.

(5) La confirmation du 23 Février 869 est attribuée, à tort, à Charles III le Simple, fils posthume et légitime du roi de Francie, Louis II le Bègue, de 877 à 879, né en 879. Cette confirmation ne peut être de du fait de Charles II le Chauve Roi de Francie occidentale de 843 à 877 et Empereur d'Occident de 875 à 877.

(6) Gausfred III Comte du Roussillon de 1113 jusqu'à sa mort en 1164. Son père, Girard I du Roussillon, assassiné prématurément, laissa, pour successeur, son fils Gausfred encore enfant. Arnold Gausfred, son oncle, assura la régence du Comté jusqu'en 1121

(7) Guisnard II, - ou Girard II de Roussillon -, fils de Gausfred III, est le dernier comte de Roussillon indépendant, en 1164. A sa mort sans héritiers, en 1172, il lègue ses biens au Roi  d’Aragon et Comte de Barcelone Alphonse II le Chaste.

(8) Jacques I de Majorque, en catalan Jaume I, né en 1243, mort le 29 mai 1311, roi de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, et seigneur de Montpellier, de 1276 à sa mort, est le troisième fils du Roi d'Aragon Jacques I le Conquérant. Après la mort de ses frères Alphonse et Ferdinand, il devient le second dans la succession à la couronne. Par testament de 1262, son père divise ses possessions : le frère aîné de Jacques, l'Infant Pierre reçoit les royaumes d'Aragon et de Valence avec le comté de Barcelone, alors que Jacques reçoit le royaume de Majorque, les comtés de Roussillon et de Cerdagne et la seigneurie de Montpellier. Par respect pour son père, à son avènement à la couronne majorquine, il adopta le quantième « II » dans la lignée régnante des Jacques.


Publié le 21 Novembre 2010 sur

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09 décembre 2010

La Tour Cerdane. Un rôle stratégique essentiel.

La Tour Cerdane, - ou Castel de la Torra Cerdana ou encore Castel de Pimorent -, dont il est difficile, encore de nos jours, d'en déterminer son origine historique, est un élément d'un système de défense antérieur au Traité des Pyrénées signé le 7 novembre 1659 sur l'île des Faisans, dans les Pyrénées-Atlantiques, au milieu du fleuve côtier Bidassoa qui marque la frontière entre les royaumes de France et d'Espagne et aux Conventions de Céret, Mai 1660, et de Llivia, 7 Novembre 1660.

Sa fonction militaire, au travers des textes anciens consultés, n'apparaît pas clairement d'autant que certains écrits, traduits succinctement, adaptés avec légèreté ou circonstanciels, sèment la confusion dans les esprits.


Implantation de la Tour Cerdane.


Implantée au Sud-Ouest de la commune de Porté Puymorens, sur le sommet arrondi d'un promontoire culminant à 1.675 mètres d'altitude, veillant sur les Vallées de Carol, de la Vignole et de Font Vive, la Tour Cerdane a défendu, jusqu'au XVII° Siècle où elle fut volontairement démolie au moyen de fourneaux de mine, après la Convention de Llivia, le passage du Col de Puymorens.

Assez difficilement accessible, cette construction, ou ce qu'il en subsiste, se compose essentiellement d'une enceinte grossièrement arrondie, ruinée, épousant la configuration du sol, de 23 à 26 mètres de diamètre, d'un ouvrage avancé de type barbacane et d'un fossé. Les parties de mur encore existantes ont une hauteur variant entre 6 et 8 mètres, et une épaisseur 'environ 1,40 mètres sur le front Sud, et 1,50 mètre sur le front Nord, construits en moellons de granit taillés, ou sommairement équarris, liés au mortier de chaux.

Involontairement, le visiteur se sent saisi de respect au milieu de ces ruines, derniers vestiges d'un passé glorieux. Impossible de s'avancer au cœur de la Cerdagne sans passer à droite ou à gauche du mamelon qui portait la gigantesque tour. Car gigantesque, elle devait l'être à en juger par les dimensions extraordinaires de sa base.


La Tour Cerdane, un château ruiné par décision royale.


Les murs extérieurs enfermaient une surface considérable. Ils ont une épaisseur respectable avec des rangées de crénelages sur lesquels il s'y remarque des merlons de 1,20 à 1,30 mètre de long sur 0,50 de large, avec un chemin de ronde de type primitif du IX° ou X° Siècle, certainement élargi par des constructions en bois posées sur des boulins et des corbeaux.

Les deux crénelages, encore décelables, ont été comblés et les murs rehaussés. Leur partie sommitale est trop ruinée pour pouvoir entrevoir la hauteur exacte de ces murs.

La muraille possédait trois portes. La première, murée, sur la partie Est de l'édifice, donnait sur le fossé. La deuxième; face à la vallée, au Sud de la forteresse, se situe à 2 mètres au-dessus du niveau du sol. La troisième est, ou paraît être, la plus moderne, mais effondrée, elle n'est qu'un grand trou béant. Et onze archères sont encore visibles.

L'intérieur de la tour est encombré par des éboulis, en forme de cône dont la hauteur sommitale doit se situer à à 3 ou 4 mètres au-dessus du sol d'origine. Il se compose d'une terre blanche et de moellons. Ces éboulis coulent, au Nord, par une large brèche dans la muraille, en pente douce jusqu'au bord du ravin, s'étalant de part et d'autre des vestiges des murs Est et Nord, sur une épaisseur, au contact des appareils en place, comprise entre 1,50 mètre et 2 mètres, et, au Sud, par ce qui devait être la porte, jusqu'au niveau de la carrière, enterrant, sur une hauteur de 1 mètre à 1,50 mètre, les soubassements de la barbacane ruinée.

Au cœur de la tour, au milieu des éboulis, accolé sur le mur Nord, des murs orthogonaux, en pierre sèche, délimitent un petit enclos. Emmanuel Brousse, dans son livre « La Cerdagne Française », nous signale que « au centre de la tour un jardin a été planté... », information qui nous permettrait de considérer ces murs orthogonaux, élevés avec des moellons ayant appartenu à la forteresse, comme ceux du petit jardin, des murs dont la construction peut être estimée du XIX° Siècle.


La Tour Cerdane, un château-forteresse à part entière.


Avec légèreté, certains se sont crus autorisés à estimer que les ruines actuelles seraient les vestiges d'un unique élément fortifié bâti sur ce site. Au demeurant, la topographie, la conjoncture au sol et la cartographie cadastrale plaident pour un ensemble plus élaboré que peut l'être une tour de défense de passage ou une tour-poste isolée.

Tout laisse à penser que la Tour Cerdane aurait pu être une tour-château flanquée d'une chemise, d'une ou deux barbacanes et d'un ensemble fortifié accolé permettant d'accueillir les habitants de Porta, de Portéa Tholosa, de Bau, d'Abiells et de Pedreguet(1). En effet, cet édifice, de forme approximativement circulaire, peut être comparé à d'autres châteaux tels ceux de Lladore, dans le Pallars Sobirà, de Saint Sauveur en Puisaye, en Bourgogne, et de Restormel, dans le Comté de Corwall.


Raymond Matabosch


Notes :


(1) Portéa Tholosa ou Porté Puymorens; Bau, Abiells et Pedreguet étant des villages qui n'existent plus.

 

Publié le 04 Novembre 2010 sur :

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08 décembre 2010

Le Capcir... « Petit Canada » ou « Petite Sibérie » ?

Le Capcir est une contrée des Comtats, - la Catalogne Nord pour les catalanistes-, et une région historique et géographique des Pyrénées-Orientales, en terres de Roussillon et Formiguères, sa capitale historique, en est la ville principale. Il se situe au Nord-Est de la subcontrée de la Haute-Cerdagne et au Nord-Ouest du Conflent. En son Nord, il incarne la frontière avec l'Occitanie et, en son Nord-Ouest, celle avec le Comté de Foix.

 

Géographie des milieux capcinois : Brèves notions.


Tout son territoire, une haute plaine, sise entre 1.500 et 1.700 mètres d'altitude, entourée de montagnes, s'articule, véritable colonne vertébrale, le long de la rivière Aude qui le draine de Sud en Nord. Trait d'union entre la Vallée de l'Aude et la Cerdagne, il correspond à un nucléus résiduel de la pénéplaine post-hercynienne. Son socle schisteux, basculé par les mouvements tectoniques générés par la poussée pyrénéenne, s'est surélevé dès l'Éocène et, durant le Pléistocène, période couvrant la plupart des glaciations récentes, il s'est revêtu d'une épaisse couche de sédiments morainiques.

Le bord Ouest de la cuvette capcinoise s'élève, progressivement, en marches et paliers glaciaires jusqu'au contreforts septentrionaux du Massif du Carlit, - Pic Carlit 2.921 mètres, sommet granitique des Pyrénées françaises, point culminant du département des Pyrénées-Orientales et de la région Languedoc-Roussillon -, alors que son levant est brutalement interrompu par l'escarpement faillé qui culmine à 2.471 mètres au Roc de Madrés. Encaissée entre ces deux versants, les gorges de l'Aude l'ouvrent, en son septentrion, sur la Vallée audoise et la plaine languedocienne. Enfin, au Sud, porte historique du Capcir, s'ouvre, au grand large, à 1.741 mètres, permettant d'accéder au replat du Jardò(1), au Haut Conflent et à la Cerdagne, le col de la Quillane.


Le climat du Capcir.


Battu par les vents froids d'Ouest et de Nord, - le Carcanet -, le Capcir subit un climat subalpin particulier et rigoureux. Avec une pluviosité relativement peu importante, en moyenne 800 millimètres de pluie par an, des chaleurs maximales en été avoisinant les 25 à 30 ° C, d'autant que durant 8 mois, elle n'excède pas les 2° C, la température moyenne annuelle, à Matemale, flirte avec les 6° C. En 1962, le dit village avait même connu des températures extrêmes de -23°C, celui des Angles -27° C, le maximum de froid ayant touché les hameaux de Riutort et d'Espousouilles, avec des températures supérieures à -30° C.

Donnant une idée au climat qui sévit, en hiver, dans le Capcir, deux surnoms lui sont attachés, le « Petit Canada » et la « Petite Sibérie ». Celui de Petite Sibérie lui sied tout particulièrement car la région est l'un des derniers refuges, en Europe occidentale, d'une plante de Boreo-Arctique, la ligulaire de Sibérie(2), – la Ligularia sibirica -, une asteracée relictuelle de la dernière période glaciaire, protégée en Europe, inscrite à l'annexe II de la Directive Habitats ainsi qu'à l'annexe I de la convention de Berne pour la protection de la vie sauvage.


Les ressources propres au Capcir.


L'agriculture, qui a subi de lourdes désaffections, s'est spécialisée dans le fourrage et dans l'élevage de bovins et d'ovins. Bien que l'Aude, une petite rivière tumultueuse et torrentielle, sillonne le haut canton, sans s'y pérenniser, elle a permis la construction de barrages, celui de Matamale, 20 millions de mètres cubes, et de Puigvalador, 10 millions de mètres cubes, qui alimentent, en eau, des centrales hydroélectriques situées en terres occitanes.

Entre les prairies, la culture du seigle sur les terres froides et pauvres et les champs de pomme de terre, des grandes forêts de pins rouges et de hêtres, - Forêt de la Mata sur les territoires de Matemale, Les Angles et Formiguères -, emplissent le paysage. Au-dessus, entre 1.600 et 2.300 mètres d'altitude, les pins noirs prennent le relais, exploités au bénéfice d'un chevelu de pistes forestières qui, les désenclavant, les parcourent.

Mais, malgré cela, l'économie agricole du Capcir est centrée, depuis 1948, sur l'industrie laitière et dépend, exclusivement, de la coopérative laitière de la Cabanasse, sise en Cerdagne. Et, zone de passage, entre le Languedoc et le Roussillon, d'une part, et, d'autre part, la Cerdagne, cette terre est économiquement liée aux marchés de Mont Louis, en Haut Conflent et de Prades, en Bas Conflent.


Le tourisme et les sports d'hiver en Capcir.


En 2004, la population du Capcir, avec une densité de 10 résidents au kilomètres carré, n'excédait pas les 1.776 habitants. Les communes de Formiguères, son petit marché et son hameau Villeneuve, centre religieux et sanctuaire dédié à Marie, - 445 habitants -, les Angles, - 596 habitants -, Matamale, - 244 habitants -, et Puigvalador et son hameau Rieutort, - 101 habitants -, dépassent la centaine d'habitants et concentrent 93% de la population. Fontrabiouse et son hameau Espousouilles et Réal et son hameau Odeillo, ne retiennent que les 7% de la population restante.

Avec l'ouverture, en fin du XIX° Siècle, de la route qui rejoint, par Axat, Carcassonne, désenclavant le Capcir, s'initie, lors, un courant touristique. Et, avec l'engouement pour les sports d'hiver, les stations hivernales de Formiguères, des Angles et de Puigvalador-Riutort se sont développées au cours des dernières décennies, entraînant des flux de skieurs. Enfin, le barrage de Matamale, bénéficiant des périodes estivales et surfant sur la vague du besoin d’air et de fraîcheur, permet la pratique d'activités nautiques, - la voile, la planche à voile, le ski nautique, le wakeboard... -

Ainsi, tout concourant à proposer des activités nouvelles, tourisme et sports d'hiver favorisent les créations d'emplois et contribuent à la croissance socio-économique du Capcir.


Notes :


(1) Le replat du Jardò : Le Col de la Perxa ou Col de la Perche.

(2) La ligulaire de Sibérie : C'est une plante eurosibérienne subarctique d'origine asiatique, surtout présente en Sibérie et en Europe Centrale, - Autriche, Roumanie, Bulgarie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Pologne, Russie -. Les populations françaises sont très relictuelles, et essentiellement réparties dans le Massif Central, le Cézallier, les Monts du Cantal, l'Aubrac, le Vivarais, le Capcir et en Bourgogne.

 

Publié le 04 Novembre 2010 sur

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03 décembre 2010

Catllar, cité conflentoise. Des chemins et des hommes.

C'est dans la Catalogne de la Tramontane, au Nord-Ouest de la cuvette d'effondrement bas-conflentoise, ou cuvette de Prades, courant depuis Ria jusqu'aux gorges de la Guillera à Rodez, douillettement niché à flanc de montagne, sur la berge gauche du fleuve côtier, irrégulier et travailleur, aux « aiguats » redoutables et redoutés, - celui de 1940, l'un des derniers restant incrusté dans toutes les mémoires -, La Têt, que se situe Catllar et son terroir.

Son territoire communal, d'une superficie de 8,02 km2, se situe, presque dans sa globalité, excepté un petit secteur, les Mas Dalmé et Rouflé, sur la rive gauche de la Têt, à la confluence du fleuve avec son affluent la Castellane. Il est limitrophe, au levant, avec celui d'Eus, au midi, avec ceux de Prades et de Ria, au couchant, avec ceux de Campôme et de Molitg et, à septentrion, avec celui de Cômes, un hameau dépendance d'Eus.


Les chemins antiques.


Depuis l'Antiquité et le Haut Moyen-Âge, en référence au plan cadastral ancien, - Plan dit Napoléon -, dressé par Monsieur Boudet géomètre de 1° classe et terminé le 18 Juillet 1810, outre les nombreux chemins d'exploitations pour accéder aux vignes, - Camí del Vinyadal, Camí de las Vinyes... -, aux prés et prairies, aux stations pastorales, - deux Camins ramaders ou chemins de transhumance -, et aux terres réservées aux cultures vivandières et arboricoles, - Camí de las Hortes... -, six chemins, les entours même de l'église paroissiale Sant Andreu, cœur de la cité, pour origine, sillonnaient le territoire communal de Catllar et desservaient les communautés voisines de Prades et Ria, de Conat et Urbanya, de Molitg, d'Eus et de Cômes, Campoussy et Sournia.

De ces six chemins antiques, seul un, asphalté, autorise et permet toujours la circulation de véhicules, le « Camí d'Eus à Catllar » dont le Chemin Départemental D 24 reprend , excepté dans la traversée du village, le tracé initial, et le tronçon terminal, toujours conservé, bitumé, transformé en chemin d'exploitation, de Camiols au ravin de las Illes. Les autres, les Camins de Ria à Catllar, d'Urbanya - ou de Campigna - à Catllar, de Molitg à Catllar », de Prades à Catllar et de Catllar au Languedoc, souffrant d'abandon, se sont dégradés, ravinés,... Concomitamment avec la désaffection des terres agricoles, de nos jours, définitivement ruinés faute d'entretien, ils ont disparu dans la végétation ou dans les zones urbanisées de la commune,mais de rares vestiges, sur de courtes distances, sur leur assiette, s'y déterminent encore.


Les voies romaines.


Quatre d'entre eux, le « Camí de Prades à Catllar », à « la Terme », curieux mégalithe fiché en terre à la croisée des chemins au lieu-dit Montcamill, son diverticule dextre prenant nom de « Camí de Catllar à Ria », le « Camí de Catllar à Eus » et le « Camí de Catllar au Languedoc », avaient été voies romaines. La première de ces Via, l'une des trois composantes de la « Via Confluentana1 », par Baixas, Ria, Flassa et Canaveilles, reliait Salsulæ, - Salses -, à Julia Libycæ, - Llivia -. Sur la territoire de la communal de Catllar, elle empruntait le tracé du « Camí d'Eus à Catllar » et ceux de « Catllar à Prades » et de « Catllar à Ria » Beaucoup plus qu'une voie de circulation civile et militaire, elle était surtout une voie de charroi principalement utilisée pour le transport de blocs de marbre, marbre blanc de Baixas et marbre rose de Ria, des marbres que Rome, pour ériger ses monuments, ses édifices publics et ses maisons de maîtres, prisait tout autant que celui extrait des carrières de Carrare; la seconde, le « Camí de Prades , ou de Catllar, - suivant les documents anciens -, au Languedoc », était une voie transversale joignant, depuis Codalet jusqu'à Fosse, par Prades, Catllar, Sournia, Prats de Sournia et Le Vivier, la Vallée de la Têt, et ses « Viæ Confluentanum », à la Vallée de l'Agly, et sa « Via Fenicularia. »


Les voies de communication modernes.


Deux seules voies de communication le desservent, l'une, au départ de Prades, s'indexant sur la Route Nationale 116, dite de Perpignan à Bourg-Madame, un ruban d'asphalte, moyennement entretenu par les services autorisés, avec grandiloquence et hypocrisie, affublé d'un flagorneur Route Départementale N° 619, zigzaguant à flanc de montagne, sautant des ravins pernicieux et longeant des aplombs menaçants; un serpent goudronné non sécurisé menant, apodictiques kilomètres, par temps de pluie, de brouillard et de neige, interminables et cauchemardesques, permet de rallier, via Sournia, Pézilla de Conflent et Ansignan, Saint Paul de Fenouillet, et, s'y greffant, au Nord-Ouest de la commune, au Salt del Gall, la Route Départementale 14, via les Bains de Molitg, Mosset et le Col de Jau, consentant l'accès au Département de l'Aude, lors pouvoir rejoindre Axat; l'autre, plus modeste, une chaussée étroite, toute en circonvolution, le chemin départemental N° 24, se dirige sur la Ville Veille de Sant Vicens d'Eus, Eus, Marquixanes, Arboussols et Tarérach, qui ne peuvent-être atteints qu'en se raccrochant au chemin Départemental N° 35, dit de Prades à Arboussols.


Publié le 28 Octobre 2010 sur


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02 décembre 2010

El Voló, le Boulou, au carrefour des civilisations.

Le territoire municipal de Le Boulou, 14,42 kilomètres carrés de superficie, se situe dans la basse vallée du Tech, dans la zone de contact entre la Plaine roussillonnaise, le Moyen Vallespir et les Albères. Il est limitrophe avec Passa au nord-ouest, Tresserre au Nord-Est, Montesquieu de l'Albère à l'Est, Maureillas au Sud-Ouest, Les Cluses au Sud et Saint Jean Pla-de-Cors, - ou Saint Jean de Pagès -, à l'ouest.

 

Le territoire comprend quatre espaces paysagers.


Au midi, le secteur des Monts de l'Albère encadré, à tramontane, par la rivière de la Rome, et, au levant, par celle de Vallmorena, toutes deux affluents du Tech. Il s'étend depuis la faille Nord-est/sud-ouest de Vivés dont il en constitue le bord externe jusqu'au Pic d'Estelle, 377 mètres, borne naturelle avec Maureillas, les Cluses et Montesquieu. Sur ces hauteurs s'y localisent les ruines de l'ancien vilar de Molars et le Mas encore flanqué de son antique église paroissiale dédicacée à Sainte Marguerite, du VIII°/IX° siècle. Mais, dénaturant le site, tout en étant un habitat de qualité mais épars, s'expurge des lieux une conquête glorieuse de l'urbanisation non maîtrisée et irraisonnée, les verrues immobilières du lotissement des Chartreuses. Et c'est le long de cette faille que sourdent les sources thermales des Bains du Boulou connues depuis le IX° siècle.

Le terroir de la vallée du Tech se caractérise en une terrasse Miocène et Pliocène, - un plat pays portant loin sur l'horizon -, re­présentative du comblement de l'ancien golfe de Bouleternère, - dit aussi de Roussillon -. Sur son flanc méridional s'y sont implantées les infrastructures de la station thermale, - depuis le XVIII° siècle -, d'une usine d'embouteillage des eaux naturelles très minéralisées servant essentiellement à des usages médicaux, d'un casino et d'un hôtel.

À son septentrion - le bourg et les installations auto-portuaires s'y nichant -, le bassin bolonencq s'ouvre sur la riche plaine arboricole et viticole illiberrienne. En ces lieux dominés par les collines du Pla del Rey rendu célèbre par une bataille, en 1794, soldée par une victoire française sur l'armée espagnole, un glacis donne, lors, passage sur des replats datés du pliocène tailladés et lacérés, en bandes de terres étroites, par les torrents, tel le torrent du Renard. Très viticole, ces terres offrent des vins de très haute qualité labellisés « A.O.C. Côtes du Roussillon. »

En son milieu s'étend le large lit majeur du Tech, de plus d'un kilomètre, et le fleuve impétueux, lors des crues, se prélasse en de grands méandres. Quelques arpents de basses terres, - les Hortes del Bosc, les Parets, el Molí Nou -, morcelés en jardins sont vulnérable aux trombes d'eau qui déferlent lors des aïguats dont celui de 1940, le plus mémorable et toujours ancré dans la mémoire des anciens...


Le Boulou, antique et présent, un nœud routier.


La territoire municipal s'ordonnance autour du bourg de Le Boulou et s'enorgueillit de son nucléus thermal et touristique des Bains, son ancien vilar de Molars et son église et, complémentaires à sa fonction antique de nœud de communications, son centre douanier, son péage autoroutier et son autoport.

Antiquement situé en bordure de l'ancienne Via Domitia ve­nant, par Villeneuve de la Raho, Bages, Banyuls dels Aspres, de Ruscino et se dirigeant sur le col de Panissars et l'Espagne, tout proche du lieu dit Les Trompettes, non loin d'Ad Centuriones, où croisaient les voies intérieures de la Vallespiriana et la Via menant à Illiberris, - Elne -, à Caucho liberi, - Collioure -, et à Portus Veneris, -Port Vendres -. Présentement, Le Boulou est traversé par la route Nationale 9 menant, depuis Narbonne et Perpignan, à Barcelone, par le Col du Perthus, et il est longé par l'autoroute A9 « La Catalana » ouvrant, par un péage, sur l'autoport.


Le Boulou, carrefour au cœur des Abères-Vallespir.


Nœud routier à ses origines, le Boulou en conserve son fidèle schéma. Remontant l'axe du Tech rive droite, filant sur l'ouest, la Départementale 115 permet d'accèder, par Amélie les Bains, Céret et Arles Sur Tech à Prats de Mollo et le col d'Ares. Et toutes voiles claquant sous la tramontane, elle redescend, rive gauche, le fleuve pour aller s'enivrer, doublant Saint Genis des Fontaines, Sorède et Argelés, des senteurs iodées de la Côte Vermeille. En oublierait-on le cheval de fer ? Que nenni ! Une voie de chemin de fer, Perpignan-Elne-Céret, uniquement pour le fret marchandise, - la ligne voyageur étant fermée depuis des décennies -, dessert l'autoport de le Boulou.

 

Publié le 28 Octobre 2010 sur :

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30 novembre 2010

L’homme de Tautavel... I.

La Caune de l'Arago, à Tautavel, est souvent comparée à un grand livre d'histoire, un livre d'humanité, de l'humanité à ses racines, où les pages s'effeuillent, une à une, et s'effacent, irrémédiablement, lors de chaque fouille programmée.

« Le front bas, le menton effacé, le regard abrité sous des arcades proéminentes, la démarche balourde malgré une taille qui approchait 1 mètre 60... il n’aurait pas déparé parmi les figurants de La planète des singes »(1), telle est l'une des descriptions réductrice, parmi tant d'autres publiées sur sa personne simiesque, - ou voulue telle -, de celui qui fut, durant 23 ans, considéré comme le plus vieil européen, âgé de 450.000 ans, l'homo érectus tautavelensis exhumé de la Caune de l'Arago, Pyrénées Orientales, le 21 Juillet 1971. Il n'a été détrôné de cet honneur, qu'en l'an 1994, par l'Homo antecessor, une espèce définie à partir de 86 fragments osseux correspondant au moins à six individus, dont le maxillaire et le frontal d’un enfant âgé d'environ 10 ans, - 780.000 ans -, découverts en Espagne, à Atapuerca(2), dans le gisement de la Gran Dolina. Et, en l'an 2000, un Homo ergaster-erectus georgicus, - l’homme qui travaille droit -, découvert sur le site de Dmanisi, en Géorgie, et daté de 1,8 million d'années, posant la question idoine de la présence d'humanoïdes autochtones, en contradiction avec la thèse émise d'une colonisation pré-humaine de l'Europe par des hominidés venus d'Afrique en transitant par l'Asie, les a supplanté dans l'antériorité.

L’homme de Tautavel : hominidé anténéanderthalien ou Homo Heidelbergensis ?


Les restes, plus de 120 fragments mis à jour, de cet hominien tautavellois font toujours l'objet, - polémique stérile, sans nul doute, entre scientifiques impudents, infatués et arrogants, assoiffés jusqu'à l'ivresse de notoriété, de succès dans leur travail et de reconnaissance par la société - de deux interprétations différentes assises, l'une et l'autre, sur le système de classification des êtres vivants essentiellement basé sur les rapports de proximité évolutive entre espèces, la phylogénétique. Pour le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, il correspond à une forme européenne d'Homo erectus, la raison pour laquelle le nom d'Homo erectus tautavelensis a été suggéré(3). En cela, pour ses inventeurs, il s'agirait d'un hominidé anténéanderthalien, devancier, sur le sol européen, bien que n'ayant pas nécessairement de lien de parenté avec lui, de l'Homme de Néanderthal. Pour les opposants à cet appellatif binominal d'espèce, il circonviendrait de le classifier dans le genre pré-Néanderthalien ancien, ancêtre direct d’Homo neanderthalensis. Ainsi, tout comme la mandibule de Mauer, - 600.000 ans - , découverte en Allemagne, en 1907, dans une sablière près de Heidelberg, ou le crâne de Petralona, du Mindélien supérieur, - 650.000 à 450.000 ans -, mais étonnamment daté de 200.000 ans, exhumé en 1982 en Grèce, le crâne Arago XXI, devrait alors être considéré comme un représentant de la très controversée espèce, l'Homo Heidelbergensis.

En toute certitude, sur le plan paléontologique, la grotte de l’Homme de Tautavel est, avec le gisement de Sima de los Huesos, - la grotte des os à Atapuerca en Espagne -, sans conteste aucune pour les sommités scientifiques, l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.


La Caune de l'Arago.


Située en surplomb des gorges de Gouleyrous, la Caune de l'Arago, l’une des plus grandes cavités karstiques du Sud des Corbières, véritable nid d'aigle, domine, d’une centaine de mètres, les vallées de Tautavel-Vingrau et de l'Agly, et offre une vue imprenable sur le Rivesaltais, la Salanque et la plaine du Roussillon. Pour les chasseurs de la préhistoire, c'était un poste d'observation idéal, privilégié et stratégique qui leur permettait de surveiller, en toute sécurité, les déplacements du gibier et des troupeaux aussi loin que pouvait porter leur vue sur les landes et le piémont pyrénéen à l'horizon. En outre, le Verdouble, coulant en contrebas, le point d'eau attirait les animaux qui venaient s'y abreuver apportant profit aux hommes. Ceux-ci ne devaient point se priver d'une telle manne en nourriture, - des herbivores : Bouquetin, Cerf, Mouflon, Thar, Daim, Bœuf musqué, Bison, Cerf, Renne, Éléphant, Cheval et Rhinocéros ; mais aussi des carnivores : Ours, Loup... -, tenue à portée immédiate de leurs armes de chasse précaires.


En références aux outils lithiques découverts sur le site, - racloirs, grattoirs, pointes, choppers, chopping-tools et quelques bifaces -, peuvent laisser à penser que l'Homo tautavellensis était un hominidé peu évolué, l'homme moderne se trompe peut être sur les capacités réelles qui animaient ces hommes antédiluviens. N'a-r-il point été découvert, taillé de main d'homme, proche de l'entrée de la grotte, un passage en degrés qui permet d'accéder facilement sur le plateau situé au dessus de la grotte ? Qu'en serait-il réellement ? Ne serions-nous pas dans l'erreur ? Et ne dévaloriserions-nous pas nos antécesseurs par nos clichés proformatés ?


La découverte de la Caune de l'Arago.


Cette grotte a été connue de tous temps mais elle n'a pas été, après la Paléolithique(5), située trop haut dans la falaise et n'ayant, de ce fait, pas pu servir d'abri aux bergers ni de lieu de surveillance aux militaires, tout particulièrement habitée. Au différent, depuis le XIX° siècle elle a acquis un intérêt paléontologique. Dès 1828, elle a été étudiée par Pierre Marcel Toussaint de Serres, géologue et naturaliste montpelliérain, qui y avait découvert des ossements d'animaux qu'il qualifiait « d'antédiluviens. » En 1948, Jean Abelanet, archéologue catalan, y entreprend des recherches qui lui ont permis de mettre à jour des industries lithiques datées du Paléolithique moyen. Et, à partir de 1964, sous la direction d'Henry de Lumley, elle fait l'objet de fouilles systématiques et méthodiques qui mènent, en 1971, à la mise à jour des restes, datés de 450 000 ans, de l'un des plus anciens européens


Raymond Matabosch.


Notes :


(1) Jean-Philippe Mestri : « L’homme de Tautavel rajeuni », Le Progrès, Vendredi 31 août 2001.
(2) Atapuerca est une petite commune de 200 habitants située au nord de l’Espagne, dans la province de Burgos
(3) Marie-Antoinette de Lumley, 1982. « L'homme de Tautavel. Critères morphologiques et stade évolutif », dans « Datations absolues et analyses isotopiques en préhistoire, méthodes et limites. »

Henry de Lumley et Jacques Labeyrie, Colloque international du CNRS, Tautavel, 22-29 juin 1981, pp. 259-264

Publié le 27 Octobre 2010 sur :

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05 octobre 2010

Villefranche de Conflent. Cité médiévale fortifiée.

Au cœur des Pyrénées Orientales, au pied du Canigou, cité médiévale créée en 1095 par Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne et, au XVII° siècle, fortifiée par Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, Villefranche de Conflent est classé dans la prestigieuse liste des plus Beaux Villages de France. Depuis le 7 juillet 2008, la ville est inscrite, grâce au génie du maréchal de Vauban et au travail important produit et à la détermination de la municipalité pour l'ob­tenir, au Patrimoine Mondial de l'Humanité pour son grandiose en­semble fortifié, comprenant l'enceinte, la citadelle du Fort Liberia et la grotte préhistorique de Cova Bastera.

« Nous pensons que ce sera un vecteur économique intéres­sant car nous ne voulons pas transformer notre ville en musée, nous voulons conserver une vie réelle. C'est pour cela que nous travaillons sur un nouveau plan de gestion. Nous voulons nous proje­ter dans le futur », avait déclaré Rose Marie Soria, son maire, en apprenant que sa commune et celle, proche, de Mont-Louis devenaient les premières communes du département des Pyrénées-Orien­tales à obtenir l'insigne honneur de la reconnaissance internationale de leur patrimoine.

 

Situation géographique.

 

Villefranche de Conflent est une petite commune, d'environ 450 hectares, située en Conflent, délimitée, à l'Est, par le confluent de la Têt et du Cadi et, à l'Ouest, par celui de la Têt et de la Rotja qui, insolite, ne se situe pas sur le territoire communal.

En effet, ce territoire, bizarreries historiques, est composé de deux parties non contiguës :l'une, la ville fortifiée, enclavée entre les communes de Fuilla et de Corneilla-de-Conflent ; l'autre un terri­toire vaste et accidenté, au nord, comprenant le fort Libéria et l'an­cienne église de Saint-Étienne de Campelles et s'élevant jusqu'au village ruiné de Belloc, acheté, au XVII° siècle, pour renforcer les fortifications.

Et, de ce fait, ni la gare, ni le hameau du Faubourg, ni l'église de Nôtre Dame de Vie, ni les grottes des Canalettes, ni les carrières de marbre rose ne font pas partie du territoire de Villefranche, ces sites se trouvant soit sur le territoire de Fuilla, soit sur celui de Corneilla-de-Conflent, soit, même, sur les terres de Ria.

Villefranche de Conflent est desservie par la route nationale 116 la reliant à Prades, - 6 kilomètres -, et à Perpignan, - 51 kilomètres -, à l'Est, et à la Cerdagne et Andorre, à l'ouest, et par un axe ferroviaire en deux tronçons, l'un à voie normale, Perpignan-Villefranche, l'autre à voie métrique, Villefranche-Latour de Carol-Enveigt ou « Train de Cer­dagne ».

 

La gare, constituant, aussi, un point de départ pour des ex­cursions touristiques vers le Pic du Canigou ou l'Abbaye de Saint Martin, s'appelle, en réalité, « Villefranche-Vernet-les-Bains », Ver­net les Bains, une station thermale à 6 kilomètres.

 

Sur un site d'exception.

 

Dans un site architectural d’exception, la cité médiévale se pelotonne derrière une puissante enceinte fortifiée qui, comme un corset de pierre trop étroit, l'enserre et semble l'étouffer.

 

Au XI° siècle, le puissant Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne, opposé au comte de Roussillon, trouve que le confluent de la Têt et du Cadi, profondément encaissé entre des massifs cal­caires abrupts, est un site stratégique.

Par la volonté comtale, Villefranche de Conflent nait dès lors, vers 1090, et cinq premières familles, au bénéfice de qui est ré­digé l'acte de donation, s'y installent. cinq premiers familles, au bénéfice desquelles est rédigé l'acte de donation La ville se construit rapidement et se fortifie en parallèle, la forteresse devant être un verrou sur la route du Roussillon à la Cerdagne.

D'où l'intérêt d'y attirer rapidement une importante popula­tion grâce à la multiplication des franchises : exemption de servitude et création d'une foire dès 1090 ; des droits de « foriscapi », ou droits de lods et de vente, et plus généralement de ce qu'on appelait les « mals usos », les mauvais usages, au XIII° siècle; etc...

Aussitôt fortifié, Villefranche de Conflent commence à jouer son rôle défensif et conserve longtemps cette vocation car, en ajoutant aux remparts médiévaux, son système de fortification, Vauban renforce au XVII° siècle son rôle de capitale militaire d'une région resté longtemps frontalière. Et, pour en améliorer la défense et l'invulnérabilité, il fait construire le fort Libéria et utilise la Cova Bastera pour renforcer le système défensif.

 

Villefranche de Conflent parmi plus beaux villages de France.

 

Aujourd'hui, le village apparaît comme un ensemble monu­mental bâti dans le marbre rose. Sur la place principale, l'église St Jacques est réputée pour son magnifique portail roman du XII° siècle en marbre local. Le village est dotée d'une curiosité à ne pas rater : l'accès au fort Libéria se fait par un étonnant escalier souter­rain dit des « mille marches », construit sous Napoléon III.

Et c'est un réel ravissement de déambuler, d'un pas noncha­lant, dans ses vieilles ruelles bordées de maisons anciennes et de boutiques artisanales , - savons naturels, jouets et objets en bois, sor­cières, bijoux artisanaux, poteries, tapisseries d'art, etc... -

Aux alentours de Villefranche de Conflent se trouvent de merveilleuses grottes., telles les « Grandes Canalettes », avec sa salle Blanche, son lac aux Atolls ou, encore, son Temple d'Angkor ; « les Petites Canalettes » avec ses cristaux de calcites aux formes surprenantes ou « sa Table », une formation unique au monde ; la « Grotte d'Engorner ».... Quant à la « Préhisto-Grotte », la première grotte aménagée en France, par Vauban, en 1707, mais à des fins mi­litaires, l'éveil humain plonge dans l'histoire passionnante des dino­saures, de l'ours des Pyrénées... pour un merveilleux voyage dans le rêve, l'imaginaire et la réalité.

18 septembre 2010

Collioure et le fauvisme. Été 1905, le magnétisme fauve.

A Collioure, depuis le début du XX° siècle, rien n'a changé ou presque. Le charme magnétique des couleurs opère toujours. En ces lieux, Henri Matisse a créé l'un des plus importants monuments picturaux de l'art moderne...

Le 16 mai 1905, en gare de Collioure, le train de Toulouse dépose Henri Matisse, ses valises, ses cartons, ses toiles, ses cou­leurs...


Collioure, décor de carte postale.


Pure comme un cristal de roche, la matinée s'annonce pro­metteuse. D'un large regard circulaire, l'artiste s'imprègne du spec­tacle unique du petit port catalan. La montagne, recouverte d'un vi­gnoble sculpté en terrasses, éclate d'un vert lumineux et se jette, en contrebas, dans une mer violette.

A ce décor, Collioure ajoute les tons chauds de ses maisons de pêcheurs, le schiste gris de son château royal, le jaune de ses plages et l'ocre des rochers qui affleurent à la surface de la Méditer­ranée.

Tout au long de cette journée, l'artiste contemple, avec fasci­nation, les changements de nuances. Au soleil de midi, la gamme des couleurs s'exacerbe pour s'apaiser, progressivement, le soir venu. Le charme est total.


La fascination d'un site et la naissance d'un courant pic­tural.


Henri Matisse sent-il qu'il y a, à Collioure, ce qui peut faire exploser tout ce qui est en gestation dans sa quête picturale ? Pressent-il la potentialité de ce que le critique Jean Leymarie appelle « l’accord entre un site et les préoccupations artistiques d’artistes venus y mûrir leur vision... ? »

Henri Matisse insiste auprès de son ami et complice André Derain à venir le rejoindre. Ensemble, et jusqu'à la fin de l'été 1905, ils vont peindre jusqu'à l'épuisement. Les deux artistes travaillent avec frénésie, passant par des périodes de doutes et d’exaltation, mettant en couleurs le profil du village, le clocher, le château, les fi­lets qui sèchent sur la plage, les barques qui partent, les femmes qui ravaudent…

L'un et l'autre pressentent une nouvelle manière de travailler et rompent avec l'impressionnisme et le pointillisme divisionnisme cher à Seurat et à Signac.


La plage rouge...


Matisse peint la plage de Collioure en rouge et tente de s'en expliquer : « Vous vous étonnez, sans doute de voir une plage de cette couleur ? En réalité, elle était de sable jaune. Je me rendis compte que je l'avais peinte avec du rouge... Le lendemain, j'es­sayais avec du jaune? Çà n'allait pas du tout, c'est pourquoi j'ai re­mis du rouge... »

Derain panique un instant et craint l'égarement, voire la folie. « Cette couleur m'a foutu dedans... », déclare-t-il, « Après, je me suis laissé allé à la couleur pour la couleur. J'ai perdu mes an­ciennes qualités... »

Pour les deux artistes, il n'est plus question de faire marche arrière. L'émotion dicte leurs recherches. Et la lumière ordonne leurs tableaux. « Une lumière blonde, dorée qui... », selon Derain, « sup­prime les ombres... C'est un travail affolant. »


Une collaboration féconde en utilisant « les couleurs qui sortent du tube ».


Matisse et Derain multiplient les balades. Les ruelles fraîches du quartier des pêcheurs surplombent le village et offrent de merveilleux points de vue sur le clocher de l'église Notre Dame des Anges. La jetée du faubourg aligne les couleurs chatoyantes des élé­gantes barques catalanes. La promenade, le long du château royal, permet d'observer le ballet incessant des bateaux de pêche qui rentrent au port lourdement chargés d'anchois. Sur la plage de Bora­mar, les embarcations sont hissées au moyen d'un cabestan...

Les deux artistes étudient cette activité incessante avec atten­tion : les voiles qui sèchent sur la plage, les files que les femmes raccommodent, les visages des marins qui ne comprennent rien à leur peinture et qui se permettent, même, quelques moqueries...


« Cautio liberi », le statut de l'homme libre.


 

Malgré la perplexité ambiante, Matisse entrevoit l'aboutisse­ment de leurs recherches : « Je ne cherche plus qu'à faire chanter les couleurs, sans tenir compte de toutes les règles et les interdic­tions... », avoue-t-il même, « ….Je compose, dès lors, avec mon des­sin, de façon à entrer directement dans l'arabesque et la couleur... »

Imperceptiblement, un mouvement pictural prend naissance.


Au Salon d'Automne 1905, le basculement de l'art pictu­ral vers le modernisme.


Au Salon d'Automne de 1905, dans la salle VII, placée par Plumet au cœur de l'exposition, Matisse et Derain présentent le fruit de leur travail, c'est le scandale...!

Parmi les huiles aux couleurs violentes, - un « pot de pein­ture jeté à la face du public », écrit Camille Mauclair -, trônent, dans un style très traditionnel, au milieu de la pièce, deux bustes d'Albert Marquet. La présence de ces sculptures provoquent le com­mentaire ironique de Louis Vauxcelles, critique d'art au journal Gil Blas ; « ...La candeur de ces bustes surprend au milieu de l'orgie des tons purs : Donatello chez les fauves... »

Le terme fauvisme voit ainsi le jour pour la première fois.


Le chemin du fauvisme.


Que reste-t-il aujourd'hui de toute cette aventure ? Sur le plan pictural, l'œuvre est immense puisque Braque, Marquet, Dufy effectueront également le voyage de Collioure. Ils marqueront, à ja­mais, la peinture de leurs couleurs pures, violentes et lumineuses. Ces teintes n'ont évidemment pas changé et elles continuent d'inon­der Collioure de leur éclat.

Pour évoquer ces « années fauves », un « chemin du fau­visme » a été élaboré dans le village sur les traces de Matisse et de Derain. Dans les rues, au château, sur le port, des reproductions de tableaux sont exposées à l'endroit même où les peintres posèrent leur chevalet.

A travers cet itinéraire, véritable musée imaginaire, Collioure apparaît en pleine lumière. En ces débuts du XXI° siècle, la palette des couleurs est toujours ben réelle et le fauvisme encore bien per­ceptible.

 

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

16:41 Écrit par catalan66270 dans Voyage en Terres Catalanes | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : collioure, côte rocheuse, fauvisme, matisse, derain, pyrénées orientales, roussillon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

09 août 2010

Fenouillèdes et Vallée de l'Agly : Mystères, contrastes et légendes.

Le Fenouillèdes, une région naturelle, à la beauté sauvage faite de collines calcaires peu escarpées mais très segmentées et de moyennes montagnes, se situe au nord-nord-ouest du département des Pyrénées Orientales. Comme toutes les régions estampillées « naturelles », ou pays traditionnels, ses frontières sont estompées, nébuleuses et incertaines.

Il est d'étendue limitée et possède des caractères géomorphologiques, géologiques, climatiques, hydrologiques..., faunistiques et floristiques homogènes. Par la perception et la gestion de ses terroirs spécifiques, le développement de ses paysages et son identité culturelle propre, s'associant à son particularisme physique, il s'enorgueillit d'une occupation humaine cohérente, rationnelle et, égale­ment, homogène.


Les racines historiques du Pays de Fenouillèdes.


Ce pays institutionnel a été reconnu et inventé par les géo­graphes antiques grecs et les instances consulaires romaines. En ef­fet, lorsque, sous Auguste, la Narbonnaise fut restructurée, et les contours de la Provincia Romana et, en son intérieur, celles des cités la composant furent redéfinies par le cadastre d'Orange, en 77 après J.-C. sur l'ordre de l'empereur Vespasien, apparut pour la première fois le « Pagus Fenioletensis.(1) »

Il prend également racine dans la longue histoire d'un fief féodal pérennisé par les érudits locaux et par les anciennes popula­tions rurales. Pierre, seigneur de Fenouillet, était le premier Vicomte connu de Fenouillèdes, sous domination catalano-aragonaise, pour être cité, en 1017, dans l’acte de fondation de l'évêché de Besalù(2). Auparavant, en 1011, un bulle du Pape Serge IV indique « qu’un monastère, consacré à Saint Pierre, sera établi dans le comté du Fenouillèdes, à l’intérieur du château vicomtal. »


Les racines politiques du Pays de Fenouillèdes.


Fenouillet, ayant donné nom au Fenouillèdes, était très faci­lement défendable. Deux lignes de murailles protégeaient le village surmonté du château vicomtal Saint Pierre. Le tout était renforcé par deux châteaux secondaires : Sabarda et Castel Fizel. Jusqu'à la fin du XII° siècle, Arnaud étant le dernier vicomte en ligne directe, la Vicomté de Fenouillèdes était dépendance du Comté de Besalù.

A sa mort, sa fille épousa Pierre de Saissac fils cadet d'une puissante famille de la Montagne Noire. Par jeu des alliances, le château et la vicomté entrèrent dans la mouvance des vicomtes de Narbonne. Les Saissac étant liés à la religion cathare, la vicomté étant largement ouverte à la dissidence religieuse, le catharisme atteignit, lors, le Fenouillèdes. Pour son soutien à l'hérésie, Pierre de Fenouillet fut dépossédé de ses biens au profit du Comte de Roussillon, des biens retournant, ainsi, à la couronne catalano-aragonèse.


Dès le XIII° siècle, le Pays de Fenouillèdes, terre de France.


Mais au traité de Corbeil, 11 mai 1258, le Roi de France, Louis IX se démit de ses prétentions sur la Catalogne. Parallèle­ment, le Comte-Roi de Catalogne-Aragon, Jacques I° d'Aragon, re­nonçà à certaines de ses revendications territoriales, excepté Montpellier et autres possessions d'appartenance à son épouse Marie, dans le Languedoc. La Vicomté de Fenouillèdes devint terre de France et fit sienne la langue d'Oc et, par elle, l'occitan.

Le département des Pyrénées Orientales fut créé, à la Révo­lution française, le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 dé­cembre 1789. Il regroupa la province du Roussillon devenue fran­çaise par le traité des Pyrénées(3), 7 Novembre 1659, et une petite région du Languedoc, le Fenouillèdes.


Le Fenouillèdes, une région naturelle marquée par ses cours d'eau.


A l'est, le Fenouillèdes est délimité par la plaine du Rous­sillon et les Corbières catalanes, au nord par les Corbières audoises, à l'ouest, par le Pays de Sault et, au sud, par le Conflent. Près de Ra­bouillet et de la forêt de Boucheville, le « pays » culmine à 1356 mètres au Roc des Quarante Croix.

Terre de contrastes surprenants, il s'organise autour d'une kyrielle de micro-régions naturelles, aux paysages et aux climats va­riés. L'Agly et ses affluents ont charpenté un relief montueux et accidenté déroutant, particularisé par un enchaînement de dépressions et de grabens, de plateaux et de horsts, et de barres rocheuses verti­gineuses.


Atlas des paysages du Fenouillèdes.


Le Haut-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 300 et 1.356 mètres, à l'ouest, est constitué de vallées peu habitées et de massifs montagneux boisés Il associe rudesse et beauté dans ses paysages. Il est délimité, au nord, par le synclinal du Fenouillèdes, à l'est, par la vallée de l'Agly et le plateau de Roupidère et, au sud, par la vallée de la Castellane. Comme en témoignent les nombreux vestiges d'architecture militaire, il est riche d'un passé tumultueux. Quelques routes sinueuses desservent les quelques villages qui se nichent soit dans les vallées : Sournia, Rabouillet, Pézilla-de-Conflent, Le Vivier, Fenouillet..., soit sur les versants : Prats-de-Sournia, Campousssy...

Le Bas-Fenouillèdes, dont l'altitude est comprise entre 60 et 800 mètres, humant les parfums de la garrigue et la fraîcheur des fo­rêts, les ravins escarpés en larges plateaux, est terre de vigne. Il est connu pour ses vins doux du terroir Maury.. Mais ici, la rocaille est toujours prête à reprendre, à l'homme, l'espace difficilement conquis aux rudes massifs quasi-désertiques. Quelques dix villages campent sur ce territoire et chacun n'excède pas aujourd'hui les 200 habitants.

S'étirant entre les gorges de l'Aude à l'ouest et la vallée du Verdouble à l'est, là est l'étonnant synclinal du Fenouillèdes. Il s'allonge sur une trentaine de kilomètres pour environ quatre kilomètres de large entre les deux échines de calcaires qui l'encadrent. Une route départementale et une ancienne voie ferrée desservent les trois villages qui l'occupent : Maury, Saint-Paul-de-Fenouillet et Caudiès-de-Fenouillet. Dans sa partie est, coule le Verdouble qui arrose une vallée, mondialement reconnue pour avoir abritée, il y a 450 000 ans, « l'homme de Tautavel ».


Notes.


(1) Pagus Fenioletensis, de « pagus », bourg, bourgade ou village, district rural ou canton, et de « feneus », de foin, le pays des foins, ou de « fenicularius », de fenouil, le pays du fenouil d'où décline le Fenouillèdes et Fenouillet.

(2) Marca hispanica sive limes hispanicus, hoc est, Geographica & historica descriptio Cataloniae, Ruscinonis, & circum jacentium po­pulorum, Pierre de Marca. - Paris 1668.

(3) Le traité des Pyrénées formalise une paix conclue entre le royaume d'Espagne et celui de France à l'issue de la guerre de Trente Ans. La France annexe, articles 42 à 60, le comté de Rous­sillon, les pays de Vallespir, de Conflent et de Capcir et 33 bourgs et villages de l'est du comté de Cerdagne.


"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

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Cerdagne en Pyrénées catalanes : Mi-Française, mi-Espagnole.

Située dans les Pyrénées axiales, la Haute Cerdagne, géogra­phiquement et historiquement, est un élément fondamental de la Cerdagne, région physique, historique, humaine et naturelle des Comtats et de la Catalogne, partagée entre l'Espagne et la France.

Géographiquement, la Cerdagne est un fossé tectonique de 40 kilomètres de long et de 5 à 9 kilomètres de large, drainé par le Sègre et ses affluents et corseté par une barrière annulaire de massifs montagneux d'élévation supérieure à 2.500 mètres.

La haute plaine cerdane, de 800 à 1.300 mètres d'altitude, cernée au sud par le re­bord septentrional du massif du Puigmal, à l'ouest et au nord par les massifs du Carlit et du Campcardos, et à l'est par la massif morai­nique du Pico Vell, se détermine au centre de la dépression.


« Meitat de França, meitat d'Espanya(1) », il n'y a point d'autre terre comme la Cerdagne.


L'entité Haute Cerdagne, ou Cerdagne française, a été engen­drée le 7 Novembre 1659 par la signature du Traité des Pyrénées, sur l'île des Faisans(2). Ce traité, formalisant la paix conclue entre le royaume d'Espagne et celui de France, a mis fin à la guerre franco-espagnole commencée en 1635. Par la Convention de Llivia du 12 Novembre 1960, le terroir cerdan a été divisé entre les deux états. Trente trois villages, implantés au nord des Pyrénées, excepté Llivia considéré comme ville, sont passés, ainsi, sous souveraineté française, les autres continuant à faire part intégrante de l'état espa­gnol.

Son territoire est le plus occidental mais aussi le plus élevé des six comarques(3) découpant, physiquement et géographiquement, la circonscription de la Catalogne française. Il est situé à l'extrémité ouest des Pyrénées Orientales, aux seuils de l'Andorre et de l'Es­pagne. Blotti au cœur de la montagne catalane, il s'ouvre, à l'est, à 1.579 mètres, au col de la Perche, véritable portail faisant communi­quer les bassins de la Têt et du Sègre, sur le Conflent et le Capcir. Par la Vallée glaciaire du Carol, au nord-ouest, après être parti à l'as­saut des 1.920 mètres de l'impressionnant Col de Puymorens, doublé par un tunnel routier, il débouche sur l'Ariège.


La Cerdagne capitale mondiale de la recherche solaire et mégapole spécialisée dans les traitements des maladies respira­toires.


Faille comblée par les dépôts continentaux oligocènes et miocènes arrachés aux montagnes, 34 à 5 millions d'années, et par les moraines glaciaires et les alluvions du Pliocène et du Pléisto­cène, 5 millions d'années à 13.000 ans, l'altiplano de Cerdagne est orienté est-ouest. Cette orientation, commune à toutes les vallées pé­rennes des Pyrénées Orientales, est en antagonisme avec celles des vallées majeures de la chaîne pyrénéenne, principalement orientées sud-est/nord-ouest.

Même si son climat est subordonné à la haute altitude et, de fait, classifié de type continental, par sa particularité géologique et l'influence méditerranéenne intercédant, la Cerdagne jouit d'un ré­gime d'exception. Peu ventée, tempéré à chaud en été, froid et sec en hiver, bénéficiant de 300 jours d'ensoleillement annuel et d'un air particulièrement pur, elle est une terre providentielle et bénie des Dieux pour les établissements médicaux spécialisés dans les mala­dies pulmonaires infantiles. En outre, c'est un site de tout premier plan pour l'implantation d'unités de recherche solaire : Fours solaires de Mont Louis et d'Odeillo et centrale à tour « Thémis » à Targa­sonne.


Le cadre agricole et naturel de la Cerdagne, un échiquier géant, rare et précieux.


Le plateau d'altitude cerdan s'étend en une dépression se pro­longeant en Espagne, par la Vallée du Sègre, et s'ordonnance en une vaste plaine encadrée par les versants abrupts et rocailleux, d'aspect sauvage, des massifs du Carlit, du Campcardos et des Puigmal. Les villages et les hameaux, entre les versants boisés et les espaces cultivés, sont historiquement implantés sur les cassures et les ruptures de pentes, rarement en bord de cours d'eau.

Sur le haut plateau cerdan, l'agriculture contribue à dessiner un étonnant échiquier agricole, rare et original, composé de pay­sages de collines, de vallons, de près et de vergers sillonnés de ruis­seaux. Ces espaces agricoles, assurant la production de fourrage, ressource indispensable à l'élevage, s’avèrent particulièrement pré­cieux. Les prairies de fauches, et les prairies irriguées, permettent de nourrir les troupeaux qui assurent l'entretien du milieu montagnard.


Le tourisme hivernal et la plaine de la Cerdagne boca­gère mitée par l'urbanisation à outrance.


Si les versants du Massif du Carlit et du Campcardos concentrent une kyrielle de paysages boisés, de reliefs agrestes et ro­cailleux et de lacs dans un espace peu accessible, les espaces ou­verts, alpins et subalpins du massif des Puigmal, sont utilisés par les éleveurs comme estives pour leurs troupeaux de chevaux, de bovins et d'ovins. Et, en hiver, cinq domaines skiables, Porte Puymorens, Font Romeu, Bolquère, Eyne et Err, font vivre les pentes enneigées et garantissent des sensations fortes.

 

Mais l'attractivité de la Cerdagne liée au tourisme de la neige a son revers de médaille à cause l'urbanisation, à outrance, grande dévoreuse des espaces agricoles. Et cette urbanisation massive a al­téré la silhouette des villages et des hameaux ainsi que les grands paysages.


Notes.


(1) Meitat de França, meitat d'Espanya : Moitié de France, moitié d'Espagne

(2) L'île des Faisans : L'île des Faisans ou île de la Conférence est une petite île, 6.820 m2, au milieu du fleuve côtier, la Bidassoa, qui forme, en ce point, la limite de la France et de l'Espagne. C'est sans doute le plus petit condominium, territoire sur lequel plusieurs puissances, généralement deux États, exercent une souveraineté conjointe, du monde.

(3) Les six comarques : Le département des Pyrénées Orientales regroupe l'ancienne province du Roussillon, (le Roussillon, la haute Cerdagne, le Conflent, le Vallespir et le Capcir originellement catalanophones), et le territoire des Fenouillèdes, seul territoire du département de culture languedocienne et de langue occitane.

 

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

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08 juillet 2010

Montagnes et vallées comtales. Patrimoine et traditions.

Entre les plages aux sables blonds et les côtes de schistes noirs des rives méditerranéennes et les pics acérés des Pyrénées, trois vallées, terres de contrastes, de révolte et de résistance entre tradition et modernité, au sortir du bassin roussillonnais, se partagent le territoire des Pyrénées Orientales.

A quelques lieues de Perpignan, en pentes régulières bien qu'imperceptibles, inéluctablement la plaine s'effiloche et s'éloigne. La terre commence à prendre de la personnalité, de la rigueur et du relief. Engrossant les vignes offertes aux rayons du soleil, l'Agly et le Fenouillèdes, les courbes, aux teintes calcaires, se vêtent de rocailles et d'aridité. A peine un peu plus loin, grès, schistes et granites la parant, s'habillant de vert intense et se rafraîchissant aux berges de petits ruisseaux serpentant le long des chemins pour arroser les champs de pêchers, d'abricotiers et de pommiers, le Conflent, elle se métamorphose. Plus loin encore, le Vallespir, elle est feuillue et mystérieuse, drapée de cerisiers, de chênes lièges et d'histoires étranges...

Alors, le regard, avide d'apprendre et de connaître, peut embrasser les cimes montagneuses des Puigmal, du Carlit, des Madres, du Bugarach, de la Roca Colom, du Roc de Frausa et de l'emblématique Canigou.


La vallée de l'Agly.


Avant que la forêt profonde n'annonce la montagne, l'Agly Fenouillèdes fait étalage de son charme un peu sauvage et, au détour du vallon, la garrigue aux essences méditerranéennes et la fleur de rocaille cèdent leur place à la vigne offerte au soleil et à la Tramontane.

Aux portes de Tautavel, dans la Caune de l'Arago datée de 450 à 700.000 ans, l'homme, « Homo érectus tautavellensis », a laissé son empreinte.

Frontière naturelle avec l'Aude voisine, les Corbières, fières et arides, dressent, sur leurs pitons rocheux, les arrogantes citadelles du vertige telle celle de Quéribus. De son sommet, le château de Peyrepertuse et les forteresses d'Aguilar et de Puilaurens qui furent le théatre de résistance, de sièges, d'assauts et de massacres, se profilent à l'horizon.

Que quelques pas en quittant Saint-Paul-de-Fenouillet et la formidable faille des gorges de Galamus garde, jalousement en son sein, l'ermitage Saint-Antoine fréquenté depuis le VII° siècle.

Rivesaltes, Maury, Rasiguères, Caramany..., des noms chantant le plaisir des papilles et accompagnant les grillades des soirs d'été, ici, les vignobles produisent des vins ensoleillés et gouleyants.


Le Conflent.


De Rodés aux portes de la Cerdagne et du Capcir, des derniers vergers aux premières cimes acérées des montagnes, le Con-flent suit la vallée de la Têt et celles de ses affluents.

Eus, érigé en pyramide sur son promontoire tapissé d'oliviers, tout comme Evol, patrie de Ludovic Massé, et Mosset, est l'un des « plus beaux villages de France. » Lors vient Prades et son église Saint-Pierre, de facture baroque, du XVII° siècle, abritant un merveilleux retable de Joseph Sunyer. Non loin se profile l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuixà qui exerça, longtemps, une influence religieuse et culturelle bien au-delà de la Catalogne.

Tout comme la cité fortifiée de Mont-Louis, bastionnée par Vauban, classée en 2008 au Patrimoine Mondial de l'Unesco, Villefranche de Conflent, est une place forte fondée en 1090. Au-dessus de la ville, le Fort Libéria veille sur l'emblématique Petit Train Jaune, gaillard malgré les années, qui assure la liaison ferroviaire avec Latour-de-Carol.

Réserve naturelle de Nyer... bains d'eaux chaudes, en pleine nature, d'Olette, de Canaveilles, de Prats Balaguer... grottes mystérieuses des Canalettes et d'En Gorner...C'est aussi tout cela, le Conflent !


Le Vallespir.


Au différent de ses deux sœurs fluviales, le Vallespir est bien mystérieux...

La légende du pont du Diable, à Céret... La Sainte-Tombe, dans l'abbatiale Sainte-Marie d'Arles-sur-Tech, se remplissant « d'eau miraculeuse » de façon inexpliquée... Et la fête de l'ours qui met en scène dans les rues de Prats de Mollo et de Saint laurent de Cerdan un homme-animal traqué par des « chasseurs-barbiers »... Et les cerises qui sont, dès la fin du mois d'Avril, les premières de France, le chêne-liège les tissages catalans et les espadrilles aux longs lacets, amies de la Sardane, fabriquées à Lamanère... Pour ces énigmatiques terres verdoyantes, adossées aux Albères, Picasso, Matisse, Chagall, Soutine, Pierre Brune... en tombant sous le charme de leur lumière et de leurs couleurs, n'hésitèrent pas à investir Céret...


Pyrénées Orientales, terre mythique et mystique.


Entre terre, mer, soleil et montagne, sous l'aile protectrice du géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, il y a aussi les hommes, leur savoir-faire, leur patrimoine, leur terroir… qu'ils savent offrir en partage.


"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

12 janvier 2010

Le petit train jaune de Cerdagne : « Le canari. »

Cette ligne, électrifiée par un troisième rail, de 63km à voie métrique unique, est la plus haute d'Europe, 1532m à la gare de Bolquère.

Mise en service entre 1910 et 1928, elle a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art, viaducs, ponts et tunnels.

« Le Train Jaune est un atout formidable pour le territoire » et contribue au développement touristique des terres de Conflent et de Cerdagne. Il constitue, en outre, un véritable patrimoine historique, culturel et technique des Pyrénées Catalanes.


Un train à voie métrique, le plus haut d'Europe.


Le Petit Train Jaune, à voie métrique, avait pour but de relier les hauts plateaux de Cerdagne au reste du département des Pyrénées Orientales

La ligne fut édifiée en plusieurs parties de 1910 à 1927.

Les travaux commencèrent en 1903

- 1910 - Villefranche-de-Conflent - Mont-Louis-la-Cabanasse - 28 kilomètres.

- 1911 - Mont-Louis - La-Cabanasse - Bourg-Madame - 27 kilomètres.

- 1927 - Bourg-Madame - La-Tour-Carol - 7 kilomètres.

A ses débuts, elle fut exploitée par la Compagnie du Midi puis en 1937, nationalisée, elle fut, lors, exploitée, tout comme une grande partie du réseau Français, par la SNCF. Et, depuis 2005, la ligne est exploitée conjointement par la SNCF et le Conseil Régional Languedoc-Roussillon.

La Ligne, d'un longueur totale de 63 km, commence a Villefranche-Vernet les Bains a 427 mètres d'altitude et se termine à la gare internationale de La Tour de Carol-Enveigt, implantée sur la commune d'Enveigt, à 1.231 mètres d'altitude

L'altitude maximum atteinte est 1.532 mètres, à la gare de Bolquère, ce qui en fait la ligne de chemin de fer la plus haute d'Europe.

L'ouverture de la ligne a nécessité la construction de 650 ouvrages d'art dont 19 tunnels et 2 viaducs, le Pont Séjourné et le pont Gisclard, et de 22 gares.


Dans un univers de charme et de merveilles naturelles.


La voie remonte les gorges de la Têt depuis Villefranche-de-Conflent jusqu'à Mont-Louis, puis elle franchit le col de la Perche pour rentrer en Cerdagne. Après avoir longé Font-Romeu, elle descend vers Estavar-Llivia, Saillagouse, Osséja, Bourg-Madame, Ur, et finit son parcours à la gare de Latour-de-Carol-Enveigt .

Son système de freinage est unique au monde; il est le premier à avoir utilisé l'électricité: freins « aéro-statiques », c'est un courant induit qui freine par électro-magnétisme les bobines, la chaleur est dissipée dans d'énormes résistances refroidies par l'air et situées sous la machine. Malgré les fortes et longues pentes, 60 m/km, soit 6% , il n'y a eu à déplorer aucun accident, sauf le jour de son inauguration en 1910.

Le voyage en Train Jaune ressemble à un film panoramique, rythmé par le balancement des voitures : à mi-hauteur des pentes escarpées de la vallée de la Têt, le train tutoie le vide puis traverse en douceur de grands espaces bucoliques, au pied des massifs du Canigou, du Cambre d'Aze, du Carlit et du Puigmal, avec au loin la silhouette de la Serra del Cadi.

Au détour d'un virage, on aperçoit un village ou une église romane, on devine l'entrée des vallées étroites du Haut-Conflent réservées aux seuls randonneurs, on découvre enfin les stations de ski accrochées aux pentes de Cerdagne.


Mais aussi, un univers de résistance...


Mais le Train Jaune, perché sur les hauts plateaux du pays catalan, n'est pas, seulement, celui des cartes postales aux couleurs saturées. Il n'est pas non plus unique attraction touristique, tortillard sympathique pris l'été en famille. Le Train Jaune est celui pour lequel il faut, les violents matins d'hiver, réchauffer au chalumeau les aiguillages grippés par le gel, briser à la barre à mine la glace accumulée dans les tunnels. L'été, il faut remplacer à la force des bras, les traverses fatiguées sur un ballast surchauffé, près du troisième rail électrifié, compagnon vital et sournois, sang de la machine et menace mortelle pour le cheminot s'il l'oublie.


Le Train Jaune a cent ans.


Né d'une volonté économique, il fut soixante-dix ans plus tard condamné par les nouveaux maîtres évoquant des motifs... économiques.

Et, par toutes les Pyrénées Orientales, pour sauver le « Canari », des femmes et des hommes se sont dressés, un jour, et crié leur refus de le voir disparaître.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

10 janvier 2010

La sardane, danse traditionnelle. Barretina, faixa et bigatanes.

La sardane, fille de la sardane courte, se danse en cercle fermé, alternant un homme et une femme, la femme à droite de son partenaire.

A Pâques, à Pentecôte et chaque fois qu'appelle, au plus profond des êtres, l'attachement des catalans à leur terre natale, la sardane fraternelle réunit des centaines de participants. C'est une danse d'union, d'amour, de liberté et de paix, symbole d'allégresse et de joie, empreinte d'un pays, d'un peuple et d'une nation, une danse et des rondes aériennes, les mains fermement liées, voltant, en « aplecs », - réunions de sardanistes -, sur les places des villes et des villages, les parvis des églises et des cathédrales, et au pied des sanctuaires.


Origines obscures de la Sardane.


A l'origine, s'accordent à dire les folkloristes, elle serait Crètoise, XV° siècle av. J.-C., puis Étrusque et enfin Hellène, les participants pratiquant un rituel, en ronde avec les bras levés, pour remercier la déesse Cérès de ses bienfaits pour leurs moissons. Mais, dès le I° siècle, le géographe grec, Strabon, ne citait-il pas une danse en rond en tant que danse d'offrande à la Lune pratiquée par les Sordons, - Plaine du Roussillon -, les Kerrètes, - Cerdagne, Ripolles et Garrotxes -, et les Bébryces, - Vallespir et Alt Empordà -, peuplades indo-européennes, qui occupaient les terres des Pyrénées méditerranéennes ?

Les deux hypothèses ne paraissent pas incompatibles. Il est aisé d'imaginer, les grecs s'étant installés, au IV° siècle avant J.C., sur les terres Nord et Sud catalanes, à Empurias, Cotlliure, Salses, Bracchyle..., que les Kerres, les Sordes et les Bébryces leur aient emprunté cette danse en rond pour remercier un de leurs Dieux à la fin des moissons...

Et puis, n'existe-t-il pas un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canignensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollencque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis », et là y découvrir son essence antique ?


Le contrepas.


Les « Pas brisés » et les « pas suivis » les uns et les autres rappelant les « pas courts »et les « pas longs » de le sardane actuelle, ne serait-ce pas le contrapàs, le contrepas, aussi appelé « contrapàs cerdà » ou « contrapàs sardà » déjà dansé au XVI° siècle dans les hautes terres de Cerdagne ?

L'origine religieuse du contrepas est avérée. Cette danse, accompagnée de chants célébrant la passion du Christ, était pratiquée pendant la semaine sainte et exécutée sur les parvis et dans l'enceinte même des églises. A ses débuts uniquement réservé aux hommes, petit à petit, les femmes entrèrent dans la danse, et le seul lieu où l'interdiction subsista était Prats-de-Mollo où il était encore dansé sur la Place d'Armes, au début du 20ème siècle.

En saura-t-on, un jour, ses vraies origines ?


Dans l'Empordà, naissance de la sardane moderne.


Solaire par sa forme, méditerranéenne par sa mesure, la sardane est la danse populaire catalane par excellence, celle qui, parmi toutes les autres, des plaines du Roussillon et de l'Empordà, - l'Empordà le berceau de la sardane moderne née, au milieu du XIX°siècle, sous l'impulsion d'un musicien, de Figuères, nommé Pep Ventura -, jusqu'au delà de l'estuaire de l'Ebre, symbolise le mieux la Catalogne et les Comtats.

Si, vers 1850, sous l'impulsion de Ramon Grès et de Miquel Pardàs, les catalans l’appelaient « sardana llarga », sardane longue, c’était pour la différencier de l’antique « sardana curta », la sardane courte, qu’elle a fini par supplanter et, depuis, le nom de sardane seul évoque la danse actuelle.


La sardane, danse populaire.


La « cobla », un ensemble orchestral et musical de 11 musiciens et douze instruments, composée de deux « tibles » et de deux « tenores », de deux trompettes, d'un ophicléide ou d'un trombone à piston, de deux « fiscorns » et d'une contrebasse à trois cordes, l'accompagne.

Aux premières notes aigües et vives du « flaviol » et du « tambori » joués par un même musicien, les cercles, imprégnés de son accent, de sa couleur et de son rythme, se forment.

La mélodie enfle son thème et les hautbois, aux chants austères et profonds, célèbrent l'amour et la félicité, la douleur et la mort, avec une grande joie saupoudrée d'une part de mélancolie, de rêverie et de sollicitude, éclatant au dehors, et une détresse intérieure s'illuminant de rais de bonheur, d'événements prospères et de hasards favorables.


Notes.

 

La « baretina », le bonnet rouge.

La « faixa », la ceinture de tissu.

Les « bigatanes », les espadrilles.

Le « Flaviol » et le « tambori », le chalumeau et le tambourin.

Le « tible » et la « tenore », instruments à vent de la même famille que le hautbois.

Le « fiscorn », instrument semblable au saxophone.

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

09 janvier 2010

Le Roussillon passé présent. Bribes d'histoire.

L'histoire crée les états et délimite les frontières mais celles-ci ne parviennent pas toujours à séparer les hommes, unis, par delà les nationalités, par les coutumes, les traditions communes et les parlers. Tel est le cas de la  Catalogne partagée, au fil des temps, entre France et Espagne.

Capitale des antiques Comtats, hier Province du Roussillon, aujourd'hui Catalogne Nord, Perpignan a peut-être plus d'affinités avec Barcelone qu'avec Toulouse, Carcassonne, Montpellier ou Nîmes. Ici, tout évoque l'Espagne si proche : la lumière, les palmiers et, surtout, le palais médiéval des Rois de Majorque, celui de la Députation ou encore la belle Loge de Mer d'un pur gothique catalan. Même la très méridionale cathédrale Saint Jean apporte une pierre à la spécificité et à l'originalité de cette terre catalane.

Dans le Castillet, la Casa Pairal, - la maison ancestrale -, évoque les traditions agricoles et artisanales de la Vicomté de Vallespir, des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, et celles de ses dépendances, le Conflent et la Capcir.


Une terre convoitée à ses origines.


Le Roussillon est une terre d'une richesse historique incomparable. Il est mondialement connu pour posséder le site sur lequel furent découverts les plus anciens européens, dont les restes datent de 450.000 à 700.000 ans. Les époques suivantes sont également riches en découvertes : le néolithique et ses champs d'urnes, l'érection des dolmens et menhirs, et...

Le Roussillon, tributaires des luttes entre romains et carthaginois, sera marqué par le passage d'Hannibal et de ses éléphants de combat. Mais c'est aussi une période où la région sera militairement conquise onze fois et connaîtra quinze maîtres différents en 2500 ans : par les Chamites..., les ligures, les peuplades bascoïdes Sordones, Bébryces et Kerres, les phéniciens, les hellènes, les romains..., les wisigoths et les sarrasins.


Les carolingiens et la période comtale.


Après avoir chassé les sarrasins, la principale bataille se déroulant sur les hauteurs de Passa, près de Thuir, Charlemagne décide de créer, sur les lieux des combats, un monastère, le Monastir del Camp, - Monastère du campement -, bâtiment qui existe toujours.

Maîtres incontestés du Roussillon, les carolingiens y créent des comtés et favorisent l'installation de grandes abbayes, - Arles sur Tech, Saint Michel de Cuixà, Saint Martin du Canigou... -, qui essaiment, sur tout le territoire, des prieurés et des églises.


Le Comté de Barcelone et le Royaume d'Aragon.


En 897 Guifred le velu, unificateur d'une terre pérenne et à l'origine de la légende de la senyera, le drapeau catalan, partage entre ses enfants les comtés qui forment la future Catalogne. Mais l'unité Catalane se soude essentiellement sous Raymond Bérenger III, dit le Grand (1097-1131)

En 1137 Raymond Bérenger IV, dit le Saint, épouse Pétronille Ramirez, la fille du roi d'Aragon, unique héritière. Il devient ainsi prince consort et ses enfants obtiendront le titre de Comte-Roi de Catalogne-Aragon, engendrant la lignée des rois d'Aragon.


Le Royaume de Majorque.


En 1276, à la mort de Jacques Ier le Conquérant, le royaume catalano-aragonais est partagé entre ses deux fils. Le Royaume de Majorque, dévolu à Jacques II, se compose des Comtés de Roussillon et de Cerdagne, de la Vicomté de Vallespir, des Iles Baléares et de la Seigneurie de Montpellier, avec pour capitale Perpignan. Le reste de la couronne va à son frère Pierre III, comte de Barcelone et roi d'Aragon.

Quatre vingt ans d'existence, l'histoire du royaume de Majorque est courte, mais intense. Obligé de faire des choix face à ses puissants voisins, la France et le Royaume d'Aragon, il subit l'inévitable dérive qui le mena à son extinction. Les deux royaumes catalans sont réunis, à nouveau, en 1344n sous le règne de Pierre IV, roi de Catalogne-Aragon.


Les Comtats.


Pierre IV, prince d'une haute capacité associe ses nouveaux sujets à la législation catalane. Il les admet aux États Généraux ou Corts, encourage l'industrie et la navigation par des traités avec les nations voisines, protège l'agriculture et fait replanter d'arbres les contrées ravagées par les dernières guerres.

Jean I, son fils et successeur, ne suit pas l'exemple de son père. Il abandonne le Roussillon à l'administration d'un gouverneur général et d'officiers royaux, plus soucieux de leur enrichissement et de leur élévation que des intérêts du pays. Mais Barcelone jalouse Perpignan pour ce nouveau privilège accordé et de nombreuses échauffourées fratricides se produisent et endeuillent les deux terres.


La Province de Roussillon.


Jusqu'à Louis XIV, et la fin de la Guerre de Trente ans, les Comtats restent rattachés au royaume d'Espagne et à la Catalogne. Le Traité des Pyrénées, du 7 Novembre 1659, et ses Conventions de Céret, Mai 1660, et de Llivia, Novembre 1660, mettent un terme à ce rattachement naturel façonné par des siècles d'histoire. Pourtant ils ne réussit pas à effacer les particularismes et l'identité propre du peuple qui la compose.

Du Traité des Pyrénées à la Révolution Française, la Province du Roussillon, province frontalière et « pays conquis » est dotée, par le pouvoir central, de nouvelles institutions. Considérée comme province étrangère, les barrières frontalières sont maintenues avec les provinces limitrophes.


Le Département des Pyrénées Orientales.


La loi du 22 décembre 1789 organise les pouvoirs au sein de nouvelles circonscriptions appelées départements puis le décret du 15 janvier 1790 fixe le nombre de départements à 83.

Le département des Pyrénées-Orientales est créé le 6 mars 1790. Les députés de l'ancienne province de Roussillon signent l'arrêt créant le département de Roussillon qui prend rapidement le nom de Pyrénées-Orientales. Le nouveau département est plus vaste que l'ancienne province de Roussillon, dont la langue faisait l'unité. La petite région languedocienne du fenouillèdes, - plus de vingt cinq communes dont Saint-Paul-de-Fenouillet, Maury, Latour-de-France, Bélesta, Montalba-le-Château, Sournia... -, est incorporée dans cette nouvelle structure politique.


La Catalogne Nord.


La Catalogne Nord, - l'inventeur de l'appellatif en étant, dans les années 1930. le catalaniste Alphonse Mias, du groupe Nostra Terra -, désigne le territoire correspondant à l'actuel département des Pyrénées-Orientales. Par tradition, on la divise en six comarques ou pays: le Roussillon, les Fenouillèdes, le Vallespir, le Conflent, la Cerdagne et le Capcir.

Ce terme, lui préférant le référentiel Roussillon, nom de la province d’Ancien Régime, est très peu utilisé en France. Les termes génériques de Pays catalan, de Catalogne française ou de Pyrénées catalanes sont, de même, employés.

Pour les catalanistes, cette appellation correspond à une réalité historique et identitaire : « En effet », déclarent-ils, « depuis les origines, la Catalogne Nord a été rattachée à la Nation catalane, sur les deux versants des Pyrénées, issue de la réunion des comtés féodaux indépendants, de facto, de l'empire carolingien dès le IX° siècle. »

"Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Raymond Matabosch

Éternel et immuable Canigou : Montagne mythique des catalans.

Géant catalan, fascinante montagne, citadelle avancée des Pyrénées et vieux berger des ans encapuchonné d'ouates hiémales, le Massif du Canigou, rudesse de la roche cristalline et douceur méditerranéenne s'y entremêlant avec bonheur, discernable de fort loin, se détache, au-dessus des vergers magnifiés de variations de blanc et de rose, entre neiges et arbres en fleurs.

Le Mont Canigou,
terre à nulle autre pareille -
Montagne sacrée.

Il rétorque, frère utérin, au géant de Provence, le Mont Ventoux, et, dans les froidures de l'hiver, quand la Tramontane et le Mistral, vents glaciaux, nettoient le ciel de l'un, l'autre se découvre et se dessine à l'horizon désavouant le disque orangé du soleil couchant, l'un et l'autre vigies des terres d'Oc et des Comtats.

Dès la nuit des temps
extirpé du sein terrestre:
La grâce divine.

Symbole avéré,
Olympe des catalans -
Le Mont Canigou.

Figure de proue et cerbère incoercible des Pyrénées Orientales, les hommes parcourant les chemins et les crêtes des Albères, du Vallespir, de Cerdagne, de Conflent et des Corbières, s'activant aux travaux agricoles, vinicoles et arboricoles, - vins, fruits et légumes primeurs de qualité -, ou dans les secteurs secondaires et tertiaires, apanage de la fertile et prolifique étendue plane de Roussillon, ou se hâlant sur les grèves, dentelles de sables blonds et dorés de la Côte Radieuse ou Vermeille, ou, tapis de cailloux amoureusement polis et arrondis par les eaux fluviales et maritimes, des rivages rocheux et dentelés du berceau de Pyrène, ne voient que Lui, l'immuable et éternel Mont Canigou.

Dominant la plaine,
majestueux et royal,
La terre des Dieux.

La montagne mère,
de fécondité symbole -
De l'eau dans la plaine.

De plus de mille autres terres encore, suivant certaines conditions atmosphériques, il est identifiable. Le soleil dans le dos, l'observateur attentif et patient, quand la silhouette de sa cime pyramidale se projette sur fond de ciel crépusculaire, le discerne, l'identifie, lors depuis le sommet de Notre Dame de la Garde ou Mont Dôme de Marseilleveyre, à Marseille; le Mont Blanc, le Mercantour, l'Oisans ou la Barre des Écrins, dans les Alpes; le Pic de Midi de Bigorre, le Mont Perdu ou le Vignemale, dans les Pyrénées Centrales; les grandes hauteurs volcaniques, Cantal, Puy de Sancy, Monts Dore, Mont Dôme, d'Auvergne; ou le Mont Gerbier des Joncs, du Velay le Monte Cinto ou les Massifs granitiques de l'ouest de la Corse; le massif des Iglésientes, en Sardaigne...; et, dit-on même, - ne serait-ce qu'utopique réalité inaccessible aux sens...? que matérialité abstraite, artificiellement séparée de toute vie...? -, du Djurdjura, en Kabylie, et de l'Etna, en Sicile.

Horizon visuel,
rotondité de la Terre,
altitude aussi.

Canigou, un phare
dans le ciel atlantidien -
Platon le savait.

Emblématique des Comtats, montagne du pain pour les laborieux travailleurs et les forçats de la terre, bûcherons, herscheurs, haveurs ou mineurs, porions et galibots, charbonniers, forgerons ou agriculteurs, âniers, vachers et bergers, qui gravissaient les flancs boisés et les pâtures d'altitude, montagne exploitée, surexploitée, saignée à blanc et étiolée, mais toujours prolixe évoquant l'histoire du fer, - des filons aux premiers siècles avant Jésus Christ, originellement difficiles d'accès, avec des gisements du Balatg, du Pic des Pradelles et de l'Alzine... -, des mines à ciel ouvert ou à galeries et des forges, - Velmanya, Ballestavy, Batère, Fillols, Formentera, la Pinosa, Escaro...-, et l'histoire de la transhumance, - les Jasses, les Estables, les Cortalets, Pratcabrera, le Baciver, le Ras des Anyels, le Pla de las Egues... -, le Canigou fut longtemps considéré, faute de relevés précis pour les autres massifs, comme le point culminant, - étant comme tel dans tous les livres de géographie et enseigné comme tel durant des décennies -, de la chaîne pyrénéenne car sa grandeur majestueuse s'imposait comme une évidence.

Vigie maritime
entre hautes terres et plaine -
Porte de deux mondes.

Qui aurait eu courage à se commettre dans un crime de lèse-majesté ? Qui aurait eu l'outrecuidance d'affirmer que le Canigou n'était pas le plus coruscant des plus coruscants ? Surtout pas les hommes, fils de sa terre nourricière, ni les novellistes et les publicistes, ni les poètes et les rhapsodes, ni les bardes et les félibres, ni les chantres et les musiciens. Par eux, leur voix du coeur, celle de leur esprit, chacun dans son registre, se tresse un florilège, une chrestomathie et un spicilège d'œuvres lyriques, bucoliques, épiques ou hugoliennes, cueillies en brassées d'odes, élégies et sonnets.

Terres d'exception,
terre du fer et de paix -
Terre des poètes.

Au-dessus de ce panier de fleurs, l'ennoblissant, l'élevant au Parnasse, monument de la Catalogne et du Roussillon, œuvre magistrale et pérenne de la Renaissance catalane et catalanophone, sur­git « Canigo » de Mossen Jacint Verdaguer, un poème polyphonique, un brin héroïque et extraordinaire, un éclat, lors hexamètres et pentamètres alternant pour un chant de deuil, tendre et triste, un copeau émotionnel et sentimental et une fibre liturgique, ordonné comme une symphonie exaltant le génie d'une langue pure et céleste, vive et chantante, s'ouvrant et s'élevant, majestueux « dans le ciel bleu flamboyant », en harmoniques madrigaux, sur le Royaume de Canigou en terres des Bienheureux.

Difficile, pour un sismo-vulcanologue, de ne point prêter sa plume à son clone, catalan de naissance et de cœur, poète-écrivain-historien quant s'agit de chanter, en mots élégiaques, le Massif et le Pic du Canigou, symbole de la Catalogne.


Étude étymologique du Pic et Massif du Canigou


Le Mont Canigou est un site merveilleux, enchanteur et mystérieux et tout catalan qui se respecte, se veut de le connaître dans toute sa splendeur. Terre des Dieux, terre des hommes, il se dresse, vieux berger des ans encapuchonné de neige, en figure de proue, amer des marins, au coeur du Roussillon, sentinelle de la méditerranée.

A entendre tous les méthodistes de l’étymologie, les herméneutiques latines de Canigou signifieraient « sommet en forme de croc de chien, sommet enneigé, sommet conique enneigé, oeil de chien, montagne blanche... », commentaires simples et bien peu conformes aux exégèses pré-indo-européennes et pré-romaines.

Canigó, le Canigou ! L’énoncé des diverses appellations topony­miques telles que répertoriées et classifiées par Pierre Ponsich, « Répertoire des lieux habités du Roussillon », permettent d’affirmer l’antiquité du toponyme :

- 875 et 949, « Montis Canisgonis »,

- X° siècle, « Monte Canigono, Monte Chanigono, Monte Canisgonis »,

- XI° siècle, « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae »,

- et, dès 1300, sa forme définitive « Canigó », francisée, après le traité des Pyrénées donnant le Roussillon à la France, « Canigou »

Ce point précisé, il peut être accepté une vérité, la première mention, avancée comme connue, relèverait du IX° siècle.

Pourtant, ce précepte, longtemps admis comme incontestable par une certaine catégorie de scientistes, n’est, en fait, qu’une demi-authenticité. En effet, de nouveaux documents ont été exhumés, un poème épique, en douze chants, le « Sacræ Mysthicus ac Legendarii Litterae Universalis Canigonensis » et une « Epistulae ad tribus Canisgonis ex Genus mortales », - rouleaux de parchemins conservés dans une collection particulière Ripollenque -, œuvres d’un auteur anonyme kerrétan du I° siècle de notre ère chrétienne, font état de tribus de « Canisgonis », du Pays de « Canisgonensis » ou de « Canigonensis » et d’un « Montem Canis Goniae. »

Canigó, le Canigou ! D’évidence, face au soleil le berçant de tous horizons, il n’est qu’un visage caché, son propre patronyme. Mais..., quel a pu être, les documents archives étant silencieux à son propos, son appellatif aborigène ? Sur la foi des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne, il serait aisé de penser, toutes les présuppositions et toutes les conjectures pouvant concorder avec le site majestueux, qu’il eut pu se dénommer, ou « Kanikon, Kanikone, Kanikonos,... », nom originel qui serait devenu « Canigó » après l’affaissement du « k » initial de Kan, en « c » intervocalique, et du « k » intermédiaire de kon, en un « c » qui, par déformation orale, aurait muté en « g », et la chute du « n » final laissant une terminaison en « o », accentué par les grammairiens catalans, lui caractérisant plus de robustesse, de puissance, de rudesse et de rigueur, ou bien « Kanigonia, Kanigoia », un nom de lieu usité, au XI° siècle, et transcrit sur de nombreux documents archives « Monte Kanigonis, Monte Kanigoni, Montis Kanigoniae... »

Canigó, le Canigou ! Les linguistes, dressant son étude étymologique, rapprochent, aisément, le nom à la base oronymique et orogénique pré-indo-européenne, -des peuplades de la fin du Néolithique, III° millénaire avant J.C., qui avaient investi les terres de la bordure méditerranéenne-, ou pré-romaine, -Âge du Bronze final, début du I° Millénaire avant J.C., avec l’arrivée des Sordons, « peuple de la mer », des Bébryces et des Kerretes, « peuples de bergers et d’agriculteurs », ethnies plus civilisés-, « Kan », montagne aux roches compactes et dures, de couleur sombre, au sous-sol riche en métaux, - fer, or, argent... -, d’origine volcanique, « Kani », chien, dent de chien et sommet montagneux en forme de dent de chien, « Kaln », sommet pétré, « Kar » ou « Ker », rocher, formant le premier élément auquel il y aurait pu être adjoint un caractérisant complétif, soit « kone », résidence obscure habitée par des personnes extraordinaires, étranges, merveilleuses ou fabuleuses, soit « konos », en forme de cône, de polyèdre ou de pyramide avec base polygonale à vingt faces, soit « kon », duplication tautologique de Kan, soit « ikone », représentation d’un ensemble d’étoiles présentant une configuration propre, soit « iavo », amas de cailloux et dalles rocheuses, ou Dieu, terre des Dieux, soit « gonia », récepteur d’ondes cosmiques ou lieu sacré, soit, enfin, « oia » ou « goia », bercail.

Canigó, le Canigou ! Si Horace consommait du substantif latin « canis » dans le concept de chien, de chienne, - animal ou terme injurieux -, de chien de berger et des Furies, - Divinités infernales pour les Romains, Déesses de la vengeance dans la Mythologie grecque ou Déités, par antiphrase, Bienveillantes - ; Tibère dénommait, ainsi, le Cerbère, - chien à trois têtes qui gardait les Enfers -, et la Constellation de la Canicule ou du Petit Chien, - « petite chienne », appliqué à Sirius, étoile se levant en même temps que le Soleil à l’époque des grandes chaleurs estivales- ; Plaute en usait dans le sens de carcan, de collier, d’augure tirée de la rencontre d’un chien, et Cicéron, de chien, de limier, de créature, de satellite ou de cheveux blancs. Au différent, Virgile, Ovide et Pline l’ancien caractérisaient, en « canis » ou « canitiés », les cheveux blancs, la barbe blanche, la vieillesse, la blancheur, le poli ou la robe blanche, alors qu’en « canis » ou « canens », Ovide qualifiait, de la sorte, une Nymphe et son chant plaintif bruissant, sous le vent, dans les branches et les vallées, et Pompéius Festus, un ornement de tête.

L’étude étymologique de la deuxième composante de Canigó, - en catalan -, ou Canigou, - en français -, complémentaire des diverses interprétations liées à une toponymie pré-indo-européenne ou pré-romaine, est tout aussi explicite et significative du site, permettant d’apporter éclairage, intelligence et connaissance dans sa compréhension. D’après Pline l’Ancien, « Caenia » ou « Coenia », selon les graphies « Gaenia » ou « Goenia », exprimaient montagne ; les « Caenicenses » ou les « Coenicenses », suivant les transcriptions les « Gaenicenses » ou les « Goenicenses », étaient un peuple de bergers et d’agriculteurs de la Narbonnaise, aussi connu sous le nom de Bébryces, vivant dans les montagnes des Albères, des Aspres et des premiers contreforts du massif du Canigou qui serait, de ce fait, par éponymie, la Montagne des Bébryces ; et, enfin, « Goniaea » et « Gonianés » ou « Ganiaea » et « Ganianés », révélaient la Pierre inconnue, la Montagne Sacrée, la Terre des Dieux.

Se rapprochant d’Apulée de Madaure, dans son « Metamorphoseon sive Asini aurei », « icon » symboliserait la fidèle représentation matérielle d’une image céleste ou d’une constellation, et de Chalcidius, traduisant, en latin, le Timée de Platon, « iconium », diminutif d’icon, symboliserait la réplique terrestre, incise dans un « icosahëdrum », un icosaèdre ou polyèdre à vingt faces constitué par des triangles, de la Constellation du Petit Chien, son point culminant personnifiant Sirius. Enfin, il serait faire preuve d’une outrecuidante inélégance si, en cette étude, il était fait fi de deux inscriptions romaines « oia » et « ioa », toutes deux matérialisant le nom mystique d’une puissante divinité, Jupiter, Pluton, le Soleil ou le Créateur.

Préface de "Voyage en terres comtales". 2009

En cours de publication aux Etats Unis.

Auteur : Raymond Matabosch.

 
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